RAYNAUD (Jean Marc) - L'�tre profond de la mystification marxiste

Date : samedi 10 mars 2007 @ 13:22:50 :: Sujet : Marxisme

La Rue n�33 - Sp�cial Marx - 2�me trimestre 1983



A l�occasion de ce premier centenaire de la mort de Marx (mars 1883), tout un chacun ne va pas manquer d�y aller de son petit couplet � propos du c�l�bre barbu londonien, de sa doctrine et de sa nombreuse prog�niture spirituelle. C�est ainsi que certains, les officiels du marxisme, et d�une mani�re g�n�rale tous ceux qui blanchissent et engraissent sous le harnais de l��nonnement servile, vont faire dans la grand-messe traditionaliste avec cantiques, grandes orgues, sermons alambiqu�s en latin, psaumes patin�s par l�all�geance, flons flons et confettis. C�est ainsi �galement que d�autres, les d��us du stalinisme voire m�me du l�ninisme, officieront dans un style plus d�pouill�. Les calvinistes et les cur�s-pataugas du marxisme, en effet, ne prisent pas outre mesure le tralala et la d�magogie dont s�entoure si volontiers le papisme dans les petites et les grandes occasions. Ils pr�f�rent la rigueur et la raideur. Puritanisme oblige ! Et c�est ainsi, enfin, que d�autres, adversaires de classe de toujours du mouvement ouvrier ou adversaires irr�ductibles d�un imp�rialisme marxiste � l�odeur forte de totalitarisme et d�intol�rable, cracheront � qui mieux mieux sur la tombe du Herr Doktor et de ses supp�ts pour tenter une fois encore de transpercer une bonne fois pour toutes le c�ur du monstre avec l��pieu de la haine, du d�go�t, de la r�volte ou de l�espoir. Bref, qu�il se d�roule sous le signe de l�amour-passion, du mariage de raison ou de l�incompatibilit� d�humeur, ce premier centenaire de la mort de Karl Heinrich Marx aura dans tous les cas de figure des allures de c�r�monie, et rares seront finalement ceux qui, comme nous nous proposons de le faire, chercheront � d�passer le stade �troit de l�anecdote pour �lever le d�bat jusqu�� l�essentiel.

Bien �videmment, malgr� notre volont� claire et nette de prendre pr�texte d�un �v�nement comme le premier centenaire de la mort de Marx pour mettre � nu l��tre profond du marxisme, certains ne manqueront pas cependant de contester le bien-fond� et l�int�r�t de notre d�marche, et peut-�tre m�me nous accuseront-ils carr�ment de participer au grand cirque de la comm�moration. A quoi bon, en effet, s�interroger sur Marx et le marxisme, ne manqueront-ils pas de nous dire ? Les faits, la r�alit� sur laquelle d�bouche toute mise en �uvre du marxisme � Moscou, � Varsovie, � Kaboul, � Prague, � Budapest, � La Havane, � P�kin... ne sont-ils pas l�, patents et flagrants ? A quoi bon par cons�quent perdre du temps pour chercher � savoir si l�anc�tre portait ou non l�infamie actuelle en lui ? A quoi bon remuer la poussi�re du pass� et autopsier les cadavres ? L��chec n�est-il pas �vident ? L�heure n�est-elle pas � la lutte contre l�intol�rable, de pr�f�rence � une r�flexion sur la nature du sexe du diable ? Et puis d�ailleurs r�fl�chir aujourd�hui sur Marx et le marxisme a-t-il encore un sens ? La galaxie Marx n�est-elle pas d�sormais � l�heure de la d�sint�gration, de l��clatement, de la division et du tohu-bohu des antagonismes et des divergences de toutes sortes ? Le marxisme comme id�ologie dot�e de coh�rence est-il encore vivant ? La b�te n�est-elle pas morte depuis un certain temps, canc�ris�e par la r�alit� qu�elle a engendr�e ? Et donc, � quoi bon diss�quer une pr�tendue agonie quand les effluves naus�abonds de la d�composition de son cadavre t�moignent de l�urgence de se d�barrasser de la charogne ?

