
Agir pour que la prise de parole des femmes devienne au moins �galitaire � celle des hommes
Date : dimanche 23 avril 2006 @ 17:41:35 :: Sujet : Patriarcat
I / Le constat : Les femmes prennent moins la parole que les hommes dans les assembl�es publiques ou militantes. La solution peut sembler simple : il suffit qu�elles apprennent � le faire et gagnent en confiance en elles et qu�elles s�affirment. Des formations proposent ce type de d�marche.
� Confiance et affirmation de soi pour r�pondre � l�agressivit�. Comment se faire entendre, comment ma�triser ses sentiments, comment prendre la parole devant un auditoire, comment r�pondre aux questions inattendues. Des techniques et des m�thodes existent. Cette formation vous permettra d�aborder de nombreuses situations professionnelles ou personnelles dans les meilleures conditions.
Ma�trise de l��crit pour mieux communiquer. La ma�trise de l��crit est un atout majeur pour transmettre ses id�es, que ce soit par �crit ou oralement. En quelques heures seulement, vous serez � m�me de structurer et de pr�senter une communication (discours, note, m�mento) et de prendre des notes avec efficacit�. � Extrait d�une pr�sentation d�une formation payante.
Outre le fait que nous pouvons certainement organiser cela nous-m�mes, nous ne pouvons pas occulter qu�il s�agit d�un effet de la domination des hommes sur les femmes.
� � propos du concept de domination, ne pourrait-on dire qu�il y a une dimension de pouvoir qui n�existe pas dans la question des in�galit�s ? Pour le dire autrement, les femmes aujourd�hui, subissent de tr�s fortes in�galit�s ,mais remettent fortement en cause - au moins partiellement - la domination au sens prise de pouvoir dont elles se sentent l�objet, qu�il se soit exprim� par l�exclusion pure et simple (du droit de vote, de certaines fili�res de formation et d�emploi), par la minorisation ou par le fait de ne pas prendre la parole soi-m�me. � Extrait d�un texte o� est abord�e la question de la domination constamment renouvel�e.
Nous pouvons savoir que la domination machiste est sociale et qu�elle est install�e au niveau intime de chaque humain. En cons�quence, nous savons que pour avancer, il faut � la fois agir collectivement en public et faire un travail personnel.
II / Les repr�sentations sociales. Les repr�sentations sociales sont fondamentales. Leur int�riorisation va de pair avec leur invisibilit�. En questionnant les r�les, les mod�les, il est possible de d�construire les images identificatoires : Les exemples les plus connus : femme = m�re : charg�e de la cuisine et des enfants, femme = objet sexuel : les femmes dans la publicit�, etc... Le tableau ci-dessous consigne quelques-unes de ces oppositions : Masculin | F�minin | Actif | Passif | Fort | Faible | Ext�rieur | Int�rieur | Public | Priv� | Sexuel | Romantique Sentimental | Etc � | Etc � |
Le genre (le sexe social) est une construction sociale, ce formatage entre en concordance avec la structuration psychique individuelle. Celle-ci agit en partie de fa�on inconsciente. C�est au niveau intime que nous sommes devenu/es � femme � ou � homme �. Les femmes ont tendance � se sous-estimer. Elles n�ont pas forc�ment confiance en elles. L�habitus social de la domination machiste fait que, dans la sph�re publique, elles prennent souvent en main les t�ches passives, ou peu valoris�es, beaucoup font le secr�tariat, par exemple.
III / Quelques m�thodes utilis�es pour inf�rioriser les femmes :
Ulrika Eklund, dans le cadre de son travail de formatrice, en rel�ve quelques-unes :
� Rendre l�autre invisible,
� Rendre l�autre ridicule,
� Faire de la r�tention d�informations ,
� Afficher une indiff�rence permanente,
� Accabler l�autre de culpabilit� et de honte.
Le texte sur la � langue macho � recense ces m�thodes , certains points sont identiques aux pr�c�dents :
� Jouer au � solutionneur � de probl�mes :
�tre toujours celui qui donne la r�ponse ou la � solution � �, avant que les autres n�aient eu quelque opportunit� de contribuer � l��change.
