Le quotient intellectuel et les tests de QI

Date : vendredi 12 octobre 2007 @ 21:18:15 :: Sujet : Psychologie

Lorsque nous �voquons des sujets tels que l'astrologie ou la voyance , la plupart du temps nous avons affaire � des personnes qui croient, ou qui veulent croire, que leurs fantaisies favorites existent r�ellement dans le monde r�el. Ils ne veulent souvent pas regarder la r�alit� de ce monde en face sans y associer les qualit�s respectives att�nu�es (bien qu'imaginaires) que leur offrent ces fantaisies. Ils pourraient �tre embarrass�s par le gros d�faut faisant qu'elles n'existent pas dans le monde r�el, mais elles ont l'avantage de faire du monde un endroit plus s�r o� vivre.

Il est un sujet particuli�rement sensible dans les sciences sociales, qui pourrait s'approcher de cet �tat d'esprit : celui des tests de QI. Ces test brossent une image si certaine et parfois si encadr�e de la nature humaine, qu'il est l�gitime de s'interroger sur leur bien fond� et sur les conclusions qu'on en tire.

Qu'est-ce qu'un test de QI ?

Quand on parle de tests de QI, l'image la plus fr�quente est peut-�tre celle-ci :

a) "2 6 4 5 15 13 14 _?_"
Ou plus simple :

b) 2 5 9 14 20 _?_
Je suis pratiquement s�r que vous avez trouv� qu'en b) le nombre manquant est 27, �tant donn� que 3 est ajout� � 2 pour produire le nombre 5, que 4 est additionn� � 5 pour faire 9, que 5 est ajout� � 9 pour donner 14, etc. La diff�rence entre un nombre et le suivant augmente de 1 � chaque fois.

Ces exercices peuvent �tre de plus en plus difficiles, par exemple, en doublant le nombre qui sera ajout� chaque fois :

c) 2 3 5 9 17 _?_ (= 33)
Finalement, il est possible d'utiliser plus d'un type d'op�ration d'un nombre � l'autre. Par exemple, vous pourriez faire une substitution entre trois nombres diff�rents et r�p�ter la proc�dure.

d) 5 7 14 11 13 26 23 _?_ (= 25)

En premier vous additionnez 2, puis multipliez par 2, soustrayez 3, et r�p�tez la proc�dure en trois temps.

Ainsi, le challenge est tr�s simple : il faut trouver quelle proc�dure a �t� utilis�e par l'inventeur du test dans chaque cas. Et tout comme pour les mots crois�s, la r�gle s'applique �galement aux tests de QI : plus vous aurez fait de tests, plus cela vous semblera facile.

Tout comme dans d'autres exercices similaires, pensez encore aux mots crois�s, certaines personnes sont bonnes � ce petit jeu et d'autres non. Certaines personnes apprennent vite, d'autres prennent plus de temps.

Vous pourriez vous dire : si des gens trouvent ce genre d'exercices amusants, pourquoi ne pas les laisser s'amuser eux-m�mes avec ? Il y a bien des gens qui payent pour acheter des magazines de mots crois�s, donc pourquoi pas ?


La science du QI

Mais contrairement aux mots crois�s, il ne s'agit pas seulement d'un jeu. C'est une science s�rieuse ! Cela fait partie de la psychologie et du comportemental. Il ne s'agit pas seulement de gens qui font des mots crois�s pour s'amuser. Nous parlons d'un moyen suppos� mesurer ce qui caract�rise, et diff�rencie, les membres de l'esp�ce humaine.

C'est une notion tr�s enfantine, il est clair pour tout le monde que si vous r�solvez une grille de mots crois�s, c'est que vous en avez les capacit�s. Mais la conclusion inverse est plut�t inepte. Si vous ne la r�solvez pas, cela ne signifie pas que vous �tes incapable de la r�soudre, dans le sens que vous manquez compl�tement et durablement des pr�-requis naturels pour ce faire. Cela signifie seulement que vous ne pouvez pas le r�soudre maintenant. Si vous apprenez les principes des mots crois�s, et peut-�tre aussi quelques mots �trangers ou des noms de dieux et d�esses Grecs ou scandinaves anciens, vous serez probablement capable de les remplir la prochaine fois.

C'est comme pour les exercices reposant sur des nombres que nous avons vu au d�but : d�s lors que vous en comprenez le principe sous-jacent, il devient extr�mement plus simple de faire cette gymnastique mentale. Cependant, si vous ne comprenez pas les principes et si vous n'�tes pas capable de les d�couvrir, les exercices ne pourront pas �tre r�solus jusqu'� ce que vous ayez la connaissance n�cessaire. Par exemple, vous pourriez �tre incapable de faire l'exercice b) si vous n'�tes pas familier avec l'addition, et a) et d) exigent la connaissance de la multiplication et de la soustraction.