CADAVRES EXQUIS.

A toutes ces questions, il est, on s�en doute, ais� de r�pondre par la seule �num�ration des faits. Car le marxisme en effet est un cadavre qui se porte, h�las ! encore fort bien ! Certes les maladies qui le rongent sont l�gions. Les rides de l��chec comme le rictus de la division lui d�forment les traits. Mais, n�emp�che, directement ou indirectement, le marxisme domine encore aujourd�hui plus de la moiti� de la plan�te et r�ussit � contenir comme en Pologne la pouss�e contestatrice de populations enti�res. Et puis, par-del� les divergences, les diff�rences d�appr�ciations, le patchwork d�une th�ologie �clat�e � l�infini de l�interpr�tation des textes sacr�s, et la lutte au couteau entre fractions rivales, tout ce petit monde en d�lire serre toujours les rangs autour des tables de la loi. Les diff�rentes parties prenantes du fascisme rouge, celles qui managent aujourd�hui directement le capitalisme d��tat comme celles qui postulent � son management se r�clament, il faut quand m�me le savoir, toutes de Marx et du marxisme.

Pour un cadavre, le marxisme a donc encore une belle sant�. Aussi, confondre la maladie avec les stigmates de l�agonie et pr�tendre � l�inutilit� d�un chek-up et d�un diagnostique n�est nullement le meilleur moyen d�envoyer au plus vite l�intol�rable ad patrem. Qu�on le veuille ou non, le communisme autoritaire, m�me s�il a de plus en plus des allures de bateau ivre, continue � tenir la route de l�histoire, et une r�flexion � son encontre n�est pas du luxe.

Mais, �tudier le communisme autoritaire est une chose et r�fl�chir sur Marx en est une autre, objecteront ceux qui volontairement ou involontairement portent avec ostentation des lunettes noires sur l�intelligence. Quel rapport y-a-t-il entre un individu mort il y a cent ans, une m�thode d�analyse et les hordes barbares du communisme autoritaire ? Ne peut-on pas �tre marxiste tout en �tant aux antipodes de la caricature du socialisme qui s�vit chez les nouveaux ma�tres de l�empire des tsars, chez leurs vassaux ou chez leurs �l�ves ?

SOUS LE GOULAG, MARX.

Au premier abord, en effet, il peut sembler outrancier de faire porter le chapeau des goulags � la mode grand-russienne, europ�enne de l�Est, chinoise, castriste, vietnamienne... � tous ceux qui se r�clament de Marx et du marxisme. Les trotskistes par exemple sont des gens qui d�noncent avec vigueur le stalinisme et sa logique concentrationnaire et totalitaire. De m�me, les communistes de conseil � la mode de Pannekoek ou de Rosa Luxembourg et un certain nombre de marxistes uniquement marxistes n�h�sitent pas � tirer � boulets rouges et sur le stalinisme, et sur le l�ninisme. Aussi, il peut sembler quelque peu abusif de rendre responsables d�une r�alit� donn�e ceux qui se montrent critiques par rapport � cette r�alit�. En d�autres termes les staliniens, les trotskistes, les conseillistes... et � plus forte raison Marx lui-m�me, est-ce vraiment bonnet blanc et blanc bonnet ? Se pencher sur Marx et sa m�thode d�analyse pour les passer au tamis de notre critique constitue-t-il une �tape vraiment n�cessaire pour comprendre la logique profonde du capitalisme d��tat et y mettre le plus rapidement un terme d�finitif ? Ne conviendrait-il pas mieux de dissocier l�id�ologie et les faits ? N�est-ce pas perdre son temps que de tenter de d�montrer qu�entre Marx et le Goulag il y a un rapport de cause � effet ?

