ETIEVIANT (Georges) - D�clarations

Date : dimanche 08 janvier 2006 @ 16:26:13 :: Sujet : Manifestes

Publications des � TEMPS NOUVEAUX � - N�8 - 4�me edition de 1898



NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Nous donnons ici la liste, tr�s incompl�te, des �ditions de la D�claration d��ti�vant :

D�fense d��ti�vant (placard), imprimerie A. Berio, 9, rue Rodier, paris 1892. D�clarations d��ti�vant, publies dans trois num�ros de La R�volte, en octobre 1892, - et en brochure, Paris, 1893, aux bureaux de La R�volte.

Un anarchiste devant les tribunaux, �dition de la biblioth�que des Temps Nouveaux, Bruxelles, 1892.

Traduction italienne dans le Sempre Avanti, de Livourne et l�Ordine de Torino, en octobre et en novembre 1892.

Traduction anglaise dans le commonweal de Londres - 1892 - et en brochure, Londres, 1895.

Traduction espagnole, Declaraciones de J. Etievant, publi�e par le groupe La Expropriacion de Buenos-Ayres, janvier 1895.

Traduction portugaise, Jorge �ti�vant : A minha Defeza dans Bibliotheca anarchista, publi�e par le journal A Revolta de Lisbonne, 1892.

Traduction hollandaise dans De anarchist, La Haye, 1892.

On conna�t les derniers �v�nements qui ont amen�, � nouveau, notre camarade �ti�vant sous le coup d�une condamnation � mort.

En publiant cette quatri�me �dition fran�aise de sa noble D�claration, nous lui envoyons de tout coeur l�expression de notre solidarit� et de notre cordiale affection.


A la suite du vol de dynamite � Soisy-sous Etiolles, les camarades Faugoux, Chalbret, Drouhet et Eti�vant furent poursuivis devant la cour d�assises de Versailles.

Le camarade Etievant devait lire au public les d�clarations suivantes, mais le tribunal s�empressa de lui �ter la parole.

Les journaux bourgeois en donn�rent, d�une fa�on tr�s incompl�te, une partie qui fut reproduite par la R�volteet donna lieu � la lettre suivante, du p�re de notre camarade :


� Clichy, le 22 octobre 1892 � Camarade,

� Ainsi que je vous l�avais promis, je vous adresse la premi�re partie des � D�clarations � de mon fils Georges, d�autant plus n�cessaires qu�elle �lucide la seconde, qui, malgr� les bourdeset irr�gularit�ssignal�es, a encore son cachet et sa valeur particuli�re. Vos lecteurs, g�n�ralement �clair�s, comprendront sans doute sans trop de peine la pens�e, quelquefois mal rendue par la Cocarde.

� Cette premi�re partie est certifi�e ne varietur,conforme � l�original. Seulement je vous rappelle que le tout devait �tre revu par Georges qui m�a dit n�avoir donn� pour ainsi dire qu�un canevas, un sommaire, dont il avait le d�veloppement en t�te.

� Votre tout d�vou�. � ETI�VANT p�re. �


Voici donc le texte complet du travail de notre compagnon.


I

Aucune id�e n�est inn�e en nous : elles nous viennent toutes � l�aide des sens, du milieu dans lequel nous vivons. Cela est si vrai que s�il nous manque un sens, nous ne pouvons nous faire aucune id�e des faits correspondants � ce sens. Par exemple, jamais un aveugle de naissance ne pourra se faire une id�e de la diversit� des couleurs, parce qu�il manque de la facult� n�cessaire pour percevoir le rayonnement des objets. En outre, suivant nos aptitudes, que nous apportons en naissant, nous poss�dons, soit dans un ordre d�id�es, soit dans un autre, une plus ou moins grande facult� d�assimilation provenant de la plus ou moins grande facult� de r�ceptivit� que nous avons � ce sujet. C�est ainsi, par exemple, que les uns apprennent facilement les math�matiques, et que d�autres ont une aptitude plus grande pour la linguistique. Cette facult� d�assimilation qui est en nous peut se d�velopper dans une proportion variant � l�infini de chacun � chacun, par suite de la multiplicit� de sensations analogues per�ues.

Mais, de m�me que si nous nous servons presque exclusivement de nos bras, ceux-ci acquerront une plus grande force aux d�pens d�autres membres ou parties de notre corps et deviendront plus aptes � remplir leur r�le � mesure que les autres le seront moins ; de m�me, plus notre facult� d�assimilation s�exercera par suite de la multiplicit� des sensations analogues d�velopp�es dans un ordre d�id�es, plus, relativement � l�ensemble de nos facult�s, nous pr�senterons de force de r�sistance � l�assimilation d�id�es venant d�un ordre inverse. C�est ainsi que, si nous sommes arriv�s � croire telle chose ou telle id�e v�ritable et bonne, toute id�e contraire nous choquera et que nous pr�senterons � son assimilation une tr�s grande force de r�sistance, alors qu�elle para�tra � un autre si naturelle et si juste qu�il ne pourra se figurer que, de bonne foi, l�on puisse penser autrement. De tous ces faits nous avons chaque jour des exemples, et je ne crois pas que l�on en conteste s�rieusement l�authenticit�. Ceci pos� et admis, et comme tout acte est le r�sultat d�une ou plusieurs id�es, il devient �vident que pour juger un homme, pour arriver � cona�tre la responsabilit� d�un individu dans l�accomplissement d�un acte, il faut pouvoir conna�tre chacune des sensations qui ont d�termin� l�accomplissement de cet acte, en appr�cier l�intensit�, savoir qu�elle facult� de r�ceptivit� ou quelle force de r�sistance chacune a pu rencontrer en lui, ainsi que le laps de temps pendant lequel il aura �t� soumis � l�influence de chacune d�abord, de plusieurs ensuite, et de toutes apr�s.

