La Commune 1871-2011: 140 apr�s, qu'en avons-nous fait?

Date : jeudi 16 juin 2011 @ 13:04:38 :: Sujet :

�Pr�sentation d�un livre r�cemment publi�.� La Commune de Paris a d�j� fait l�objet de centaines de livres. Quelle est donc la pertinence de ce nouveau livre sur cet �v�nement qui a d�j� tant fait couler d�encre? D�un m�me �v�nement, peuvent �tre tir�es des conclusions bien diff�rentes voire totalement oppos�es.


Pr�sentation d�un livre r�cemment publi� sur les
R�VOLUTION ET CONTRE-R�VOLUTION
A PARIS EN 1870-1871
�Tout est affaire de point de vue et tout point de vue est n�cessairement un point de vue de classe. Et c�est cela qui d�termine la direction que prend une analyse.
Ce livre a reconsid�r� les �v�nements en se situant r�solument du point de vue prol�tarien. Mais tout en �tant clair quant � ce parti pris, reste encore � discerner o�, dans le mouvement d�affrontement des classes, se situe pr�cis�ment la fronti�re de classe; discerner ce qui a fait la force du prol�tariat de ce qui concourait � sa perte, en quoi il s�affirmait comme classe autonome des forces bourgeoises et en quoi il s�est fait prendre au pi�ge des alternatives bourgeoises. En ce sens, ce livre tranche sur bien d�autres �crits sur la Commune de Paris.
Un des traits essentiels de ce livre est qu�il fait la diff�rence entre la mobilisation prol�tarienne culminant avec l�insurrection du 18 mars et le gouvernement de la Commune qui a tout fait pour endiguer ce mouvement insurrectionnel et en derni�re instance le livrer au massacre men� par Thiers et sa clique.
D�une mani�re g�n�rale, les livres sur la Commune de Paris font l�apologie de la Commune, sans discernement, et ne voient la contre-r�volution que dans les forces bourgeoises regroup�es derri�re l��tat-major de Thiers. Ils fustigent le massacre de la semaine sanglante sans voir que ce massacre n��tait possible sans le concours de la fraction r�publicaine en place dans Paris m�me. Ils placent l�affrontement entre Paris et Versailles alors que la fronti�re de classe traverse Paris m�me entre le prol�tariat en armes et le gouvernement de la Commune.
C�est pourquoi, d�s le d�but, le livre pr�cise que sous le vocable la Commune, deux contenus diff�rents s'affrontent: la Commune comme soul�vement r�volutionnaire, et la Commune comme gouvernement de Paris. Pour nous en sortir sur le plan terminologique, nous utilisons la Commune lorsque nous nous r�f�rons au mouvement r�volutionnaire et le gouvernement de la Commune lorsque nous parlons de la r�organisation de l'Etat sous la forme r�publicaine � Paris.
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Pourquoi ce livre sur la Commune de Paris�?
Parce que cet �pisode de notre histoire fut un saut de qualit� dans l�affirmation de la communaut� humaine contre la terreur impos�e par le capitalisme.
Ce fut une insurrection prol�tarienne, un moment de rupture de la norme �tablie par la domination capitaliste, un coup d�arr�t � la guerre permanente que livre la bourgeoisie contre le prol�tariat.
Ce fut un de ces moments o� la classe exploit�e sort de son ab�me pour exprimer sa vitalit� r�volutionnaire, sa force d��branlement du monde qui l�emprisonne et brise la logique d�accumulation de marchandises, de r�alisation de profit, de valorisation du capital.
Dans ces moments, tout vole en �clats, l��tau qui nous enserre � l��tabli du travail, les casernes qui nous font marcher � la guerre, le salaire qui nous encha�ne � la pauvret�, la propri�t� qui nous prive des moyens de vie, le capital qui nous d�truit toujours plus profond�ment.