Perdre son temps, perdre son temps, mon cul ! Certes, les staliniens, les trotskistes, les conseillistes... Marx et sa m�thode d�analyse ce n�est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Entre les uns et les autres, il y a des diff�rences �videntes, mais, et c�est l� le sens profond de notre r�flexion, n�y-a-t-il pas �galement des convergences toutes aussi �videntes ? En d�autres termes ces diff�rences entre les innombrables chapelles du marxisme sont-elles de l�ordre du FOND ou de la FORME ? Et dans l�hypoth�se o� tous ces braves gens ne seraient que des aspects diff�rents d�une m�me logique, pourquoi, oui pourquoi, serait-il inconvenant de poser, comme Jacques Chancel � la belle �poque de � Radioscopie �, la question : � Et Dieu dans tout �a ? �

Car il ne faudrait quand m�me pas charrier ! Les convergences entre les innombrables plan�tes de la galaxie Marx existent et elles ne sont pas mineures. C�est ainsi par exemple que les trotskistes, ces stakhanovistes de l�antistalinisme, n�ont commenc� � d�noncer la dynamique concentrationnaire et totalitaire du stalinisme que quand ils en devinrent les victimes. Trotski, il faut le savoir, fut l�un des fusilleurs de Kronstadt ; le bourreau de l�Ukraine maknoviste ; l�un des fondateurs de la Tch�ka ; l�un des museleurs de l�Opposition ouvri�re au sein du parti bolchevique ; et il s�illustra, bien avant Jaruzelski, comme compositeur, chef d�orchestre et premier violon de la militarisation du travail. Sa critique du stalinisme, on le voit, ne date donc que de l�instant o� il a �t� �vinc� du pouvoir et o� il a �t� broy� par la machine qu�il avait mise en place avec son comp�re L�nine. Et pire, elle ne porte que sur la forme et pas sur le fond m�me du stalinisme. Car l� encore, il faut quand m�me le savoir, le concept trotskiste � d��tat ouvrier d�g�n�r� � signifie que le stalinisme n�est pas pourri jusqu�� la moelle et qu�il peut �tre � redress� �. Un pt�it changement d��quipe dirigeante, Lambert � la place d�Andropov, et hop ! en U.R.S.S. cela suffirait pour remettre le train du stalinisme sur les rails du l�ninisme et du socialisme � visage humain. Certes je caricature, mais pas autant que �a. Les trotskistes n�affirment-ils pas, sans rire, que le stalinisme est une � d�formation � du l�ninisme, alors que tout le monde sait maintenant que le parti unique, la dictature sur le prol�tariat, l��limination physique des composantes non bolcheviques du mouvement ouvrier, le capitalisme d��tat, la bourgeoisie rouge, les camps... et d�une mani�re g�n�rale tout ce qui forme l�ossature du syst�me soci�taire stalinien datent de l��poque o� L�nine et Trotski �taient au pouvoir ?

Bref, entre le trotskisme et le stalinisme, si diff�rence il y a elle ne porte nullement sur le fond. Et c�est du m�me tabac pour les conseillistes dont � propos desquels il para�trait qu�ils seraient et antistaliniens, et antil�ninistes. Antistaliniens et antil�ninistes, tu parles. Il suffit de lire le bouquin d�Herman Gorter � R�ponse � L�nine � (�dit� chez Spartacus) pour voir (c�est �crit noir sur blanc) que la diff�rence entre le conseillisme et le l�ninisme porte essentiellement sur des questions de tactique. Sur le fond l�accord est r�el. Ce n�est pas moi qui le dit.

Dans ces conditions, s�il convient de ne pas se laisser aller � faire de l�amalgame � la petite semaine et de reconna�tre � chacun des �pigones de Marx sa sp�cificit� propre, il convient �galement de bien pr�ciser que la diff�rence n�exclut pas la ressemblance et m�me l�identit� de vue sur le fond. Le trotskiste d�un jour, c�est ainsi, est souvent le stalinien du lendemain ; et kif kif pour le marxiste antistalinien et antil�niniste. D�ailleurs si les uns et les autres se r�clament de la m�me doctrine ce n�est pas par hasard. C�est parce que cette doctrine leur permet par-del� les diff�rences de formulation de se retrouver sur l�essentiel.

