
Note de lecture - FIGURES DE LA N�GATION
Date : samedi 17 mars 2007 @ 16:39:50 :: Sujet : Situationisme
FIGURES DE LA N�GATION
Avant-gardes du d�passement de l�art
L�internationale situationniste - L�internationale Lettriste � Le Lettrisme � Le Laboratoire d�Alba � Le M.I.B .I. (Mouvement International pour un Bauhaus Imaginiste) � Le comit� psychog�ographique de Londres �
Ce livre est diffus� au Qu�bec par La Sociale ([email protected]) et disponible � la librairie L�INSOUMISE, 2033 St Laurent Montr�al. Tel: 313-3489.
Jusqu�ici introuvable au Qu�bec, ce catalogue de pr�s de 200 pages d�une exposition qui s�est tenue en France en 2003 au Mus�e de Saint Etienne, est essentiel pour ceux qui souhaitent conna�tre la gen�se de l�Internationale Situationniste, de l�internationale Lettriste, et pour ceux qui seraient curieux de comprendre les buts du Laboratoire Exp�rimental d�Alba et du M.I.B.I ou m�me de d�couvrir en quoi consistait le Lettrisme.
Compos� de textes, analyses et t�moignages, dont certains pertinents dans une perspective historique, cette compilation comporte de nombreuses photos, des m�tagraphies inconnues de Guy Debord et de Gil J. Wolman et des reproductions de peintures d�Asger Jorn, de Pinot Gallizio, de Constant, de Ralph Rumney, etc.
L�importance du travail cr�atif, de la peinture aux films, ainsi compil�e pour la premi�re fois, il est pertinent d�y voir une poursuite constante du d�passement et la beaut� de l�insolence dans le d�tournement pratique des formes esth�tiques de l�apr�s guerre au profit d�une critique de la totalit�.
Ce magnifique catalogue permet de comprendre la perspective d�un moment transitoire ; il rend compte de l�id�e de la tension entre la vision esth�tique et artistique du Lettrisme et la volont� de son d�passement dans la n�gation de toute forme de repr�sentation. Cette seconde tendance fut illustr�e avec brio par l�Internationale situationniste, par sa pratique du d�passement artistique li�e � un usage r�volutionnaire de sa capacit� insurrectionnelle.
La pratique non-artistique des situationnistes devait d�boucher sur une remise en cause profonde de l�art, de l�urbanisme, du cin�ma et de la photographie, remise en cause qui est particuli�rement bien montr�e dans cette publication puisque la plupart des figures historiques (Vaneigem, Riesel, Kayati, Vienet) de l�I.S. laissent la place aux � artistes � et aux diff�rentes tendances esth�tiques exp�riment�es, abandonn�e et exclues tout au long de l��volution de l�I.S.
Les t�moignages et l��vocation du parcours des diverses tendances � artistiques � de l�I .S., permettent une lecture compl�mentaire de l�I.S. : comme par exemple � la transformation irr�versible de la notion d�artiste �, notion jusqu�� eux limit�e � la seule sph�re esth�tique, au b�n�fice d�une critique de la totalit�.
On per�oit alors � cette lecture, les enjeux et les convulsions de cette �volution et le pourquoi de la vigilance des tenants de la tendance insurrectionnelle (Debord, Vaneigem, Kayati surtout) afin que l�I.S. ne devienne un second mouvement lettriste un peu plus d�rangeant mais cantonn� au domaine artistique et � ses concepts. [Notons au passage que L�Action Terroriste Socialement Acceptable qui s�vit malheureusement � Montr�al n�a fait que reprendre en l�appauvrissant de tout contenu subversif diverses pratiques situationnistes pour se faire une place citoyenne gr�ce � la performance artistique]
Durant le d�but des ann�es 50, la critique de la repr�sentation (� la fois sociale, individuelle et collective) sera th�oris�e sur un terrain de plus en plus clairement social et dans une perspective historique. La th�orie critique qui se construit dans l�I.S., se d�tache peu � peu, et parfois dans les convulsions, des sph�res esth�tiques et artistiques.
Le processus de la repr�sentation est alors clairement per�u comme l�ennemi du sujet agissant et donc l�ennemi de toute praxis. Apr�s les travaux de l�Internationale Lettriste et de l�Internationale situationniste, la repr�sentation ne peut plus �tre abstractis�e de son contexte social ni de sa finalit� comme contr�le social.
Avec l�id�ologie de la consommation qui s��tend comme un voile opaque sur la vie sociale, le langage de la repr�sentation est devenu celui de l�id�ologie et le drapeau du r�gne de la passivit�. Cette id�ologie s�affirme en �crasant la vie humaine, l� o� les individus sont r�duits � des objets subjugu�s par les faux choix de la vie ali�n�e.
Particuli�rement bien illustr� dans ce catalogue, le double mouvement d�une proposition esth�tique et de sa n�gation verra na�tre progressivement une aspiration � la critique de la totalit�, critique exp�riment�e � des degr�s de scandales divers avec l�internationale Lettriste puis d�velopp�es avec une force grandissante avec les th�ses de l�Internationale Situationniste pr�cis�ment gr�ce � l�apport de la th�orie du d�tournement, des tentatives d�une urbanisme unitaire, de la psychog�ographie et de la d�rive exp�rimentale.
Ces exp�rimentations passionnantes, puis leur confrontation avec les itin�raires des principaux protagonistes sont �clair�s par la mise en texte et en images de la tension radicale de cette �poque qui va s�accroissant puis culmine r�volutionnairement en mai 1968.
Il est int�ressant de noter que la naissance du plus significatif des mouvements de subversion de la soci�t� dominante de la deuxi�me moiti� du XXe si�cle, l�international situationniste, s�est constitu�e au milieu de la grisaille de l�apr�s guerre alors que le stalinisme et la confusion gauchiste obscurcissaient bon nombre de perspectives sociales.
Dans cette logique, il est nettement encourageant d�oser une comparaison m�me relative avec ce temps qui est le notre, temps o� la confusion et la r�signation semblent des pratiques bien �tablies, mais dont le d�passement acc�l�rera la continuation d�une critique implacable du monde existant.
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