Or, qui vous donnera la facult� de percevoir et de sentir ce que les autres per�oivent et ressentent, ou ont per�u et ressenti ? Comment pourrez-vous juger un individu si vous ne pouvez conna�tre exactement les causes d�terminantes de ses actes ? Et comment pourrez-vous cona�tre ces causes et toutes ces causes, ainsi que leur relativit� entre elles, si vous ne pouvez p�n�trer dans les arcanes de sa mentalit� et vous identifier � lui de fa�on � conna�tre son moi parfaitement ? Mais il faudrait pour cela conna�tre son temp�rament mieux que l�on ne conna�t souvent le sien propre ; bien plus : avoir un temp�rament semblable, se soumettre aux m�mes influences, vivre dans le m�m milieu pendant le m�me laps de temps, seul moyen de se rendre compte du nombre et de la force des influences de ce milieu, comparativement � la facult� d�assimilation que ces influences ont pu rencontrer en cet individu.

Il y a donc impossibilit� de juger nos semblables, r�sultant de l�impossibilit� o� nous sommes de conna�tre exactement les influences auxquelles ils ob�issent et leur force des sensations d�terminantes de leurs actes, comparativement � leurs facult�s d�assimilation ou � leur force de r�sistance. Mais si cette impossibilit� n�existait pas, nous n�arriverions au plus qu�� nous rendre un compte exact du jeu des influences auxquelles ils auraient ob�i, de la relativit� qu�il y a entre elles, de la plus ou moins grande force de r�sistance qu�ils auraient � leur opposer, de leur plus ou moins de puissance de r�ceptivit� � subir ces influences ; mais nous ne pourrions pas pour cela conna�tre leur responsabilit� dans l�accomplissement d�un acte, par cette bonne et magnifique raison que la responsabilit� n�existe pas.

Pour bien se rendre compte de la non-existence de la responsabilit�, il suffit de consid�rer le jeu des facult�s intellectuelles chez l�homme. Pour que la responsabilit� exist�t, il faudrait que la volont� d�termin�t les sensations, de m�me que celles-ci d�terminent l�id�e, et celles-l� l�acte. Mais bien au contraire, ce sont les sensations qui d�terminent la volont�, qui lui donnent naissance en nous et qui la dirigent. Car la volont� n�est que le d�sir que nous avons de l�accomplissement d�une chose destin�e � satisfaire un de nos besoins, c�est-�-dire � nous procurer une sensation de plaisir, � �loigner de nous une sensation de douleur, et, par cons�quent, il faut que ces sensations soient ou aient �t� per�ues pour que naissent en nous la volont�. Et la volont�, cr��e par les sensations, ne peut �tre chang�e que par de nouvelles sensations, c�est-�-dire qu�elle ne peut prendre une autre direction, poursuivre un autre but, que si des sensations nouvelles font na�tre en nous un nouvel ordre d�id�es ou modifient en nous l�ordre d�id�es pr�existant. Cela a �t� reconnu de tous temps et vous le reconnaissez vous-m�mes tacitement, car, en somme, faire plaider devant vous le pour et le contre, n�est-ce pas prouver que des sensations nouvelles, vous arrivant par l�organe de l�ou�e, peuvent faire na�tre en vous la volont� d�agir d�une fa�on ou d�une autre, ou modifier votre volont� pr�existante ? Mais, comme je l�ai dit en commen�ant, si l�on est habitu�, par suite d�une longue succession de sensations analogues, � consid�rer telle chose ou telle id�e comme bonne et juste, toute id�e contraire nous choquera, et nous pr�senterons � son assimilation une tr�s grande force de r�sistance.

C�est pour cette raison que les personnes �g�es adoptent moins facilement les id�es nouvelles, attendu que dans le cours de leur existence elles ont per�u une multiplicit� de sensations �manant du milieu dans lequel elles ont v�cu, et qui les ont ammen�es � consid�rer comme bonnes les id�es conformes � la conception g�n�rale de ce milieu sur le juste et l�injuste. C�est aussi pour cette raison que la notion du juste et de l�injuste a sans cesse vari� dans la cours des si�cles, que, de nos jours encore, elle diff�re �trangement de climat � climat, de peuple � peuple, et m�me d�homme � homme. Et, comme ces diverses conceptions ne peuvent �tre que relativement justes et bonnes, nous devons en conclure qu�une grande portion, sinon la totalit� de l�humanit�, erre encore � ce sujet. C�est ce qui nous explique �galement pourquoi tel argument qui emportera la conviction de l�un, laissera l�autre indiff�rent.