Ceci explique � la fois le ph�nom�ne selon lequel "� travers le monde l'intelligence croit de 3 points par d�cennie" et les suppos�es diff�rences raciales que certains fanatiques du QI pointent avec un certaine joie : lorsque vous dites que le score de QI moyen des fran�ais de type europ�en est 100, que le QI des fran�ais d'origine africaine est 85, et vous ne le mentionnez presque jamais par prudence mais les noirs habitants l'Afrique ont un QI de 70.

En d'autres termes, quand les exercices d'un test de QI sont distinguables des exercices des �coles, ce sont donc le type d'exercice que vous devez beaucoup mieux r�soudre quand vous avez appris les disciplines enseign�es � l'�cole, il n'est pas surprenant que le fait d'�tendre la pr�sence scolaire conduise � un "score de QI" plus haut, et que le manque de scolarit� m�ne � un score consid�r� comme du niveau du retard mental. C'est un fait que les th�oriciens du QI n'aiment pas vraiment : ils ne sont pas tellement conscients du fait que vous pouvez facilement am�liorer vos facult�s de r�solution des tests de QI, et ainsi augmenter votre score. Ils savent pourtant que la population moyenne des pays industrialis�s ayant �t� scolaris�e r�guli�rement a am�lior� d'au moins 30% ses r�sultats aux tests au cours du 20� si�cle.


La contradiction de la th�orie du QI
D'un autre c�t�, vous ne devriez pas pouvoir modifier votre QI, de ce fait l'augmentation de 30% est consid�r�e par certains comme un "effet vide", "sans aucune valeur pratique" ou juste comme "une esp�ce de coquille dans la m�thode de mesure parce qu'entre temps les gens ont appris les principes (sic) des diff�rents tests".

Ce qui est une contradiction dans les termes. Quand vous apprenez les principes sous-jacents des tests de QI, vous �tes meilleur dans leur r�solution (ce qui n'est pas surprenant), et donc votre score, i.e. votre QI, augmente, mais il ne devrait pas cro�tre �tant donn� que c'est suppos� �tre, d'apr�s les partisans du QI, une constante naturelle. La tendance du QI � augmenter n'est pas caus�e par une augmentation de l'intelligence des gens, mais par le fait qu'ils ont appris comment faire les exercices ce qui, de l'opinion de certains testeurs comme Nyborg, est une forme de tricherie. Vous ne devriez pas convoiter le QI de votre voisin, ni l'am�liorer vous-m�me ! De ce fait l'augmentation de la mesure est d�clar�e comme nulle et non avenue.

R�sumons-nous:

1- Les tests de QI sont suppos�s mesurer l'intelligence des gens,
2- mais ceux qui connaissent, non pas les exercices sp�cifiques, mais les principes sur lesquels ils reposent, r�ussissent plus facilement � les r�soudre ce qui leur conf�re des scores de QI plus �lev�s,
3- Selon certains professionnels du QI qui proposent ces tests, il n'existe cependant aucun moyen d'augmenter son intelligence,
4- mais les scores de QI refusent d'ob�ir � cette loi de la nature et continuent � cro�tre,
5- de ce fait les tests de QI ne mesurent pas l'intelligence des gens du tout, mais sont entach�s d'erreurs, vides, sans valeur, etc.
6- ce qu'ils ne peuvent �videmment pas �tre au risque de mettre � mal toute la discipline (retour au n�1)

Naturellement, les avocats du QI ne font pas trop de bruit sur cette contradiction. Ils ne la mentionneraient probablement jamais s'ils n'avaient pas �t� confront�s � cette augmentation de 30% du QI, ni � des gens pr�ts � douter de leur pertinence.

Imaginez un m�t�orologiste dans un dilemme identique : d'un c�t� il d�clare que son thermom�tre mesure la temp�rature actuelle. D'un autre c�t� qu'il est convaincu que, en g�n�ral, il ne peut pas faire plus chaud. Pourtant, maintenant son thermom�tre lui indique que les temp�ratures en g�n�ral ont augment�, ce qu'il refuse d'accepter. Ainsi il d�clare que les mesures en augmentation g�n�rale (qu'il ne peut pas nier) sont seulement une "esp�ce de coquille dans les m�thodes de mesure". Quand le thermom�tre montre une augmentation des temp�ratures, ce n'est pas parce qu'il fait plus chaud : c'est la temp�rature seule qui augmente !


