Le SCRS et l'art de la manipulation m�diatique (1er d'une s�rie de 5)

Date : lundi 03 septembre 2007 @ 23:24:00 :: Sujet : Racisme

Comment des informateurs du SCRS se sont fait pass�s pour des leaders de la communaut� musulmane canadienne.
Les cas de Youssef Mouammar et de Mubin Shaikh

Par Alexandre Popovic

MONTR�AL, 1er septembre 2007. Ici comme ailleurs, la parano�a collective du grand public est garante de l'�panouissement des services secrets. Plus la population devient craintive et peureuse, plus elle ressentira le besoin d'�tre prot�g�e contre les diverses menaces, r�elles ou fictives, qui planent sur sa s�curit�. Et parmi ces organismes publics qui sont mandat�s pour jouer ce r�le de protecteur, l'on retrouve les obscurs et �nigmatiques, mais � combien influents et puissants services secrets, dont la raison d'�tre consiste justement � identifier ces menaces qui p�sent contre la s�curit� nationale.

Plus la peur se r�pand parmi le grand public, moins les autorit�s gouvernementales se montrent h�sitantes � donner carte blanche aux services secrets. Apr�s tout, rien de mieux qu'une populace effray�e pour que les services secrets deviennent les enfants g�t�s de l'�tat, de v�ritables chouchoux � qui l'on ne peut rien refuser. Les services secrets ont donc tout int�r�t � veiller � ce que le climat de peur ne cesse jamais d'�tre aliment�.

Il va sans dire qu'il existe de nombreuses r�gions dans le monde o� l'ins�curit� et le niveau d'activit� terroriste sont telles que la t�che des services secrets s'en retrouve �norm�ment facilit�e. Ce qui est toutefois encore loin d'�tre le cas du Canada, qui continue d'�tre per�u de par le monde comme un gigantesque �lot de qui�tude r�sistant tant bien que mal aux vagues de turbulences qui agitent les eaux instables du globe.

Rares sont en effet les Canadiens qui se sentent craintifs au point d'apporter des changements � leurs habitudes de vie, comme d'�viter les moyens de transports en commun de peur qu'ils soient la cibles d'attentats � la bombe, comme ce fut le cas � Madrid ou � Londres ces derni�res ann�es. Bien s�r, il existe cette guerre internationale contre le terrorisme � laquelle les autorit�s canadiennes sont parties prenantes depuis le d�but. Mais le th��tre des op�rations de ce conflit � n'en plus finir est suffisamment �loign� du citoyen canadien moyen pour que celui-ci ne voit aucune raison de se sentir personnellement menac� � br�ve �ch�ance.

Dans un tel contexte, les services secrets canadiens, nomm�ment le Service Canadien de Renseignement et de S�curit� (SCRS), doivent n�cessairement redoubler d'ardeur et mettre les bouch�es doubles afin que le grand public canadien ne soit pas �pargn� non plus par cette crainte contagieuse de la menace terroriste. Bien que le SCRS pr�che un peu moins dans le d�sert depuis les fameux attentats du 11 septembre 2001, il reste n�anmoins encore beaucoup de chemin � parcourir avant que la parano�a populaire atteigne un niveau satisfaisant aux yeux des services secrets canadiens.

Pour rem�dier � cette nonchalance typiquement canadienne, il va de soi que le grand public doit �tre inform� aussi r�guli�rement possible de l'�volution de ce p�ril permanent que constitue la menace terroriste. Il incombe d�s lors aux m�dias de masse de ne jamais rater une opportunit� de rappeler � la population canadienne qu'elle n'est en rien immunis�e contre ces bombes meurtri�res qui ensanglantent r�guli�rement certaines r�gions du monde.

C'est dans le contexte de cette vaste mission de sensibilisation du grand public canadien que la collusion entre le SCRS et les m�dias prend toute son importance. Pour le SCRS et ses fid�les sympathisants, il est en effet crucial de ne m�nager aucuns efforts afin de d�velopper et de promouvoir une mentalit� d'assi�g�e au sein de l'opinion publique. Une telle entreprise peut prendre plusieurs formes.

Il peut s'agir, par exemple, de persuader le plus grand nombre de gens que le pr�tendu manque de z�le s�curitaire canadien au niveau frontalier ou en mati�re d'immigration fait courir des risques intol�rables � l'ensemble de la collectivit�, �tant donn� que les terroristes fanatiques du monde entier ne manqueront certainement pas d'interpr�ter une telle n�gligence comme une invitation � s'infiltrer partout au Canada, par la grande ou par la petite porte, sans oublier la porte du c�t�.

Le SCRS peut �galement faire des pieds et des mains pour convaincre le grand public que certains individus cibl�s repr�sentent des menaces potentielles � la s�curit� nationale, comme ces soi-disant �agents dormants d'al-Qa�da� qui constituent apparemment autant de menaces invisibles que seul l'oeil entra�n�, et quasi-bionique, des super agents anti-terroristes est capables de percevoir.

Lorsqu'ils aspirent � faire passer leur message aupr�s du grand public, les ma�tres-manipulateurs du SCRS disposent �videmment de plus d'un tour dans leur sac. D�pourvus de scrupules et ne reculant devant aucune entorse � l'�thique, les services secrets canadiens peuvent s'y prendre de mille et une fa�ons pour manipuler l'opinion publique via les m�dias de masse.

D'abord, les repr�sentants du SCRS peuvent lancer des d�clarations-chocs, dont la v�racit� est souvent inv�rifiable, mais qui g�n�reront � coup s�r des manchettes sensationnalistes. On peut citer ici � titre d'exemple les propos volontairement alarmistes qu'avait tenus Jack Hooper, le sous-directeur aux op�rations du SCRS aujourd'hui � la retraite, lors d'une s�ance publique du Comit� permanent de la s�curit� nationale et de la d�fense du S�nat canadien, le 29 mai 2006.

Profitant de sa tribune pour se plaindre d'un manque de ressources, Hooper affirma que le SCRS n'avait examin� que 10 % des dossiers des 20 000 immigrants originaires de l'Afghanistan et du Pakistan qui sont arriv�s au Canada lors des cinq derni�res ann�es. De tels propos laissent sous-entendre qu'un nombre inconnu de terroristes pourrait se cacher parmi ce groupe d'immigrants provenant de deux pays qui sont �videmment per�us comme �tant � �hauts risques� aux yeux du SCRS. (1)

En r�alit�, le r�put� �laxisme s�curitaire canadien� est beaucoup moins dramatique que n'a voulu le laisser croire ce haut responsable des services de renseignement. En effet, comme le pr�cisera par la suite une porte-parole du SCRS, l'agence de renseignement proc�de � des v�rifications de demandes d'immigration provenant d'outre-mer uniquement lorsqu'elle est sollicit�e en ce sens par les agents d'immigration. Voil� qui explique pourquoi seulement une demande sur dix est examin�e par le SCRS. Le soi-disant �manque de moyens� dont se plaignait Hooper n'y est donc pas pour grand chose ici.

Bien entendu, M. Hooper n'a pas cru bon de mentionner que le SCRS examine 100% des demandes lorsque les immigrants se pr�sentent aux fronti�res canadiennes en vue d'obtenir un statut de r�fugi�. Sans tenir compte de ces importantes nuances, la plupart des m�dias de masse canadiens reprirent fid�lement les demi-v�rit�s de Hooper, qui se retrouv�rent alors � la Une de plusieurs grands quotidiens, dont La Presse, The Vancouver Sun (2), The Ottawa Citizen (3), The Calgary Herald (4), The Windsor Star (5), The Guardian (6) (de la ville de Charlottetown, capitale de l'�le du Prince �douard).