Mais d�une fa�on ou d�une autre, celui que l�argument aura frapp� ne pourra pas faire que sa volont� ne soit d�termin�e dans un sens, et celui que l�argument aura laiss� indiff�rent ne pourra pas faire que sa volont� ne reste la m�me, et par cons�quent l�un ne pourra s�emp�cher d�agir d�une fa�on et l�autre d�une fa�on contraire, � moins que de nouvelles sensations ne viennent modifier leur volont�.

Bien que cela ait l�air d�un paradoxe, nous ne faisons aucun acte bon ou mauvais, si minime soit-il, que nous ne soyons forc�s de faire, attendu que tout acte est le r�sultat de la relativit� qu�il y a entre une ou plusieurs sensations nous venant du milieu dans lequel nous vivons, et la plus ou moins grande facult� d�assimilation qu�elle peut rencontrer en nous. Or, comme nous ne pouvons �tre responsables de la plus ou moins grande facult� d�assimilation qui est en nous, relativement � un ordre de sensations ou � un autre, ni de l�existence ou de la non-existence des influences provenant du milieu dans lequel nous vivons et des sensations qui nous en viennent, pas plus que de leur relativit� et de notre plus ou moins grande facult� de r�ceptivit� ou de r�sistance, nous ne pouvons �tre responsables non plus du r�sultat de cette relativit�, attendu qu�elle est non seulement ind�pendante de notre volont�, mais encore qu�elle en est d�terminante. Donc, tout jugement est impossible et toute r�compense, comme toute punition, est injuste, si minime soit-elle, et quelque grand que puisse �tre le bienfait ou le m�fait.

On ne peut donc pas juger les hommes, ni m�me les actes, � moins d�avoir un criterium suffisant. Or, ce criterium n�existe pas. En tout cas, ce n�est pas dans les lois qu�on pourrait le trouver, car la vrai justice est immuable et les lois sont changeantes. Il en est des lois comme de tout le reste. Car, si ces lois sont bonnes, � quoi bon des d�put�s et des s�nateurs pour les changer ? Et, si elles sont mauvaises, � quoi bon des magistrats pour les appliquer ?


II

Par le fait m�me de sa naissance, chaque �tre a le droit de vivre et d��tre heureux, Ce droit d�aller, de venir librement dans l�espace, le sol sous les pieds, le ciel sur la t�te, le soleil dans les yeux, l�air dans la poitrine, - ce droit primordial, ant�rieur � tous les autres droits, imprescriptible et naturel, - on le conteste � des millions d��tres humains. Ces millions de d�sh�rit�s auxquels les riches ont pris la terre - notre m�re nourrici�re � tous - ne peuvent faire un pas � droite ou � gauche, manger ou dormir, jouir en un mot de leurs organes, satisfaire leurs besoins et vivre, qu�avec la permission d�autres hommes ; leur vie est toujours pr�caire, � la merci des caprices de ceux qui sont devenus leurs ma�tres. Ils ne peuvent aller et venir dans le grand domaine humain sans, � chaque pas, rencontrer une barri�re, sans �tre arr�t�s par ces mots : n�allez pas dans ce champ, il est � un tel ; n�allez pas dans ce bois, il appartient � celui-ci, ne cueillez pas ces fruits, ne p�chez pas ces poissons, ils sont la propri�t� de celui-l�.

Et s�ils demandent : Mais, alors, nous autres, qu�avons-nous donc ? Rien, leur r�pondra-t-on. Vous n�avez rien - et tout petits d�j�, au moyen de la religion et des lois, on, aura fa�onn� leur cerveau pour qu�ils acceptent sans murmure cette criante injustice.

Les racines des plantes s�assimilent le suc de la terre, mais le produit n�en est pas pour vous, leur dit-on. La pluie vous mouille comme les autres, mais ce n�est pas pour vous qu�elle fait cro�tre les r�coltes, et le soleil ne rayonne que pour dorer des bl�s et m�rir des fruits dont vous ne go�terez pas. La terre tourne autour du soleil et pr�sente alternativement chacune de ses faces � l�influence vivifiante de cet astre, mais ce grand mouvement ne se fait pas au profit de toutes les cr�atures, car la terre appartient. aux uns et pas aux autres, des hommes l�ont achet�e avec leur or et leur argent. Mais par quels subterfuges, puisque l�or et l�argent sont contenus dans la terre avec ces m�taux ?

Comment se fait-il qu�une partie du tout puisse valoir autant que le tout ? Comment se fait-il s�ils ont achet� la terre avec leur or, qu�ils aient encore tout l�or ? Myst�re !

Et ces for�ts immenses ensevelies depuis des millions de si�cles par des r�volutions g�ologiques, ils ne peuvent les avoir achet�es, ni en avoir h�rit� de leurs p�res puisque alors il n�y avait encore personne sur la terre ! C�est � eux tout de m�me, car, depuis les entrailles de la terre et le fond de t�oc�an jusqu�aux plus hauts sommets des grands monts, tout leur appartient - c�est. pour que celui-ci puisse donner une dot � sa fille que ces for�ts ont pouss� jadis ; c�est pour que celui-l� puisse donner un h�tel � sa ma�tresse que les r�volutions g�ologiques ont eu lieu. - Et c�est pour qu�ils puissent sabler le champagne que ces for�ts se sont lentement converties en houille.

