
MOGLEN (Eben) - L'anarchisme triomphant: Le logiciel libre et la mort du copyright
Date : vendredi 02 juin 2006 @ 03:02:34 :: Sujet : Propri�t�
source : http://moglen.law.columbia.edu
[french]La propri�t� logicielle: le paradoxe th�orique
La propri�t� logicielle: le probl�me pratique
__Comment nous avons cr�� la pagaille Microbrain
Les logiciels veulent �tre libres, ou comment nous avons appris � ne plus nous stresser et � aimer la bombe
L'anarchisme comme mode de production
La th�orie l�gale du logiciel libre
Car c'est l�: l'aimant de Faraday et la cr�ativit� humaine
Nos seigneurs meurent dans le noir ?
LOGICIEL: aucun autre mot ne transporte plus profond�ment les effets pratiques et sociaux de la r�volution num�rique. Originalement, le terme �tait purement technique et servait � d�finir les parties d'un syst�me d'ordinateur qui, contrairement au � mat�riel � (hardware) lequel consistait invariablement en un syst�me �lectronique, pouvait �tre librement modifi�. Les premiers logiciels se r�duisaient � la configuration du branchement des c�bles ou des interrupteurs sur les panneaux ext�rieurs d'un appareil �lectronique, mais � partir du moment o� des moyens linguistiques d'alt�rer le comportement de l'ordinateur ont �t� d�velopp�s, le � logiciel � a surtout signifi� l'expression d'un langage plus ou moins humainement lisible qui d�crivait et contr�lait � la fois le comportement de la machine[1] .
C'�tait alors le cas et �a l'est toujours. La technologie bas�e sur la manipulation d'informations num�riquement encod�es est maintenant socialement dominante dans la plupart des aspects de la culture humaine des soci�t�s � d�velopp�es �[2] . Le mouvement de la repr�sentation analogique vers la repr�sentation num�rique (dans la vid�o, la musique, l'imprimerie, les t�l�communications et m�me la chor�graphie, le culte religieux et le plaisir sexuel) transforme potentiellement toutes les formes de la cr�ativit� symbolique humaine en logiciels, qui sont des instructions modifiables d�crivant et contr�lant le comportement de machines. La division entre le mat�riel et le logiciel est maintenant observ�e dans le monde r�el ou social par une forme de d�rivation r�gressive caract�ristique de la pens�e scientifique occidentale. Cette division est devenue une nouvelle mani�re d'exprimer le conflit entre les id�es du d�terminisme et de la libre pens�e, de la nature et de l'�ducation, des g�nes et de la culture. Notre � mat�riel �, c�bl� g�n�tiquement, est notre nature et nous d�termine. Notre �ducation est le � logiciel �, qui �tablit notre programmation culturelle et qui constitue notre libert� relative. Et ainsi de suite pour ceux qui n'ont pas peur du verbiage[3] . Ainsi, le � logiciel � devient une m�taphore viable pour toute l'activit� symbolique, apparemment s�par�e du contexte technique de l'origine du mot, en d�pit du malaise soulev� chez les personnes qualifi�es lorsque le terme circule ainsi en supprimant la signification conceptuelle de sa d�rivation[4] .
Mais si l'adoption massive de la technologie num�rique, pour une utilisation par ceux qui ne comprennent pas les principes de son fonctionnement, permet l'emploi massif de la m�taphore du � logiciel �, elle ne nous permet pas en fait d'ignorer que les ordinateurs sont maintenant partout dans notre tissu social. Le mouvement de l'analogique vers le num�rique est plus important pour la structure de nos relations sociales et l�gales que les mouvement du statut au contrat plus c�l�bres bien que moins certains[5] . C'est une mauvaise nouvelle pour des intellectuels en droit qui ne le comprennent pas, c'est pourquoi le nombre de ceux qui font maintenant semblant de comprendre progresse. Potentiellement, cependant, cette grande transition est aussi une bonne nouvelle pour ceux qui peuvent s'approprier ce terrain nouvellement d�couvert. C'est pourquoi les actuels � propri�taires � de logiciels soutiennent et encouragent si fortement l'ignorance de tous les autres. Malheureusement pour eux, pour des raisons famili�res aux th�oriciens en droit, qui n'ont pas encore compris la mani�re d'appliquer leur logique traditionnelle sur ce terrain, l'astuce ne marchera pas. Ce texte explique pourquoi[6] .
Nous devons commencer par r�fl�chir � l'essence technique des p�riph�riques familiers qui nous entourent dans l'�re du � logiciel culturel �. Un lecteur de CD est un bon exemple. Son entr�e principale est une s�quence de bits lue � partir d'un disque optique. La s�quence de bits d�crit la musique en termes de mesures de fr�quence et d'amplitude, prises 44 000 fois par seconde, sur chacun des deux canaux sonores. La sortie primaire du lecteur est un signal sonore analogique[7] . Comme dans tout le reste du monde num�rique, la musique est vue par le lecteur de CD comme de la pure information num�rique ; un enregistrement particulier de la neuvi�me symphonie de Beethoven, interpr�t�e par Arturo Toscanini, l'orchestre symphonique et la chorale de la NBC est (en omettant quelques chiffres insignifiants) 1276749873424, alors que le dernier enregistrement particuli�rement pervers des variations de Goldberg par Glenn Gould est (de la m�me mani�re, particuli�rement tronqu�) 767459083268.
Assez bizarrement, ces deux nombres sont � copyright�s �. Cela signifie, je suppose, que vous ne pouvez pas poss�der une autre copie de ces nombres, une fois fig�s sur une forme physique, � moins que vous n'ayez un permis pour les utiliser. Et vous ne pouvez pas transformer 767459083268 en 2347895697 pour vos amis (corrigeant ainsi l'opinion ridicule de Gould sur le tempo) sans cr�er un � travail d�riv� �, pour lequel une licence est n�cessaire.
En m�me temps, un m�me support optique contient un autre nombre, appelons le 7537489532. Celui-ci est un algorithme pour la programmation lin�aire de grands syst�mes avec de multiples contraintes, ce qui est utile, par exemple, si vous d�sirez une utilisation optimale de votre mat�riel roulant dans la gestion d'une voie ferr�e de marchandises. Ce nombre est � brevet� � (aux �tats-Unis), ce qui signifie que vous ne pouvez pas puiser dans 7537489532 pour vous-m�me, ou pour � pratiquer l'art � du brevet d'une autre mani�re en ce qui concerne la r�solution de probl�mes de programmation lin�aire, quelque soit la mani�re dont vous arriviez � l'id�e (ce qui inclut de la trouver vous m�me), � moins que nous n'ayez une licence du propri�taire du nombre.
Et puis il y a 9892454959483. Celui-ci est le code source de MS-Word. En plus d'�tre � copyright� �, celui-ci est un secret industriel. Ce qui signifie que si vous obtenez ce nombre de Microsoft, et que vous le donnez � quelqu'un d'autre, vous pouvez �tre puni.
Enfin, il y a 588832161316. Il ne fait rien, c'est juste la racine carr�e de 767354. Autant que je sache, il n'est pas poss�d� par quelqu'un sous le coup d'une de ces cat�gories. Pas encore.