L�association s�impose contre la concurrence et les s�parations qu�entretient le capital pour assurer sa domination. De tout lieu d�encha�nement au travail ou d�encasernement, les prol�taires sortent, se r�unissent, discutent de comment organiser la lutte, se d�faire du joug du salaire, imposer leurs besoins, organiser l�insurrection.
Le monde bourgeois qui s�est hiss� sur les guerres de rapine, l�accaparement de toutes les richesses du monde, l�expropriation g�n�rale, l�exclusion, la mise en esclavage, le salariat,.... vacille! Les bourgeois bouffis d�or et imbus de leurs privil�ges p�lissent de peur. Leur position de classe dominante est menac�e�!
Aujourd�hui dans le monde, renaissent des luttes qui posent, dans les faits, cette n�cessit� de donner un saut de qualit� � l�affrontement contre la domination capitaliste. Les mouvements qui s�expriment aujourd�hui de l�Alg�rie � l�Irak, en passant par la Tunisie, la Libye, l�Egypte, le Y�men, le Bahre�n, la Jordanie,� sont des mouvements puissants bien que le danger est d�en rester � une �ni�me r�forme politique, un �ni�me changement de personnel � la t�te de l�Etat,��qui ne fera que perp�tuer la domination capitaliste et aggraver la situation de guerre et de mis�re. Contre ce danger s�impose la n�cessit� de comprendre ces mouvements comme des expressions du mouvement d�abolition et non de r�forme de l�ordre existant. Non comme des mouvements �gyptien, tunisien ou libyen,� mais comme des mouvements d�une seule et m�me classe cherchant mondialement � abattre cet Etat qui a impos� depuis des si�cles la dictature du capital � l�ensemble de la plan�te.
Contrairement � ce qui est r�pandu dans les m�dias, il ne s�agit pas d�une explosion �spontan�e� dans le sens qu�elle n�aurait ni pass� ni ant�c�dents et qu�elle n�aurait aucunement �t� pr�par�e, organis�e.�Si nous revenons un peu en arri�re�:
-��� les r�voltes dans le bassin minier de Gafsa en Tunisie, en 2008,
-��� les nombreuses gr�ves entre autres dans l�industrie textile, en Egypte, en 2010,
-��� les vagues d��meutes en Alg�rie, en 1988, 2001 et r�guli�rement jusqu�� aujourd�hui,
montrent que ce qui se passe dans cette r�gion du monde est le fruit de multiples pouss�es de lutte ayant connu des moments d�avanc�e, de recul, de red�marrage. Etalors que nous �crivons cette pr�sentation, les affrontements se poursuivent.
Par ailleurs, cette derni�re d�cennie a �t� marqu�e par d�autres luttes de grande ampleur�: Argentine (2001), Alg�rie (2001), Bolivie (2003), Oaxaca (2006), Bangladesh (2006-2010), Gr�ce (2008), Guadeloupe (2009), Tha�lande (2010),� Chine, P�rou, Equateur,� ainsi que les ���meutes de la faim�� dans plus d�une trentaine de pays, d�but 2008.�
Tous ces mouvements ont en commun d�avoir �t� pr�c�d�s par toute une s�rie d�affrontements qui ont permis de renouer avec les habitudes de lutte : r�tablir les liens d�entraide, reconstruire des r�seaux de solidarit�, r�installer des lieux de discussion, red�finir les moyens et les objectifs de la lutte,� rem�morer les exp�riences pass�es, se mettre d�accord sur les le�ons � en tirer,� autant de facteurs de maturation et d�aguerrissement.
Et il aura suffi d�une confrontation suppl�mentaire � l'intransigeance de l'Etat, d�une nouvelle augmentation des prix ou restriction salariale, d�un camarade tomb� sous les balles ou la torture,� pour que la r�volte explose, d'autant plus forte et d�termin�e�qu'auparavant il y aura eu tout ce renouveau d'association et d�organisation prol�tarienne.