Mais si les d�sh�rit�s demandent : Comment ferons-nous pour vivre si nous n�avons droit � rien ? Rassurez-vous, leur r�pondra-t-on : les poss�dants sont de braves gens, et pour peu que vous soyez sages, que vous ob�issiez � toutes leurs volont�s, ils vous permettront de vivre, en �change de quoi vous devrez, labourer leurs champs. leur faire des habits, construire leurs maisons, tondre leurs brebis, �monder leurs arbres, faire des machines, des livres ; en un mot, leur procurer toutes les jouissances physiques et intellectuelles auxquelles ils ont seuls droit. Si les riches ont la bont� de vous laisser manger leur pain, boire leur eau, vous devez les en remercier infiniment. car votre vie leur appartient en m�me temps que le reste.

Vous n�avez le droit de vivre qu�avec leur bon plaisir, et � condition que vous travaillerez pour eux. Ils vous dirigeront ; ils vous regarderont travailler, ils jouiront des fruits de votre labeur, car ils y ont droit. Tout ce que vous pouvez mettre en oeuvre dans votre production leur appartient �galement. Alors qu�eux n�s en m�me temps que vous, commanderont toute leur vie - toute votre vie vous ob�irez ; alors qu�ils pourront se reposer � l�ombre des arbres, po�tiser au murmure de la source, revivifier leurs muscles dans les ondes de la mer, retrouver la sant� dans les sources thermales, jouir du vaste horizon sur le sommet des montagnes, entrer en possession du domaine intellectuel de l�humanit� et converser ainsi avec les puissants semeurs d�id�es, les infatigables chercheurs de l�au del� - vous, � peine sortis de la premi�re enfance, vous devrez, for�ats de naissance, commencer � tra�ner votre boulet de mis�re, vous devrez produire pour que d�autres consomment, travailler pour que d�autres vivent oisifs, mourir � la peine pour que d�autres soient dans la joie.

Alors qu�ils peuvent parcourir en tous sens le grand domaine, jouir de tous les horizons, vivre en communion constante avec la nature et puiser � cette source intarissable de po�sie les plus d�licates et les plus douces sensations que l��tre puisse ressentir, - vous n�aurez pour tout horizon que les quatre murs de vos mansardes, de vos ateliers, du bagne et de la prison ; vous devrez, machine humaine dont la vie se r�duit � un acte toujours le m�me, ind�finiment r�p�t�, recommencer chaque jour la t�che de la veille, jusqu�� ce qu�un rouage se brise en vous, ou qu�us�s et vieillis, l�on vous jette au ruisseau comme ne procurant pas un b�n�fice suffisant.

Malheur � vous si la maladie vous terrasse, si, jeunes ou vieux, vous �tes trop faibles pour produire au gr� des poss�dants. - Malheur � vous si vous ne trouver personne � qui prostituer votre cerveau, vos bras, votre corps, vous roulerez d�ab�me en ab�me ; - on vous fera un crime de vos haillons, un opprobre de vos tiraillements d�estomac, la soci�t� enti�re vous jettera l�anath�me et l�autorit�, intervenant la loi � la main vous criera : Malheur aux sans g�te, malheur � qui n�a pas un toit pour abriter sa t�te, malheur � qui n�a pas un grabat pour reposer ses membres endoloris, - malheur � qui se permet d�avoir trop faim quand les autres ont trop mang�, malheur � qui a froid quand les autres ont chaud, malheur aux vagabonds, malheur aux vaincus ! - Et elle les frappera pour s��tre permis de n�avoir rien, alors que les autres ont tout. - C�est justice, dit la loi. - Cela est un crime, r�pondrons-nous, cela ne doit pas �tre, cela doit cesser d�exister, car cela n�est pas juste.

Trop longtemps, les hommes ont pris et accept� pour r�gle morale l�expression de la volont� des forts et des puissants ; trop longtemps, la m�chancet� des uns a trouv� des complices dans l�ignorance et la l�chet� des autres ; trop longtemps, les hommes sont rest�s sourds � la voix de la raison, de la justice et de la nature : trop longtemps ils ont pris le mensonge pour la v�rit�. Et voici ce qu�est la v�rit� : Qu�est-ce que la vie, sinon un perp�tuel mouvement d�assimilation et de d�sassimilation qui incorpore aux �tres les mol�cules de la mati�re sous ses diverses formes et les leur arrache bient�t pour combiner � nouveau de mille autres mani�res ; un perp�tuel mouvement d�action et de r�action entre l�individu et le milieu naturel ambiant qui se compose de tout ce qui n�est pas lui ; telle est la vie. Par son action continue, l�ensemble des �tres et des choses tend perp�tuellement � l�absorption de l�individu, � la d�sagr�gation de son �tre, � sa mort.

