Oaxaca, la guerre souterraine

Date : samedi 08 mars 2008 @ 19:19:31 :: Sujet : Oaxaca

Le conflit se poursuit dans l�Oaxaca", conclut de mani�re accablante la Commission internationale d�observation (CCIODH) qui s�est rendue r�cemment dans cet �tat du sud du Mexique. Il est �vident pour tout le monde que le conflit continue d�exister dans l�Oaxaca et qu�il est toujours aussi aigu, comme le montre le fait que pas une semaine ne s��coule sans que les rues d�une ville quelconque de cet �tat ne soient occup�es par des groupes nombreux de manifestants. Bien s�r qu�il est aigu, comme le montre le fait que pas une semaine ne s��coule sans que n�aient lieu des affrontements portant sur le contr�le d��tablissements scolaires. Et bien �videmment que ce conflit persiste, comme le montrent les manifestations publiques de rejet d�Ulises Ruiz et des fonctionnaires de son gouvernement, manifestations de rejet total qui sont constantes en divers lieux de l��tat d�Oaxaca.

Cependant, si ce conflit reste aigu, c�est aussi parce que la r�pression brutale et syst�matique qui continue de plonger dans le deuil les familles oaxaqu�gnes est incessante. L�Oaxaca est aux prises avec une guerre sourde, silencieuse, souterraine, livr�e contre les peuples et les organisations qui poursuivent leur lutte pour r�clamer leurs droits. La mission d�observation de la CCIODH constate que la violation des droits humains fondamentaux y atteint des proportions extr�mement graves et que la responsabilit� d�une telle situation �choit aussi bien au gouvernement de l��tat d�Oaxaca qu�au r�gime pr�sid� par Felipe Calder�n.

Au cours des derniers mois, on a pu constater une recrudescence des actes de violence exerc�s contre des opposants du mouvement social. � San Pedro Yosotatu, en pleine c�l�bration des f�tes de No�l, le repr�sentant mixt�que Pl�cido L�pez a �t� assassin� ; dans la r�gion chatina, c�est le dirigeant indig�ne Lauro Ju�rez qui a �t� enlev� et qui a disparu, tandis que dans le village zapot�que de San Blas Atempa c�est l�opposant Rosalino D�az qui a �t� enlev�, son cadavre d�couvert le lendemain avec d��vidents signes de torture. Dans les derniers jours, on assiste �galement � une augmentation de l�acharnement contre la commune autonome de San Juan Copala, tandis que la mort "dans d��tranges circonstances" de dissidents ne cesse de se r�p�ter, comme c�est le cas pour le maire de Huayapan, membre du Front de la cordill�re nord, ou pour cinq professeurs de Salina Cruz, parmi lesquels on trouvait le fils du c�l�bre dirigeant enseignant d�Oaxaca Erangelio Mendoza.

On a pu aussi constater dans les derniers jours une augmentation des arrestations d�opposants, comme celle du mandataire chinant�que Pedro S�nchez Antonio, emprisonn� sous l�accusation de d�lits qu�il n�a pas commis. Remarquons cependant que cette vague r�pressive n�est pas uniquement le fait des caciques du PRI et de diverses polices de l�Oaxaca. Le 7 f�vrier dernier, plusieurs membres de l�AFI ont arr�t� Luis Fernando Canseco, dirigeant enseignant bien connu, ainsi que Dora �vila, activiste r�put�e qui a longuement combattu pour la d�fense des droits de la femme indig�ne. Accus�s tous deux d�attaques de voies de communication g�n�rales, leur crime se r�duit en r�alit� � avoir pris la parole dans un rassemblement de citoyens qui manifestaient contre les agissements criminels du gouverneur tyran.

Dans l�Oaxaca, l�exercice des droits inscrits dans la Constitution n�est qu�un d�lit pur et simple, "l��tat de droit" ne constituant qu�une farce sanglante et co�teuse. Si le conflit en cours se poursuit dans l�Oaxaca, c�est parce que aucune solution n�a �t� apport�e aux causes qui l�ont d�clench� ; c�est parce que continue de r�gner l�impunit� qui autorise les nervis et autres pistoleros � se promener tranquillement ou des chefs de la police � "s�exiler" sans encourir de ch�timent � Canc�n ou � Mexico. Le conflit persiste parce que des dizaines de prisonniers politiques continuent de pourrir en prison, qui font l�objet de jugements partiaux truff�s d�irr�gularit�s aberrantes. Le conflit persiste dans l�Oaxaca parce que la majorit� de la population est plong�e dans la mis�re et est la cible de violence tandis que quelques rares privil�gi�s, fonctionnaires du gouvernement et leurs associ�s chefs d�entreprise, font des affaires juteuses. Si le conflit existe dans l�Oaxaca et ne tarde jamais � ressurgir, c�est parce que tant de morts silencieuses, tant de guerre cach�e, tant d�abus, de griefs et tant de crimes impunis ne peuvent demeurer ind�finiment. Ils ne doivent pas se perp�tuer.

Carlos Beas Torres
de l�Union des communaut�s indig�nes de la zone nord de l�Isthme (UCIZONI)

Traduit par �ngel Ca�do.
Texte publi� sur le site Oaxaca libre le 2 mars 2008.

Source : CSPCL, L'En Dehors





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