� ce point, nous devons nous occuper de la premi�re objection d'�rudits. Elle vient d'une cr�ature connue sous le nom de l'IPdro�de. Le dro�de a une pens�e sophistiqu�e et une vie culturelle. Il aime beaucoup les d�ners �l�gants et les conf�rences minist�rielles sur les accords TRIPS (ou ADPIC), sans oublier ses apparitions fr�quentes sur MSNBC. Il veut que vous sachiez que je commets l'erreur de confondre l'incarnation avec la propri�t� intellectuelle. Ce n'est pas le nombre qui est brevet�, idiot, c'est l'algorithme de Kamarkar. Le nombre peut �tre copyright�, car le copyright couvre les qualit�s significatives d'une incarnation tangible particuli�re d'une id�e (dans lequel quelques propri�t�s fonctionnelles peuvent myst�rieusement se m�ler, � condition qu'elles ne soient pas emm�l�es), mais pas l'algorithme. M�me si le nombre n'est pas brevetable, l'� enseignement � m�me du nombre en rapport � la construction de voies ferr�es tombe juste sous le coup du brevet. Et le nombre repr�sentant le code source de MS-Word peut �tre un secret industriel, mais si vous le trouvez vous-m�me (en effectuant des manipulations arithm�tiques sur d'autres nombres fournis par Microsoft, par exemple, ce qui est connu comme l'� ing�nierie inverse � (reverse engineering), vous ne serez pas puni, du moins si vous vivez dans certaines parties des �tats-Unis[8] .
Ce dro�de, comme les autres dro�des, a souvent raison. La condition pour �tre un dro�de est de tout savoir sur quelque chose et rien sur tout le reste. Le dro�de a �tabli, par son intervention opportune et empress�e, que le syst�me actuel de la propri�t� intellectuelle contienne de nombreuses caract�ristiques imbriqu�es et ing�nieuses. Ces complexit�s se combinent pour permettre aux professeurs d'�tre �rudits, aux d�put�s d'obtenir des contributions � leur campagne, aux avocats de porter de beaux costumes et des mocassins � pompon, et � Murdoch[9] de s'enrichir. Ces complexit�s se sont principalement d�velopp�es � une �poque de distribution industrielle de l'information, quand celle-ci �tait inscrite dans des formes analogiques sur des objets physiques qui co�taient significativement cher et � la construction, au d�placement, � la vente. Appliqu�e � de l'information num�rique, qui se d�place sans friction � travers le r�seau, et qui a un co�t marginal par copie nul, tout cela fonctionne toujours, plus ou moins, tant que vous continuez � loucher.
Mais ce n'�tait pas ce sur quoi je discourais. Je voulais faire remarquer autre chose: que notre monde consiste de mani�re grandissante en de grands nombres (ou encore de s�quences de bits) et que (pour des raisons qui n'ont rien � voir avec les propri�t�s �mergeantes des nombres eux-m�mes) le syst�me l�gal s'est actuellement engag� � traiter des nombres similaires de mani�re radicalement diff�rente. Personne ne peut dire, simplement en regardant un nombre qui est long de 100 millions de chiffres, s'il est sous le coup d'un brevet, du copyright, sous la protection d'un secret industriel ou s'il est vraiment � poss�d� � par quelqu'un. Alors le syst�me l�gal que nous avons (bienheureux, comme nous le sommes par ses cons�quences, si nous sommes des enseignants sur le copyright, des d�put�s, des lobbyistes de Gucci-gulch [10] ou Grand Ruppert lui-m�me) est contraint � traiter des choses non distinguables de mani�re diff�rente.
Maintenant, en tant qu'historien du droit concern� par le d�veloppement s�culaire (c'est � dire, sur le tr�s long terme) de la pens�e l�gale, j'affirme que les r�gimes l�gaux bas�s sur des distinctions fines mais non d�terministes entre des sujets similaires, sont radicalement instables. Ils tombent � l'eau avec le temps, car chaque occasion d'application de leurs r�gles est une invitation pour au moins une des parties, � revendiquer qu'au lieu de faire partie de la cat�gorie A, le sujet particulier du litige devrait �tre jug� comme faisant partie de la cat�gorie B, l� o� les r�gles leur seront plus favorables. Ce jeu (celui o� une machine � �crire devrait �tre jug�e comme �tant un instrument de musique pour des besoins de r�gulation de vitesse sur voie ferr�e et o� une pelleteuse � vapeur est un v�hicule � moteur) est le B.A.-ba de l'ing�niosit� l�gale. Mais quand les cat�gories l�gales, approuv�es conventionnellement, ont besoin de juges pour distinguer celles qui sont identiques, le jeu est infiniment long, infiniment co�teux et infiniment d�plaisant pour le spectateur impartial[11] .
Ces parties peuvent d�penser tout l'argent qu'elles veulent en autant d'avocats et de juges qu'elles peuvent se permettre (ce qui, pour les nouveaux � propri�taires � du monde digital, est assez peu), mais les lois qu'elles ach�tent ne fonctionneront pas en fin de compte. T�t ou tard, les paradigmes s'effondreront. Bien s�r, si tard signifie d'ici deux g�n�rations, la distribution de la richesse et du pouvoir, sanctifi�e entre temps, pourrait ne pas �tre r�versible par un proc�d� moins radical qu'une bellum servile des esclaves de la t�l�vision contre les magnats des m�dias. Alors savoir que l'histoire n'est pas du c�t� de Bill Gates n'est pas suffisant. Nous pr�disons le futur d'une perception tr�s limit�e: nous savons que les r�gles existantes, qui ont jusqu'� pr�sent la ferveur de la pens�e conventionnelle solidement engag�e derri�re elle, ne signifient plus rien. Les parties dont nous parlons les utiliseront et en abuseront librement, jusqu'� ce que le courant dominant de l'opinion conservatrice � respectable � reconnaisse leur mort, avec des r�sultats incertains. Mais les universitaires r�alistes devraient d�j� �tre en train de porter leur attention vers le besoin �vident de nouvelles r�flexions.
Lorsque nous atteignons ce point de la discussion, nous en arrivons � nous battre avec un autre protagoniste principal de l'imb�cilit� �duqu�e: l'�cononain. Comme l'IPdro�de, l'�cononain est une esp�ce de h�risson[12] . Mais l� o� le dro�de soutient la logique par dessus l'exp�rience, l'�cononain se sp�cialise dans une vision, �nerg�tique et tr�s orient�e, mais compl�tement fausse, de la nature humaine. D'apr�s la vision de l'�cononain, chaque �tre humain est un individu poss�dant des � motivations �, qui peuvent �tre r�trospectivement exhum�es, en imaginant l'�tat de son compte en banque � des moments diff�rents. Ainsi, de cette mani�re, l'�cononain est oblig� d'objecter que sans les r�gles que je tourne en d�rision, il n'y aurait pas de motivation pour cr�er ce que ces r�gles traitent comme de la propri�t�: sans la possibilit� de priver les gens de la musique, il n'y aurait pas de musique, car personne ne serait s�r d'�tre pay� pour la cr�er.
La musique n'est pas vraiment notre sujet ; le logiciel dont je parle en ce moment est de la vieille �cole: les programmes d'ordinateurs. Mais comme l'�cononain est d�termin� � s'occuper du sujet � la h�te, et parce que, comme nous l'avons vu, il n'est plus vraiment possible de distinguer les programmes d'ordinateurs des morceaux de musique, nous devons en dire un mot ou deux. Au moins nous pouvons avoir la satisfaction de nous livrer � un argument ad pygmeam. Quand l'�cononain devient riche, d'apr�s mon exp�rience, il va � l'op�ra. Mais peu importe le nombre de fois o� il �coute Don Giovanni, il ne lui vient jamais � l'esprit que le destin de Mozart aurait d�, dans cette logique, avoir enti�rement d�courag� Beethoven ou que nous pouvons �couter la Fl�te Enchant�e, m�me si Mozart savait tr�s bien qu'il ne serait pas pay�. En fait, la Fl�te Enchant�e, la Passion selon Saint Mathieu et les motets de Carlo Gesualdo, dont la femme a �t� assassin�e, sont tous des parts de la tradition, vieille de plusieurs si�cles, du logiciel libre, au sens le plus large. Ce que l'�cononain n'accepte jamais vraiment.