Mais ce n'est pas tout. M. Hooper joua �galement au proph�te de malheur en pr�tendant que �les �l�ments qui ont men� aux attentats de Londres�, c'est-�-dire ceux du 7 juillet 2005 qui caus�rent la mort de 52 personnes, �taient �pr�sents ici en ce moment au Canada�. Invit� � offrir davantage de d�tails sur le ph�nom�ne terroriste canadien, M. Hooper a alors dress� le profil type des suspects: �La plupart sont tr�s jeunes. Plusieurs sont n�s ici. Plusieurs d'entre eux qui ne sont pas n�s ici ont immigr� � un tr�s jeune �ge avec leurs parents.�

Cinq jours plus tard, les forces polici�res r�alis�rent l'un des plus importants coups de filet anti-terroriste de l'histoire canadienne dans la r�gion de Toronto, en arr�tant dix-sept individus, dont cinq mineurs, qui seront accus�s d'appartenance � une soi-disante cellule terroriste inspir�e d'al-Qa�da. Il s'agit ici d'accus�s qui sont, pour la plupart, tr�s jeunes, dont plusieurs sont n�s au Canada tandis que d'autres ont immigr� en tr�s bas �ge avec leurs parents. Bref, le groupe appr�hend� correspond en tout point avec la description que M. Hooper avait �voqu� au S�nat !

Autrement dit, les propos de Hooper avaient quelque chose de pr�monitoires, ce qui tombe plut�t bien �tant donn� que la mission principale du SCRS est justement de pr�voir et d'anticiper les probl�mes, contrairement aux policiers qui sont form�s � r�agir � des actes qui ont �t� pos�s. Avec des pr�dictions qui se r�alisent sous nos yeux dans un d�lai aussi court, on se croirait en pr�sence d'un v�ritable sc�nario arrang� avec �le gars des vues�. Une sorte de �happy-ending story�, o� les espions du SCRS font figure de h�ros imbattables � la Jack Bauer.

Une question importante demeure toutefois en suspens: le Canada �tait-il sur le point de vivre un attentat sanglant comme celui de Londres, comme le sous-entendit Hooper? Bien que nous n'aurons vraisemblablement d'autre choix que d'attendre l'issue du proc�s que subiront les accus�s dans cette affaire pour conna�tre la r�ponse, le doute devrait n�anmoins �tre permis compte-tenu du fait que la soi-disante cellule torontoise �tait �troitement surveill�e et m�me infiltr�e depuis belle lurette, ce qui ne semble pas avoir �t� le cas � Londres. (7)

Cela �tant, les d�clarations de dirigeants du SCRS, aussi fracassantes soient-elles, sont g�n�ralement insuffisantes � exercer un impact durable sur l'opinion publique. Il faut aussi reconna�tre que la Loi sur le SCRS limite excessivement la libert� de parole des membres des services secrets canadiens.

Lorsqu'ils sont admis au sein du SCRS, les nouveaux employ�s doivent en effet pr�ter un serment de secret leur interdisant de r�v�ler toute information obtenue durant l'exercice de leurs fonctions. De plus, la Loi sur la protection de l'information stipule que la communication d'informations classifi�es comme �tant des �renseignements op�rationnels sp�ciaux� (8) repr�sente une infraction passible d'une peine maximale de quatorze ann�es d'emprisonnement.

Quand les �ex� se mettent de la partie...

Pour compenser cette carence au niveau de la libert� de parole, l'agence de renseignement peut toujours compter sur une poign�e de v�t�rans du SCRS qui continuent � servir fid�lement les int�r�ts de l'organisation, et constituent � ce titre une v�ritable mini-force de r�serve toujours pr�te � monter sur le front pour mener la bataille des relations-publiques dans les m�dias de masse.

Ces espions � la retraite jouissent en effet de la libert� de faire ce que les membres actuels de l'agence de renseignement ne peuvent faire eux-m�mes, comme par exemple d�noncer les compressions du gouvernement dans le budget du SCRS, s'opposer � la tenue d'enqu�tes publiques sur des activit�s scandaleuses des services secrets canadiens, se porter � la rescousse d'anciens coll�gues qui se retrouvent dans l'eau chaude ou encore d�fendre des tactiques controvers�es dont les porte-paroles officiels du SCRS ne sont pas autoris�s � en admettre l'existence. Sans oublier les habituels discours destin�s � alimenter la peur et � justifier l'existence du SCRS...

Parmi les plus m�diatis�s de ces anciens du SCRS, on compte David Harris, qui aurait �t� membre du SCRS pendant neuf mois (9), p�riode durant laquelle il fut responsable de la planification strat�gique, et est aujourd'hui pr�sident de la compagnie de consultants en s�curit� Insignis Strategic Research, bas�e � Ottawa. En plus d'�tre r�guli�rement cit� dans les m�dias canadiens, M. Harris est aussi connu pour ses interventions m�diatiques controvers�es aux �tats-Unis, dans lesquels il n'h�site jamais � d�peindre le Canada comme une planque id�ale pour les terroristes (10).

Reid Morden, qui fut directeur du SCRS, de 1988 � 1992, et qui dirige aujourd'hui une firme d'analyse en s�curit�, Reid Morden & Associates, compte aussi parmi ces soi-disant experts en s�curit� qui sont contact�s par les m�dias pour commenter des questions li�es au terrorisme. Au m�me titre que Michel Juneau-Katsuya, membre du SCRS d�s sa fondation, en 1984, se hissant ensuite � la t�te de l'unit� Asie-Pacifique dans les ann�es '90, avant de prendre sa retraite, en 2000. Il est aujourd'hui PDG d'une agence de renseignement priv�e, le Northgate Group.

Mentionnons �galement Peter Marwitz qui, apr�s avoir pass� vingt ans au Service de s�curit� de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), fut membre du SCRS, de 1984 � 1993. Cit� de temps � autres dans les grands quotidiens anglo-canadiens, M. Marwitz a aussi vu 17 de ses lettres ouvertes �tre publi�es dans le courrier des lecteurs des m�dias �crits, entre 1993 et 2007.

Enfin, on s'en voudrait de passer sous silence le cas particulier de Tod Hoffman, membre du SCRS de 1988 � 1995, aujourd'hui chroniqueur chez la presse anglophone, principalement au quotidien The Gazette, lequel publia pr�s de cent articles, portant sur une foule de sujets, de cet ex-agent de renseignement au cours des douze derni�res ann�es.

Malgr� tout le bon vouloir d�ploy� par David Harris et compagnie, le SCRS a encore fort � faire avant que la peur bleue de la menace terroriste ne prenne racine au sein de l'imaginaire collectif canadien, ce qui incite l'agence � avoir recours � des stratag�mes toujours plus audacieux, pour ne pas dire carr�ment tordus, afin d'y arriver.

Le coulage d'informations

Parmi les m�thodes de pr�dilection de l'agence, on retrouve le coulage d'informations dans les m�dias de masse. � ce titre, il faut distinguer deux types de coulage : le coulage autoris� et l�gal, d'une part, et le coulage clandestin et criminel, d'autre part. Dans cette seconde cat�gorie, il importe de diff�rencier le coulage d'informations servant les int�r�ts sup�rieurs du SCRS, lequel est vraisemblablement bien vu par la haute direction de l'agence, voire approuv�e implicitement par elle, des fuites de renseignements pratiqu�es par des employ�s m�contents qui, pour une raison ou une autre, cherchent � plonger leurs patrons dans l'embarras.

Examinons d'abord la fa�on l�gale. Cela consiste tout simplement � ce que le SCRS remette des documents pr�censur�s � des journalistes en r�ponse � des demandes effectu�es en vertu de la Loi d'acc�s � l'information. La loi octroyant au SCRS une large latitude pour d�terminer les informations pouvant �tre divulgu�es de celles qui doivent demeurer secr�tes, les responsables de l'agence ont donc tout le loisir de trier les renseignements qui leur sont avantageux et susceptibles de faire avancer leur propre agenda politique, de celles qui leur seront potentiellement nuisibles, voire pr�judiciables, qu'ils pourront alors dissimuler sans difficult�s.

Ainsi, m�me le coulage d'information selon la m�thode l�gale n'est pas exempte de manipulations de la part du SCRS. On en a eu un exemple �loquent en f�vrier 2001, lorsque le SCRS remis au journaliste Jim Bronskill, de Southam, un rapport suppos�ment �confidentiel� traitant de la menace que faisait peser des �groupes d'affinit�s anarchistes� sur le Sommet des Am�riques, un �v�nement r�unissant trente-quatre chefs d'�tat du continent devant se tenir deux mois plus tard, � Qu�bec.

