RECLUS (�lis�e) - A mon fr�re le paysan

Date : dimanche 13 novembre 2005 @ 15:18:24 :: Sujet : Agriculture

�ditions de "L'ID�E LIBRE", brochure n�20
Revue d'�ducation sociale, 1925
Repris des publications des �TEMPS NOUVEAUX�, 1899

�Est-il vrai�, m'as-tu demand�, �est-il vrai que tes camarades, les ouvriers des villes, pensent � me prendre la terre, cette douce terre que j'aime et qui me donne des �pis, bien avarement, il est vrai, mais qui me les donne pourtant ? elle a nourri mon p�re et le p�re de mon p�re ; et mes enfants y trouveront peut-�tre un peu de pain. Est-il vrai que tu veux me prendre la terre, me chasser de ma cabane et de mon jardinet ? Mon arpent ne sera-t-il plus � moi ?�

Non, mon fr�re, ce n'est pas vrai. Puisque tu aimes le sol et que tu le cultives, c'est bien � toi qu'appartiennent les moissons. C'est toi qui fais na�tre le pain, nul n'a le droit d'en manger avant toi, avant ta femme qui s'est associ�e � ton sort, avant l'enfant qui est n� de votre union. Garde tes sillons en toute tranquillit�, garde ta b�che et ta charrue pour retourner la terre durcie, garde la semence pour f�conder le sol. rien n'est plus sacr� que ton labeur, et mille fois maudit celui qui voudrait t'enlever le sol devenu nourricier par tes efforts !


Mais ce que je dis � toi, je ne le dis pas � d'autres qui se pr�tendent cultivateurs et qui ne le sont pas. Quels sont-ils ces soi-disant travailleurs, ces engraisseurs du sol ? L'un est n� grand seigneur. Quand on l'a plac� dans son berceau, tout envelopp� de laines fines et de soies douces � toucher et � voir, le pr�tre, le magistrat, le notaire et d'autres personnages sont venus saluer le nouveau-n� comme un futur ma�tre de la terre. Des courtisans, hommes et femmes, sont accourus de toutes parts pour lui apporter des pr�sents, des �toffes broch�es d'argent et des hochets d'or ; pendant qu'on le comble de cadeaux, des scribes enregistrent en de grands livres que le poupon poss�de ici des sources et l� des rivi�res, plus loin des bois, des champs et des prairies, puis ailleurs des jardins et encore d'autres champs, d'autres bois, d'autres p�turages. Il en a dans la montagne, il en a dans la plaine ; m�me sous la terre il est aussi ma�tre de grands domaines o� des hommes travaillent, par centaines ou par milliers. Quand il sera devenu grand, peut-�tre, un jour, ira-t-il visiter ce dont il h�rita au sortir du ventre maternel ; peut-�tre ne se donnera-t-il pas m�me la peine de voir toutes ces choses ; mais il en fera recueillir et vendre les produits. De tous c�t�s, par routes et par chemins de fer, par barques de rivi�res et par navires sur l'oc�an, on lui apportera de grands sacs d'argent, revenus de toutes ses campagnes. Eh bien, quand nous aurons la force, laisserons-nous tous ces produits du labeur humain, les laisserons-nous dans les coffres-forts de l'h�ritier , aurons-nous le respect de cette propri�t� ? non, mes amis, nous prendrons tout cela. Nous d�chirerons ces papiers et plans, nous briserons les portes de ces ch�teaux, nous saisirons ces domaines. �Travaille, si tu veux manger !� dirons-nous � ce pr�tendu cultivateur ! Rien de toutes ces richesses n'est plus � toi !�


Et cet autre seigneur n� pauvre, sans parchemin, que nul flatteur ne vint admirer dans la cabane ou la mansarde maternelle, mais qui eut la chance de s'enrichir par son travail probe ou improbe ? Il n'avait pas une motte de terre o� reposer sa t�te, mais il a su, par des sp�culations ou des �conomies, par les faveurs des ma�tres ou du sort, acqu�rir d'immenses �tendues qu'il encl�t maintenant de murs et de barri�res : il r�colte o� il n'a point sem�, il mange et grappille le pain qu'un autre a gagn� par son travail. Respecterons-nous cette deuxi�me propri�t�, celle de l'enrichi qui ne travaille point sa terre, mais qui la fait labourer par des mains esclaves et qui la dit sienne ? Non, cette deuxi�me propri�t�, nous ne la respecterons pas plus que la premi�re. Icic encore, quand nous en aurons la force, nous viendrons mettre la main sur ces domaines et dire � celui qui s'en croit ma�tre : �En arri�re, parvenu ! Puisque tu as su travailler, continue ! Tu auras le pain que te donnera ton labeur, mais la terre que d'autres cultivent n'est plus � toi. Tu n'es plus le ma�tre du pain.�


Ainsi nous prendrons la terre, oui, nous la prendrons, mais � ceux qui la d�tiennent sans la travailler, pour la rendre � ceux auxquels il �tait interdit d'y toucher. Toutefois, ce n'est point pour qu'ils puissent � leur tour exploiter d'autres malheureux. La mesure de la terre � laquelle l'individu, le groupe familial ou la communaut� d'amis ont naturellement droit, est embrass�e par leur travail individuel ou collectif. d�s qu'un morceau de terre d�passe l'�tendue de ce qu'ils peuvent cultiver, ils n'ont aucune raison naturelle de revendiquer ce lambeau ; l'usage en appartient � d'autres travailleurs. La limite se trace diversement entre les cultures des individus ou des groupes, suivant la mise en �tat de la production. Ce que tu cultives, mon fr�re, est � toi, et nous t'aiderons � le garder par tous les moyens en notre pouvoir ; mais ce que tu ne cultives pas est � un compagnon. Fais-lui de la place. Lui aussi saura f�conder la terre.


Mais si l'un et l'autre vous avez droit � votre part de terre, aurez-vous l'imprudence de rester isol�s ? Seul, trop seul, le petit paysan cultivateur est trop faible pour lutter � la fois contre la nature avare et contre l'oppresseur m�chant. S'il r�ussit � vivre, c'est par un prodige de volont�. Il faut qu'il s'accommode � tous les caprices du temps et se soumette en mille occasions � la torture volontaire. que la gel�e fende la pierre, que le soleil br�le, que la pluie tombe ou que le vent hurle, il est toujours � l'�uvre ; que l'inondation noie ses r�coltes, que la chaleur les calcine, il moissonne tristement ce qui reste et qui ne suffira gu�re � le nourrir. Qu'arrive le jour des semailles, il se retirera le grain de la bouche pour le jeter dans le sillon. Dans son d�sespoir, l'�pre foi lui reste : il sacrifie une partie de la pauvre moisson, si n�cessaire, dans la confiance qu'apr�s le rude hiver, apr�s le br�lant �t�, le bl� m�rira pourtant et doublera, triplera la semence, la d�cuplera peut-�tre. Quel amour intense il ressent pour cette terre, qui le fait tant peiner par le travail, tant souffrir par la crainte et les d�ceptions, tant exulter de joie quand les lignes ondulent � pleins �pis. aucun amour n'est plus fort que celui du paysan pour le sol qu'il d�fonce et qu'il ensemence, duquel il est n� et dans lequel il retournera ! Et pourtant que d'ennemis l'entourent et lui envient la possession de cette terre qu'il adore ! Le percepteur d'imp�ts taxe sa charrue et lui prend une part de son bl� ; le marchand en saisit une autre part ; le chemin de fer le frustre aussi dans le transport de la denr�e. De toutes parts, il est tromp�. Et nous avons beau lui crier : �Ne paie pas l'imp�t, ne paie pas la rente�, il paie quand m�me parce qu'il est seul, parce qu'il n'a pas confiance dans ses voisins, les autres petits paysans, propri�taires ou m�tayers, et n'ose se concerter avec eux. On les tient asservis, lui et tous les autres, par la peur et la d�sunion.