Le probl�me basique du nain est que les � motivations � sont purement et simplement une m�taphore. Et, en tant que m�taphore pour d�crire l'activit� cr�atrice humaine, elle est plut�t minable. Je l'ai d�j� dit auparavant[13] mais la meilleure m�taphore s'est pr�sent�e le jour o� Michael Faraday a d�couvert le premier ce qui arrivait quand on enroule un rouleau de c�ble autour d'un aimant et qu'on fait tourner l'aimant. Du courant circule dans un tel c�ble, mais nous ne nous demandons pas quelle est la motivation des �lectrons � quitter leur position initiale. Nous affirmons que le courant r�sulte d'une propri�t� �mergente du syst�me, que nous appelons l'induction. La question que nous nous posons est: � quelle est la r�sistance du c�ble ? �. Alors, la m�taphore de Moglen, corollaire � la loi de Faraday, dit que si vous enroulez l'Internet autour de chaque personne de la plan�te, et que vous faites tourner la plan�te, le logiciel parcourt le r�seau. C'est une propri�t� �mergente des esprits humains connect�s. Ils cr�ent des choses pour le plaisir de l'autre, et pour surmonter la sensation d�sagr�able d'�tre trop seul. La seule question � poser est: quelle est la r�sistance du r�seau ? La m�taphore de Moglen, corollaire � la loi de Ohm, dit que la r�sistance du r�seau est directement proportionnelle � la force du champ du syst�me de la � propri�t� intellectuelle �. Alors la r�ponse correcte � l'�cononain est: r�sistez � la r�sistance.
Bien s�r, c'est tr�s joli dans la th�orie. � R�sistez � la r�sistance � sonne bien, mais nous aurions un probl�me s�rieux, en d�pit de la th�orie, si le nain avait raison, et nous nous retrouverions sous-produisant de bons logiciels car nous ne permettrions pas de les poss�der. Mais les nains et les dro�des sont des formalistes de diff�rentes sortes, et l'avantage du r�alisme est que si vous commencez par les faits, les faits sont toujours de votre c�t�. Il s'av�re que traiter le logiciel comme une propri�t� produit de mauvais logiciels.
Pour comprendre pourquoi la transformation des logiciels en propri�t�s produit de mauvais logiciels, nous avons besoin d'une introduction � l'histoire de l'art. En fait, nous ferions mieux de commencer par le mot � art � lui-m�me. En effet, la programmation des ordinateurs combine le raisonnement d�terministe et l'invention litt�raire.
Au premier coup d'oeil, bien s�r, le code source appara�t comment une forme non litt�raire de composition[14] . Le principal but d'un programme d'ordinateur est qu'il fonctionne, c'est-�-dire qu'il s'accomplisse en suivant des sp�cifications d�crivant formellement ses r�sultats, en fonction de ses entr�es. � ce niveau de g�n�ralit�, le contenu fonctionnel du programme est tout ce qu'il y a d'apparent.
Mais les programmes d'ordinateurs existent en tant que parties de syst�mes informatiques, qui sont des ensembles int�ragissants de mat�riels, de logiciels et d'�tres humains. Les composants humains d'un syst�me informatique incluent non seulement les utilisateurs, mais aussi (ce qui est potentiellement diff�rent) les personnes qui maintiennent et am�liorent le syst�me. Le code source communique non seulement avec l'ordinateur qui ex�cute le programme, � travers l'interm�diaire du compilateur qui produit le code objet (en langage machine), mais aussi avec les autres programmeurs.
La fonction du code source, lorsqu'on le met en relation avec d'autres �tres humains, n'est pas largement comprise par les non-programmeurs, qui ont tendance � penser que les programmes informatiques sont incompr�hensibles. Ils seraient surpris d'apprendre que la majorit� de l'information contenue dans la plupart des programmes est, du point de vue du compilateur ou des autres processeurs de langage, du � commentaire �, une substance non fonctionnelle. Les commentaires, bien s�r, sont adress�s � ceux qui peuvent avoir besoin de r�soudre un probl�me, de modifier ou d'am�liorer les fonctions du programme. Dans la plupart des langages informatiques, bien plus d'espace est consacr� � expliquer aux autres ce que le programme fait, que de dire � l'ordinateur comment l'ex�cuter.
La conception des langages informatiques a toujours �t� effectu�e selon le double besoin d'une sp�cification compl�te de l'ex�cution par la machine et d'une description informative pour les lecteurs humains. On pourrait identifier trois strat�gies basiques dans la conception de langages informatiques pour atteindre ce double but. La premi�re, suivie initialement pour la conception des langages sp�cifiques � des produits mat�riels et collectivement connus sous le nom d'� assembleurs �, distinguait essentiellement les portions du programme communicant avec la machine ou avec l'humain. Les instructions de l'assembleur sont tr�s proches des instructions en langage machine: en g�n�ral, une ligne d'un programme en assembleur correspond � une instruction dans le langage natif de la machine. Le programmeur contr�le l'op�ration de la machine au niveau le plus sp�cifique et (s'il est bien disciplin�) s'engage � disposer des commentaires tout au long des instructions en langage machine, cr�ant toutes les quelques centaines d'instructions des � blocs de commentaires �, qui fournissent un r�sum� de la strat�gie du programme ou qui documentent les structures de donn�es majeures que le programme manipule.
Une seconde approche, illustr�e de mani�re caract�ristique par le langage COBOL (qui signifie � COmmon Business-Oriented Language � ou � Langage Commun Orient� Industrie �), �tait de faire ressembler le programme lui-m�me � un ensemble de directives en langage naturel, d'un style d�plorable mais th�oriquement lisible par un humain. Une ligne de code COBOL pourrait dire, par exemple, � MULTIPLY PRICE TIMES QUANTITY GIVING EXPANSION[15] . A l'origine, quand le Pentagone et les experts de l'industrie ont commenc� � concevoir COBOL en commun, au d�but des ann�es 60, cela semblait une approche prometteuse. Les programmes COBOL apparaissaient largement auto-document�s, autorisant � la fois le d�veloppement d'�quipes de travail capables de collaborer � la cr�ation de gros programmes et la formation de programmeurs qui, bien qu'�tant des travailleurs sp�cialis�s, n'avaient pas besoin de conna�tre la machine aussi intimement qu'ils en auraient eu besoin pour des programmes en assembleur. Mais le niveau de g�n�ralit� auquel de tels programmes s'auto-documentaient �tait mal choisi. Une expression plus formelle et compress�e des d�tails op�rationnels � expansion = prix [IMAGE png] quantit� �, par exemple, �tait mieux appropri�e, m�me pour les applications industrielles ou financi�res o� les lecteurs et concepteurs de programmes sont habitu�s aux expressions math�matiques. Et, cependant, la proc�dure de description des structures de donn�es, tout comme du contexte op�rationnel plus large du programme, n'�taient pas rendues obsol�tes par la verbosit� du langage dans lequel les d�tails de l'ex�cution �tait sp�cifi�s.