Le rapport en question, intitul� �Quebec city 2001: Radical Anti-Globalization Element Organizing Protest� et dat� de d�cembre 2000, pr�disait que le Sommet donnera probablement lieu � des actes de vandalisme et de violence. �L'utilisation de cocktails Molotv et autres instruments pertubateurs ne peut �tre �cart�, peut-on y lire notamment. M. Bronskill se basa sur ledit rapport pour r�diger un article � forte saveur sensationnaliste, lequel sera publi� dans les quotidiens anglophones The Gazette (11), National Post, Edmonton Journal, The Ottawa Citizen, Times � Colonist et The Windsor Star.

Or, la demande d'acc�s � l'information qu'avait adress�e le journaliste Bronskill au SCRS n'avait absolument rien � voir avec les manifestations contre le Sommet des Am�riques ou la globalisation ! Qu'� cela ne tienne: le SCRS voulait que son �rapport confidentiel� soit coul� dans les m�dias et savait qu'il pouvait compter sur M. Bronskill pour accomplir cette tache.

Le journaliste Lyle Stewart demanda d'ailleurs � Bronskill s'il croyait que le rapport du SCRS pouvait faire partie d'une campagne de d�sinformation. Voici sa r�ponse: �Je tend � �tre d'accord, en un sens. Je ne sais pas o� se situe la v�rit�. Une partie du probl�me avec ces affaires-l� est qu'ils noircissent beaucoup de choses et que vous ne savez pas quelle quantit� d'informations il pouvait y avoir l�. Vous devez prendre leurs conclusions pour de l'argent comptant, pour ce qu'elles peuvent valoir.�(12)

Les services de renseignement canadiens peuvent aussi pratiquer le coulage d'informations de mani�re clandestine, par exemple en faisant couler ill�galement des renseignements confidentiels � des journalistes qui se sont m�rit� leur confiance, comme cela s'est produit � plusieurs reprises dans l'affaire Maher Arar. Rappelons que dans cette affaire les autorit�s am�ricaines s'�taient bas�s sur des renseignements canadiens erron�s lorsqu'elles d�cid�rent de d�porter M. Arar, un ing�nieur canado-syrien, vers son pays d'origine, la Syrie, o� il fut emprisonn� et tortur� pendant 374 jours avant d'�tre lib�r� et de pouvoir revenir au Canada, le 5 octobre 2003.

Comme le souligne lui-m�me dans son rapport le juge Dennis O'Connor, qui pr�sida la commission d'enqu�te sur l'affaire Arar, �des responsables canadiens ont, pendant une longue p�riode, s�lectivement divulg� aux m�dias de l'information classifi�e sur M. Arar. Les fuites ont commenc� en juillet 2003 avant le retour de M. Arar au Canada et se sont poursuivies jusqu'en juillet 2005, pendant les travaux de la Commission.� Notons que les auteurs de ces fuites n'ont jamais �t� identifi�s. (13)

Dans ce cas-ci, le coulage d'informations avait pour but de salir la r�putation de M. Arar, en le faisant passer pour un individu qui n'est pas au-dessus de tout soup�on, de fa�on � ce que les agents de renseignement qui avaient cru voir en lui un potentiel �agent dormant d'al-Qa�da� puissent justifier leurs actions apr�s coup et ainsi couvrir leurs arri�res. Mais l'op�ration a manifestement �chou�e puisque le 26 janvier 2007, le gouvernement canadien a pr�sent� ses excuses � M. Arar, � qui une somme de 10.5 millions de dollars fut vers�e pour mettre un terme � sa poursuite au civil.

Plus r�cemment, un nouveau cas de coulage d'informations confidentielles dans les m�dias est apparu lorsque certains extraits d'un �document secret� du SCRS concernant le r�sident canadien d'origine marocaine Adil Charkaoui ont atteri dans les pages de La Presse, le 21 juin dernier. Le rapport coul� all�gue qu'en juin 2000, M. Charkaoui aurait eu une conversation avec un certain Hisham Tahir, �dont le propos sugg�re qu'ils planifiaient un attentat terroriste en prenant possession d'un avion en partance de Montr�al vers une destination inconnue � l'�tranger.� (14)

Rappelons que M. Charkaoui, un professeur de fran�ais, a �t� d�tenu pendant vingt-et-un-mois en vertu d'un certificat de s�curit�, une proc�dure permettant l'expulsion de personnes ne jouissant pas de la citoyennet� canadienne et qui sont soup�onn�es par le SCRS de mettre en p�ril la �s�curit� nationale�. Dans un jugement unanime rendu le 23 f�vrier 2007, la Cour supr�me du Canada a toutefois tranch� que les certificats de s�curit� �taient en partie inconstitutionnels.

Maintenant, le fait que M. Charkaoui n'a jamais �t� inculp� de quelque infraction criminelle que ce soit, tout comme que le fait que M. Tahir soit lui-m�me libre comme l'air, t�moigne de fa�on convaincante que cette conversation semble relever davantage du canular que du complot terroriste. Et pourtant, La Presse semble avoir �t� tellement emball�e par cette �exclusivit� qu'elle trouva n�cessaire d'accorder une visibilit� d�mesur�e aux all�gations pour le moins douteuses de ce document nagu�re secret.

Pour sa part, M. Charkaoui a ni� �nergiquement l'existence de cette conversation, estimant que ce coulage d'informations n'�tait s�rement pas �tranger � la requ�te demandant l'annulation de ses conditions de lib�ration qu'il avait d�pos� deux jours avant la parution de l'article de La Presse. Quant au SCRS, qui accumule les revers depuis un certain temps dans les dossiers des certificats de s�curit�, et ce, tant au niveau de l'opinion publique que sur le plan judiciaire, il semble d�cid�ment pr�t � tous les coups bas pour justifier son acharnement � l'�gard de M. Charkaoui. La GRC a d'ailleurs ouvert une enqu�te sur cette nouvelle affaire de fuite.

De la collusion jusqu'aux journalistes-espions

Bien entendu, les op�rations de manipulation de l'opinion publique sont grandement facilit�es lorsque des officiers de renseignement parviennent � tisser des liens �troits avec les membres les plus complaisants du gratin m�diatique. Comme le note le journaliste du Globe and Mail Andrew Mitrovica dans son livre �Entr�e clandestine�, c'est pr�cis�ment ce qu'a fait Ward Elcock, lorsqu'il �tait directeur du SCRS, de 1994 � 2004.

En effet, M. Elcock, qui �d�ne souvent avec des membres importants de la galerie de la presse parlementaire � Ottawa�, �crit M. Mitrovica, �a habilement forg� des alliances avec les journalistes � particuli�rement dans l'incestueux enclos d'Ottawa � et des universitaires qui, en �change de son oreille et d'informations, le d�fendent, lui et le Service.� (15) Les plus chanceux de ces journalistes se sont sans doute fait payer la traite par les services secrets canadiens lors des grandes bouffes bien arros�es que Elcock et ses coll�gues tenaient � l'int�rieur m�me des confortables locaux insonoris�s du quartier g�n�ral national du SCRS, dans la r�gion d'Ottawa. (16)

On peut �galement soup�onner que les affinit�s existant entre les professions de journalistes et d'agents de renseignement sont aussi de nature � faciliter les occasions de rapprochement et autres rencontres fortuites entre les membres des deux groupes. �L'espion et le journaliste ont quelques points communs et beaucoup de diff�rences�, observe Hans Leyendecker, un des plus c�l�bres journalistes d'enqu�te de l'Allemagne. �Tous deux collectent des informations � partir de multiples sources, informations qu'ils analysent ensuite pour leurs commanditaires.�(17)

Tout ceci nous am�ne forc�ment � soulever d'�pineuses, mais incontournables questions : Jusqu'o� au juste peut aller cette collusion entre journalistes et membres des services secrets ? Le SCRS disposerait-il de ses propres �sources humaines�, un euph�misme pour les informateurs, au sein de la communaut� journalistique ? Questions qui sont �videmment impossibles � r�pondre. Mais, advenant que cela ne soit pas le cas, ce ne sera pas faute de n�avoir essay�...