Alors, finalement, le marxisme serait donc une grande famille ? Eh oui ! Et comme toutes les grandes familles, celle du marxisme a un p�re : Marx et l�id�ologie qu�il a forg�e. Et donc, on peut dire que Marx, L�nine, Staline, Trotski, Mao, Tito, Castro, Rosa Luxembourg, Pannekoek... si ce n�est pas du pareil au m�me, �a y ressemble �trangement. Et au c�ur, � l�origine, � la base de cette similitude et de cet accord sur le fond, il y a un homme, Marx - cela ne nous int�resse pas fondamentalement car le bougre n�est plus de ce monde - et surtout une doctrine et une m�thode d�analyse, et l� �a nous int�resse d�j� plus car le mat�rialisme dialectique et le mat�rialisme historique, malheureusement, ont surv�cu � celui qui les a con�us. Et ils constituent le fumier sur lequel continuent d��clore les roses rouges, bleues, blanches, jaunes... du marxisme avec leurs �pines en forme de totalitarisme, d�imp�rialisme et de capitalisme d��tat. Sous le Goulag, au bout du compte, quand on creuse un peu on finit toujours par retrouver Marx.

LE POIDS DES MOTS, LE CHOC DES IMAGES.

Marx, comme �conomiste et comme politique, fut finalement un homme tr�s ordinaire et sans grande originalit�. Il fut un homme de son si�cle, domin� et �cras� par les id�es dominantes de son �poque et � un poil pr�s il fut semblable � bien d�autres. Son originalit� profonde, en fait, ce qui a permis hier et permet encore aujourd�hui � de nombreux militants du mouvement ouvrier de se r�clamer de lui se situe ailleurs ; � un autre niveau. Au niveau de sa philosophie, bien s�r, mais aussi et surtout au niveau de la m�thode d�analyse qu�il a �labor�e et que l�on conna�t sous le terme de mat�rialisme dialectique.

Le mat�rialisme dialectique, comme son nom l�indique, est un mat�rialisme. C�est-�-dire qu�il pose comme postulat que c�est la mani�re d��tre sociale (la r�alit� sociale) qui d�termine la conscience et non l�inverse comme l�affirme l�id�alisme. Pour le M.D. l�homme est donc le produit de son milieu d�origine et de son environnement. Sur cette base, le M.D. distingue ensuite entre l�infrastructure �conomique, le c�ur de l�environnement social, et les superstructures id�ologiques, politiques... qu�il analyse comme �tant des cons�quences de l�infrastructure. Mais le M.D. n�est pas seulement un mat�rialisme, m�me sophistiqu�. Il se veut de plus un mat�rialisme dialectique. Et c�est ainsi qu�il explique que si l�infrastructure d�termine la superstructure, la superstructure en retour va elle aussi d�terminer l�infrastructure. C�est le fameux triptyque : th�se, antith�se, synth�se.

Mais la th�se, l�origine de toute explication, l��talon-or de toute analyse reste malgr� tout l�infrastructure �conomique. Et de ce fait, le caract�re pr�tendument dialectique du mat�rialisme dialectique est loin d��tre �vident... Mieux, quand on y r�fl�chit un peu, on peut m�me dire que les habits de lumi�re dont se pare si volontiers le mat�rialisme dialectique ne sont en fait que le cache-sexe d�un m�canisme tout ce qu�il y a de plus ringard. Car qu�est-ce que cela veut dire de parler d�une relation dialectique en mettant toujours en avant un aspect particulier de cette relation et en en faisant un �l�ment d�explication CENTRAL et PREMIER ? C�est du m�canisme d�guis�. Ou une dialectique qui boite d�un c�t�. Car la r�alit� humaine, celle des hommes et des soci�t�s qu�ils ont cr��es, si on veut l�analyser en terme de dialectique est un TOUT, une TOTALIT� dont tous les �l�ments constitutifs r�agissent les uns sur les autres sans qu�il y en ait un qui soit CENTRAL et les autres PERIPHERIQUES. �a c�est de la dialectique. Mais passons !