En cons�quence, les concepteurs de langages de la fin des ann�es 60 ont commenc� � exp�rimenter des formes d'expression dans lesquelles le m�lange de d�tails op�rationnels et d'informations non fonctionnelles n�cessaires � la modification ou � la correction �tait plus subtil. Quelques concepteurs choisirent la voie de langages hautement symboliques et compress�s, dans lesquels le programmeur manipulait des donn�es abstraites, afin que � A [IMAGE png] B � puisse signifier la multiplication de deux entiers, deux nombres complexes, deux gros tableaux ou d'un tout autre type de donn�es capable d'une op�ration appel�e � multiplication �, et que cela soit g�r� par l'ordinateur sur les bases du contexte des variables � A � et � B � au moment de l'ex�cution[16] . Comme on pensait que cette approche r�sultait en des programmes extr�mement concis, le probl�me de rendre le code compr�hensible par ceux qui chercheraient plus tard � le modifier ou le corriger �tait simplifi�. En cachant les d�tails techniques des op�rations informatiques, et en mettant l'accent sur l'algorithme, les langages pouvaient �tre con�us pour �tre meilleurs que le fran�ais ou tout autre langage naturel pour l'expression des proc�d�s s�quentiels. Les commentaires ne seraient plus non seulement inutiles mais g�nants, tout comme les m�taphores utilis�es pour faire comprendre les concepts math�matiques en fran�ais embrouillent plus qu'elles n'�claircissent.
Ainsi, l'histoire des langages de programmation refl�te directement le besoin de trouver des formes de communication de l'humain � la machine aussi efficaces dans la transmission d'id�es complexes aux lecteurs humains. � L'expressivit� � est devenue une propri�t� des langages de programmation, non pas parce qu'elle facilite l'int�gration, mais parce qu'elle facilite la cr�ation collaborative et la maintenance de syst�mes logiciels de complexit� croissante.
� premi�re vue, cela semble justifier l'application de la pens�e traditionnelle du copyright aux travaux r�sultant. Bien que faisant entrer en jeu des �l�ments � fonctionnels �, les programmes d'ordinateur contenaient des fonctions � expressives � d'une supr�me importance. La doctrine du copyright reconna�t la fusion de la fonction et de l'expression comme une caract�ristique de bien des formes de travaux copyright�s. Le � code source � contient � la fois les instructions machine n�cessaires � l'op�ration fonctionnelle et les � commentaires � expressifs � l'attention des lecteurs humains. En tant que tel, il �tait un bon candidat, pour �tre trait� par le copyright.
C'est vrai, � partir du moment o� l'on comprend que la composante expressive du logiciel est pr�sente seulement dans le but de faciliter la cr�ation de � travaux d�riv�s �. Si elle n'�tait pas l� dans le but de faciliter la modification, les �l�ments expressifs des programmes seraient enti�rement sur�rogatifs et le code source ne pourrait pas plus �tre copyright� que le code objet (la sortie du processeur du langage), �pur� de tout sauf les caract�ristiques fonctionnelles du programme.
L'�tat de l'industrie de l'informatique � travers les ann�es 1960 et 1970, quand les lois implicites de la programmation informatique sophistiqu�e ont �t� �tablies, dissimulait la tension implicite � la situation. Lors de cette p�riode, le mat�riel co�tait cher. Les ordinateurs �taient des ensembles de plus en plus grands et complexes de machines, et l'industrie de la conception et de la construction d'un tel �talage de machines pour un usage g�n�ral �tait domin� (pour ne pas dire monopolis�) par une seule entreprise. Or IBM donnait ses logiciels. Pour s�r, cette entreprise poss�dait les programmes que ses employ�s �crivaient et elle pla�ait sous copyright ses codes sources. Mais elle distribuait aussi les programmes (ce qui inclut le code source) � ses clients sans co�t suppl�mentaire, et les encourageait � �crire et � partager des am�liorations et des adaptations aux programmes ainsi distribu�s. Pour un constructeur de mat�riel dominant, cette strat�gie �tait sens�e: de meilleurs programmes faisaient vendre plus de mat�riel et c'�tait l� que la rentabilit� du march� demeurait.
Les ordinateurs, � cette p�riode, ont eu tendance � s'agglom�rer � l'int�rieur d'organisations particuli�res, mais pas � communiquer largement avec d'autres. Les logiciels dont on avait besoin pour fonctionner n'�taient pas distribu�s � travers un r�seau, mais sur des bobines de bande magn�tique. Le syst�me de distribution avait tendance � centraliser le d�veloppement de logiciels, afin que les clients d'IBM soient libres d'apporter des modifications et des am�liorations aux programmes. Ces modifications �tant partag�es tout d'abord avec IBM, qui d�cidait alors d'incorporer ces modifications dans les versions distribu�es du logiciel sur un mod�le de d�veloppement centralis�. Ainsi, pour deux raisons importantes, les meilleurs logiciels du monde �taient libres: ils ne co�taient rien � acqu�rir et les termes dans lesquels ils �taient fournis autorisaient et encourageaient tout � la fois l'exp�rimentation, la modification et l'am�lioration[17] . Que le logiciel en question soit la propri�t� d'IBM sous la loi actuelle du copyright a certainement �tabli quelques limites th�oriques sur la possibilit� des utilisateurs � distribuer leurs modifications ou adaptations aux autres, mais dans la pratique, les logiciels pour supercalculateurs �taient d�velopp�s de mani�re coop�rative par le constructeur de mat�riel dominant et par ses utilisateurs techniquement comp�tents, employant les ressources de distribution vers la communaut� des utilisateurs. Le droit d'exclure les autres, un des plus importants � b�tons dans le paquet � des droits de la propri�t� (pour reprendre une image que la Cour Supr�me des �tats-Unis affectionne), �tait pratiquement n�gligeable ou m�me ind�sirable, au coeur de l'industrie du logiciel[18] .
Apr�s 1980, tout �tait diff�rent. Le monde des supercalculateurs a laiss� la place, en dix ans, au monde de l'ordinateur personnel. Et, en parall�le au d�veloppement de l'industrie, l'�l�ment unique le plus important des logiciels fonctionnant sur cet ordinateur personnel de base, le syst�me d'exploitation, est devenu le seul produit significatif d'une entreprise qui ne faisait pas de mat�riel. Des logiciels de grande qualit� ont cess� de faire partie de la strat�gie de diff�renciation des produits des producteurs de mat�riel. � la place, une entreprise avec une part pr�dominante du march�, et avec l'absence d'int�r�t ordinaire pour l'adoption de la diversit� des quasi-monopolistes, dictait les pratiques de l'industrie du logiciel. Dans un tel contexte, le droit d'exclure les autres de la participation � la formation du produit est devenu d'une importance capitale. La puissance de Microsoft dans le march� est constitu�e enti�rement par la propri�t� du code source de Windows.
Pour Microsoft, la cr�ation par d'autres de � travaux d�riv�s �, qu'on conna�t ailleurs sous le nom de corrections et d'am�liorations, a menac� le capital central de leurs affaires. En effet, comme des proc�dures judiciaires ult�rieures ont eu tendance � s'�tablir, la chestrat�gie commerciale de Microsoft a �t� de trouver des id�es innovantes ailleurs dans le march� du logiciel, de les acheter, et soit de les supprimer, soit de les incorporer dans leur propre produit propri�taire. Le maintien du contr�le sur la manipulation basique des ordinateurs construits, vendus, poss�d�s et utilis�s par d'autres repr�sentait un levier essentiel et profitable sur le d�veloppement de la culture[19] ; le droit d'exclure est revenu au centre du concept de la propri�t� logicielle.
Le r�sultat, d'aussi loin que la qualit� du logiciel soit concern�e, �tait d�sastreux. Le monopole �tait d�tenu par une entreprise riche et puissante qui employait un grand nombre de programmeurs, mais qui ne pouvait effectivement pas se permettre le nombre de testeurs, de concepteurs et de d�veloppeurs requis pour produire des logiciels flexibles, robustes et techniquement innovants, appropri�s au vaste ensemble des conditions sous lesquelles les ordinateurs personnels, de plus en plus omnipr�sents, fonctionnaient. Sa strat�gie marketing fondamentale impliquait la conception de son produit pour les utilisateurs les moins avanc�s techniquement et l'utilisation de la � peur, de l'incertitude et du doute � (connu au sein de Microsoft comme le � FUD �) pour tenir les utilisateurs comp�tents � l'�cart des concurrents potentiels, dont la survie � long terme en face de la puissance de march� de Microsoft a toujours �t� en question.