Certains se rappelleront peut-�tre, en effet, que deux agents du SCRS avait approch�, en septembre 1988, le journaliste Charlie Greenwell, de la station de t�l�vision CJOH, � Ottawa, en lui proposant le march� suivant : devenir informateur pour le compte des services secrets, en �change de quoi l'agence s'engageait � lui fournir toute l'assistance possible pour de futurs reportages touchant au monde du renseignement. (18)

� l'�poque, les dirigeants du SCRS �taient devenus obs�d�s par une s�rie de fuites survenues au cours de l'�t� 1988, lesquelles ne posaient pas tant un probl�me au niveau de la s�curit� mais restaient n�anmoins emb�tantes puisqu'elles �talaient au grand jour certains dessous peu reluisants de l'agence. D'abord, le journaliste Pierre Beauregard, de l'agence Presse Canadienne, r�v�la qu'un haut-grad� du SCRS avait mis en p�ril la s�curit� d'un transfuge sovi�tique en utilisant sa voiture personnelle pour assurer son transport vers un a�roport. Puis, le journaliste Normand Lester, de Radio-Canada, d�voila que la grogne r�gnait parmi des employ�s montr�alais du SCRS affect�s � l'�coute �lectronique suite � l'abolition de quatre postes.

Ainsi, les services secrets souhaitaient que M. Greenwell les aide � d�couvrir qui, parmi les membres du SCRS, �taient les sources qui avaient fournis des tuyaux aux journalistes Beauregard et Lester. En d'autres mots, le SCRS souhaitait que le reporter de CJOH espionne ses propres coll�gues journalistes. L'un des agents secrets sugg�ra m�me � Greenwell d'user de ruse, en proposant � Lester de mener des enqu�tes conjointes dans le but d'amener subtilement ce dernier � r�v�ler ses sources !

Or, M. Greenwell ne se contenta pas de refuser le march�, il avisa aussi son coll�gue Lester des intentions du SCRS � son �gard. Les deux reporters se sont ensuite fait un devoir de faire �clater publiquement l'affaire sur leurs r�seaux t�l�vis�s respectifs, le 15 septembre 1988. Au d�but, la direction du SCRS s'enferma dans le mutisme, refusant de commenter les all�gations.

Puis, le 20 septembre, le directeur du SCRS de l'�poque, Reid Morden, brisa le silence et confirma que l'agence avait effectivement adress�e une �demande de coop�ration� � M. Greenwell, quoique qu'il nia que ce dernier se soit fait offrir de l'information ou une quelconque forme de r�tribution en �change de ses services sollicit�s. Aussi, Morden se montra r�ticent � employer le terme �espionnage�. �Nous ne dirions pas 'espionner'�, chercha � nuancer le directeur des services secrets. �Nous dirions recueillir de plus amples informations.�

Notons qu'il ne s'agissait nullement l� d'un pr�c�dent dans la petite histoire du renseignement canadien. Une d�cennie plus t�t, la journaliste Kitty McKinsey, du quotidien Ottawa Citizen, avait en effet r�v�l� que des agents du sinistrement r�put� Service s�curit� de la GRC, c'est-�-dire l'anc�tre du SCRS (19), lui avaient propos� d'espionner certains journalistes soup�onn�es d'�tre des taupes � la solde des services secrets de la d�funte Union sovi�tique. (20)

L'infiltration de la profession journalistique par le SCRS demeure �videmment sujet � sp�culation. Les �success stories� �tant, pour la plupart, des secrets bien gard�s dans le milieu du renseignement, il n'y a que les tentatives de recrutement infructueuses et autres �checs qui se retrouvent � faire les manchettes. L'infiltration des milieux journalistiques par les services secrets ne rel�ve toutefois pas de la fiction, mais constitue un ph�nom�ne bien r�el, m�me dans les r�gimes d�mocratiques du monde occidental.

Ainsi, ce n'est pas pour rien si, aux �tats-Unis, une directive interdit sp�cifiquement � la Central Intelligence Agency (CIA) de r�mun�rer des journalistes depuis 1977 (21), dans la foul�e de l'un des nombreux scandales qui avaient suivis l'affaire Watergate (22). Plus r�cemment, l'�quivalent allemand de la CIA, le Service de renseignement f�d�ral (Bundesnachrichtendienst, BND) s'est vu impos� une directive similaire apr�s avoir �t� �clabouss� par une affaire d'espionnage du milieu journalistiques, en mai 2006 (23).

Des agents provocateurs m�diatis�s

Il va sans dire qu'une agence de renseignement disposant de ses propres informateurs dans le milieu journalistique se placerait dans une position id�ale pour se lancer dans des manipulations m�diatiques de grande ampleur. Mais, plus machiav�lique encore, les services secrets peuvent �galement avoir recours � leurs propres informateurs pour gonfler artificiellement l'ampleur de certains ph�nom�nes qu'ils combattent, comme celui de l'extr�misme musulman, et m�me aller jusqu'� fabriquer de toutes pi�ces une menace terroriste au Canada, de fa�on � augmenter le taux d'ins�curit� et de parano�a au sein de la population.

C'est pr�cis�ment ce qu'a fait le SCRS, et ce, au cours d'une p�riode de temps s'�tendant sur plusieurs ann�es. En effet, deux anciennes taupes du SCRS charg�s de l'infiltration des milieux islamistes contribu�rent tous deux � donner une image n�gative de l'islam et � alimenter le st�r�otype voulant que les musulmans soient essentiellement de dangereux extr�mistes. Autrement dit, par le biais de ses informateurs m�diatis�s, le SCRS fut carr�ment en position de fa�onner la perception qu'a l'opinion publique de la communaut� musulmane canadienne.

Les deux informateurs en question sont Joseph Gilles Breault, alias �Dr Youssef Mouammar� alias �Abou Djihad�, de Montr�al, et Mubin Shaikh, de Toronto. Il est � noter que nous n'avons pas affaire ici � de simples hypoth�ses ou � une eni�me th�orie de la conspiration. D'une part, les deux individus ont chacun reconnu publiquement avoir travaill� sous les ordres du SCRS. D'autre part, leurs multiples interventions m�diatiques sont largment document�es au niveau des archives des m�dias �crits, lesquels sont all�s jusqu'� d�peindre les deux informateurs comme des porte-paroles de la communaut� musulmane canadienne, voire des �leaders� de celle-ci.

De 1989 � 1994, Youssef Mouammar semble avoir �t� de toutes les grandes et moins grandes controverses associ�es de pr�s ou de loin � l'islamisme radical, comme la tentative de coup d'�tat � Trinidad et Tobago ou la diffusion de propagande haineuse anti-juive. Personnalit� m�diatis�e, Mouammar �tait toujours pr�t � ajouter un peu d'huile sur le feu, que ce soit durant l'affaire Salman Rushdie ou lorsque le SCRS se livra au harc�lement de membres des communaut�s arabo-musulmanes � l'�poque de la guerre du Kowe�t.

Apr�s avoir soutenu ouvertement le terrorisme anti-isra�lien et lanc� des appels au meurtre des opposants du Front islamique du Salut, un parti islamiste alg�rien aujourd'hui dissout, Mouammar envoie des communiqu�s de menaces d'attentats aux armes biochimiques contre le m�tro de Montr�al.

On se rappelera sans doute que ces soi-disantes �menaces terroristes� avaient donn� lieu � des manchettes sensationnalistes des plus alarmistes chez les grands journaux montr�alais dans les semaines qui avaient suivies les attaques du 11 septembre 2001, aux �tats-Unis. Le fait que l'auteur de ces communiqu�s fut � la solde des services secrets canadiens fit cependant couler beaucoup moins d'encre...

