Les luttes anticapitalistes face aux m�dias

Date : lundi 10 juillet 2006 @ 15:28:19 :: Sujet : Articles


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Une transformation des rapports entre les m�dias et l��conomie est intervenue au cours des vingt derni�res ann�es. Auparavant, la radio-t�l�vision, souvent publique et les journaux commentaient l��conomie de march�, en g�n�ral avec complaisance, mais comme un sujet qui leur �tait ext�rieur. D�sormais, les m�dias dominants ne sont plus seulement des relais id�ologiques de la mondialisation capitaliste : ils en sont eux-m�mes des acteurs de premier plan. Autrefois associ�s, le parti de la presse et celui de l�argent ont dor�navant op�r� leur fusion. Qu�elles soient cot�es en Bourse ou qu�elles s�appr�tent � l��tre, qu�elles soient tenues ou d�tenues par des groupes industriels, qu�elles b�n�ficient de la manne publicitaire ou qu�elles aient profit� de la bulle Internet, les soci�t�s de presse ont un int�r�t direct � la perp�tuation et m�me � l��panouissement du capitalisme de march�. Se pose d�s lors la question du rapport que les mouvements qui s�opposent au capitalisme entretiennent avec les m�dias qui incarnent et promeuvent le capitalisme. Et le paradoxe surgit aussit�t : jamais les liens entre la presse et de l�argent n�ont �t� aussi prononc�s ; jamais cependant la critique des m�dias par celles/ceux qui revendiquent ��un autre monde�� n�a paru aussi apeur�e, honteuse, inexistante. Le paradoxe est terrible : la critique des m�dias est un �l�ment fondateur de la critique du capitalisme et de la soci�t� de consommation. Or cette critique est ignor�e ou torpill�e depuis des ann�es par les chefFEs m�diatis�Es de cette contestation, dont certainEs ont accept� de se pr�ter � toutes les mises en sc�ne m�diatiques.





Certains groupes contestataires pensent se servir des grands moyens de communication sans s�y asservir. Pour ne pas avoir � aborder cette question de la r�cup�ration par les m�dias, ils d�clarent qu�elle est secondaire, voire d�pass�e. Ils expliquent que la m�diatisation va leur permettre, sinon de briser le consensus lib�ral, du moins de faire entendre leur petite musique alternative, que leur m�diatisation va compenser leur absence de relais institutionnels, en particulier dans les partis politiques.

Accepter sans les discuter le postulat qu�on va compenser par la m�diatisation l�absence de relais politiques, le postulat que, gr�ce � la t�l�vision, on va s�adresser aux groupes sociaux qu�on ne peut plus mobiliser autrement, constituerait une d�sertion intellectuelle. Elle est d�autant plus inexcusable que la situation actuelle n�est pas in�dite. En 1981, l�historien am�ricain Christopher Lasch expliquait d�j� : ��Une observation superficielle pourrait faire croire que de nouveaux moyens de communication donnent aux artistes et aux intellectuelLEs la possibilit� de toucher un public plus large que celui dont ils ont jamais pu r�ver. Or, au contraire, les nouveaux m�dias se bornent � universaliser les effets du march�, en r�duisant les id�es au statut de marchandises.�� [1]

D�sormais, cette question de la m�diatisation se pose aussi aux militantEs anticapitalistes. L�ogre m�diatique, tr�s friand de nouveaux produits, ne peut en effet se satisfaire d�un nombre trop limit� de clientEs.