Sans la constante interaction entre les utilisateurs capables de corriger des probl�mes et d'am�liorer des fonctionnalit�s et le constructeur de syst�me d'exploitation, l'in�vitable d�t�rioration de la qualit� est in�luctable. Mais comme la r�volution de l'ordinateur personnel a �tendu le nombre d'utilisateurs de mani�re exponentielle, pratiquement tous ceux qui sont entr�s en contact avec le syst�me r�sultant n'ont pu poser d'�l�ment de comparaison face au syst�me qu'ils avaient l'habitude d'utiliser. Ignorants des standards de stabilit�, de robustesse, de maintenance et d'efficacit� pr�c�demment �tablis dans le monde des supercalculateurs, on pouvait difficilement attendre de la part des utilisateurs d'ordinateurs personnels qu'ils comprennent � quel point, en termes relatifs, les logiciels du monopole fonctionnaient mal. Comme la puissance et la capacit� des ordinateurs personnels se sont �tendues rapidement, les d�fauts des logiciels �taient moins �vidents, au sein de l'augmentation g�n�rale de la productivit�. Les utilisateurs ordinaires, pour plus de la moiti� effray�s par une technologie qu'ils ne comprenaient pratiquement pas, ont r�ellement fait bon accueil � la d�fectuosit� des logiciels. Dans une �conomie subissant des transformations myst�rieuses, avec la d�stabilisation concomitante de millions de carri�res, il �tait tranquillisant, d'une mani�re perverse, qu'aucun ordinateur personnel ne semble capable de fonctionner plus de quelques heures cons�cutives sans se planter. Bien qu'il soit frustrant de perdre du travail en cours chaque fois qu'une erreur impr�vue arrive, l'�vidente faillibilit� des ordinateurs �tait intrins�quement rassurante[20] .
Rien de tout cela n'�tait n�cessaire. La faible qualit� des logiciels pour ordinateurs personnels aurait pu �tre �vit�e en faisant intervenir les utilisateurs dans le processus fondamentalement �volutionnaire de la conception et de l'impl�mentation de logiciels. Un mode Lamarckien, dans lequel les am�liorations peuvent �tre effectu�es partout, par tout le monde et h�rit�es par tous les autres, aurait effac� le d�ficit, restaurant dans le monde de l'ordinateur personnel la stabilit� et la robustesse des logiciels �crits dans un environnement quasi-propri�taire de l'�re des supercalculateurs. Mais le business model de Microsoft �cartait l'h�ritage Lamarckien des am�liorations de logiciels. La doctrine du copyright, en g�n�ral, et comme elle s'applique au logiciel en particulier, d�nature le monde vers le cr�ationisme ; dans ce cas, le probl�me �tait que BillG le Cr�ateur �tait loin d'�tre infaillible et, en fait, il n'avait m�me pas essay�.
Comble d'ironie, la croissance du r�seau a rendu l'alternative non-propri�tarienne encore plus cens�e. Ce que les �crits scolaires et populaires d�nomment comme une chose (� l'Internet �) est en fait le nom d'une condition sociale: le fait que tout le monde dans la soci�t� du r�seau soit connect� directement, sans interm�diaire, � tous les autres[21] . L'interconnexion globale des r�seaux a �limin� le goulet d'�tranglement qui a requis un �diteur centralis� de logiciels pour rationaliser et distribuer les r�sultats de l'innovation individuelle dans l'�re des supercalculateurs.
Et ainsi, par une des petites ironies de l'histoire, le triomphe global des mauvais logiciels � l'�ge de l'ordinateur personnel a �t� renvers� par une combinaison surprenante de forces: la transformation sociale initi�e par le r�seau, une th�orie europ�enne de l'�conomie politique longtemps mise de c�t�, et une petite bande de programmeurs � travers le monde mobilis�s par une simple id�e.
Bien avant que le r�seau des r�seaux ne soit une r�alit� pratique, m�me avant qu'il ne soit une id�e, il y avait un certain d�sir de faire fonctionner les ordinateurs sur la base de logiciels librement disponibles pour tout le monde. Ce d�sir avait emerg� en tant que r�action contre les logiciels propri�tariens de l'�re du supercalculateur, et demande une autre br�ve digression historique.
Bien qu'IBM soit le plus grand vendeur d'ordinateurs g�n�ralistes de l'�re du supercalculateur, il n'�tait pas le plus grand concepteur et constructeur d'un type de mat�riel donn�. Le monopole du t�l�phone, d�tenu par l'American Telephone & Telegraph (AT&T), �tait en fait plus important que celui d'IBM, mais il utilisait ses produits en interne. Et c'est aux c�l�bres Bell Labs, d�partements de la recherche de la compagnie d�tenant le monopole du t�l�phone, � la fin des ann�es 60, que les d�veloppements de langages d�crits pr�c�demment ont donn� naissance � un syst�me d'exploitation appel� Unix.
L'id�e d'Unix �tait de cr�er un syst�me d'exploitation simple, s'adaptant � toutes les �chelles, pour tous les ordinateurs, des petits aux grands, que la compagnie du t�l�phone construisait pour elle-m�me. Atteindre ce but impliquait d'�crire un syst�me d'exploitation, ni dans un langage machine ni dans un assembleur dont la forme linguistique �tait int�grante � une conception particuli�re du mat�riel, mais dans un langage plus expressif et g�n�raliste. Celui choisi �tait aussi une invention des Bell Labs, appel� � C �[22] . Le langage C est devenu commun et m�me dominant, pour de nombreuses t�ches de programmation, et � la fin des ann�es 1970, le syst�me d'exploitation Unix �crit dans ce langage a �t� transf�r� (ou � port� �, dans le jargon professionnel) sur des ordinateurs de nombreux constructeurs et de nombreuses conceptions diff�rentes.
AT&T a largement distribu� Unix, et en raison de la conception m�me du syst�me d'exploitation, la compagnie devait effectuer cette distribution sous forme de code source C. Mais AT&T a conserv� la propri�t� du code source et a contraint les utilisateurs � acheter des licences qui ont interdit la redistribution et la cr�ation de travaux d�riv�s. Les gros centres informatiques, industriels ou acad�miques, pouvaient se permettre d'acheter de telles licences, mais pas les individus. En m�me temps, les restrictions des licences interdisaient � la communaut� des utilisateurs qui utilisaient Unix de l'am�liorer d'une mani�re �volutionnaire plut�t qu'�pisodique. Et comme les programmeurs � travers le monde commen�aient � aspirer � une r�volution de l'ordinateur personnel (et m�me � l'attendre), le statut � non libre � d'Unix a commenc� � devenir une source de probl�mes.