� Monopoliser le crachoir : Parler trop souvent, trop longtemps et trop fort.
� Parler en � majuscules � : Pr�senter ses opinions et ses solutions comme le point final sur tout sujet, attitude renforc�e par le ton de la voix et l�attitude physique.
� Attitude de combat : R�pondre � toute opinion contraire � la sienne, comme s�il s�agissait d�une attaque personnelle.
� Couper les cheveux en quatre : Soulever chaque imperfection des interventions des autres et une exception � chaque g�n�ralit� �nonc�e.
� Diriger la sc�ne : Prendre continuellement la responsabilit� des t�ches cl�s avant que les autres n�aient la chance de se porter volontaires.
� Reformuler : Reprendre en ses propres mots ce qu�une personne (le plus souvent une femme) vient de dire de fa�on parfaitement claire. Embarquer sur la conclusion d�une intervention pour la r�cup�rer � ses propres fins (ph�nom�ne du � recouvrement �).
� Chercher les feux de la rampe : Se servir de toutes sortes de stratag�mes, de mises en sc�ne, pour attirer un maximum d�attention sur soi, ses id�es, etc.
� Rabaisser : Commencer ses phrases avec des effets du genre : � auparavant je croyais cela, mais maintenant... � ou � comment peux-tu en venir � dire que... �
� Parler pour les autres : Faire de ses opinions la voix d�une collectivit� pour leur donner plus de poids : � beaucoup d�entre nous pensons que... �. Interpr�ter � ses fins ce que disent les autres : � ce qu�elle veut dire, en fait, c�est que ... �
� Faire du � forcing � : Imposer comme seuls valables la t�che et le contenu, en �loignant le groupe de l��ducation de chacun-e, ainsi que d�une attention au processus de travail collectif et � la forme des productions.
� D�placer la question : Ramener le sujet de la discussion � quelque th�me que l�on ma�trise, de fa�on � briller en donnant libre cours � ses dadas.
� N�gativisme : Trouver quelque chose d�incorrect ou de probl�matique � tout sujet ou projet abord�.
� N��couter que soi : Formuler mentalement une r�ponse d�s les premi�res phrases de la personne qui parle, ne plus �couter � partir de ce moment et prendre la parole � la premi�re occasion.
� Intransigeance et dogmatisme : Affirmer une position finale, sur un ton indiscutable, m�me � propos de sujets mineurs.
� Jouer � la hi�rarchie : S�accrocher � des positions de pouvoir formelles et leur donner plus d�importance qu�il ne faut.
� �viter toute �motion : Intellectualiser, blaguer ou opposer une r�sistance passive lorsque vient le temps d��changer des sentiments personnels.
� Condescendance et paternalisme : Infantiliser les femmes et les nouveaux arrivants. phrase typique : � maintenant, est-ce qu�une des femmes a quelque chose � ajouter ? �
� Draguer : Traiter les femmes avec s�duction, se servir de la sexualit� pour les manipuler. humour ambigu, pro-f�minisme de fa�ade.
� Jouer au coq : Aller chercher l�attention et le soutien des femmes en entrant en comp�tition avec les hommes face � elles.
� Tendance � l�instrumentalisation tr�s d�velopp�e : Concentrer jalousement les informations cl�s du groupe entre ses mains pour son propre usage et profit.