La nature ne fait du neuf qu�avec du vieux, toujours elle d�truit pour cr�er, elle ne fait jamais sortir la vie que de la mort, et il faut qu�elle tue ce qui est pour donner naissance � ce qui sera. La vie n�est donc possible pour l�individu que par une perp�tuelle r�action de lui-m�me sur l�ensemble des �tres et des choses qui l�entourent. Il ne peut vivre qu�� condition de combattre la d�sassimilation que lui fait subir tout ce qui existe, par l�assimilation de nouvelles mol�cules qu�il doit emprunter � tout ce qui existe.

Ainsi les �tres, � quelque degr� de l��chelle qu�ils soient plac�s, depuis les zoophytes jusqu�aux hommes, sont-ils pourvus de facult�s leur permettant de combattre la d�sassimilation de leur organisme en s�incorporant de nouveaux �l�ments emprunt�s au milieu dans lequel ils vivent. Tous sont pourvus d�organes plus ou moins parfaits destin�s � les avertir de la pr�sence de causes pouvant amener une brusque d�sassimilation de leur �tre. Tous sont pourvus d�organes leur permettant de combattre l�influence d�sorganisatrice des �l�ments.

Pourquoi auraient-ils tous ces organes s�ils ne devaient s�en servir ? s�ils n�avaient pas le droit d�en faire usage ?

Pourquoi des poumons, sinon pour respirer ; pourquoi des yeux, sinon pour voir ; pourquoi un cerveau, sinon pour penser ; pourquoi un estomac, sinon pour dig�rer la nourriture ? Oui, cela est ainsi : par nos poumons, nous avons le droit de respirer ; par notre estomac, nous avons le droit de manger ; par notre cerveau nous avons le droit de penser ; par notre langue, nous avons le droit de parler ; par nos oreilles, nous avons le droit d�entendre ; par nos yeux, nous avons le droit de voir ; par nos jambes, nous avons le droit d�aller et de venir.

Et nous avons le droit � tout cela parce que par notre �tre nous avons le droit de vivre. Jamais un �tre n�a d�organes plus puissants qu�il n�en doit avoir ; jamais un �tre n�a une vue trop per�ante, une ou�e trop fine, une parole trop facile, un cerveau trop vaste, un estomac trop bon ; des jambes, des pattes, des ailes ou des nageoires trop fortes.

Aussi par nos jambes avons-nous droit � tout l�espace que nous pouvons parcourir ; par nos poumons, � tout l�air que nous pouvons respirer ; par notre estomac, � toute la nourriture que nous pouvons dig�rer ; par notre cerveau, � tout ce que nous pouvons penser et nous assimiler des pens�es des autres ; par notre facult� d��locution, � tout ce que nous pouvons dire ; par nos oreilles, � tout ce que nous pouvons entendre, et nous avons droit � tout cela parce que nous avons droit � la vie et que cela constitue la vie. Ce sont l� les vrais droits de l�homme ! Nul besoin de les d�cr�ter : ils existent comme existe le soleil.

Ils ne sont �crits dans aucune constitution, dans aucune loi, mais ils sont inscrits en caract�res inneffa�ables dans le grand livre de la nature et imprescriptibles.

Depuis le ciron jusqu�� l��l�phant, depuis le brin d�herbe jusqu�au ch�ne, depuis l�atome jusqu�� l��toile, tout le proclame. Ecoutez la grande voix de la nature ; elle vous dira que tout en elle est solidaire, que le mouvement g�n�ral �ternel, qui est la condition de la vie pour l�univers, se compose du mouvement g�n�ral �ternel de chacun de ses atomes, qui est la condition de la vie pour chacune des cr�atures.

Les mouvements des infiniments petits comme ceux des infiniment grands se r�percutent et r�agissent ind�finiment les uns sur les autres. Et, puisque tout r�agit sur nous, nous avons droits de vivre et la vie n�est possible qu�� cette condition.

Par le fait de notre naissance, nous devenons copropri�taires de l�univers tout entier et nous avons le droit � tout ce qui est, � tout ce qui a �t� et � tout ce qui sera. Chacun de nous acquiert par sa naissance droit � tout, sans autres limites que celles que la nature elle-m�me lui a pos�es, c�est-�-dire la limite de ses facult�s d�assimilation.

Or, vous dites : C�est � moi ce champ, c�est � moi ce bois, c�est � moi cette source, c�est � moi cet �tang, cette prairie, cette moisson, cette maison ; � vous qui dites cela, je r�ponds : Quand vous aurez fait en sorte que votre propri�t�, fraction de ce grand tout qui, par son action constante sur mon organisme, me pousse, de m�me que vous, vers la tombe, cesse de m�y pousser, je reconna�trai que vous seuls avez le droit d�en jouir.

Quand vous aurez fait en sorte que les influences d�sagr�gatrices de la nature n�aient d�action que sur vous, vous seuls aurez droit de puiser dans la nature de quoi r�parer ce que la nature vous enl�ve. Mais, tant que l�humidit� agira sur moi comme sur vous, la source et l��tang seront � moi comme � vous.

Tant que vous n�aurez pas emp�ch� la chaleur du soleil de me faire transpirer comme vous, elle m�rira fruits et moissons pour nous comme pour vous.