Entre 1981 et 1984, un homme a imagin� une croisade pour changer la situation. Richard M. Stallman, alors employ� au laboratoire d'intelligence du MIT, a con�u le projet d'une reconception et d'une impl�mentation ind�pendantes et coop�ratives d'un syst�me d'exploitation qui serait constitu� de vrais logiciels libres. De la bouche de Stallman, le logiciel libre serait une question de libert�, pas de prix. Tout le monde pourrait librement modifier et redistribuer de tels logiciels ou m�me les vendre, avec juste la restriction de ne pas essayer de r�duire les droits de ceux � qui ils sont redistribu�s. De cette mani�re, le logiciel libre pourrait devenir un projet auto-organis�, dans lequel aucune innovation ne serait perdue � travers l'exercice des droits de la propri�t�. Le syst�me, tel que Stallman l'a d�cid�, serait appel� GNU, qui signifie (c'est un des exemples initiaux des acronymes r�cursifs qui ont caract�ris� le logiciel libre depuis) � GNU N'est pas Unix �. Malgr� des doutes sur la conception fondamentale d'Unix aussi bien que sur ses termes de distribution, GNU �tait con�u pour b�n�ficier de la large (bien que non libre) distribution de sources d'Unix. Stallman a commenc� le projet GNU en �crivant des composants du syst�me final qui �taient aussi con�us pour fonctionner sans modification sur les syst�mes Unix existants. Le d�veloppement des outils GNU pouvait ainsi se faire directement dans l'environnement des universit�s et des autres centres de calcul avanc� � travers le monde.
L'�chelle d'un tel projet �tait immense. D'une mani�re ou d'une autre, des programmeurs volontaires devaient �tre recrut�s, organis�s et incit�s � construire tous les outils n�cessaires � la construction ultime. Stallman lui-m�me �tait l'auteur initial de plusieurs outils fondamentaux. De petites ou grandes �quipes de programmeurs contribuaient ailleurs aux autres outils et les attribuaient au projet de Stallman ou les distribuaient directement. Quelques endroits � travers le r�seau du d�veloppement sont devenus des archives pour le code source de ces composants de GNU, et au long des ann�es 80, les outils GNU ont gagn� la reconnaissance et l'acceptation par les utilisateurs d'Unix � travers le monde. Les outils GNU sont devenus synonymes de stabilit�, de fiabilit� et de bonne maintenance, tandis que les capacit�s profondes de Stallman � concevoir ont continu� � devancer et � fournir des buts au processus. La r�compense d'un prix de la fondation MacArthur, accord�e en 1990 � Stallman, �tait une reconnaissance appropri�e pour ses innovations conceptuelles et techniques et leurs cons�quences sociales.
Le projet GNU et la Free Software Foundation, � qui il a donn� vie en 1985, n'�taient pas les seules sources d'id�es sur le logiciel libre. Plusieurs formes de copyright ont commenc� � se d�velopper dans la communaut� universitaire, pour la plupart autour de l'environnement Unix. L'universit� Berkeley de Californie a entam� la conception et l'impl�mentation d'une autre version d'Unix pour une libre distribution dans la communaut� universitaire. L'Unix BSD, tel que nous le connaissons maintenant, a aussi consid�r� l'Unix d'AT&T comme un standard conceptuel. Le code �tait largement distribu� et constituait un r�servoir d'outils et de techniques, mais les termes de sa licence limitaient la port�e de son utilisation, alors que l'�limination de code propri�taire sp�cifique au mat�riel de la distribution signifiait que personne ne pouvait vraiment construire un syst�me d'exploitation fonctionnel pour un ordinateur particulier � partir de BSD. D'autres travaux universitaires se sont aussi termin�s par des logiciels presque libres ; par exemple, l'interface graphique (ou GUI, pour Graphical User Interface) des syst�mes Unix, appel�e X Window System, a �t� cr��e au MIT et distribu�e avec le code source sur des termes permettant la libre modification. Et en 1989-1990, un �tudiant en informatique de l'universit� d'Helsinki, Linus Torvalds, a commenc� le projet qui a compl�t� le circuit et a vraiment impuls� de l'�nergie � la vision du logiciel libre.
Ce que Torvalds a fait �tait de commencer � adapter un outil informatique p�dagogique pour un usage r�el. Le noyau MINIX d'Andrew Tannenbaum[23] �tait une base des cours de syst�mes d'exploitation, fournissant un exemple de solutions de base � des probl�mes de base. Lentement, et d'abord sans en reconna�tre l'intention, Linus a commenc� � transformer le noyau MINIX en un vrai noyau Unix pour les processeurs Intel x86, qui fonctionnaient sur les ordinateurs personnels de base du monde entier. Au fur et � mesure que Linus commen�ait � d�velopper son noyau, qu'il appela Linux, il r�alisa que la meilleure mani�re de faire fonctionner le projet �tait d'ajuster ses d�cisions conceptuelles, afin que les composants GNU soient compatibles avec son noyau.
Le r�sultat du travail de Torvalds aboutit, en 1991, � la distribution sur le r�seau d'une esquisse de mod�le fonctionnel d'un noyau libre pour un syst�me d'exploitation sur PC semblable � Unix, enti�rement compatible, et m�me con�u de mani�re convergente pour l'�norme ensemble de composants syst�mes de haute qualit� cr��s par le projet GNU de Stallman et distribu�s par la Free Software Foundation. Puisque Torvalds a d�cid� de distribuer le noyau Linux sous la Licence G�n�rale Publique de la Free Software Foundation (sur laquelle je m'�tendrai plus bas), les centaines et finalement milliers de programmeurs � travers le monde qui ont d�cid� de contribuer par leurs efforts au d�veloppement futur du noyau pouvaient �tre s�rs que leurs efforts auraient pour r�sultat un logiciel perp�tuellement libre, que personne ne pourrait transformer en produit propri�taire. Tout le monde savait que d'autres personnes seraient capables de tester, d'am�liorer et de redistribuer leurs modifications. Torvalds acceptait les contributions volontiers, et avec un style g�nialement efficace a maintenu la direction globale sans refroidir l'enthousiasme. Le d�veloppement du noyau Linux a prouv� que l'Internet a rendu possible l'agr�gation d'ensembles de programmeurs bien plus grands que n'importe quel �diteur commercial ne pourrait se le permettre, rassembl�s de mani�re pratiquement non hi�rarchique dans un projet de d�veloppement faisant finalement intervenir plus d'un million de lignes de code source (une �chelle de collaboration entre des volontaires non pay�s et dispers�s g�ographiquement, auparavant inimaginable dans l'histoire humaine[24] ).
En 1994, Linux a atteint la version 1.0, repr�sentant un noyau utilisable en production. Le niveau 2.0 a �t� atteint en 1996. En 1998, avec le noyau � la version 2.2.0 et disponible non seulement pour les machines � base de x86 mais pour toute une vari�t� d'autres architectures de machines, GNU/Linux (la combinaison du noyau Linux et le bien plus grand corps des composants du projet GNU) et Windows NT �taient les deux seuls syst�mes d'exploitation du monde � gagner des parts de march�. Une �valuation interne � Microsoft de la situation a filtr� en octobre 1998 (et ult�rieurement reconnue comme authentique par la compagnie) concluait que � Linux repr�sente un UNIX qui sort du rang, en qui on fait confiance pour des missions d'applications critiques et (ce qui est en partie d� au code source [sic] ouvert) et qui a une cr�dibilit� sur le long terme qui exc�de celle de nombreux syst�mes d'exploitation comp�titifs. �[25] Les syst�mes GNU/Linux sont maintenant utilis�s � travers le monde, fonctionnant partout, faisant office de serveurs web dans des sites de commerce �lectronique majeurs ou en tant que clusters d�di�s � l'infrastructure r�seau de centres de paiement de banques. On trouve GNU/Linux dans la navette de l'espace ou m�me fonctionnant c�t� jardin chez (eh oui) Microsoft. Les �valuations de l'industrie sur la fiabilit� des syst�mes Unix ont montr� de mani�re r�p�t�e que Linux est de loin le noyau Unix le plus stable et le plus fiable, dont la fiabilit� est seulement d�pass�e par les outils GNU eux-m�mes. GNU/Linux ne d�passe pas seulement les versions propri�taires d'Unix pour les PC dans les tests de performances, mais est renomm� pour sa capacit� � fonctionner, sans perturbation et sans plainte, pendant des mois sur des environnements de haut volume et de haute sollicitation sans se planter.