Un Guerilla kit, Nouveau guide militant qui vient d��tre publi� par La D�couverte fait l�inventaire de ce qu�il appelle les techniques des nouvelles luttes anticapitalistes. Mais, dans son chapitre ��Face aux m�dias��, il n�est plus du tout question de gu�rilla. La/le lectrice/eur apprend au contraire, je cite, ��comment faire un communiqu� de presse�� avec ��un titre accrocheur, un texte concis��. Ce souci est justifi� comme suit : ��Les journalistes qui font de l�info en temps r�el sont des gens press�s. Il faut leur m�cher le travail. Le communiqu�, structur� comme une d�p�che d�agence, doit comporter des formules directement r�utilisables par les journalistes.��

Plus loin, le guide explique ��comment faire passer sa parole � la t�l钒, puis ��comment savoir si votre action sera m�diatique�� : ��plus vous pouvez cocher de cases dans la liste suivante, plus votre action aura de chances de passer dans les m�dias��. Les cases choisies sont : actualit�, nouveaut�, dramatisation, conflictualit�, perturbation, VIP, symbolique, insolite, scandale et pol�mique, etc. (pp. 190-192)

Ainsi, au lieu de combattre les ressorts d�une information pervertie par les techniques du marketing, certainEs contestataires ont d�cid� d�y collaborer activement. Illes pensent sans doute, sinc�rement, que la critique du capitalisme a tout � gagner d�une m�diatisation accrue. Mais qu�a-t-elle � perdre ? Quels sont les revers de ces m�dailles m�diatiques ? A quels compromis doit-on se r�signer lorsqu�on choisit de parler pour les m�dias ?

Parler pour les m�dias, c�est ent�riner l�id�e que les m�dias ont le droit de distribuer la parole dans la soci�t�. C�est accepter que les journalistes s�lectionnent les mouvements et leurs porte-parole. Or la presse accorde prioritairement son attention � celles/ceux qui se plient aux attentes et aux clich�s de la profession. La contestation risque alors de se porter sur le terrain des journalistes et s�exprimer � leurs conditions. Elle va devenir spectacle. Sa mise en sc�ne mobilisera des slogans qui sonnent comme de la publicit� ou des titres de presse, plut�t que des mots d�ordre ��revendicatifs��, jug�s ennuyeux, ��corporatistes��, sans humour. Passer du ��nouveau�� � l� ��archa�que��, c�est risquer le trou noir m�diatique et l�oubli. ��Nouvelles�� en 1998, les luttes des ch�meuses/eurs n�inspirent plus aux m�dias que la commis�ration r�serv�e aux combats ��traditionnels��, ��corporatistes�� - et donc ex�cut�s dans les journaux t�l�vis�s en deux mots d�daigneux.

Cette attention s�lective des m�dias agit sur la conduite des mouvements contestataires : on va choisir une forme d�action non pas en fonction de ses effets attendus sur l�issue du conflit mais en imaginant qu�elle int�ressera davantage les journalistes. Les actions m�diatiques deviennent ainsi des actions pour les m�dias. Sans que leurs initiateurs se demandent toujours si la pr�sence de cam�ras permet de remporter la victoire dans les faits, pas seulement dans les sommaires des journaux t�l�vis�s. C�est aussi la question qu�il conviendra de se poser � propos de ce forum.

La bienveillance de la presse dominante ne se conserve qu�au prix de concessions permanentes. Il faut ne pas franchir les ��lignes jaunes�� pr�alablement trac�es par les journalistes, au-del� desquelles, affirment-illes, l���opinion�� va l�cher le mouvement : le piquet de gr�ve, parce que la gr�ve entrave le droit au travail ; l�interruption des examens, parce qu�elle contredit le droit aux �tudes ; l�annulation des festivals, parce qu�elle met en cause le droit au loisir, etc.

Chacune sait pourtant qu�aucun mouvement social ou presque n�aurait abouti, y compris dans un cadre d�mocratique, s�il n�avait pas, � un moment donn�, contest� la l�gitimit� de la l�galit�. Ni le combat syndical, ni le mouvement des NoirEs am�ricainEs, ni la lutte des femmes pour la l�galisation de l�avortement. Mais, cela, les m�dias dominants n�en ont cure. L�ordre social leur para�t naturel. Ils ���lisent�� donc plus naturellement les mouvements qui se montrent dispos�s � accepter des ��r�formes��, surtout si leurs repr�sentantEs sont pr�ts � en ��d�battre�� dans une �mission. Celles/ceux qui d�passent les bornes sont en revanche qualifi�s d�extr�mistes, d�irresponsables, de preneurs d�otages, d�anarchistes, de populistes ou de fossoyeur de l��conomie.