Sachez qu�un homme de vingt ans n�a pas en lui une seule des mol�cules qui constituaient son �tre dix ans auparavant ; aussi quand vous aurez fait en sorte que, soit par la pluie, soit par le vent, soit de toute autre fa�on, ce qui a �t� � moi ne s�incorpore � vos propri�t�s, vous aurez le droit de m�emp�cher de m�incorporer en retour ce qui me revient de vos propri�t�s.

Mais tant que vous n�aurez pas fait en sorte que nous puissions, nous les hors-parts, les parias, vivre sans nous assimiler constamment des �l�ments que nous prenons dans le grand tout, nous aurons droit comme vous � ce grand tout et � chacune de ses parties, car nous sommes n�s comme vous, nous sommes semblables � vous, nous avons des organes et des besoins comme vous, et nous avons droit � lavieetau bonheur comme vous.

Si nous�tions d�esp�ce animale inf�rieure � vous, je comprendrais cette exclusion : notre organisation et notre mode de vie seraient diff�rents ; mais puisque nous sommes organis�s comme vous, c�est que nous sommes vos �gaux et que nous avons des droits �gaux aux v�tres sur l�universalit� des biens.

Et si vous me dites que telle chose est � vous parce que vous en avez h�rit�, je vous r�pondrai que ceux qui vous l�ont laiss�e n�avaient pas le droit de le faire. Ils avaient droit de jouir de l�universalit� des biens durant leur vie comme nous avons le droit d�en jouir pendant la n�tre, mais ils n�avaient pas celui d�en disposer apr�s leur mort, car, de m�me que par notre naissance nous acqu�rons droit � tout, par notre mort nous perdons tous nos droits, car alors nous n�avons plus besoins de rien.

De quel droit ceux qui ont v�cu voudraient-ils nous emp�cher de vivre ?

De quel droit un agr�gat de mol�cules voudrait-il emp�cher ses propres mol�cules de se r�agr�ger d�une fa�on plut�t qu�une autre ? De quel droit ce qui fut voudrait-il emp�cher ce qui sera ? Quoi, parce qu�un homme des temps a habit� un coin de terre, il en pourrait disposer pour l��ternit� ? Y a-t-il rien de plus stupide que cette pr�tention d�un �tre �ph�m�re faisant des donations perp�tuelles � des �tres, � des institutions passag�res ?

Nous ne devons pas respecter ces pr�tentions de gens qui veulent vivre alors qu�ils sont morts, qui veulent avoir droits � tous les biens, alors qu�ils n�en ont plus besoin, et qui veulent disposer apr�s leur mort de choses dont ils n�avaient droit de disposer que selon leurs besoins pendant leur vie.

Et si vous me dites qu�ils avaient droit d�en disposer, car cela �tait une partie du produit de leur travail qu�ils avaient �conomis�e, je vous r�pondrai que s�ils n�avaient pas consomm� tout le produit de leur travail, c�est qu�ils ont pu s�en dispenser ; s�ils n�en avaient pas besoin, ils n�y avaient pas droit, et par cons�quent ne pouvaient en disposer en votre faveur, et vous c�der des droits qu�ils n�avaient pas.

Le droit cesse o� s�arr�te le besoin.

De m�me, si vous me dites que telle chose est � vous parce que vous l�avez achet�e, je r�pondrai que ceux qui l�ont vendue n�avaient pas droit de vous la vendre. Ils avaient le droit d�en jouir suivant leurs besoins, comme nous avons le droit d�en jouir selon les n�tres. Ils avaient le droit d�ali�ner leur part de jouissance et de vie, mais non d�ali�ner la n�tre : ils pouvaient renoncer au bonheur pour eux, mais pas pour nous, et nous n�avons pas � respecter des transactions qui sont pass�es en dehors de nous et contre notre droit.

La nature nous dit : Prends, et non pas ach�te. Dans tout achat, il y a un dupeur et un dup� - l�un qui tire profit de la transaction tandis que l�autre est l�s�. Mais si chacun prend ce dont il a besoin, personne n�est l�s�, attendu que chacun ayant ainsi ce dont il a besoin, il a aussi tout ce � quoi il a droit.

La transaction commerciale est certainement une des causes de corruption pour l�humanit�.

Il n�est pas inutile de remarquer � ce sujet que tout ce qui, dans le fonctionnement social actuel, est contraire aux r�gles de la philosophie naturelle est, en m�me temps, une source de maux et de crimes, et que si tous les individus avaient � leur disposition l�universalit� des biens, s�ils �taient assur�s d�avoir, demain et apr�s, ce qu�il faut pour vivre et �tre heureux, ainsi qu�ils y ont droit, les neuf dixi�mes des crimes seraient supprim�s, car ils ont pour mobile ce que vous appelez vol.

Il faut bien nous p�n�trer de cette v�rit� que du moment qu�un homme vend quelque chose, c�est qu�il n�en a pas besoin ; que d�s lors il n�a pas besoin d�en disposer et d�emp�cher ceux qui en ont besoin de s�en emparer, attendu que par le fait m�me qu�ils en ont besoin, ils y ont droit !

