BAKOUNINE (Michel) - Franc-Ma�onnerie et religion : le r�le de la Franc-Ma�onnerie

Date : mardi 28 ao�t 2007 @ 15:46:53 :: Sujet : Religion

Source : http://www.bibliolibertaire.org



A propos de la libert�[1]

"Pour devenir un corps vivant et utile, la franc-ma�onnerie doit reprendre s�rieusement le service de l'humanit�. Mais quelle signification ont aujourd'hui ces mots, servir l'humanit� ? Serait-ce prot�ger les innocents et les faibles, soigner les malades, nourrir et habiller les indigents, donner l'instruction aux enfants pauvres ?

"Toutes ces �uvres sont infiniment respectables et, comme application pratique du principe de l'humaine fraternit�, elles font partie, plus ou moins, dans la mesure de la capacit� de chacun, des devoirs, non seulement d'un vrai franc-ma�on, mais encore de tout homme qui n'est point �tranger au principe de la charit�. Pourtant, si la franc-ma�onnerie n'avait d'autre but que de les exercer, il n'y aurait aucune diff�rence entre elle et ces innombrables corporations religieuses qui, elles aussi, n'avaient point d'autre but que l'exercice de la charit� !

"L'immense diff�rence qui la s�pare de toutes ces institutions religieuses se manifeste uniquement par l'esprit dans laquelle la franc-ma�onnerie d'un c�t� et les corporations religieuses de l'autre distribuent leur instruction et leurs secours.

"Ces derni�res ont pour but absolu et final la gloire de Dieu encore plus que l'all�gement des souffrances humaines, le triomphe de l'esprit religieux, la soumission de l'homme sous le joug divin, et par cons�quent sous celui de l'�glise et de toutes les autorit�s temporelles sanctionn�es par l'�glise.

"Avec comme cons�quences n�cessaires la d�ch�ance et l'abdication de la raison humaine, la n�gation de toute libert�, l'esclavage. La franc-ma�onnerie, au contraire, pour peu qu'elle veuille rester fid�le � sa destination premi�re, doit vouloir l'�mancipation compl�te de l'homme, l'�tablissement de l'humanit� par la libert� sur les ruines de toute autorit�."

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"[le r�volutionnaire] doit comprendre que l'av�nement de la libert� est incompatible avec l'existence des �tats. Il doit vouloir par cons�quent la destruction de tous les �tats et en m�me temps celle de toutes les institutions religieuses, politiques et sociales, telles qu'�glises officielles, arm�es permanentes, pouvoirs centralis�s, bureaucratie, gouvernements, parlements unitaires, universit�s et banque d'�tat, aussi bien que monopoles aristocratiques et bourgeois.

"Afin que sur les ruines de tout cela puisse s'�lever enfin la soci�t� humaine libre et qui s'organisera d�sormais non plus, comme aujourd'hui, de haut en bas et du centre � la circonf�rence, par voie d'unit� et de concentration forc�es, mais en partant de l'individu libre, de l'association libre et de la commune autonome, de bas en haut et de la circonf�rence au centre, par voie de f�d�ration libre."

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"Il n'est point vrai que la libert� d'un homme soit limit�e par c de tous les autres. L'homme n'est r�ellement libre qu'au que sa libert�, librement reconnue et repr�sent�e comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension � l'infini dans libert�.

"L'homme n'est vraiment libre que parmi d'autres hommes �galement libres : et comme il n'est libre qu'� titre humain, l'esclavage d'un seul homme sur la terre, �tant une offense contre le principe m�me de l'humanit�, est une n�gation de la libert� de tous. La libert� de chacun n'est donc r�alisable que dans l'�galit� de tous. La r�alisation de la libert� dans l'�galit� du droit et du fait est la justice."

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"La femme, diff�rente de l'homme mais non � lui inf�rieure, intelligente, travailleuse et libre comme lui, doit �tre d�clar�e dans tous les droits et politiques et sociaux son �gale."