D'autres composants du mouvement du logiciel libre ont �galement �t� couronn�s de succ�s. Apache, de loin le serveur web dominant, est un logiciel libre, de m�me que Perl, le langage de programmation qui est la langue v�hiculaire des programmeurs qui construisent des sites web sophistiqu�s. Netscape Communications distribue d�sormais son navigateur Netscape Communicator 5.0 en tant que logiciel libre, sous une licence proche de la Licence G�n�rale Publique de la Free Software Foundation. Des constructeurs de PC majeurs, ce qui inclut IBM, ont annonc� des projets de distribution de GNU/Linux ou sont d�j� en train en train de le distribuer en tant qu'option pour le client sur leurs PC de haut de gamme destin�s � une utilisation en tant que serveurs web ou de partage de fichiers. Samba, un programme qui permet aux ordinateurs GNU/Linux de se comporter en tant que serveurs de fichiers Windows NT, est mondialement utilis� comme une alternative � Windows NT Server, et lui ass�ne une comp�tition efficace � court terme dans son propre march� r�serv�. Gr�ce aux standards de la qualit� des logiciels qui ont �t� reconnus par l'industrie depuis des d�cennies (et dont la pertinence ininterrompue sera claire pour vous la prochaine fois que votre PC sous Windows se plantera), les nouvelles � la fin de ce si�cle ne sont pas ambigu�s. La corporation accumulant le plus de profits et la plus puissante au monde arrive de loin seconde, ayant tout exclut sauf le vrai vainqueur de la course. Le propri�tarianisme joint � la vigueur du capitalisme a d�truit toute comp�tition commerciale digne de ce nom, mais lorsqu'il est question de faire de bons logiciels, l'anarchisme gagne.
C'est une jolie histoire, et si seulement l'IPdro�de et l'�cononain n'avaient pas �t� aveugl�s par la th�orie, ils l'auraient vu venir. Mais comme certains d'entre nous y travaillaient et l'avaient pr�dite depuis des ann�es, les cons�quences th�oriques sont si subversives pour les cheminements de la pens�e qu'ils maintiennent nos nains et nos dro�des dans la situation confortable o� l'on pourrait difficilement les bl�mer d'avoir refus� de voir. Les faits prouvent qu'il y avait une erreur dans la m�taphore de � l'incitation � qui �taye les raisonnement classiques sur la propri�t� intellectuelle.[26] Mais ils ont fait plus. Ils ont fourni un aper�u initial du futur de la cr�ativit� humaine dans un monde d'interconnexion globale. Et ce n'est pas un monde fait pour les nains et les dro�des.
Mon argumentation, avant que nous ayons fait une pause pour nous rafra�chir dans le monde r�el, peut se r�sumer de cette mani�re: le logiciel (qu'il s'agisse de programmes ex�cutables, de musique, d'art visuel, de liturgie, d'armement etc.) consiste en des flux de bits, qui bien qu'essentiellement indistinguables sont trait�s par une multiplicit� d�routante de cat�gories l�gales. Cette multiplicit� est instable sur le long terme pour des raisons int�gr�es au processus l�gal. La diversit� instable des r�gles est caus�e par le besoin d'effectuer des distinctions entre les diff�rentes sortes d'int�r�ts sur les flux de bits. Ce besoin est principalement ressenti par ceux qui essayent d'obtenir du profit des formes socialement acceptables de monopole cr��es en traitant les id�es comme de la propri�t�. Ceux d'entre nous qui se soucient de l'in�galit� sociale et de l'h�g�monie culturelle cr��es par ce r�gime intellectuellement insatisfaisant et moralement r�pugnant sont hu�s. Ceux qui nous huent, les nains et les dro�des, croient que ces lois sur la propri�t� sont n�cessaires, non pas pour aspirer ouvertement � vivre dans le monde de Murdoch (bien qu'un petit peu de cooptation luxueuse soit toujours la bienvenue) mais parce que la m�taphore de la motivation, qu'ils ne prennent pas juste pour une image mais pour un argument, prouve que ces r�gles (en dehors de leurs cons�quences lamentables) sont n�cessaires si nous voulons �crire de bons logiciels. La seule fa�on de continuer � le croire est d'ignorer les faits. Au centre de la r�volution num�rique, avec des flux de bits qui rendent tout possible, les r�gimes propri�taristes ne rendent non seulement pas les choses meilleures, mais ils peuvent en plus rendre les choses radicalement pires. Les concepts de la propri�t�, quoi qu'on puisse leur reprocher, ne permettent pas (et en fait retardent) le progr�s.
Mais quelle est cette myst�rieuse alternative ? Le logiciel libre existe, mais quels sont ses m�canismes et comment se g�n�ralise-t-ils � travers une th�orie non propri�tariste de la soci�t� num�rique ?
Un mythe, qui comme la plupart des mythes est partiellement fond� sur la r�alit�, dit que les programmeurs de logiciels sont tous des libertaires. Ceux de droite sont des capitalistes, agripp�s � leurs stock-options et d�daignant les lois sur les imp�ts, les syndicats et les droits civils ; ceux de gauche ha�ssent le march� et les gouvernements, croient � l'encryption forte quel que soit le terrorisme nucl�aire que cela puisse causer[27] et n'aiment pas Bill Gates parce qu'il est riche. Cette croyance est sans doute fond�e. Mais la diff�rence la plus importante entre les courants politiques au sein de la cyber�lite et les courants politiques ext�rieurs est que dans la soci�t� du r�seau, l'anarchisme (ou plus correctement, l'individualisme anti-possessif) est une philosophie politique viable.
Le coeur du succ�s du mouvement du logiciel libre et la grande r�alisation de Richard Stallman n'est pas un logiciel. Le succ�s du logiciel libre, ce qui inclut l'�crasant succ�s de GNU/Linux, est le r�sultat de la possibilit� d'exploiter d'extraordinaires quantit�s d'efforts de grande qualit� pour des projets de taille immense et d'une complexit� profonde. Et cette possibilit� est � son tour le r�sultat du contexte l�gal dans lequel la main-d'oeuvre est mobilis�e. En tant qu'architecte visionnaire, Richard Stallman a cr�� plus qu'Emacs, GDB ou GNU. Il a cr�� la Licence Publique G�n�rale[28] .
La GPL[29] , aussi connue sous le nom de copyleft, utilise le copyright (pour paraphraser Toby Milsom) pour contrefaire le ph�nom�ne de l'anarchisme. Comme le pr�ambule de la licence l'exprime[30] :
Lorsque nous parlons de free software, nous entendons free dans le sens de libert�, et non pas de gratuit�. Notre licence est con�ue pour s'assurer que vous avez la libert� de distribuer des copies des programmes, gratuitement ou non, et que vous recevez ou pouvez obtenir le code source, que vous pouvez modifier les programmes ou en utiliser des parties dans d'autres programmes libres, en sachant que vous pouvez le faire.
Afin de prot�ger vos droits, nous devons faire des restrictions qui interdisent � quiconque de vous refuser ces droits ou de vous demander d'y renoncer. Ces restrictions vous imposent par cons�quent certaines responsabilit�s si vous distribuez des copies des programmes prot�g�s par la Licence Publique G�n�rale ou si vous les modifiez.
Par exemple, si vous distribuez des copies d'un tel programme, gratuitement ou non, vous devez transmettre aux utilisateurs tous les droits que vous poss�dez. Vous devez vous assurer qu'ils re�oivent ou qu'il peuvent se procurer le code source. Vous devez leur montrer cette licence afin qu'ils soient eux aussi au courant de leurs droits.