Pourquoi les partisans du QI sont-ils si ennuyeux ?

Helmuth Nyborg veut prouver qu'il existe un suppos� "facteur g" pour "general intelligence" qui, par d�finition, est naturel et inalt�rable. Son type particulier d'ennui n'est pas un d�faut de la nature et dans son cas l'�ducation ne peut pas �tre bl�m�e, du moins pas directement. Nyborg n'est pas dot� d'une sorte de "g" tr�s pauvre l'emp�chant de voir que les mortels ordinaires n'ont pas besoin de trop forcer leur cerveau pour s'accrocher. Il est ennuyeux par le mod�le qui est une mati�re totalement diff�rente. Depuis qu'ils ont un os � ronger, lui et ses coll�gues voudraient oublier que le "QI" est quelque-chose d'instable et facilement influen�able par l'�ducation : ils voudraient pr�senter la hi�rarchisation soci�tale d'une g�n�ration apr�s l'autre comme �tant le r�sultat des qualifications naturelles de chaque individu.

On sait que l'�cole et le syst�me �ducatif en Occident gravitent autour de la s�lection : les �tudiants/�l�ves les plus performants ont l'opportunit� de passer au niveau sup�rieur dans la hi�rarchie �ducative, tandis que les �tudiants qui ne font pas aussi bien sont priv�s de cette opportunit�. Ce n'est pas un secret que les rangs les plus hauts dans la hi�rarchie de l'�ducation m�nent aux rangs les mieux pay�s dans la hi�rarchie des emplois. Ainsi : "de nombreuses �tudes ont montr� que les scores de "g" dans les �coles (i.e. leurs r�sultats aux tests de QI) peuvent pr�dire avec pr�cision combien ils gagneront 30 ans plus tard".

Mais Nyborg et ses coll�gues sont champions pour retourner les causes et les effets, quand ils interpr�tent les connexions entre leurs mesures de QI et le succ�s des individus.


"g" en tant que dogme social
Comme mentionn� plus haut, les th�ories du QI reposent sur l'id�e d'une intelligence g�n�rale. Ils pensent avoir d�couvert un pouvoir naturel existant, "g", en ayant test� des sujets � faire des exercices y relatifs, par exemple, le langage, la logique/maths, l'orientation dans trois dimensions et la musique. �tant donn� que les gens qui sont bons � un type d'exercice tendent � �tre bons dans les autres, mais peut-�tre pas dans la coordination moteur (comme la danse ou le ski), Nyborg et sa suite ont d�cid� que cette "corr�lation" devait �tre due � un pouvoir "g".

Richard Lewontin, g�n�ticien et �pist�mologue, a nomm� cette proc�dure la "r�ification" : reposant seulement sur ce qu'ils veulent croire, ils en arrivent � la notion que quand les gens ne font pas les choses d'une mani�re �galement bien, cela doit �tre d� � l'existence d'une esp�ce de substance dont certaines personnes seraient dot�e en totalit�, tandis que les autres re�oivent moins que leur quote-part � la naissance. Cette assertion est aussi fiable que s'ils avaient affirm� "comme preuve de l'existence de dieu le fait qu'il soit �crit dans la Bible qu'il existe".

En accord avec leur invention du "g", les th�oriciens du QI font des �tudes sociales. A la question : "Cela (la th�orie du QI) ne contribue-t-il pas � cr�er une soci�t� de classes (divis�e entre) les intelligents et les idiots ?" Nyborg r�pond : "Non, c'est une incompr�hension de dire que cela cr�� une soci�t� de classes. Nous avons d�j� une soci�t� de classes. Ce que la plupart des gens ne savent pas c'est qu'elle est divis�e par le crit�re de l'intelligence, donc que nous en parlions ou non, cela existe d�j�".

En d'autres termes : l'existence de balayeurs de rues sous pay�s et de chirurgiens ais�s, de ch�meurs longue dur�e et de ministres de l'�ducation prouve que le QI est � l'oeuvre. Sans la diff�rence entre QI, nous appartiendrions tous � la m�me classe. Mais les diff�rences sont un fait de la nature irr�parable et de ce fait exigent une hi�rarchie des professions. Comme mentionn� plus t�t, l'intelligence diff�re de l'�ducation car elle ne peut pas �tre enseign�e : "Si vous n'�tes pas tr�s intelligent, nous ne savons pas du tout comment le r�parer aujourd'hui !".

Ici, les implants de silicone, les appareils dentaires ou les cours de rattrapages ne peuvent pas vous aider � corriger des d�ficiences r�elles ou imaginaires ! Selon Helmuth Nyborg notre "QI" h�r�ditaire "fonctionne" d'une fa�on telle que le reste de nos vies, de l'�cole au travail, sont h�r�ditaires "en pratique".