Le mat�rialisme dialectique, on le voit, est une m�thode d�analyse qui se discute mais qui est dot�e d�une coh�rence certaine. Et Marx l�a utilis� pour analyser la soci�t� de son �poque c�est-�-dire le capitalisme. Et c�est ainsi notamment qu�il a expliqu� d�abondance en quoi il y avait contradiction entre l��tat des forces productives (l��tat de la technique des moyens de production...) et les rapports de production (les rapports de propri�t� et de distribution) et en quoi les rapports de production constituaient un frein � l��volution � naturelle � des forces productives. Pour lui en effet l�infrastructure �conomique, l��tat des forces productives �taient en avance sur des rapports de production qui avaient pourtant �t� s�cr�t�s un si�cle au pr�alable par ces m�mes forces productives. Grosso modo il disait qu�en 17891 l��tat des forces productives �taient � l�heure de la bourgeoisie alors que les rapports de production �taient � l�heure du f�odalisme et que c�est cette contradiction qui avait d�bouch� sur la r�volution. Et il poursuivait le raisonnement jusqu�� son �poque en expliquant que les forces productives �taient � l�heure de la mondialisation alors que les rapports de production �taient � l�heure d�une bourgeoisie �pre au profit et recroquevill�e dans le carcan de fronti�res nationales.

A premi�re vue le mat�rialisme dialectique avait donc tout pour s�duire un mouvement ouvrier naissant, nourri au mythe d�une technique cens�e r�soudre tous les probl�mes pour peu qu�on lui laisse les coud�es franches et qu�on la d�barrasse du corset de fer du profit et du nationalisme tiss� par la bourgeoisie. Aussi emport� par son �lan Marx n�h�sita pas un instant � projeter une m�thode d�analyse cens�e � l�origine expliquer son �poque, le XIXe si�cle, dans le champ de l�histoire. Et c�est cette projection du mat�rialisme dialectique dans l�histoire qui a donn� le mat�rialisme historique.

Le mat�rialisme historique, en effet, n�est que (fa�on de parler) l�application � l�histoire de l�humanit� tout enti�re d�une m�thode d�analyse : le mat�rialisme dialectique. Mais ce faisant, une mutation s�op�re. Le mat�rialisme dialectique comme m�thode d�analyse d�une soci�t� donn�e peut se discuter. Il est possible d�en int�grer certains pans tout en exprimant des d�saccords sur les autres. Cela ne mange pas de pain car c�est une m�thode dat�e. Ponctuelle. Par contre, pour ce qui concerne le mat�rialisme historique les choses changent du tout au tout. Le mat�rialisme historique ne pense pas seulement une �poque donn�e, il pense la totalit� de l�histoire. Et donc, ou on l�accepte en bloc, ou on le rejette en bloc.