De m�me que le vol, la prostitution dispara�trait par l�application de nos th�ories philosophiques. Pourquoi une femme se prostituerait-elle, alors qu�elle aurait � sa disposition tout ce qui peut assurer son existence et son bonheur ? Et comment un homme pourrait-il acheter puisqu�il ne pourrait lui donner que ce qu�elle aurait droit d�avoir ? Et ainsi de tous les crimes, de tous les vices, qui dispara�traient parce qu�auraient disparu leurs causes.

L��tre humain n�est sain et complet que par le libre exercice de sa pleine volont�.

D�o� vient le mensonge, la duplicit�, la ruse, sinon de la contrainte impos�e aux uns par les autres ? Ce sont les armes des faibles, et les faibles n�y ont recours que parce que les forts les y contraignent.

Le mensonge n�est pas le vice du menteur, mais bien de celui qui le contraint � mentir. Enlevez la contrainte, la coercition, le ch�timent, et nous verrons si le menteur ne dit pas la v�rit�.

Que les uns cessent de contester � d�autres le droit � la vie, au bonheur, et la prostitution, l�assassinat dispara�tront, car les hommes naissent tous �galement libres et bons. Ce sont les lois sociales qui font les mauvais et les injustes, esclaves ou ma�tres, spoli�s ou spoliateurs, bourreaux ou victimes ? Chaque homme est un �tre autonome, ind�pendant ; c�est pourquoi l�ind�pendance de chacun doit �tre respect�e. Toute atteinte � notre libert� naturelle, toute contrainte impos�e est un crime qui appelle la r�volte.

Je sais bien que mon raisonnement ne ressemble en rien � l��conomie politique enseign�e par M. Leroy-Beaulieu, ni � la morale de Malthus, ni au socialisme chr�tien de L�on XIII qui pr�che le renoncement aux richesses au milieu de monceaux d�or, et l�humilit� en se proclamant le premier de tous. Je sais bien que la philosophie naturelle choque de front toutes les id�es re�ues, soit religieuses, soit morales, soit politiques. Mais son triomphe est assur�, car elle est sup�rieure � toute th�orie philosophique, � toute autre conception morale, parce qu�elle ne revendique aucun droit pour les uns qu�elle ne revendique �galement pour les autres, et qu��tant absolue �galit�, elle porte en elle-m�me l�absolue justice. Elle ne se plie pas aux circonstances de temps et de milieu - et ne proclame pas alternativement bon ou mauvais le m�me acte.

Elle n�a rien de coimmun avec cette morale � double face qui a cours parmi les hommes de ce temps et qui fait qu�une chose est bonne ou mauvaise suivant les latitudes et les longitudes.

Elle ne proclame pas, par exemple, que le fait de s�emparer d�une chose et ne laisser � la place que le cadavre du pr�c�dent possesseur est tant�t affreux, tant�t sublime. Affreux si l�affaire se passe aux environs de Paris, sublime si elle a lieu aux environs de Hu� ou de Berlin. Et comme elle n�admet ni punition ni r�compense, elle ne r�clame pas, dans le premier cas, la guillotine pour les uns, l�apoth�ose pour les autres. Elle substitue � toutes les innombrables et changeantes r�gles morales invent�es par les uns pour asservir les autres, et prouvant par leur nombre et leur mobilit� m�me leur fragilit�, la justice naturelle, immuable r�gle du bien et du mal, qui n�est l�oeuvre de personne, mais r�sulte de l�organisme intime de chacun. Le bien, c�est ce qui nous est bon, ce qui nous procure des sensations de plaisirs, et comme ce sont les sensations qui d�terminent la volont�, le bien, c�est ce que nous voulons, le mal, ce qui nous est mauvais, ce qui nous procure des sensations de douleur, c�est ce que nous ne voulons pas. � Fais ce que tu veux �, telle est l�unique loi que notre justice reconnaisse, car elle proclame la libert� de chacun dans l��galit� de tous.

Ceux qui pensent que personne ne voudrait travailler, si on n�y �tait contraint, oublient que l�immobilit� c�est la mort - que nous avons des forces � d�penser pour les renouveler sans cesse et que la sant� et le bonheur ne se conservent qu�au prix de l�activit� - que personne ne voulant �tre malheureux et malade, tous devront occuper tout leurs organes pour jouir de toutes leurs facult�s, car une facult� dont on ne fait pas usage n�existe pas et c�est une part de bonheur de moins dans la vie de l�individu.

Demain comme aujourd�hui, comme hier, les hommes voudront �tre heureux, toujours ils d�penseront leur activit�, toujours ils travailleront, mais le travail de tous �tant productif de richesse sociale, le bonheur de tous et de chacun en sera augement�, et chacun pourra jouir ainsi du luxe auquel il a droit, car le superflu n�existe pas, et tout ce qui existe est n�cessaire.

L�homme n�est pas seulement un ventre, il est aussi un cerveau : il a besoin de livres, de tableaux, de statues, de musique, de po�sie, comme il a besoin de pain, d�air et de soleil ; mais, de m�me que dans sa consommation il ne doit �tre limit� que par ses facult�s de production et, consommant selon ses besoins, il ne doit produire que selon ses forces. Or, qui pourrait mieux que lui conna�tre ses besoins ? Personne ; par cons�quent, l�homme ne doit produire et consommer que selon sa volont�.