Quant � Mubin Shaikh, il s'agit d'une des deux taupes qui avait infiltr� la fameuse �cellule terroriste� de Toronto qui a �t� d�mantel�e � grands renforts de publicit� m�diatique, le 2 juin 2006, et que nous avons d�j� �voqu� pr�c�demment. Or, � la m�me �poque o� il �tait informateur pour le SCRS, M. Shaikh �tait devenu le promoteur le plus visible de la campagne en faveur de la reconnaissance des tribunaux islamiques en Ontario, en 2004-2005, une controverse qui fit couler beaucoup d'encre tant au Qu�bec qu'au Canada anglais. (24)

Il convient de noter que le cas de Shaikh se distingue � plusieurs �gards de celui de Mouammar. Ainsi, contrairement � ce dernier, Shaikh a sign� un contrat de d�lateur avec la GRC pr�voyant qu'il t�moignera en cour contre les accus�s dans l'affaire de la �cellule torontoise�. Cela �tant, il n'en existe pas moins plusieurs similarit�s entre les deux personnages: ils ont tous deux fait preuve d'un net penchant pour la visibilit� m�diatique tout en �tant � la solde du SCRS ; ils ont tous deux contribu� � donner un visage fondamentaliste, certains diront int�griste, � la communaut� musulmane canadienne ; et enfin, ils n'ont aucune h�sitation � avoir recours � l'intimidation et aux menaces.

Certains ne manqueront sans doute pas d'argumenter qu'il serait plut�t ardu pour le SCRS de recueillir des renseignements pr�cis et pr�cieux sur les milieux islamistes radicaux sans b�n�ficier des loyaux services de mouchards profond�ment enra�in�s au coeur m�me de la mouvance int�griste. Apr�s tout, si les escouades des stup des corps policiers recrutent des vendeurs de drogue pour livrer la lutte � la drogue, pourquoi alors les escouades anti-terroriste se priveraient-elles de recourir � des adeptes autoproclam�s des m�thodes terroristes pour mener la guerre au terrorisme?

Or, tant les enqu�tes au niveau de la s�curit� nationale que celles portant sur le crime organis� sont confront�es � ce dilemme classique : o� tracer la ligne entre, d'une part, l'utilisation d'informateurs aux fins de collecter des renseignement, et, d'autre part, le d�rapage de l'agent provocateur qui adopte un r�le pro-actif de fa�on � g�n�rer par ses propres faits et gestes le type de menace terroriste qu'il est cens� lui-m�me combattre?

La question est d'autant plus pertinente quand on sait que le SCRS se sert depuis toujours des menaces, r�elles ou suppos�es, � la s�curit� nationale pour demander � Ottawa d'accro�tre ses pouvoirs et ses budgets. Pourquoi le public devrait-il conserver sa confiance envers un organisme qui utilise ses taxes pour financer les activit�s de promoteurs du terrorisme au nom de la lutte anti-terroriste ?

Bien entendu, ceux qui sont le moindrement familier avec l'histoire du SCRS n'ignorent pas que les services secrets canadiens affichent de lourds ant�c�dents en mati�re d'agents provocateurs. Qu'on pense � l'affaire Marc-Andr� Boivin, cet individu qui, apr�s avoir fait carri�re comme informateur pendant 15 ans au sein du mouvement syndical, � Qu�bec, fut condamn� � purger 15 mois d'emprisonnement, le 2 octobre 1987, apr�s avoir plaid� coupable � six accusations d'avoir complot� en vue de commettre des attentats � la bombes contre les h�tels de l'homme d'affaires Raymond Malenfant. (25)

Ou encore � l'affaire Grant Bristow, du nom de cet informateur du SCRS qui avait particip� � la fondation, en octobre 1989, du d�funt groupe torontois Heritage Front, consid�r� � l'�poque comme la plus dangeureuse organisation supr�maciste blanche au Canada. Bristow participa activement aux activit�s du Heritage Front, conseillant notamment les n�o-nazis sur les m�thodes d'harcel�ment � adopter contre les militants anti-racistes, jusqu'� ce qu'il soit forc� de dispara�tre de la circulation apr�s que le Toronto Sun r�v�la, en ao�t 1994, qu'il �tait une taupe des services secrets. (26)

Pour aussi tordus que furent ces deux affaires, il convient n�anmoins de souligner que jamais M. Boivin n'a cherch� � se faire passer pour un porte-parole du mouvement syndical dans les m�dias, tout comme M. Bristow n'a jamais cherch� � �tre reconnu comme un leader des Canadiens de race blanche.

Il est �vident que les affaires Mouammar et Shaikh sont lourdes d'implications, et ce, pas seulement pour le SCRS, qui fait des efforts pour redorer son blason aupr�s de la communaut� musulmane canadienne depuis quelques temps. En effet, au-del� des services secrets eux-m�mes, les m�dias de masse, qui sont � la fois victimes du SCRS, puisqu'ils semblent avoir fait l'objet de manipulation de sa part, mais aussi source de pr�judices pour les musulmans canadiens, puisqu'ils contribu�rent � ternir l'image de ceux-ci, doivent eux aussi rendre des comptes � la population.

Lorsqu'ils �l�vent un informateur du SCRS au rang de �porte-parole musulman�, les m�dias de masse deviennent clairement partie prenante des odieuses supercheries con�ues par les services secrets canadiens. Que les journalistes se soient b�tement fait avoir ou qu'ils soient les complices de ces ignobles manigances, il n'en demeure pas moins qu'en accordant � deux informateurs des tribunes leur permettant de jouer � fond leur personnage de �leader musulman�, les m�dias de masse se trouv�rent � amplifier l'aura d'influence des deux taupes du SCRS, contribuant vraisemblablement � accro�tre la capacit� de ceux-ci � accomplir leur mission d'infiltration et de collecte de renseignements au sein du milieu cibl�.

Une ignominie d'une pareille ampleur exigeait forc�ment r�paration. La meilleure fa�on qu'aurait pu trouver les m�dias pour se racheter aupr�s de la population en g�n�ral et de la communaut� musulmane en particulier, aurait �t� de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour exposer les manipulations auxquelles se sont livr�s les services secrets et leurs informateurs et de demander des comptes aux plus hautes autorit�s f�d�rales pour que toute la lumi�re soit faite � ce sujet.

Malheureusement, nous en sommes aujourd'hui r�duis � d�plorer qu'� l'�poque o� l'affaire Mouammar a �clat�e, c'est-�-dire au cours des derniers mois de l'ann�e 2001, aucun des quatre grands quotidiens montr�alais n'avait consacr� sa Une � ce scandale, ni publi� d'�ditorial � ce sujet. Seul La Presse fit un minmum d'effort pour creuser un peu plus autour de l'affaire, sans pour autant y consacrer un suivi journalistique digne de ce nom.

Un tel d�sint�ressement est difficilement explicable. L'affaire Mouammar contenait pr�cis�ment tous les ingr�dients � forte saveur sensationnaliste dont rafolent habituellement les m�dias de masse. Ce n'est pourtant pas comme si les m�dias �crits montr�alais avaient cess�s, l'ann�e suivante, de s'int�resser aux questions ayant trait � l'islamisme radical ou au SCRS, bien au contraire. Il y a d'ailleurs fort � parier que si une affaire semblable avait �clat� ailleurs, dans un pays europ�en par exemple, la presse locale en aurait fait ses choux gras.