Il est certain que si tous les paysans d'un m�me district avaient compris combien l'union peut accro�tre la force contre l'oppression, ils n'auraient jamais liss� p�rir les communaut�s des temps primitifs, les �groupes d'amis�, comme on les appelle en Serbie et autres pays slaves. Le propri�t� collective de ces associations n'est point divis�e en d'innombrables enclos par des haies, des murs et des foss�s. Les compagnons n'ont point � se disputer pour savoir si un �pi pouss� � droite ou � gauche du sillon est bien � eux. Pas d'huissier, pas d'avou�, pas de notaire pour r�gler les int�r�ts entre les camarades. Apr�s la r�colte, avant l'�poque du nouveau labour, ils se r�unissent pour discuter les affaires communes. Le jeune homme qui s'est mari�, la famille qui s'est accrue d'un enfant ou chez laquelle est entr� un h�te, exposent leur situation nouvelle et prennent une plus large part de l'avoir commun pour satisfaire leurs besoins plus grands. On resserre ou l'on �loigne les distances suivant l'�tendue du sol et le nombre de membres, et chacun besogne dans son champ, heureux d'�tre ne paix avec les fr�res qui travaillent � leur c�t� sur la terre mesur�e aux besoins de tous. Dans les circonstances urgentes, les camarades s'entr'aident : un incendie a d�vor� telle cabane, tous s'occupent � la reconstruire ; une ravine d'eau a d�truit un bout de champ, on en pr�pare un autre pour le d�tenteur l�s�. Un seul pa�t les troupeaux de le communaut�, et le soir, les brebis, les vaches savent reprendre le chemin de leur �table sans qu'on les y pousse. La commune est � la fois la propri�t� de tous et de chacun.


Oui, mais la commune, de m�me que l'individu, est bien faible si elle reste dans l'isolement. Peut-�tre n'a-t-elle pas assez de terres pour l'ensemble des participants, et tous doivent souffrir de la faim ! Presque toujours elle se trouve en lutte avec un seigneur plus riche qu'elle, qui pr�tend � la possession de tel ou tel champ, de telle for�t ou de tel terrain de p�ture. Elle r�siste bien, et si le seigneur �tait seul, elle aurait bien vite triomph� de l'insolent personnage ; mais le seigneur n'est pas seul, il a pour lui le gouverneur de la province et le chef de la police, pour lui les pr�tres et les magistrats, pour lui le gouvernement tout entier avec ses lois et son arm�e. Au besoin, il dispose du canon pour foudroyer ceux qui lui disputent le sol d�battu. ainsi, la commune pourrait avoir cent fois raison, elle a toutes les chances que les puissants lui donnent tort. Et nous avons beau lui crier, comme � l'imposable isol� : �Ne c�de pas !�, elle doit c�der, victime de son isolement et de sa faiblesse.


Vous �tes donc faibles, vous tous, petits propri�taires, isol�s ou associ�s en communes, vous �tes bien faibles contre tous ceux qui cherchent � vous asservir, accapareurs de terre qui en veulent � votre petit lopin, gouvernants qui cherchent � en pr�lever tout le produit. Si vous ne savez pas vous unir, non seulement d'individu � individu et de commune � commune, mais aussi de pays � pays, en une grande internationale de travailleurs, vous partagerez bient�t le sort de millions et de millions d'hommes qui sont d�j� d�pouill�s de tous droits aux semailles et � la r�colte et qui vivent dans l'esclavage du salariat, trouvant l'ouvrage quand des patrons ont int�r�t � leur en donner, toujours oblig�s de mendier sous mille formes, tant�t demandant humblement d'�tre embauch�s, tant�t m�me en avan�ant la main pour implorer une avare pitance. Ceux-ci ont �t� priv�s de la terre, et vous pouvez l'�tre demain. Y a-t-il une si grande diff�rence entre leur sort et le v�tre ? La menace les atteint d�j� ; elle vous �pargne encore pour un jour ou deux. Unissez-vous tous dans votre malheur ou votre danger. D�fendez ce qui vous reste et reconqu�rez ce que vous avez perdu.