De m�me qu�ils s�lectionnent les mouvements contestataires, les m�dias choisissent les porte-parole les plus conformes aux exigences professionnelles des journalistes et les plus promptEs � s�y soumettre. Ces intervenantEs ont appris qu�il fallait :

- se montrer disponible : aller dans les m�dias avant de s�interroger sur la n�cessit� d�y aller, �tre toujours joignable, y compris pendant une r�union, pour pouvoir r�pondre � l�urgence m�diatique et, le cas �ch�ant, ne pas rater une �ventuelle proposition d��mission ;

- accepter de se plier aux d�lais de bouclage et aux dur�es d�entretien impos�s par les journalistes : rendre son article � l�heure convenue, marchander son temps d�antenne (aussi long que possible) et, pour les plus aguerriEs, son heure de passage (prime time) ;

- se r�signer au choix par le journaliste de l�extrait, en g�n�ral microscopique, jug� ��significatif�� ; retenir cet extrait s�lectionn� par les m�dias pour le marteler lors des prochains entretiens (ce qui facilitera le travail des autres journalistes) ;

- enfin, accepter la personnalisation des luttes collectives. Les repr�sentantEs de la contestation sont somm�s de d�voiler une partie de leur vie de famille, de leurs go�ts, de leurs aventures personnelles, plus souvent qu�on ne leur propose de d�tailler les objectifs, les combats et la pens�e des mouvements collectifs qu�ils sont cens�s repr�senter. Or ce principe de personnification, qui est aussi un principe de d�politisation, constitue un des rouages du jeu politicien. Comment contester cette d�rive � l�am�ricaine quand on en a soi-m�me �t� l�actrice/eur consentantE ?

CertainEs contestataires c�dent � toutes ces exigences d�autant plus facilement qu�illes ont nou� des relations de confiance, de complicit�, voire d�amiti� avec les journalistes charg�s de couvrir leur action. Pourtant, m�me sympathique, unE ��rubricardE�� politique privil�giera toujours l�expos� des divergences internes de l�organisation qu�ille ��couvre��. Sym�triquement ille va minorer les travaux et les r�flexions de l�organisation.

� ces contraintes professionnelles s�ajoutent des pesanteurs d�ordre social. Les journalistes dominantEs recherchent des interlocutrices/eurs qui leur ressemblent. Spontan�ment, illes jugeront ��meilleurE��, plus int�ressantE, plus percutantE, celui ou celle qui s�exprimera avec leurs mots et leur syst�me de r�f�rence. Ainsi, peu � peu, les m�dias, plus que les militantEs, vont ���lire�� et rendre c�l�bres les repr�sentantEs du mouvement, elles/eux-m�mes pr�-s�lectionn�Es dans le pool de celles/ceux qui consentent � la m�diatisation et � ses figures impos�es. Or, les crit�res d�excellence m�diatique sont tr�s diff�rents des crit�res d�engagement militant. L�activit� militante s�appuie sur l�exp�rience, le savoir-faire, la camaraderie, l�aptitude � payer de sa personne, etc. En revanche, l�autorit� m�diatique se jauge � la fr�quence des passages � l�antenne, � l�aisance dans les ��d�bats��, � l��paisseur du carnet d�adresses, au nombre de langues que l�on parle, au nombre de petites phrases reprises par un quotidien de r�f�rence. Le choix d�une forme d�investissement plut�t que de l�autre ne peut rester sans cons�quences : pendant que les m�dias offrent � certainEs d��tre vuEs, de discourir, de voyager, de participer � des colloques, d� ��avoir son visage sur la photo��, illes taisent l�existence d�autres qui, dans l�anonymat des luttes ��ordinaires��, des enveloppes qu�on affranchit, des r�unions locales qu�on organise, constituent le mouvement.