Alors que Mubin Shaikh n'a pas fini de faire parler de lui, en particulier au Canada anglais, Youssef Mouammar, lui, semble aujourd'hui avoir �t� bel et bien oubli� par les m�dias, son nom n'�tant �voqu� qu'� seulement de tr�s rares occasions, comme par exemple dans le livre �Montr�alistan�, du journaliste Fabrice de Pierrebourg, paru plus t�t cette ann�e. Bien que pr�sent� comme un ouvrage enti�rement consacr� � la mouvance islamiste � Montr�al, �Montr�alistan� n'accorde pourtant qu'un espace n�gligeable � traiter de ce personnage incontournable. (27)

Voil� qui ne peut faire autrement que de nous amener � dresser un triste constat de l'�tat du journalisme d'enqu�te au Qu�bec. Dans un discours prononc� le 20 f�vrier 2003, lors d'un colloque sur la s�curit� organis� par la Commission du Droit du Canada, Andrew Mitrovica reprocha d'ailleurs aux journalistes de d�montrer peu de volont� � enqu�ter sur le SCRS. Fait int�ressant, l'auteur de �Entr�e clandestine� d�buta son allocution en demandant qui, parmi les membres de l'assistance, connaissait le nom du directeur du SCRS. R�sultat: personne n'a pu nommer Ward Elcok, qui �tait alors � la t�te du SCRS depuis pr�s de dix ans. (28)

Comment s'�tonner alors que, plus de vingt ans apr�s sa cr�ation, le SCRS demeure un organisme largement m�connu du public canadien et plus particuli�rement des qu�b�cois. Ainsi, selon un sondage men� par la firme Ekos, en avril 2005, aupr�s de 1003 r�pondants, il ressort que les Qu�b�cois sont ceux qui connaissent le moins le SCRS (54 %), alors que les habitants de la Colombie-Britannique sont ceux qui le connaissent le mieux (81 %). Le sondage indique aussi que deux Canadiens sur trois (67 %) croient, � tort, que le SCRS a le pouvoir d'arr�ter et de d�tenir des gens. (29)Force est de constater qu'une telle ignorance rend la vie bien facile aux services secrets canadiens...

Le cas de Joseph Gilles Breault
alias Youssef Mouammar

Comme la plupart des informateurs, Youssef Mouammar est un personnage � multiples facettes. Pendant qu'il mouchardait pour le compte des services secrets canadiens, il se prenait aussi pour un promoteur de l'islam, assumait des fonctions de dirigeant au sein de multiples corporations religieuses et jouait le r�le de figure m�diatique controvers�e avant de devenir un auteur prolifique de menaces en tous genres exp�di�es par fax aux autorit�s et aux m�dias des quatre coins de la plan�te.

N� le 24 novembre 1942 dans le nord de Montr�al, Joseph Gilles Breault est un qu�b�cois dit �de souche�. En 1970, il part vivre en France, en compagnie de son �pouse et de son fils. Au cours de cette p�riode, M. Breault d�croche un doctorat en philosophie et en science politique � l'Universit� de Paris. En 1982, lui et sa famille reviennent vivre � Montr�al. Lorsqu'il se convertit � l'islam, vers 1984, M. Breault adopte le nom de Youssef Mouammar. Il devient alors actif � la mosqu�e Al-Oumma Al-Islamiah, situ�e sur le boulevard Saint-Laurent, pr�s de la rue Ontario.

Mouammar d�bute sa carri�re d'informateur en offrant d'abord ses services � l'escouade anti-terroriste du Service de police de la Communaut� urbaine de Montr�al (SPCUM), aujourd'hui rebaptis� Service de police de la ville de Montr�al. On sait peu de choses sur la collaboration de Mouammar avec le SPCUM � l'�poque, sinon qu'il aurait aid� les policiers lors d'une enqu�te portant sur une affaire de trafic d'armes.

On notera cependant que le Comit� de surveillance des activit�s de renseignement de s�curit� (CSARS), le pseudo �chien de garde� du SCRS dont l'impotence est l�gendaire, avait �crit dans son rapport annuel 1997-1998 que Mouammar ��tait un personnage controvers� avant d��tre recrut� par le Service�. �crit dans le style ultra-opaque si typique au SCRS, le rapport n'apporte malheureusement pas de plus amples pr�cisions � ce sujet. (30)

On ne connait pas avec certitude quelle a �t� la p�riode pr�cise durant laquelle Mouammar a travaill� comme informateur pour le SCRS. J'ai moi-m�me fait une demande d'acc�s � l'information aupr�s du SCRS � ce sujet, mais j'ai eu droit � la r�ponse habituelle: l'agence de renseignement me r�pondit formellement qu'elle ne pouvait �ni confirmer ni infirmer l'existence des documents demand�s�.

Un reportage du journaliste Normand Lester diffus� � la t�l�vision de Radio-Canada, au d�but d'octobre 2001, avance que �Mouammar rencontrait d�j� des agents du SCRS au moment de la guerre du Golfe en 1991�. (31) �videmment, l'emploi du terme �d�j� signifie que nous n'avons pas forc�ment affaire au d�but de la relation entre Mouammar et le SCRS, qui, selon toute vraisemblance, remonterait probablement � une �poque plus lointaine (nous y reviendrons). Le reportage de M. Lester indique �galement que les �islamistes auraient d�couvert ses accointances avec les services secrets canadiens� trois ans plus t�t (ce qui nous ram�ne donc en 1998) et que Mouammar avait �disparu de la circulation� depuis ce temps.

Un long article du journaliste Andr� No�l publi� dans La Presse, en d�cembre 2001, sugg�re que Mouammar aurait commenc� � oeuvrer pour le SCRS � partir de la moiti� des ann�es '80. Ce sont deux �l�ments d'informations contenus dans ledit article qui incite fortement � soutenir une pareille hypoth�se. (32)

D'abord, M. No�l, qui a lui-m�me rencontr� Mouammar pour �crire son article, rapporte que ce dernier �a voyag� dans le monde entier, avec l'argent du SCRS�. � une certaine �poque, le SCRS lui versait jusqu'� 7000$ par mois, ce qui couvrait le salaire, les d�penses et les tickets de voyage de l'informateur �globe trotter�. En finan�ant les voyages de Mouammar, le SCRS a vraisemblablement voulu accro�tre la valeur de son informateur, le fait d'entretenir de nombreux contacts � l'�chelle internationale ne pouvant qu'alimenter son prestige.

Plus loin dans l'article, on peut �galement lire que les voyages en question eurent lieu entre les ann�es 1985 et 1999, selon les dires de Mouammar lui-m�me. Puisque l'agence canadienne de renseignement joua le r�le d'agence de voyage, on peut donc supposer que Mouammar aurait �t� informateur pour le SCRS durant cette p�riode, soit pendant une douzaine, voire une quinzaine d'ann�es.

Le deuxi�me �l�ment d'information de l'article est un paragraphe dans lequel M. No�l �voque les d�buts de la carri�re d'informateur de Mouammar aupr�s du SCRS. Voici le paragraphe complet:

�Le SCRS le prend � son compte. L'agence f�d�rale est en manque d'informateurs musulmans. Le SCRS lui fait un pont en or, tout en aidant "Youssef" � accro�tre son influence dans sa nouvelle communaut� religieuse. Breault se hisse � la t�te de plusieurs organismes, comme la Fondation internationale musulmane du Canada, P�tro Action, l'Institut international de recherche islamique, la Communaut� de la nation musulmane du Grand Montr�al, la Grande mosqu�e, Info-islam et la revue Le Monde islamique.�

Ainsi, l'extrait ci-haut sugg�re clairement que l'ascension prodigieuse de Mouammar au sein d'un aussi grand nombre d'organismes � connotation islamique �tait en fait subventionn�e secr�tement par le SCRS. Notons que la cr�ation de la Fondation internationale islamique du Qu�bec remonte � 1987, et celle de la Fondation internationale musulmane du Canada et de la Communaut� de la nation musulmane du Grand Montr�al, � 1988. (33)

Cela nous ram�ne donc encore une fois � la seconde moiti� des ann�es '80, soit la p�riode au cours de laquelle Mouammar a d�j� commenc� � entreprendre sa longue s�rie de voyages � l'�tranger. Ce qui vient encore une fois renforcer l'hypoth�se � l'effet que Mouammar aurait d�but� son travail pour le SCRS � cette �poque.

� la lumi�re de ce qui pr�c�de, il semble clair que le SCRS a d�cid� de miser gros sur cet informateur, ce qui s'expliquerait par le fait que les services secrets canadiens �taient �en manque d'informateurs musulmans� � l'�poque, tel que sp�cifi� par le journaliste No�l dans l'extrait cit� ci-haut.

Le SCRS aurait sans doute pu se contenter de b�n�ficier des services d'un informateur dot� d'une influence non-n�gligeable aupr�s de la communaut� musulmane montr�alaise. Mais les services secrets cultivaient apparemment d'autres ambitions � son sujet : ils caressaient le projet audacieux de faire de leur informateur une v�ritable personnalit� publique jouissant d'une importante visibilit� m�diatique.