� la diff�rence des explosions sociales qui ont marqu� les ann�es 1980 et le d�but des ann�es 1990 et qui retombaient aussi brusquement qu�elles avaient surgi, il semble qu�aujourd�hui elles perdurent et laissent des traces sous forme de r�seaux de discussion, de bilans qui circulent, d�une volont� de ne plus se laisser abattre aussi facilement et de voir � plus long terme.
De ce foisonnement jaillissent aussi des discussions passionn�es et passionnantes parmi les militants r�volutionnaires interpell�s par le d�veloppement de toutes ces luttes dont eux-m�mes font partie et sont l�expression. Quel d�veloppement donner aux luttes? L�insurrection est-elle un passage oblig�? Le prol�tariat pourrait-il faire l��conomie de l�insurrection? Ces questions et les d�bats qu�elles suscitent sont l�expression de ces multiples luttes qui, partant des besoins humains, se heurtent in�vitablement � l�Etat. Mais le fait que l�insurrection ne s�impose pas comme une �vidence est aussi l�expression de la rupture qui s�est op�r�e entre les exp�riences actuelles et les exp�riences plus anciennes (telle celle de la Commune de 1870-71 � Paris) dont la trace et la m�moire ont g�n�ralement �t� perdues.
La question centrale�: Comment nous organiser contre l�Etat pour en finir une bonne fois pour toute avec la guerre permanente de la bourgeoisie contre le prol�tariat�? n�est pas nouvelle. Toute lutte cons�quente s�y est trouv�e confront�e. Les g�n�rations de prol�taires qui ont v�cu ces affrontements et ont �t� impliqu�es dans les efforts pour donner un saut de qualit� � ces mouvements insurrectionnels nous ont laiss� de pr�cieux enseignements qu�il est important de se r�approprier. L�ignorance fait la force de la domination bourgeoise. La discontinuit� dans la transmission de la m�moire des luttes pass�es est une lacune dans laquelle s�engouffre les forces social-d�mocrates pour d�truire nos luttes. Il y va de notre responsabilit�. Ce d�bat n�est pas intellectuel, c�est une question qui se pose concr�tement dans les luttes. Il nous faut parler de cette responsabilit�.
Certains s�y refusent. Ils font l�apologie d�une sorte de pure �spontan�it� du prol�tariat que les militants, par leurs pr�sence et activit�, viendraient corrompre ou d�tourner de ses objectifs�! Le point de d�part de cette attitude est l�ext�riorit� par rapport au mouvement de lutte, le fait de ne pas se sentir partie prenante, de ne pas se vivre comme expression du mouvement. Plus fondamentalement, il s�agit du poison d�mocratique qui, au nom de l��galitarisme et de l�anti-autoritarisme, culpabilise et met au pilori ceux qui osent prendre des initiatives, mus par une plus grande clart�, nourris des le�ons des luttes pass�es,� et surtout ceux qui s�associent pour faire de tous ces �l�ments une force contribuant aux sauts de qualit� dans le d�veloppement d�une lutte. Il est temps de rompre avec ces s�parations. Faire un avec l�ensemble des expressions du prol�tariat aujourd�hui est crucial. Les divisions dans nos rangs sont l�atout majeur de la domination bourgeoise. Il est temps de d�passer ces attitudes antith�tiques, cette ext�riorit�, et de renouer avec le besoin d�organisation, de responsabilisation militante, de d�velopper la critique de ce monde et de la porter consciemment et volontairement afin que les �lans d�abolition de l�ordre capitaliste soient toujours plus incisifs et puissants.