Mais avant d�en arriver l�, quelques mots sur le raisonnement central qui articule le mat�rialisme historique. Le M.H. comme analyse totale de l�histoire d�hier, d�aujourd�hui et de demain constitue un �difice o� tout se tient. Le pr�sent y est expliqu� par le pass� et l�avenir, sans �tre pr�dit, est sugg�r� sur la base des potentialit�s du pr�sent. Bref, le M.H. est un tout o� tout se tient. C�est ainsi que l�histoire des hommes se trouve divis�e en �tapes avec un d�but et une fin et que l��volution est expliqu�e jusque dans ses moindres d�tails. Le d�but, c�est le communisme primitif, un syst�me soci�taire sans classes ni �tat. L��tape pr�sente (� l��poque de Marx) c�est la bourgeoisie avec l�existence de classes sociales, de l��tat... Et la fin, c�est le communisme avec de nouveau l�absence de classes et le d�p�rissement de l��tat. Et le mouvement de l�une � l�autre se fait au rythme de la r�solution des contradictions entre l��tat des forces productives et les rapports de production, c�est-�-dire au rythme des r�volutions. Et Marx nous explique comment on passe d�une �tape � l�autre, comment on passe du communisme primitif � une soci�t� de classes. Pour lui en effet les soci�t�s primitives si elles sont des soci�t�s �pargn�es par la division sociale et l��tat sont �galement des soci�t�s de p�nurie qui ne satisfont nullement les besoins des hommes. De l� l�apparition de techniques de plus en plus performantes. De l�, le d�calage entre l��tat des techniques et les rapports de production. Et ce, jusqu�� la r�volution finale. Jusqu�� ce que la technique soit en situation de satisfaire tous les besoins des hommes et que les rapports de production s�adaptent � cette situation.

Comme on le voit les trois axes principaux du M.H sont 1� l��quation soci�t� primitive = soci�t� de p�nurie ; 2� le postulat du d�veloppement permanent (naturel) des forces de production ; 3� la permanence de l��conomique comme �l�ment explicatif central d�une r�alit� donn�e.

Pas de probl�me, donc, le M.H pr�sente bien. Il tient debout. Il explique le pass�, le pr�sent et l�avenir. Et comme de plus il se targue d��tre scientifique on ne peut que tomber � ses pieds b�ats d�admiration. Et c�est ce que nombre d�h�mipl�giques de l�intelligence font depuis un si�cle. Car les images simples �a a toujours impressionn� les esprits simples.

H�las ! trois fois h�las ! il ne suffit pas de se proclamer scientifique pour l��tre.

TIRE LA BOBINETTE, LA CHEVILLETTE CHERRA.

Le mat�rialisme historique n�a, en effet, de scientifique que le nom. Pire, ce joyau de la th�orie marxiste est carr�ment du toc. Car tous les postulats sur lesquels il repose sont faux.

L�anthropologie, avec notamment Pierre Clastres et Marshall Sahlins, a r�duit � n�ant les �lucubrations de Marx et d�Engels. Clastres a d�montr� avec brio que le fait �conomique, l��tat des forces productives n��taient nullement fondamentaux dans les soci�t�s primitives. D�une part parce qu�� un stade technique identique pouvaient correspondre des modes d�organisation politique diff�rents et d�autre part parce qu�en derni�re analyse dans les soci�t�s primitives c�est toujours le politique qui prime l��conomique. C�est ainsi par exemple que dans la plupart des soci�t�s primitives il y a un contr�le de l��volution des techniques par l�ensemble du corps social qui n�h�site pas � bloquer ou � refuser cette �volution si elle risque d��tre un facteur de division sociale. Et c�est pourquoi Clastres a pu parler � propos de la soci�t� primitive de soci�t� � contre l��conomie �.

Exit, donc, le mat�rialisme dialectique. Dans les soci�t�s primitives l��conomique n�est qu�un des aspects de la r�alit� au m�me titre que d�autres. Et ce n�est pas tout. Dans la foul�e Clastres explique �galement que dans les soci�t�s primitives il n�y a nullement un d�veloppement � naturel � des forces productives, de la technique et des moyens de production. Il l�explique en long, en large et en travers. Et c�est le deuxi�me volet de son concept de � soci�t� contre l��conomie �. Un deuxi�me volet qui frappe le mat�rialisme historique au c�ur dans la mesure o� ce dernier postule exactement le contraire et qu�il en fait l�axe central de l��volution historique. Et ce n�est encore pas tout.