Tout porte � croire que le SCRS aspirait � ce que l'impact des gestes pos�s par Mouammar d�passe la communaut� musulmane locale pour atteindre l'opinion publique au sens large, ou, autrement dit, le reste de la population. C'est ainsi que Mouammar fut appel� � devenir l'un des principaux visages auquel le grand public qu�b�cois associerait la communaut� musulmane locale.

Comme le fit remarquer le journaliste Paul Wells dans un article paru dans le quotidien The National Post, en d�cembre 2001, Mouammar ��tait le genre de 'porte-parole' facilement disponible de la communaut� musulmane montr�alaise qui se retrouvait dans toutes sortes d'affaires m�diatiques.� (34)

Le stratag�me du SCRS semble avoir fonctionn� � merveille puisque des quotidiens canadiens aussi bien �tabli que the Gazette et le Vancouver Sun n'eurent aucune h�sitation � pr�senter Mouammar comme un �leader musulman�. Lors de la seconde moiti� des ann�es '80, la presse francophone et anglophone le consid�re comme une source cr�dible faisant autorit� sur les questions touchant de pr�s ou de loin au monde islamique et la communaut� musulmane locale.

Par exemple, La Presse cite les commentaires de Mouammar � l'occasion de la mort de l'ayatollah Khomeiny, en juin 1989 (35), lors de la divulgation de l'�nonc� de la politique du Qu�bec en mati�re d'immigration, en d�cembre 1990 (36) ou encore � la suite de la victoire �lectorale du Front islamique du Salut en Alg�rie (37), en d�cembre 1991.

En f�vrier 1989, le quotidien The Gazette va m�me jusqu'� dresser un portrait de Mouammar digne de ceux que les m�dias de masse consacrent aux vedettes du show-business et autres personnalit�s publiques. C'est sans inhibitions apparentes que Mouammar se pr�te au jeu en r�pondant � une s�rie de questions portant sur son enfance et sa famille, ainsi que sur ses go�ts personnels, notamment ses pr�f�rences en mati�re de passe-temps, de musique, de sports, de restaurants, de programmes de t�l�vision, de lieux de vacances, et ainsi de suite. (38)

En tout et pour tout, mes recherches m'ont permis de recenser pas moins de 47 articles de journaux, publi�s dans de grands quotidiens canadiens entre 1987 et 1995 (39), dans lesquels Mouammar fut cit� � titre de porte-parole musulman d'une organisation � vocation islamique, s'agissant la plupart du temps de la Fondation internationale musulmane canadienne (FIMC). Sur ces 48 articles de journaux, 22 furent publi�s dans la presse francophone et 26 dans la presse anglophone.

Notons qu'� ces dizaines d'articles s'ajoutent deux lettres ouvertes que Mouammar r�ussit � faire publier dans le courrier des lecteurs du quotidien La Presse, en 1991 et en 1993. Dans l'une d'elle, il aborde la question de la place de J�sus Christ dans le Coran (40), et dans l'autre, il �taye longuement sa position sur l'euthanasie (41).

Les m�dias montr�alais sont pourtant bien conscients que Mouammar est loin de faire l'unanimit� au sein de la communaut� arabo-musulmane montr�alaise. �Quand son nom appara�t dans les journaux, plusieurs musulmans grimpent dans les rideaux�, �crit le journaliste Richard H�tu, du quotidien La Presse, dans un article publi� en f�vrier 1992. (42)

Mais la visibilit� m�diatique de Mouammar ne se limite pas qu'� faire parler de lui dans les pages des grands quotidiens. En 1991, Mouammar tient sa propre chronique � la radio, apr�s avoir achet� du temps d'antenne � la station CJMS afin de faire �la promotion de l'islam.� Durant six mois, il lit un extrait du Coran deux fois par nuit sur les ondes de cette station montr�alaise.

On notera �galement que Mouammar �tait l'�diteur d'une revue mensuelle appel�e Le Monde islamique, qui a d�j� publi� un texte soutenant que �le sida vient comme pour punir la soci�t� moderne � un moment o� l'homosexualit� (et) la toxicomanie en sont devenues des normes�.

Ironiquement, le pr�texte de nombreuses interventions m�diatiques de Mouammar consistait fr�quemment � prot�ger l'image des musulmans dans les m�dias ! La FIMC, dont Mouammar �tait � la fois le pr�sident et le porte-parole, se dit en effet d�di�e � accro�tre la compr�hension de l'islam, plus particuli�rement dans le monde francophone. Ainsi, vers la fin des ann�es '80, la FIMC cherche activement � b�tir sa propre l�gitimit� en projettant l'image d'un groupe de lobby vou� � la d�fense des int�r�ts sp�cifiques de la communaut� musulmane.

Par exemple, en mars 1988, lorsque la t�l�vision de Radio-Canada diffuse un reportage traitant des connexions iraniennes all�gu�es avec les activit�s de narco-trafic montr�alaises, Mouammar fait parti des porte-paroles d'organisations musulmanes exigeant des excuses de la part de la soci�t� d'�tat, qui se voyait reprocher d'avoir fait preuve d'un manque de jugement dans le choix des images accompagnant la narration du reportage. (43)

En effet, ledit reportage offrait des images de l'entr�e de la mosqu�e montr�alaise al-Oumma et des fa�ades d�cor�s d'inscriptions arabes de deux commerces voisins, m�me si aucun de ces lieux n'�taient li�s en aucune fa�on avec le narco-trafic. �La pr�sentation �tait une insinuation diffamatrice contre cette mosqu�e et contre la communaut� musulmane montr�alaise dans son entier�, d�clara Mouammar � l'�poque. Celui-ci mena�a �galement d'entreprendre un recours en justice si Radio-Canada refusait d'�mettre des excuses publiques.

Acteur talentueux, Mouammar semble avoir si bien camp� son personnage de d�fenseur des int�r�ts de la communaut� musulmane que le gouvernement du Qu�bec adopte un d�cret, en 1990, l'autorisant � exercer la responsabilit� de tenir les registres civils des naissances, des mariages et des d�c�s des musulmans montr�alais au nom de la corporation religieuse appel�e �Communaut� de la nation musulmane du Grand Montr�al.� (44) Mouammar semble d�sormais assis sur une v�ritable mine d'or de renseignements sur la communaut� musulmane montr�alaise, au grand bonheur du SCRS.

Paradoxalement, malgr� cette apparente qu�te de respectabilit�, il semble que pratiquemment � chaque fois que des islamistes se soient retrouv�s d'une fa�on ou d'une autre sur la sellette au Canada, de la fin des ann�es '80 jusqu'au au d�but des ann�es '90, Mouammar lui-m�me ne semblait jamais �tre bien �loign� de l'�action�.

Dans le second article de cette s�rie de cinq, nous examinerons le r�le de Youssef Mouammar dans l'affaire Salman Rushdie.

Notes et sources:

(1) La Presse, �Les services de renseignements ne suffisent pas � la t�che�, Andr� Duchesne, 30 mai 2006, p. A1.
(2) The Vancouver Sun, �Immigration screening inadequate, CSIS says�?, James Gordon, May 30, 2006, p. A1.
(3) The Ottawa Citizen, �CSIS can't screen 90% of immigrants�?, James Gordon, May 30, 2006, p. A1.
(4) Calgary Herald, �Spy agency flags gaps in immigration checks�?, May 30, 2006, p. A1.
(5) The Windsor Star, �Immigrants not screened�?, James Gordon, May 30, 2006, p. A.1.
(6) Guardian, �Potential terrorists lurking�?, May 30, 2006, p. A1.
(7) Bien que les informations sur cette affaire se font rares depuis l'imposition d'une ordonnance de non-publication, de nombreux indices laissent croire que le dossier de l'accusation semble s�rieusement battre de l'aile. Ainsi, la Couronne a d�cr�t� l'arr�t des proc�dures � l'�gard de trois des mineurs inculp�s. De plus, l'un des agents d'infiltration a m�me r�cemment d�clar� publiquement que deux des accus�s adultes �taient innocents! Source: Toronto Star, �Terror charges stayed against Toronto youths�, Isabel Teotonio, July 31, 2007.
(8) Sont notamment consid�r�s comme des �renseignements op�rationnels sp�ciaux� les renseignements dont la communication r�v�lerait l�identit� d�une personne ou d�un organisme qui est ou a �t� une source confidentielle d�information pour le gouvernement f�d�ral, ou � qui on a propos� de le devenir; la teneur des plans du gouvernement f�d�ral en vue d'op�rations militaires relatives � un conflit arm� ; les moyens que le gouvernement f�d�ral met ou pourrait mettre en oeuvre pour la collecte ou l�obtention secr�te, ou pour le d�chiffrage, l��valuation, l�analyse, le traitement, d�information ou de renseignements.
(9) Bizaremment, M. Harris refuse de dire quand et combien de temps il fut � l'emploi du SCRS. C'est d'ailleurs le directeur Ward Elcock qui r�v�la, en 1999, que Harris comptait seulement neuf mois de service au sein du SCRS. Ce qui explique peut-�tre pourquoi Harris pr�f�re garder le silence � ce sujet... Source: National Post, �MPs can't crack Canada's tight-lipped spy chief�, Robert Fife, May 27, 1999, p. A4.
(10) The Globe and Mail, �Canada tarred again as haven for terrorists�, Colin Freeze, April 26, 2002, p. A1.
(11) The Gazette, �Radicals arm for Quebec: CSIS�, February 13, 2001. p. A8.
(12) Hour, �Canada's spooks playing the disinformation game?�, Lyle Stewart, February 15, 2001.
(13) Rapport sur les �v�nements concernant Maher Arar, Les Faits Vol. II, p. 531 � 544.
(14) La Presse, �Charkaoui a-t-il discut� d'un attentat?�, Jo�l-Denis Bellavance et Gilles Toupin, 21 juin 2007, A3.
(15) MITROVICA, Andrew, �Entr�e clandestine�, Trait d'union (2002), p. 377 et 378.
(16) Entre septembre 1997 et septembre 1998, M. Elcock a engag� des serveurs et des barmans � seize reprises pour servir ses nombreux invit�s lors des banquets qui se tinrent dans l'�difice du SCRS. Co�t total : $1,766. Au cours de la m�me p�riode, Elcock et ses copains espions ont flamb� plus de 4000$ en bouteilles de scotch, de vins fran�ais et califoniens et de digestifs. Source : National Post, �It's OK to know what the spy boss ate, just don't ask where�, Andrew McIntosh, November 14, 1998. p. A9.
(17) Courrier international, no. 812, �Les r�dactions allemandes sous surveillance�, Hans Leyendecker (S�ddeutsche Zeitung, Munich) 24 mai 2006, p. 58.
(18) LESTER, Normand, �Enqu�te sur les services secrets�, Les �ditions de l'Homme (1998), p. 71 � 74.
(19) Le Service de s�curit� de la GRC, aussi surnomm� SS, fut aboli apr�s que deux commissions d'enqu�te (Keable et McDonald) r�v�l�rent les dessous de la guerre secr�te que la police f�d�rale avait men�e contre les mouvements ind�pendantistes et socialistes qu�b�cois durant les ann�es '70. On apprit notamment que les agents du SS/GRC avaient br�l� une grange � Sainte-Anne-de-la-Rochelle, en 1972, vol� la liste des membres du Parti qu�b�cois, en 1973, et pris part � plus de 400 entr�es par effraction, entre 1970 et 1977. Discr�dit�, le SS/GRC disparu en 1984, pour �tre remplac� par le SCRS.
(20) The Globe and Mail, �Tinker, tailor, journalist, spy: telling the truth or Big Lie?�, September 13, 1986, p. D1.
(21) La directive fut adopt�e suite � une enqu�te d'une commission s�natoriale am�ricaine qui avait notamment r�v�l�e que la CIA avait r�mun�r� plus de cent journalistes am�ricains travaillant � l'�tranger pour divers services, en plus de se servir du journalisme comme couverture pour une douzaine de ses agents secrets en mission d'espionnage � l'ext�rieur du pays, parfois avec la b�n�diction de la direction des entreprises m�diatiques concern�es. Source: The Globe and Mail, �Tinker, tailor, journalist, spy: telling the truth or Big Lie?�, September 13, 1986. p. D1.
(22) Watergate est le nom d'un �difice de Washington D.C. abritant les bureaux du Parti d�mocrate o� cinq v�t�rans de la CIA pro-r�publicains furent pris en flagrant d�lit de cambriolage, le 17 juin 1972. Les tentatives infructueuses du personnel de la Maison-Blanche pour �touffer l'affaire aboutiront �ventuellement � la d�mission du pr�sident am�ricain Richard Nixon, le 9 ao�t 1974, une premi�re dans l'histoire des �tats-Unis.
(23) Un rapport d'un ancien juge de la cour f�d�rale supr�me d'Allemagne r�v�la qu'une demi-douzaine de journalistes, la plupart travaillant comme ind�pendants, avaient servis d'informateurs au BND, espionnant notamment certains de leurs coll�gues travaillant au quotidien S�ddeutsche Zeitung ou encore � l'hebdomadaire Der Spiegel. Le plus assidus de ces �espions-journalistes� fut un ancien pigiste de l'hebdomadaire Focus du nom de Wilhelm Dietl, alias �Dali� ou �Silencieux�, qui produisit 856 rapports pour le compte du BND entre ao�t 1982 et septembre 1998, lui rapportant une somme totalisant 652 738 deutschemarks, ou 333 740 euros. Source: Le Monde, �Le BND aurait recrut� des informateurs au sein des r�dactions�, Antoine Jacob, 17 mai 2006, p. 8.
(24) Toronto Star, �Informer wanted to protect Canada�, Michelle Shephard, July 14, 2006.
(25) La Presse, �Boivin, d�lateur n'a tir� qu'amertume de son exp�rience�, 4 janvier 1989, p. A2.
(26) La Presse, �L'affaire Bristow: Un vid�o incriminant�, 21 f�vrier 1995, p. A12.
(27) Les r�f�rences � l'affaire Mouammar tiennent essentiellement sur deux pages (p. 112 et 113). Le nom de Mouammar est � nouveau mentionn�, au passage, � la page 173, puis une derni�re fois dans une note de bas de page (p. 324). Du reste, le livre de M. de Pierrebourg laisse plut�t � d�sirer.
(28) Le Devoir, �Les m�dias ferment les yeux sur les d�rapages des services de s�curit�, Brian Myles, 21 f�vrier 2003, p. A2.
(29) Le Soleil, �Le SCRS m�connu des Canadiens�, �lisabeth Fleury, 26 juin 2005, p. A10.
(30) http://www.sirc-csars.gc.ca/annual/1997-1998/sec1a_e.html
(31) http://www.radio-canada.ca/nouvelles/(...)
(32) La Presse, �Un dr�le d'espion�, Andr� No�l, 14 d�cembre 2001, p. A7.
(33) Donn�es tir�es du Journal des d�bats de la Commission permanente des finances publiques, s�ance du 31 octobre 2001. http://www.assnat.qc.ca/FRA/PUBLICATIONS/debats/journal/cfp/011031.htm
(34) National Post, �Public enemy or public servant?--Alleged CSIS link begs question: Who is Mouammar?�, Paul Wells, Dec 15, 2001, p. B7.
(35) La Presse, �Des chiites de Montr�al en deuil�, Jules B�liveau, 6 juin 1989, p. D14.
(36) La Presse, �R�actions positives � l'�nonc� de la politique d'immigration du Qu�bec�, Lily Tasso, 5 d�cembre 1990, p. A2.
(37) La Presse, �Alg�rie: Les islamistes revendiquent une "victoire �crasante"�, 30 d�cembre 1991, p. A10.
(38) The Gazette, �Muslim leader blames K

Voici le premier texte d'une s�rie de cinq sur les manipulations m�diatiques des services secrets canadiens. On y fait le tour des diff�rents stratag�mes des services secrets pour amplifier la menace terroriste au Canada, du coulage d'informations jusqu'� l'utilisation d'informateurs se faisant passer pour des porte-parole de la communaut� musulmane.






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