Sinon votre sort � venir est horrible, car nous sommes dans un �ge de science et de m�thode et nos gouvernants, servis par l'arm�e des chimistes et des professeurs, vous pr�parent une organisation sociale dans laquelle tout sera r�gl� comme dans une usine, o� la machine dirigera tout, m�me les hommes ; o� ceux-ci seront de simples rouages que l'on changera comme de vieux fer quand ils se m�leront de raisonner et de vouloir.


C'est ainsi que dans les solitudes du Grand-Ouest Am�ricain, des compagnies de sp�culateurs, en fort bons termes avec le gouvernement, comme le sont tous les riches ou ceux qui ont l'espoir de le devenir, se sont fait conc�der des domaines immenses dans les r�gions fertiles et en font � coups d'hommes et de capitaux des usines � c�r�ales. Tel champ de culture a la superficie d'une province. Ce vaste espace est confi� � une sorte de g�n�ral, instruit, exp�riment�, bon agriculteur et bon commer�ant, habile dans l'art d'�valuer � sa juste valeur la force de rendement des terrains et des muscles. Notre homme s'installe dans une maison commode au centre de sa terre. Il a dans ses hangars cent charrues, cent machines � semer, cent moissonneuses, vingt batteuses ; une cinquantaine de wagons tra�n�s par des locomotives vont et viennent incessamment sur des lignes de rails entre les gares du champ et le port le plus voisin dont les embarcad�res et les navires lui appartiennent aussi. Un r�seau de t�l�phones va de la maison palatiale � toutes les constructions du domaine ; la voix du ma�tre est entendue de partout ; il a l'oreille � tous les bruits, le regard � tous les actes ; rien ne se fait sans ses ordres et loin de la surveillance.


Et que devient l'ouvrier, le paysan dans ce monde si bien organis� ? Machines, chevaux et hommes sont utilis�s de la m�me mani�re : on voit en eux autant de forces, �valu�es en chiffres, qu'il faut employer au mieux du b�n�fice patronal, avec le plus de produit et le moins de d�penses possible. Les �curies sont dispos�es de telle sorte qu'au sortir m�me de l'�difice, les animaux commencent � creuser le sillon de plusieurs kilom�tres de long qu'ils ont � tracer jusqu'au bout du champ : chacun de leurs pas est calcul�, chacun rapporte au ma�tre. De m�me les mouvements des ouvriers sont r�gl�s � l'issue du dortoir commun. L�, point de femmes ni d'enfants qui viennent troubler la besogne par une caresse ou par un baiser. Les travailleurs sont group�s par escouades ayant leurs sergents, leurs capitaines et l'in�vitable mouchard. Le devoir est de faire m�thodiquement le travail command�, d'observer le silence dans les rangs. Qu'une machine se d�traque, on la jette au rebut, s'il n'est pas possible de la r�parer. Qu'un cheval tombe et se casse un membre, on lui tire un coup de revolver dans l'oreille et on le tra�ne au charnier. Qu'un homme succombe � la peine, qu'il se brise un membre ou se laisse envahir par la fi�vre, on daigne bien ne pas l'achever, mais on s'en d�barrasse tout de m�me : qu'il meure � l'�cart sans fatiguer personne de ses plaintes. A la fin des grands travaux, quand la nature se repose, le directeur se repose aussi et licencie son arm�e. L'ann�e suivante, il trouvera toujours une quantit� suffisante d'os et de muscles � embaucher, mais il se gardera bien d'employer les m�mes travailleurs que l'ann�e pr�c�dente. Ils pourraient parler de leur exp�rience, s'imaginer qu'il en savent autant que le ma�tre, ob�ir de mauvaise gr�ce, qui sait ? S'attacher peut-�tre � la terre cultiv�e par eux et se figurer qu'elle leur appartient !