Ainsi, l'int�r�t dans le QI est un int�r�t dans l'invention de diff�rences entre les gens, diff�rences naturelles, afin de justifier les diff�rences actuelles qui, dans le monde r�el, sont cr��es par d'autres, par leurs intuitions qui sont, elles, tout sauf naturelles. Le QI est � la fois un instrument de s�lection et la justification de cette m�me s�lection. Dans cet optique, ce qui compte ce sont les diff�rences suppos�es inalt�rables entre les individus, et non pas les progr�s que ces m�mes individus doivent faire quand le QI d'un groupe ethnique entier augmente.

L'int�r�t dans la s�lection est tr�s diff�rent de celui qui est de rendre les gens plus intelligents en les �duquant. L'intention est exactement � l'oppos�e. Ainsi, retreindre l'admission de certaines personnes dans certaines �coles publiques, sur les bases de leur �ducation, a seulement une valeur pratique et les psychologues du QI seront capables de leur expliquer que cela n'est pas simplement d� � une d�cision de l'�tat qui admet certaines personnes, mais en exclut d'autres. Selon les avocats du QI, la s�lection et la hi�rarchisation du syst�me �ducatif n'est pas seulement une d�cision de l'�tat. Comme c'est �tabli par la science du QI, cela est caus� par la nature, par la r�alit� objective : le potentiel naturel des individus est responsable s'ils ne sont pas admis au lyc�e. Cela veut tout simplement dire que la nature l'a affirm� elle-m�me. "Malheureusement", leurs g�nes ne leur permettent pas d'avoir le score de QI n�cessaire et donc le niveau exig� pour avoir l'�ducation qu'ils d�sirent.

Le m�me argument est utilis� pour expliquer la hi�rarchie des emplois : les employeurs veulent seulement embaucher (et payer) les meilleurs (quand ils ont la possibilit� de choisir), ils pourraient de ce fait refuser les fumeurs, les gros, les chauves, les femmes, les noirs, les musulmans, les durs de la feuille, les mal voyants, les cinquantenaires, ceux n�s sous le signe des Poissons. Cependant, parfois, de telles discriminations sont d�nonc�es et les employeurs condamn�s. Par contre, il n'est pas consid�r� comme discriminant de ne choisir que les plus brillants. C'est, dans ce cas, dans l'int�r�t des entreprises et donc pas de la discrimination. Ainsi, les tests de QI sont devenus tr�s populaires quand il faut boucher les postes vacants, en effet il n'y a pas de raison de croire que les psychologues du QI (ou psychomotriciens) sont moins efficaces que les "astrologues financiers" dans les processus de recherche. L'utilisation des tests de QI par les DRH a donc ce merveilleux effet de faire que les th�ories du QI deviennent des proph�ties auto-r�alisatrices quand elles procurent les r�sultats pr�dits par leur propres pronostics : "son QI est trop faible, il n'aura jamais d'emploi stable, n'est-ce pas ce que nous avons toujours dit ?"

Cependant, cela ne veut pas dire que les gens avec moins que l'ultime score de QI sont trop stupides pour se trouver aux positions auxquelles ils ne sont pas. S'il y a 100 postulants pour 10 emplois, 90 seront rejet�s, quelques soient leurs qualifications, score "g" compris !

Malheureusement, personne ne veut �liminer le probl�me sous-jacent. Le march� du travail libre et �gal garantit que certaines personnes auront du travail et d'autres non. Les critiques de la s�lection dominante pourraient se plaindre quelque peu � propos de l'in�galit� de tout cela : trop de femmes ou postulants "d'autres ethnies" sont �limin�s. Que les positions devraient �tre remplies afin de refl�ter les moyennes d�mographiques de la population, ce qui est un id�al soumis incompatible avec une soci�t� de comp�tition. �tre rejet� sur la base d'un strict principe politiquement correct n'est pas tr�s utile pour les demandeurs d'emploi.


A lire aussi :
- Le quotient d'intelligence
- Racisme et Q.I.

Pour aller plus loin :
- Scientific Study of General Intelligence: Tribute to Arthur R. Jensen. Helmuth Nyborg
- The Scientific Study of Human Nature: Tribute to Hans J. Eysenck at Eighty. Helmuth Nyborg
- Qui sommes-nous ? Lucas CAVALLI-SFORZA
- La Mal-mesure de l'homme. Stephen Jay Gould
- Nous ne sommes pas programm�s. Richard C Lewontin



Source : Charlatans.info





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