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L'�loge fun�bre du fr�re Michael Bakounine par le fr�re �lis�e Reclus (extrait) :

"... Finalement apr�s avoir poursuivi son but avec une passion et une pers�v�rance jamais �gal�es, quand le destin, les pers�cutions, les calomnies et les souffrances le terrass�rent, quand il sentit la respiration lui manquer et la mort l'atteindre, il r�suma toute son existence en lan�ant une derni�re fois le cri du XVIIIe si�cle : "�crasons l'inf�me !" et il voulait dire : "Reprenons l'�p�e avec laquelle l'archange de la l�gende crut avoir � jamais vaincu Lucifer, symbole de la libre pens�e et de l'�ternelle revendication, et d�truisons pour toujours l'�glise autoritaire pour construire sur ses ruines la soci�t� des �gaux et des Libres."[2]

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Deux lignes de L�o Lampion valent mieux que tous les longs d�veloppements pour r�sumer la vie de celui que certains gratifi�rent du qualificatif de "d�mon de la r�volte" : "Traqu� de pays en pays, expuls�, extrad�, incarc�r�, intern�, �vad�, plusieurs fois condamn� � mort, sa vie fut un perp�tuel passage de la prison � l'exil."

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BAKOUNINE: DE LIBERT� ET DE R�VOLTE[3]

"L'homme isol� ne peut avoir conscience de sa libert�. �tre libre, pour l'homme, signifie �tre reconnu et consid�r� et trait� comme tel par un autre homme, par tous les hommes qui l'entourent. La libert� n'est donc point un fait d'isolement, mais de r�flexion mutuelle, non d'exclusion, mais au contraire de liaison, la libert� de tout individu n'�tant autre, chose que la r�flexion de son humanit� ou de son droit humain dans la conscience de tous les hommes libres, ses fr�res, ses �gaux.

Je ne puis me dire et me sentir libre qu'en pr�sence et vis-�-vis d'autres hommes. En pr�sence d'un animal d'une esp�ce inf�rieure, je ne suis ni libre, ni homme, parce que cet animal est incapable de concevoir et par cons�quent aussi de reconna�tre mon humanit�. Je ne suis humain et libre moi-m�me qu'autant que je reconnais la libert� et l'humanit� de tous les hommes qui m'entourent. Ce n'est qu'en respectant leur caract�re humain que je respecte le mien propre. Un anthropophage qui mange son prisonnier en le traitant en b�te sauvage n'est pas un homme, mais une b�te. Un ma�tre d'esclaves n'est pas un homme, mais un ma�tre. Ignorant l'humanit� de ses esclaves, il ignore sa propre humanit�. [...]

C'est le grand m�rite du christianisme d'avoir proclam� l'humanit� de tous les �tres humains, y compris les femmes, l'�galit� de tous les hommes devant Dieu. Mais comment l'a-t-il proclam�e ? Dans le ciel, pour la vie � venir, non pour la vie pr�sente et r�elle, non sur la terre. D'ailleurs cette �galit� � venir est encore un mensonge, car le nombre des �lus est excessivement restreint, on le sait. Sur ce point-l�, les th�ologiens des sectes chr�tiennes les plus diff�rentes sont unanimes. Donc la soi-disant �galit� chr�tienne aboutit au plus criant privil�ge, � celui de quelques milliers d'�lus par la gr�ce divine sur des millions de damn�s. D'ailleurs cette �galit� de tous devant Dieu, alors m�me qu'elle devrait se r�aliser pour chacun, ne serait encore que l'�gale nullit� et l'esclavage �gal de tous devant un ma�tre supr�me. Le fondement du culte chr�tien et la premi�re condition de salut, n'est-ce pas la renonciation � la dignit� humaine et le m�pris de cette dignit� en pr�sence de la grandeur divine ? Un chr�tien n'est donc pas un homme, en ce sens qu'il n'a pas la conscience de l'humanit� et parce que, ne respectant pas la dignit� humaine en lui-m�me, il ne peut la respecter en autrui. [...]

Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les �tres humains qui m'entourent, hommes et femmes, sont �galement libres. La libert� d'autrui, loin d'�tre une limite ou une n�gation de ma libert�, en est au contraire la condition n�cessaire et la confirmation. Je ne deviens vraiment libre que par la libert� d'autrui, de sorte que plus nombreux sont les hommes libres qui m'entourent, plus profonde et plus large est leur l'esclavage des hommes qui pose une barri�re � ma libert� ou, ce qui revient au m�me, c'est leur bestialit� qui est une n�gation de mon humanit� parce que, encore une fois, je ne puis me dire libre vraiment que lorsque ma libert� ou, ce qui veut dire la m�me chose, lorsque ma dignit� d'homme, mon droit humain, qui consiste � n'ob�ir � aucun autre homme et � ne d�terminer mes actes que conform�ment � mes convictions propres, r�fl�chis par la conscience confirm�s par l'assentiment de tous. Ma libert� personnelle, ainsi confirm�e par la libert� g�n�rale, s'�tend � l'infini.

On voit que la libert�, telle qu'elle est con�ue par les mat�rialistes, est une chose tr�s positive, tr�s complexe et surtout �minemment sociale, parce qu'elle ne peut �tre r�alis�e que par la soci�t� et seulement dans la plus �troite �galit� et solidarit� de chacun avec tous. [..] Le premier �l�ment de la libert� est �minemment positif et social : c'est le plein d�veloppement et la pleine jouissance de toutes les facult�s et puissances humaines pour chacun par l'�ducation, par l'instruction scientifique et par le bien-�tre mat�riel, toutes choses qui ne peuvent �tre donn�es � chacun que par le travail collectif, mat�riel et intellectuel, musculaire et nerveux de la soci�t� tout enti�re.

Le second �l�ment ou moment de la libert� est n�gatif. C'est celui de la "r�volte" de l'individu humain contre toute autorit� divine et humaine, collective et individuelle."

("Dieu et l'�tat" in Oeuvres de Bakounine, I ; pp. 310-314 ; �d. Stock.)

LIBERT�, �GALIT� FRATERNIT�[4]

"Il y a une diff�rence immense entre la "libert� sociale", large, humaine, bienfaisante et r�elle pour tout le monde que r�clame le prol�tariat, et la "libert� politique", n�cessairement privil�gi�e, exclusive et restreinte que r�clame aujourd'hui vainement le radicalisme bourgeois. "Comment, restreinte et privil�gi�e !" s'�crient les vertueux r�publicains radicaux indign�s. "Ne demandons-nous pas l'�galit� des droits civils, juridiques et politiques pour tout le monde et une constitution populaire fond�e sur le suffrage universel, avec une Assembl�e nationale compos�e de repr�sentants du peuple et dont les d�cisions seront m�me soumises au besoin � la votation directe du peuple ?" Taisez-vous tartufes ; car vous savez fort bien qu'avec tout cela vous resterez les ma�tres et le peuple, l'esclave !

Vous accordez bien au peuple "l'�galit� des droits", mais vous vous gardez bien de lui conc�der "l'�galit� des moyens d'en jouir et de les exercer" ; car tous mes droits, si je n'ai pas moyen de les exercer, sont pure fiction, pur mensonge. Ces moyens sont : dans mon enfance, l'hygi�ne la plus rationnelle et plus tard l'�ducation la plus humaine possible, afin que toutes les facult�s, tant musculaires que nerveuses, bien nourries et bien dirig�es puissent se d�velopper dans toute leur pl�nitude et dans toute leur libert� ; c'est ensuite l'instruction � tous les degr�s, et < sans autre limite ni sp�cialisation pour chacun que celles qui sont d�termin�es par la nature m�me des facult�s et des tendances personnelles de chacun". C'est, � l'�ge viril, alors que l'homme �mancip� de toute autorit� tut�laire devient responsable de lui-m�me [...], la possibilit� "�conomiquement et socialement �gale pour chacun" de gagner sa vie dans toutes les branches de l'industrie, de la science et des arts, ne se laissant d�terminer dans le choix de sa sp�cialit� que par la nature m�me de ses propres tendances, de ses forces et de ses capacit�s. Ce travail sera n�cessairement collectif, associ�, par cette simple raison que le travail collectif seul produit les richesses et par cette autre raison aussi imp�rative que la premi�re que dans une soci�t� organis�e sur les bases d'une �galit� r�elle, conforme � la justice, les associations seules seront propri�taires des capitaux et des terres, de tous les instruments de travail en g�n�ral, sans lesquels aucun travail productif n'est possible. Du reste personne ne pourra �tre forc� au travail ; ce serait contraire au principe de la libert�, base et condition supr�me de la dignit� humaine. Mais comme il deviendra impossible de vivre en exploitant le travail d'autrui, quiconque ne voudra pas travailler aura la libert� de mourir de faim, � moins que la soci�t� ne le nourrisse par charit�, ce qui constituera pour le fain�ant une position tellement humiliante et insupportable que cette charit� sera peut-�tre le meilleur rem�de contre la fain�antise de chacun. Les vieillards, les invalides, les malades auront seuls le droit t la possibilit� de jouir de toute chose et de vivre, soit en travaillant moins, soit en ne travaillant plus du tout, sans devenir pour cela des objets de m�pris.