Analysant la d�rive narcissique de l�organisation �tudiante radicale am�ricaine des ann�es 60, le SDS, Christopher Lasch a soulign� en 1981 : ��L�attention que leur portaient les m�dias transformait la nature m�me de leur mouvement. En esp�rant manipuler les m�dias � ses propres fins, le SDS finit par se retrouver dans l�obligation de servir les int�r�ts de ces m�dias. Et les m�dias choisissaient, en vue de les rendre c�l�bres, les responsables du mouvement qui correspondaient le plus fid�lement � ce que doit �tre unE dirigeantE d�opposition pour se conformer � ce que les clich�s pr�fabriqu�s attendent de lui/elle.��

Parler pour les m�dias pose deux probl�mes principaux :

Parler pour les m�dias, c�est parfois devancer leurs exigences. R�pondre s�ance tenante aux injonctions des journalistes interdit toute consultation pr�alable de la base. Ces r�actions � chaud posent le probl�me de leur l�gitimit�. Le rythme tr�pidant des m�dias diff�re de celui, plus lent, de la d�lib�ration collective et de l�organisation d�mocratique.

Parler pour les m�dias, c�est se taire sur les m�dias. Se croyant tributaires des m�dias pour exister, les mouvements qui pr�tendent vouloir changer le monde ont renonc� � faire leur travail d� ���ducation populaire�� sur la question du r�gime de propri�t� des m�dias, du statut social des journalistes et des animatrices/eurs qui les invitent, du r�le jou� par les moyens d�information et de communication dans la mise en place et dans l�imposition de la pens�e de march�.

L�anticapitaliste perd souvent sa voix et ses moyens au moment de p�n�trer dans les studios d�tenus par le capitalisme m�diatique. Celles/ceux qui contestent le pouvoir des multinationales se trouvent comme frapp�Es d�amn�sie lorsqu�une filiale de ces entreprises les convie � palabrer dans un studio.

Le 22 octobre 2001, Le Monde a officialis� le principe de son introduction en Bourse. Celles/ceux qui combattent la dictature des march�s financiers n�ont pas critiqu� cette d�cision. Peut-�tre pr�f�rent-ils conserver le droit de publier, de temps � autre, une tribune dans les pages ��d�bats�� de ce quotidien.

Le mois dernier, l�imposition, d�un responsable du Monde � la pr�sidence du directoire de T�l�rama a �t� d�cid�e contre l�avis de 73% des salari�s de T�l�rama. Cette nouvelle manifestation de la dictature du capital dans une entreprise de presse n�a pas suscit� la moindre r�action officielle du Parti communiste, des Verts, d�Attac, de la CGT, de Sud, de la LCR, etc.

Les contestataires ont peur des m�dias et de leur pouvoir. Ils ont peur du pouvoir qu�illes ont conc�d� aux m�dias. Et illes ne font rien pour engager la bataille politique qui remettrait en cause le mode d�appropriation des grands moyens d�information. Si Le Monde diplomatique, Acrimed, PLPL, demain l�Observatoire fran�ais des m�dias n�avaient pas �voqu� ces batailles-l�, nulLE n�en parlerait aujourd�hui. Et surtout pas les grands m�dias.

En 1972, pourtant, le programme commun de gouvernement sign� par le Parti socialiste et par le Parti communiste fran�ais soulignait : ��Il existe une contradiction entre le caract�re public de l�information et le caract�re de plus en plus priv� des moyens d�information [...] Tant qu�un petit nombre de groupes financiers pourra contr�ler les moyens d�expression comme les moyens de production, on ne saurait parler valablement de la libert� de la presse.�� [2]

Aujourd�hui, la contradiction est plus forte encore qu�en 1972, le caract�re de l�information plus priv� qu�avant, le nombre des groupes financiers qui contr�lent les moyens d�expression plus r�duit que jamais. Pourtant, les contestataires se taisent avec application. Les propositions gouvernementales avanc�es par le Parti socialiste il y a trente ans nous para�traient-elles aujourd�hui trop gauchistes ?