L�origine de ce texte : � La langue "macho" par "Overcoming Masculine Oppression in Mixed Groups" Paru en 1977 dans WIN Magazine ("Workshops in Nonviolence"), il est attribu� � Bill Moyer et Alan Tuttle, des activistes pacifistes de Philadelphie. Il sera ensuite publi� � plusieurs reprises, notamment dans le "Civil Disobedience Campaign Handbood" (NYC), et "Off Their Backs--understanding & fighting sexism : A call to men overcoming masculine oppression in mixed groups". Sa version qu�b�coise est l'oeuvre de Philippe Duhamel et de Martin Dufresne, du Collectif masculin contre le sexisme. Texte trouv� sur la page : Elle est pr�sente sur IV / Les moyens que l�on peut mettre en �uvre dans toute la soci�t� : Il est n�cessaire de d�velopper la notion de � genre social � pour le rendre visible et faire en sorte que ce concept devienne banal. Nous pouvons donc essayer de rendre visibles les femmes, de mettre en lumi�re publiquement la domination des femmes. Nous sommes capables de faire un travail afin pour rendre �vident les implicites int�rioris�s de la domination machiste. F�miniser les textes est une solution, que tout le monde peut mettre en �uvre. Il existe plusieurs fa�ons de le faire. La langue est un enjeu important dans le fonctionnement de la domination masculine. En employant le mot � personne � ou � humain � pour parler de tous les humains, nous ne parlons plus seulement des hommes. Nous devons voir l�importance symbolique li�e � ces changements. Nous pouvons amener les hommes � remarquer la banalit� de leur domination dans leurs comportements, leurs attitudes et leurs mots. Pour ne plus reproduire une des bases du pouvoir machiste, on peut diffuser l�information et toute l�information aux femmes. Ne pas prendre la parole au nom des autres, en particulier des femmes, est une marque de respect, qui permet de ne plus occulter leur existence, Etc � V / Quelques �l�ments pour notre militance.Le probl�me se pose dans notre vie militante pour deux raisons, au moins, qui sont la cons�quence de la domination machiste. La parole des femmes est un � je � difficile � faire entendre, comme le dit Mich�le Riot-Sarcey. Un certain nombre d�hommes prennent la parole facilement en public. L�absence de tour de parole favorise les plus forts, c�est-�-dire les hommes. Le texte sur � La jungle des militants proph�tes � le d�crit tr�s bien. Avoir ces exigences n�est pas insurmontable. Cela demande un effort, il faut sans doute avoir une attitude volontariste pour inverser la tendance. Nous pouvons essayer d�arriver � la parit� dans les postes de responsabilit� et dans la ma�trise des techniques utilis�es pour militer. Nous devons r�fl�chir � des syst�mes pr�f�rentiels pour encourager les femmes � prendre la parole, � la mise en �uvre de m�thodes de discriminations positives. Il est possible d�organiser le tour de parole, afin que les personnes membres des groupes domin�s puissent s�exprimer correctement. Il est n�cessaire de donner le temps � ces personnes de parler, m�me si cela est plus long que d�habitude. Nous pouvons mettre en place une mod�ration, qui donne la parole aux femmes avant les hommes. Nous devons accorder une priorit� de parole aux femmes. � terme, nous prendrons l�habitude d�instaurer une mod�ration qui veille � cela. Il faut le dire et le redire ... Une fois que des progr�s ont �t� faits, il sera possible de donner la parole en alternance homme / femme. Nous devons veiller � ne pas couper la parole, une fa�on de faire, qui est une violence machiste banale. Pour ne plus nier leur pr�sence, il est important de ne pas parler � la place des femmes. Nous devons encourager les personnes en situation de domination � apprendre � s�exprimer, � classer leurs id�es, � argumenter, � s�entra�ner et � faire des �valuations pour voir comment tout cela progresse. Etc �. VI / Les groupes non mixtes, une n�cessit� � soutenir.Contre l�inf�riorit�, la peur, la soumission... la parole des femmes doit pouvoir s�exprimer dans des groupes de femmes. L�existence d�espaces non-mixtes est une des conditions de la lutte f�ministe. Il est possible d�utiliser le th��tre-forum, comme le Th��tre de l�Opprim�, pour apprendre � avoir confiance en soi et � prendre la parole en public. Nous devons favoriser la cr�ation et le fonctionnement des r�seaux de femmes pour que l�expression f�ministe devienne plus forte et plus facile. VII / Nous pouvons reprendre certaines m�thodes propos�es en Am�rique du Nord.Voici quelques fa�ons concr�tes propos�es pour prendre nos responsabilit�s, pour sortir de la �langue macho � du sexisme ordinaire.