Dans une soci�t� constitu�e, ou plut�t transform�e solidairement, librement" selon l'�galit� et la justice, le travail deviendra la religion t l'honneur de tout le monde. Et il n'y aura plus besoin de lois r�pressives, criminelles et p�nales pour corriger les individus : l'opinion publique s'en chargera.

D'ailleurs le nombre des individus de mauvaise volont� et surtout le mauvaises habitudes diminuera graduellement, d'abord sous 'influence d'une �ducation et d'une instruction d�livr�es de la corruption syst�matique r�pandue aujourd'hui par le principe divin et fond�es iniquement sur le travail, sur la raison, sur la justice, sur l'�galit� et sur e respect humain. Quant � la fraternit�, cette noble et sainte passion qui ait que l'individu humain ne se sent vraiment libre, grand, puissant et heureux que dans la libert�, la dignit�, l'humanit� et le bonheur de ceux lui l'entourent-expression derni�re et sublime de la solidarit� qui n'est pas un dogme r�v�l� d'en haut, mais bien une loi fondamentale naturelle x inh�rente � la soci�t� humaine -, cette passion ne s'enseigne th�oriquement pas. Elle ne peut �tre r�veill�e et d�velopp�e chez les enfants lue par l'exemple, la vie, les actes de leurs tuteurs et de leurs ma�tres.

[...] Donnez aux hommes cette double �ducation de l'�cole et de la vie ; fond�e sur le travail, sur l'�galit�, sur la justice et sur le respect humain et dirig�e uniquement par la science - la seule autorit� devant laquelle nous puissions nous incliner sans rougir -, non par les hommes de science, mais par l'autorit� impersonnelle de la science seulement, faites que l'opinion publique, le plus grand pouvoir au monde et l'expression m�me de la solidarit� humaine, faites qu'elle soit p�n�tr�e de tous ces principes et vous verrez alors tous les crimes qui affligent l'humanit� dispara�tre rapidement ; bien plus, on verra dispara�tre les �normes diff�rences naturelles physiques, intellectuelles et morales qui s�parent les hommes aujourd'hui."

(R�ponse � Mazzini in Archives Bakounine, I ; I ; pp. 269-272.)



[1] Cit� par �douard Boeling in "Anarchistes, francs-ma�ons et autres d�fenseurs de la Libert�"

[2]" Le 13 juin 1876, ce colosse sentant sa fin proche, souffrant de mille maux, prit seul la diligence de Lugano pour berne. L�, l'attendait un vieil ami m�decin, le Dr Adolphe Vogt. Il lui dit : "je suis venu � Berne pour que tu me gu�risses ou que tu me fermes les yeux". Le 29 juin, il tomba dans le coma. Le 1er juillet, il s'�teignit. Seul".

�douard Boeling in "Anarchistes, francs-ma�ons et autres d�fenseurs de la Libert�"

[3] Idem.

[4] Idem.








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