Plusieurs variantes de cette id�e de base du logiciel libre ont �t� exprim�es dans plusieurs licences de diff�rents types, comme je l'ai d�j� indiqu�. La GPL est diff�rente des autres mani�res d'exprimer ces valeurs sur un plan crucial. La section 2 de la licence en fournit un extrait pertinent:
Vous pouvez modifier votre copie ou vos copies du programme ou toute partie de celui-ci, ou travail bas� sur ce programme, et copier et distribuer ces modifications ou ce travail ..., � condition que vous vous conformiez �galement aux conditions suivantes :
...
b) C'est sous les termes de la Licence Publique G�n�rale que vous devez distribuer l'ensemble de toute r�alisation contenant tout ou partie du programme, avec ou sans modifications.
La section 2(b) de la GPL est parfois appel�e � restrictive �, mais son intention est de lib�rer. Elle cr�e un pot commun auquel chacun peut ajouter quelque chose mais duquel personne ne peut rien retirer. � cause du paragraphe 2(b), chaque contributeur d'un projet sous GPL est assur� qu'il poura, ainsi que tous les autres utilisateurs, ex�cuter, modifier et redistribuer le programme ind�finiment, que le code source sera toujours disponible et (contrairement aux logiciels commerciaux) que sa long�vit� ne pourra pas �tre limit�e par les contingences du march� ou les d�cisions des d�veloppeurs futurs. L'� h�r�dit� � de la GPL a parfois �t� critiqu�e comme un exemple du parti-pris anti-commercial du mouvement du logiciel libre. Rien ne peut �tre plus �loign� de la v�rit�. L'effet du paragraphe 2(b) est de rendre les distributeurs de logiciels libres meilleurs que les commerces du logiciel propri�taire. Pour confirmer ce point, on ne peut pas faire mieux que de le demander aux concurrents propri�taires. Comme l'auteur de la � note de service Halloween �, Vinod Vallopillil l'exprime:
La GPL et son aversion pour la s�paration divergente du code rassurent les clients sur le fait qu'ils ne s'engagent pas dans une impasse technologique en souscrivant � une distribution commerciale particuli�re de Linux.
L'� impasse technologique � est le coeur de l'argument du FUD logiciel[31] .
Traduit en Microlangue, cela signifie que la strat�gie par laquelle l'�diteur propri�taire dominant �loigne les clients des concurrents (en semant le doute, la peur et l'incertitude � propos de la viabilit� sur le long terme de leurs logiciels) n'est pas efficace sur les logiciels sous GPL. Les utilisateurs de code sous GPL, ce qui inclut ceux qui ach�tent des logiciels et des syst�mes � un distributeur commercial, savent que les am�liorations futures et les corrections seront accessibles par les pots communs et n'ont pas besoin d'avoir peur de la disparition de leur fournisseur ou que quelqu'un utilisera une am�lioration attractive ou une r�paration d�sesp�r�ment n�cessaire comme un moyen de � s'approprier le programme �.
Cette utilisation des r�gles de la propri�t� intellectuelle pour cr�er un pot-commun dans le cyber-espace est la structure institutionnelle permettant le triomphe anarchiste. Garantir l'acc�s libre et permettre la modification � chaque �tape du processus signifie que l'�volution du logiciel s'effectue selon le mode rapide Lamarckien: chaque caract�ristique favorable acquise du travail des autres peut �tre directement h�rit�e. D'o� la vitesse avec laquelle le noyau Linux, par exemple, d�passa tous ces pr�d�cesseurs propri�taires. Comme la d�fection est impossible, les cavaliers seuls sont les bienvenus, ce qui r�sout un des casse-t�te centraux des actions collectives dans un syst�me social propri�tarien.
La production non-propri�tarienne est aussi directement responsable de la fameuse stabilit� et de la robustesse du logiciel libre, qui �merge de ce qu'�ric Raymond appelle � la loi de Linux �: avec suffisamment d'yeux, tous les bugs disparaissent. D'un point de vue pratique, l'acc�s au code source signifie que si j'ai un probl�me, je peux le r�soudre. Comme je peux le r�soudre, je n'ai pratiquement jamais � le faire car quelqu'un d'autre l'a pratiquement toujours vu et r�solu avant.
Pour la communaut� du logiciel libre, l'engagement � la production anarchiste peut �tre un imp�ratif moral ; comme Richard Stallman l'a �crit, il s'agit de libert�, pas de prix. Ou il pourrait s'agir d'utilit�, de chercher � produire de meilleurs logiciels que les modes de travail propri�tariens n'autoriseront jamais. Du point de vue du dro�de, le copyleft repr�sente la perversion de la th�orie, mais il r�sout les probl�mes de l'application du copyright aux caract�ristiques fonctionnelles et expressives inextricablement m�l�es des programmes d'ordinateur mieux que tous les autres propositions � travers les d�cennies pass�es. Qu'il produise des logiciels meilleurs que son oppos� n'implique pas que les r�gles traditionnelles du copyright devraient �tre d�sormais interdites � ceux qui veulent poss�der et commercialiser des produits logiciels inf�rieurs ou (plus charitablement) ceux dont les produits sont trop limit�s en attrait pour la production commune. Mais notre histoire devrait servir d'avertissement pour les dro�des: le monde du futur aura peu de relation avec le monde du pass�. Les lois se penchent aujourd'hui dans les deux directions. Les entreprises propri�taires d'� ic�nes culturelles � et d'autres capitaux qui cherchent des termes encore plus longs pour les auteurs de l'entreprise, en convertissant le � temps limit� � de l'article I, �8 en une propri�t� fonci�re disponible ont naturellement sifflot� de la musique � l'oreille de l'andro�de[32] . Apr�s tout, qui ach�te aux dro�des leurs places de concert ? Mais comme la conception propri�tarienne cherche � s'inclure encore plus fort dans une conception du copyright lib�r�e des probl�mes mineurs tels que les clauses de terminaison et d'usage loyal, au centre m�me de notre syst�me du � logiciel culturel �, la contre-attaque anarchiste a commenc�. Le pire est encore d'arriver aux dro�des, comme nous le verrons. Mais d'abord, nous devons nous acquitter de nos devoirs finaux envers les nains.
Apr�s tout, ils m�ritent une r�ponse. Pourquoi des personnes font des logiciels libres s'ils n'en tirent pas de profit ? On a habituellement donn� deux r�ponses. Une est � moiti� vraie et la deuxi�me est fausse, mais les deux sont insuffisamment simples.
La r�ponse fausse est inscrite dans de nombreuses r�f�rences � la � culture hacker du partage �. Cette utilisation du jargon ethnographique commen�ait � �tre commune dans le domaine, il y a quelques ann�es, et est devenue rapidement, si ce n'est trompeuse, du moins omnipr�sente. Cela nous rappelle seulement que les �conom�retriciens[33] ont tellement corrompu notre processus de r�flexion que toute forme de comportement �conomique non marchand semble �gal � tout autre sorte. Mais l'�change de dons, comme l'�change r�ciproque du march� est une institution propri�tarienne. La r�ciprocit� est centrale � ces r�glements symboliques de d�pendance mutuelle et si les ignames ou le poisson ne font pas le m�me poids, il y a un probl�me. Le logiciel libre, au risque de le r�p�ter, est un pot commun : aucune r�ciprocit� rituelle n'est r�glement�e ici. Quelques personnes donnent du code que d'autres vendent, utilisent, modifient ou y en empruntent le principal afin d'en tirer des parties pour quelque chose d'autre. Malgr� le tr�s grand nombre de contributeurs � GNU/Linux (des dizaines de milliers tout au plus), c'est un ordre de grandeur inf�rieur au nombre d'utilisateurs qui ne contribuent pas de toute fa�on[34]
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