Concernant l�insurrection du 18 mars 1871 � Paris, beaucoup d�historiens ont, l� aussi, pr�tendu qu�il s�agissait d�une insurrection �spontan�e� dans le sens qu�elle ne serait pas le fruit d�une maturation. Rien n�est plus faux. Il y eut des �meutes en mai, juin 1869 et mai 1870 et une tentative insurrectionnelle en f�vrier 1870. D�ao�t 1870 � mars 1871, il y eut plusieurs assauts insurrectionnels, vastes mouvements o� de nombreux prol�taires �femmes, hommes, enfants� d�ferl�rent dans les rues, s�oppos�rent aux soldats et mont�rent des barricades. Parmi eux, des r�volutionnaires ayant tir� des le�ons des exp�riences pass�es �1793, 1830, 1848�s��taient organis�s en vue de l�insurrection. Nous verrons qu�ils sont tr�s vite � l��uvre pour donner un saut de qualit� � ce superbe �lan. � y regarder de plus pr�s, nous voyons bien qu�il n�y a pas de s�paration entre les uns et les autres. Le texte qui suit s�en veut �tre la d�monstration pratique.
Certains r�volutionnaires ont su agir avec intelligence, clart� et autorit�, percevant que l�imposition de la Commune �tait une n�cessit� pour r�soudre les graves probl�mes pos�s par la mis�re et la poursuite d�une guerre exterminatrice. Pas tous. Pas toujours. � certains moments, des militants solides ont t�moign� de graves incons�quences, d�un esprit totalement a-critique et de complicit�s inconscientes avec des id�ologies nationalistes, communalistes, politicistes ou autres. Et c�est tragique, car dans ces moments d�cisifs, le rapport de force �tant sur le point de basculer, de telles incons�quences ont, pour de longues ann�es, rendu l�initiative � l�Etat.
Lors de la Commune de Paris comme aujourd�hui dans les mouvements de lutte en Tunisie, Egypte, Libye,� l�Etat met en avant une formule de rechange plus moderne, r�publicaine, pluripartiste, � L�accent est mis sur le d�part de la fraction bourgeoise � la t�te de l'Etat qui est jug�e unique responsable de la mis�re et de la r�pression.
L� o� il existe des partis politiques, chacun voit la cause de tout mal dans le fait que son adversaire est au gouvernail de l�Etat, et non pas lui. M�me les politiciens radicaux et r�volutionnaires cherchent la cause du mal non dans la nature de l�Etat, mais dans une forme sp�cifique de l�Etat qu�ils veulent remplacer par une autre forme d�Etat��.�
Karl Marx
Gloses critiques en marge de l�article �le roi de Prusse et la r�forme sociale, par un Prussien�.
Tant que le prol�tariat accordera quelque cr�dit � ces formules de remplacement, il restera toujours l�objet de la dictature du profit. Une forme de domination change et c�est l�opportunit� pour la bourgeoisie de moderniser l�exploitation de la force de travail. Si le prol�tariat adh�re � ce changement de forme, c�est pour la bourgeoisie un r�pit, une paix sociale assur�e� jusqu�� nouvelle �bullition.
Mais ce que tous ces mouvements ont aussi en commun c�est que, prenant pour cible toute une s�rie d�institutions �tatiques �commissariats, palais de justice, parlement, si�ges de partis, bureaux de vote, prisons, banques, grands magasins, commerces de luxe,�� ils expriment un rejet implicite de la globalit� du syst�me capitaliste.
��Que se vayan todos�� (qu�ils s�en aillent tous) mot de ralliement retentissant en Argentine en novembre 2001 exprime un certain �puisement des formules de changements gouvernementaux. La marge de man�uvre des diff�rentes fractions bourgeoises est de plus en plus r�duite. Une fois � la t�te de l�Etat, elles s'usent d'autant plus vite et peuvent laisser l�Etat mondial du capital devant un gouffre: plus aucune solution de rechange ne fonctionnera. C�est dans ces moments particuliers que nous devrons �tre � la hauteur du d�fi lanc� au monde de l�argent, de la propri�t�: contribuer � sa destruction d�finitive et � l��laboration d�un autre monde sans Etat, sans capital, sans classe ni exploitation.
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