L�humanit� � toujours eu la conscience latente qu�elle ne serait heureuse et que toutes les belles qualit�s de la nature humaine ne pourraient s��panouir que dans le communisme.

Aussi l��ge d�or des anciens �tait-il fond� sur la propri�t� commune, et jamais il ne vint � la pens�e des natures d��lite qui, parmi eux, po�tisaient le pass�, que le bonheur des hommes f�t compatible avec la propri�t� individuelle. Ils savaient par intuition ou par exp�rience, que tous les maux et tous les vices de l�humanit� d�coulent de l�antagonisme des int�r�ts, cr�� par l�appropriation individuelle, non limit�e aux besoins, et jamais ils ne r�v�rent une soci�t� sans guerres, sans meurtres, sans prostitution, sans crimes et sans vices, qui ne f�t �galement sans propri�taires.

C�est parce que nous ne voulons plus ni guerres, ni meurtres, ni prostitution, ni vices, ni crimes que nous luttons pour la libert� et la dignit� humaines. Malgr� tous les baillons, la parole de la v�rit� retentira sur la terre, et les hommes tressailleront � ses accents ; ils se l�veront au cri de libert� pour �tre les artisans de leur bonheur. Aussi sommes-nous forts de notre faiblesse m�me, car, quoi qu�il puisse advenir de nous, nous vaincrons !

Notre asservissement enseigne aux hommes qu�ils ont droit � la r�volte, notre emprisonnement, qu�ils ont droit � la libert�, et, par notre mort, ils apprennent qu�ils ont droit � la vie.

Quand tout � l�heure nous retournerons en prison, et que vous retournerez dans vos familles, les esprits penseront que nous sommes les vaincus, - erreur ! - nous sommes les hommes de l�avenir et vous �tes les hommes du pass�.

Nous sommes demain et vous �tes hier. Et il n�est en la puissance de personne d�emp�cher que la minute qui s��coule ne nous rapproche de demain et ne s��loigne d�hier. - Hier a toujours voulu barrer la route � demain, et toujours il a �t� vaincu dans sa victoire m�me, car le temps qu�il a pass� � vaincre l�a rapproch� de sa d�faite.

C�est lui qui a fait boire la cig�e � Socrate, qui a fait abjurer Galil�e dans la torture, qui a br�l� Jean Huss, Etienne Dolet, Guillaume de Prague, Giordano Bruno, qui a guillotin� H�bert, Babeuf, qui a empoisonn� Bianqui, qui a fusill� Flourens et Ferr�. Comment s�appelaient les juges de Socrate et ceux de galil�e, ceux de Jean Huss, ceux de Guillaume de Prague, ceux de Giordano Bruno, ceux d�Etienne Dolet, ceux d�H�bert, ceux de Babeuf, ceux de Bianqui, de Flourens et de Ferr� ? Personne ne le sait : ils sont le pass�, ils �taient d�j� morts alors qu�ils vivaient. Ils n�ont m�me pas eu la gloire d�Erostrate, tandis que Socrate est �ternel, que Galil�e est encore debout, que Jean Huss existe, que Guillaume de Prague, Giordano Bruno, Etienne Dolet, H�bert, Babeuf, Bianqui, Flourens, Ferr� vivent.

Aussi serons-nous heureux dans notre malheur, triomphants dans notre mis�re, vainqueurs dans notre d�faite. Nous serons heureux quoi qu�il nous arrive, car nous sommes certains qu�au souffle de l�id�e r�novatrice d�autres �tres arriveront � la v�rit�, d�autres hommes reprendront cette t�che interrompue et la m�neront � bien ; enfin, qu�un jour viendra o� l�astre qui dore les moissons luira sur l�humanit� sans arm�es, sans canons, sans fronti�res, sans barri�res, sans prisons, sans magistrature, sans police, sans lois, sans dieux, libre enfin intellectuellement et physiquement, et que les hommes, r�concili�s avec la nature et avec eux-m�mes, pourront, dans l�universelle harmonie, �tancher leur soif de justice.

Qu�importe que l�aurore de ce grand jour soit empourpr�e des lueurs de l�incendie, qu�importe qu�au matin de ce jour la ros�e soit sanglante !

La temp�te aussi est utile pour purifier l�atmosph�re. Le soleil est plus brillant apr�s l�orage.

Et il luira, il rayonnera, le beau soleil de la libert�, et l�humanit� sera heureuse.

Alors, chacun abritant son bonheur derri�re le bonheur de tous, personne ne fera plus le mal, car personne n�aura int�r�t � faire le mal.

L�homme libre dans l�humanit� affranchie pourra marcher sans entraves de conqu�te en conqu�te, au profit de tous, vers l�infini sans borne de l�intellectualit�.

L��nigme moderne : Libert�, Egalit�, Fraternit�, pos�e par le Sphinx de la R�volution, �tant r�solue, - ce sera l�Anarchie.








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