Dans son livre � Soci�t�s primitives, soci�t�s d�abondance �, Marshall Sahlins porte le coup de gr�ce au mat�rialisme historique en d�montrant, preuve � l�appui, que les soci�t�s primitives n��taient nullement des soci�t�s de p�nurie et qu�au contraire le temps consacr� � la production n�cessaire � la satisfaction des besoins fondamentaux �tait infime. Or si les soci�t�s primitives n��taient pas des soci�t�s de p�nurie, l�argumentation mat�rialiste historique qui postule que c�est de la p�nurie que na�t le d�veloppement des techniques s��croule compl�tement. Et donc le fameux sens de l�histoire qui part soi-disant d�une p�nurie pour tendre vers la satisfaction des besoins par le biais du d�veloppement des forces productives devient carr�ment un NON-SENS, un sens interdit ou une impasse. Dur !

Dans ces conditions, si l��conomique n�est qu�un �l�ment d�explication parmi d�autres d�une r�alit� soci�taire donn�e, si les forces productives ne croissent pas � naturellement �, si le point de d�part de l�histoire n�est pas la p�nurie et si comme l�explique Clastres c�est l�apparition de l��tat (voir les d�finitions qu�il donne de l��tat dans son bouquin � la Soci�t� contre l��tat �) qui est l�amorce d�une dynamique de lutte de classes et non l�inverse, le mat�rialisme dialectique et le mat�rialisme historique s�effondrent litt�ralement. Leurs pr�tentions scientifiques s�envolent au vent de l�illusion, voire de l�escroquerie. Le marxisme lui-m�me perd toute cr�dibilit� dans sa capacit� d�analyser l��volution historique et de d�finir un pr�tendu sens de l�histoire. Bref, sur la base de la critique anthropologique de Clastres et de Sahlins le marxisme se trouve r�duit � l��tat d�une pelote de laine que l�on d�roule ou d�un ch�teau fort dont on enl�ve d�un seul coup l�ensemble des fondations. Une fois tomb�e l�illusion, la pr�tention de poss�der un savoir TOTAL, le roi se retrouve tout nu exhibant ses jambes fr�les et un enchev�trement de varices. Le marxisme appara�t alors tel qu�il est, pitoyablement authentique : un scientifisme mal d�grossi ; une th�orie dat�e ; une doctrine ravag�e par les ans.

Apr�s la critique du stalinisme et du l�ninisme, la critique du marxisme comme m�thode d�analyse et comme th�orie de l�histoire s�av�re donc �tre la derni�re �tape de la mise � nu de l�imposture du communisme autoritaire. C�est une �tape qui est actuellement � l�ordre du jour gr�ce � la recherche anthropologique actuelle et qu�il nous faut mener � son terme car c�est � ce niveau que se situe l��tre profond du marxisme. C�est l� en effet que le fascisme rouge avec ses sanguinaires bouffons staliniens, ses sanguinaires adjudants l�ninistes et ses clowns tristes du marxisme soi-disant antistalinien et antil�niniste, plonge ses racines. C�est sur ce fumier que pousse l��tatisation de la soci�t�, le capitalisme d��tat, le totalitarisme... et la dictature sur le prol�tariat par une minorit� de pseudo-d�tenteurs de la science.

Qu�on ne s�y trompe donc pas, la r�flexion sur Marx et le marxisme et la critique de Marx et du marxisme sont br�lantes d�actualit�. Certes le barbu est une charogne qui pourrit depuis un si�cle, mais son �me est, h�las ! encore bien vivace et elle hante les derniers carr�s de staliniens, les bataillons tristes du l�ninisme, les r�giments p�te-sec du marxisme antistalinien et antil�niniste et les cohortes innombrables des insignifiants sous influence. Et c�est cette �me, cette doctrine et cette m�thode d�analyse qu�il nous faut envoyer une bonne fois pour toutes rejoindre Dieu et le Diable dans la poubelle de l�histoire pour que le chemin de la r�volution sociale et de l�espoir soient enfin libre de toute hypoth�que.

J.M.R.








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