
La politique divise les gens (Par : Didier Lacapelle)
Date : lundi 30 juillet 2007 @ 15:48:05 :: Sujet : Politique
Lorsque des amis parlent du
monde qui les entoure, ils �voquent souvent ce qui ne va pas, et ce
qu'ils y changeraient. On sent l'invincible puissance du "pueblo
unido", du "tous ensemble", slogans cens�s �voquer une masse
indivisible, enti�rement tourn�e vers un but unique et glorieux.
Mais
d�s qu'un de ces amis d�cide de passer de la parole � l'action, il doit
choisir parmi plusieurs options politiques. Et l�, curieusement, tous
ses anciens amis se d�tournent de lui. Parce que le fonctionnement
politique d'une d�mocratie �lectorale passe par un ph�nom�ne entropique
formidable : l'opinion.
Les
opinions, tout le monde en a de diff�rentes, d'autant plus que beaucoup
les adoptent sans trop y r�fl�chir. Toutes les mettre sur le march�
permet qu'elles se combattent les unes les autres sans jamais mettre en
danger le syst�me de domination en place.
Les
opinions sont d'autant plus efficaces pour diviser qu'elles s'appuient
sur trois piliers principaux : l'individualisme, la morale et
l'id�ologie.
Il
suffit pour s'en convaincre de suivre les forums d'opposants en p�riode
d'�lections pr�sidentielles, outre le fait que ces �lections octroient
beaucoup moins de pouvoir qu'on ne le croit souvent au candidat �lu et
donc de potentialit�s d'agir sur le syst�me pour ses �lecteurs.
- l'individualisme
Tout
le monde pr�ne l'union contre le syst�me, la r�sistance, et un tas de
slogans qui ne mettent pas en avant le mode d'action. Mais
concr�tement, on trouve un vote Schivardi � ma gauche, un vote Bayrou �
ma droite, un vote Bov�, un vote Besancenot, un vote Le Pen, un vote
blanc...
S'ils
admettent que le syst�me n'est pas bon, ils vouent un culte aux moyens
de sa l�gitimation : l'�lection et surtout la libert� individuelle du
vote. Et aucun de ces candidats ne d�colle.
Les
chr�tiens fondamentalistes aux Etats-Unis ne sont forts que parce
qu'ils votent TOUS r�publicain. L'id�al est un candidat majoritaire
avec leurs voix et minoritaire sans elles.
Deux �cueils :
Le
premier est que tout candidat �lu gagne aussit�t des soutiens et peut
ne plus avoir besoin du groupe consid�r� pour conserver la majorit�.
Le
second est d'adh�rer aux partis politiques, ce qui contraint presque
automatiquement � un soutien sans conditions. Les lobbies les plus
forts n'adh�rent pas aux partis.
Ces
deux �cueils sont d'autant plus fr�quents la soci�t� est �
individualiste et �clat�e. D'une part, il n'y a pas d'oppositions de
classes ou d'int�r�ts dans le d�bat politique tel que les anti-syst�me
puissent se pr�munir d'un soutien ext�rieur massif � leur candidat. Et
surtout il n'existe rien d'autre pour grouper les int�r�ts des
anti-syst�mes que d'adh�rer directement aux partis.
Mais
la plus grande faiblesse des anti-syst�me est leur refus de la
discipline de groupe. Et comme ce refus forge souvent leur identit�,
ils sont condamn�s � �chouer.
- l'id�ologie
Les
id�es claires sont importantes. La rigidit� id�ologique assure elle un
clivage d�finitif entre des groupes dont aucun n'est en mesure
d'exercer le pouvoir. Ainsi l'ennemi principal d'un militant anarchiste
est le militant trotskyste, dont il n'a de cesse de d�noncer les
turpitudes. L'immense culture politique du CCI (Gluckstein, le pote de
Schivardi) leur permet avant tout de d�noncer le d�viationnisme de la
LCR, sans que l'on n'y comprenne goutte. Gr�ce � l'id�ologie, "ce qui
nous divise est plus important que ce qui nous rassemble."
- la fausse morale
La
morale en politique a des liens �troits avec la rigidit� id�ologique.
L� o� l'id�ologie sert � diviser les ob�diences proches, la morale sert
� d�noncer les courants dont on se trouve plus �loign� sans avoir �
faire l'effort de les comprendre. Ainsi, si sur des bases anti-syst�me
proches, l'un fait le choix strat�gique d'int�grer le FN, et l'autre,
sur une base plus id�ologique, choisit le PCF, ils sont condamn�s � ne
plus se parler autrement qu'en s'insultant.
"Tous
ensemble", d'accord, sauf avec - au choix - les rouges-bruns, les
nationalistes, les extr�mistes, les droitiers, les gauchistes, les plus
infr�quentables que soi, etc.
Gr�ce
� ces trois piliers, le syst�me s'assure de la division de ses
adversaires, qu'ils confondent l'action politique vraie (qui change les
choses) avec le droit de pr�senter ses id�es, le d�bat, la sp�culation
intellectuelle et le cirque �lectoral.
Dans
100 ans, si le monde est encore l�, le dit syst�me n'aura jamais �t�
mis en danger. Des gens se pr�senteront encore aux �lections, avec pour
perspective de passer de 2 � 2,5% des suffrages exprim�s, ce qui de
leur point de vue constitue un grand soutien populaire pour le
changement.
Celui
qui veut avancer spirituellement se m�fie des opinions pr�dig�r�es, et
surtout ne s'illusionne pas sur la possibilit� de changer le monde par
la politique.
Mais
�tre lucide ne doit pas conduire � l'inaction. Il n'est pas n�cessaire
d'esp�rer pour entreprendre, disait Guillaume d'Orange.
La spiritualit� de gauche (le monde peut �tre am�lior�) et la
spiritualit� de droite (le monde est mauvais, ET n'essayons pas de le
changer car cela ne peut qu'aggraver les choses.) sont �galement
fausses. Le monde est en grande partie mauvais, et il est largement
illusoire de penser que nous pouvons le changer. Mais ne pas essayer
conduit � l'ennui, et l'ennui �tant le p�re de tous les vices, il
conduit � la collaboration avec le syst�me. Alors que l'exp�rience de
l'action permet de grandir spirituellement et d'aider les autres � le
faire bien plus s�rement que de rester dans sa chambre � lire les
philosophes et les �sot�ristes.
D'ailleurs, l'�conomie est une excellente �cole de quatri�me voie.
Source : L'En Dehors, Economie et archimagie |