� � N�interrompre personne : On a remarqu� que dans un groupe mixte, pr�s de 100% des interruptions �taient le fait des hommes. Un bon exercice � tenter est de se donner une pause de quelques secondes entre chaque intervention.
� Offrir une bonne �coute : Il est aussi important de bien �couter que de bien parler, autrement autant parler tout seul chez soi. Bien �couter ne signifie pas qu�il faille se retirer lorsqu�on ne parle pas. Au contraire, �couter attentivement est aussi une forme de participation.
� Recevoir et donner du soutien : L�entraide est essentielle dans un groupe o� certaines personnes cherchent � reconna�tre et � mettre fin � leurs �formes [patterns] de contr�le des autres �. Chacun des membres du groupe doit prendre ses responsabilit�s en ce sens afin d��viter que ce ne soit toujours le r�le des femmes. Cette prise en charge permettra aussi aux femmes de sortir de leur r�le traditionnel, qui les forces g�n�ralement � prendre soin des besoins des hommes en ignorant les leurs.
� Cesser de parler en r�ponses / solutions : On peut communiquer ses opinions et ses id�es de fa�on convaincue, mais non-comp�titive face � celles des autres. On n�est pas oblig� de parler de tous les sujets, ni d�exprimer chacune des id�es qui nous viennent, surtout en grand groupe.
� Ne rabaisser personne : Apprendre � se surveiller pour s�arr�ter au moment, o� on s�appr�te � attaquer quelqu�un-e. Se demander, par exemple : � Qu�est-ce que je ressens exactement ? Pourquoi est-ce que je ferais cela ? De quoi ai-je vraiment besoin ? Qu�est-ce qui profitera le mieux au groupe ? �.
� D�tendre l�atmosph�re, rester cool, relax : Le groupe peut tr�s bien se passer de nos petites attaques d�anxi�t�. Il s�en portera d�autant mieux.
� Interrompre les sch�mas d�oppression : Il appartient � chacun(e) de nous de prendre d�s maintenant la responsabilit� d�interrompre, chez un coll�gue ou un ami, un comportement d�oppression qui nuit aux autres et qui paralyse le propre d�veloppement de cette personne. Ce n�est pas de l�amiti� que de permettre � qui que ce soit de dominer ceux et celles qui l�entourent. Apprenons � ajouter un peu de franchise et d�exigence � nos rapports d�amiti�. �
La source de ce texte : http://www.avarap06.org/article.php3?id_article=57ou VII / Savoir que la vigilance est n�cessaire. Les acquis sont toujours fragiles, ils peuvent �tre remis en cause, la notion de �backlash� en rend compte (cf. le livre de Susan Faludi �Backlash� publi� aux Editions des Femmes en 1993, avec comme sous-titre �La guerre froide contre les femmes�).Le terme � backlash � vient des USA, il veut dire � revanche �, c�est la r�action machiste, qui attaque les femmes et les f�ministes en particulier. La reproduction de la domination fonctionne de fa�on permanente. Il faut donc reprendre sans cesse cette lutte contre la domination machiste. Elle n�est jamais achev�e et il est possible qu�elle ne le soit jamais.
Ce document a �t� r�alis� � la demande de Marilyne Anatole, qui constate la difficult� � parler des femmes dans les r�unions de la CNT 44. Ce constat est valable pour beaucoup de lieux militants. Ce texte peut �tre accompagn� d�annexes, qui donnent quelques explications sur la fa�on dont les femmes sont domin�es et comment certaines pistes sont propos�es pour essayer de faire �voluer la situation. Philippe Coutant, Nantes le 31 Octobre 2003 Ce document a �t� r�alis� � la demande de Marilyne Anatole, qui constate la difficult� � parler des femmes dans les r�unions de la CNT 44. Ce constat est valable pour beaucoup de lieux militants. Ce texte peut �tre accompagn� d�annexes, qui donnent quelques explications sur la fa�on dont les femmes sont domin�es et comment certaines pistes sont propos�es pour essayer de faire �voluer la situation.
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