Certes, si le bonheur de l'humanit� consistait � cr�er quelques milliardaires th�saurisant au profit de leurs passions et de leurs caprices les produits entass�s par tous les travailleurs asservis, cette exploitation scientifique de la terre par une chiourme de gal�riens serait l'id�al r�v�. Prodigieux sont les r�sultats financiers de ces entreprises, quand la sp�culation ne ruine pas ce que la sp�culation cr�e. Telle quantit� de bl� obtenue par le travail de cinq cents hommes pourrait en nourrir cinquante mille ; � la d�pense faite par un salaire avare correspond un rendement �norme de denr�es qu'on exp�die par chargement de navires et qui se vendent dix fois la valeur de production.


Il est vrai que si la masse des consommateurs manquant d'ouvrage et de salaire devient trop pauvre, elle ne pourra plus acheter tous ces produits et, condamn�e � mourir de faim, elle n'enrichira plus les sp�culateurs. Mais ceux-ci ne s'occupent point du lointain avenir : gagner d'abord, marcher sur un chemin pav� d'argent, et l'on verra plus tard ; les enfants se d�brouilleront ! �Apr�s nous le d�luge !�


Voil�, camarades travailleurs qui aimez le sillon o� vous avez vu pour la premi�re fois le myst�re de la tigelle de froment per�ant la dure motte de terre, voil� quelle destin�e l'on vous pr�pare ! On vous prendra le champ et la r�colte, on vous prendra vous-m�mes, on vous attachera � quelque machine de fer, fumante et stridente, et tout envelopp�s de la fum�e de charbon, vous aurez � balancer vos bras sur un levier dix ou douze mille fois par jour. C'est l� ce qu'on appelle l'agriculture. Et ne vous attardez pas alors � faire l'amour quand le c�ur vous dira de prendre femme ; ne tournez pas la t�te vers la jeune fille qui passe : le contrema�tre n'entend pas qu'on fraude le travail du patron;


S'il convient � celui-ci de vous permettre le mariage pour cr�er prog�niture, c'est qu'il vous trouvera bien � son gr� ; vous aurez cette �me d'esclave qu'il aura voulu fa�onner ; vous serez assez vil pour qu'il autorise la race d'abjection � se perp�tuer. L'avenir qui vous attend est celui de l'ouvrier, de l'ouvri�re, de l'enfant d'usine ! Jamais esclavage antique n'a plus m�thodiquement p�tri et fa�onn� la mati�re humaine pour la r�duire � l'�tat d'outil. Que reste-t-il d'humain dans l'�tre h�ve, d�jet�, scrofuleux qui ne respire jamais d'autre atmosph�re que celle des suints, des graisses et des poussi�res ?


�vitez cette mort � tout prix, camarades. Gardez jalousement votre terre, vous qui en avez un lopin ; elle est votre vie et celle de la femme, des enfants que vous aimez. Associez-vous aux compagnons dont la terre est menac�e comme la v�tre par les usiniers, les amateurs de chasse, les pr�teurs d'argent ; oubliez toutes vos petites rancunes de voisin � voisin, et groupez-vous en communes o� tous les int�r�ts soient solidaires, o� chaque motte de gazon ait tous les communiers pour d�fenseurs. A cent, � mille, � dix mille, vous serez d�j� bien forts contre le seigneur et ses valets ; mais vous ne serez pas encore assez forts contre une arm�e. Associez-vous donc de commune � commune et que la plus faible dispose de la force de toutes. bien plus, faites appel � ceux qui n'ont rien, � ces gens d�sh�rit�s des villes qu'on vous a peut-�tre appris � ha�r, mais qu'il faut aimer parce qu'ils vous aideront � garder la terre et � reconqu�rir celle qu'on vous a prise. Avec eux, vous attaquerez, vous renverserez les murailles d'enclos ; avec eux, vous fonderez la grande commune des hommes, o� l'on travaillera de concert � vivifier le sol, � l'embellir et � vivre heureux, sur cette bonne terre qui nous donne le pain.


Mais si vous ne faites pas cela, tout est perdu. Vous p�rirez esclaves et mendiants : Vous avez faim�, disait r�cemment un maire d'Alger � une d�putation d'humbles sans-travail, �vous avez faim ?... eh bien, mangez-vous les uns les autres !�











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