Appropriation des moyens de communication par des multinationales, statut social des journalistes dominantEs, r�le des m�dias dans l�imposition de la pens�e de march� : dans tous ces domaines, ne pas avancer de critique, et ne pas avancer dans la critique, c�est reculer.

L�exemple britannique le montre assez. En 1992, les conservateurs d�jouent les pronostics en remportant les �lections g�n�rales. Imputant leur d�faite au militantisme droitier des m�dias d�tenus par le groupe Murdoch, les travaillistes d�cident de pactiser avec Murdoch. Et pour y parvenir, Blair n�h�site pas � ajuster ses propositions politiques aux pr�f�rences du milliardaire australo-am�ricain. Il va le voir en Australie (22 heures de vol dans chaque sens) et d�clare devant ses cadres sup�rieurEs r�uniEs dans une �le priv�e : ��Sur certains points, Thatcher et Reagan ont eu raison. Mettre davantage l�accent sur l�entreprise. R�compenser le succ�s au lieu de le p�naliser. Casser les corporations associ�es � la bureaucratie d�Etat.�� C�est aussi pour ne pas contredire Murdoch qui ex�cre les syndicats que Blair promet, avant m�me d�arriver au pouvoir, qu�il, je cite, ��laissera la loi britannique demeurer la plus restrictive du monde occidental en mati�re de droit syndical.�� [3] Tant d��gards m�ritaient r�compense : en 1997 et en 2002, la presse Murdoch d�cida d�appuyer une gauche aussi intelligente... Aspirons-nous � finir comme Tony Blair ?

La strat�gie de m�diatisation conduit � sacrifier un travail de fond, de critique et d��ducation populaire. Elle risque de d�naturer le mouvement anticapitaliste, de d�tourner les militantEs de l�action collective.

��L�exp�rience historique concr�te de tous celles/ceux qui ont essay� d�instrumentaliser les m�dias de masse � des fins critiques, subversives et r�volutionnaires, rappelait Christopher Lasch, est que de telles tentatives sont vou�es � l��chec. Les militants politiques qui cherchent � changer la soci�t� feraient mieux de se consacrer au travail de longue haleine que suppose l�organisation politique plut�t que d�organiser un mouvement en se fiant � des miroirs.�� [4]


Intervention de Serge Halimi au s�minaire : ��Observation et critique des m�dias : les m�dias et les luttes sociales��, � Ivry, Forum social europ�en, 14 novembre 2003.

Cette intervention reprend les grandes lignes d�un article, co-r�dig� par Pierre Rimbert et Serge Halimi, ��La r�cup�ration de la contestation par les m�dias��, publi� par Agone n�26-27. Et qu�on peut lire, sous une forme l�g�rement diff�rente, sur le site de L�Homme moderne ainsi que sur le site d�Acrimed sous le titre ��Identit� d�Attac et rapport aux m�dias��.

Une version plus d�taill�e de ce propos est pr�sente dans M�dias et censure. Les figures de l�orthodoxie, ouvrage publi� en 2004 sous la direction de Pascal Durand aux Editions de l�Universit� de Li�ge.

Serge Halimi


[1] Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?, Climats, Castelnau-le-Lez, 2001, p. 59.

[2] Programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste, Editions sociales, 1972, p. 163

[3] The Times, 31 mars 1997. Cit� par John Rentoul, Tony Blair, Prime Minister, Warner Books, Londres, 2001, p. 311

[4] Christopher Lasch, op. cit ., pp. 59-60








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