ARTISANAT. -
�tat de l�homme qui exerce un m�tier manuel, nous dit le dictionnaire officiel. Est-ce bien cela ? Pas pr�cis�ment.
L�artisanat est plut�t la forme prise par la production � certaines �poques jusqu�� l�apparition de l�industrie ou de l�exploitation d�une entreprise quelconque selon les formes modernes. Il y a des artisans depuis les temps les plus recul�s. Il y en a encore dans nombre de pays et dans certaines branches de la production.
Les d�couvertes arch�ologiques faites presque chaque jour en Egypte, en Palestine, dans tous les pays de civilisation ancienne, prouvent que l�artisan a, autant dire, toujours exist�.
Maintenant, on donne plus commun�ment le nom d�artisan au producteur qui travaille seul et n�exploite par cons�quent personne. C�est ce qui caract�rise de nos jours l�artisanat. On peut donc trouver l�artisan dans toutes les branches de l�activit� humaine : culture, industrie, art, science, litt�rature, etc.
Toutefois, pour serrer de plus pr�s la r�alit�, il convient de ne voir r�ellement un artisan, dans le sens usuel et g�n�ral du mot, que dans l�homme qui exerce une profession r�ellement industrialis�e � peu pr�s partout et qui, cependant, continue � exercer une activit� qui lui permet de vivre par ses propres moyens en travaillant seul.
C�est le cas de quelques tisserands install�s � la campagne qui se servent encore des vieux m�tiers � bras ; c�est �galement le cas des dentelli�res du Nord de la France, de la Belgique, etc., des tapissiers d�Aubusson, des horlogers du Jura Fran�ais ou Suisse, des fabricants de jouets rustiques de la Suisse, de l�Italie et de la Russie.
L�artisanat a correspondu � une p�riode de civilisation. Il a, peu � peu, disparu. Il n�en reste que quelques vestiges qui peuvent d�ailleurs r�sister longtemps en raison des conditions de vie de ceux qui n�exercent l�artisanat que d�une fa�on saisonni�re, comme dans les Alpes, par exemple, ou vivent dans les coins recul�s o� les moyens de locomotion modernes ne p�n�trent pas encore.
On peut dire, n�anmoins, que la civilisation industrielle qui se d�veloppe en ce moment condamne en fait l�artisanat.
La n�cessit� de produire de grosses quantit�s de produits, de travailler vite et en s�rie ne permet plus � l�artisanat d�exister r�ellement.
Il est aujourd�hui remplac� par l�usine, le comptoir. Le m�tier a fait place � l�industrie, l�artisan s�est fondu dans la ruche qu�est l�usine moderne.
Il peut y avoir et il y aura toujours, sans doute, des artisans, ils ne subsisteront que pour rappeler une forme de production p�rim�e ou qui n�a pas encore b�n�fici� de l�apparition des d�couvertes de la science et des progr�s de la technique.
Il convient de faire, en ce qui concerne l�artisan, une remarque importante. Jusqu�� maintenant, on lui a syst�matiquement refus� l�entr�e des syndicats, sous le pr�texte qu�ils sont patrons. C�est l� une erreur � d�truire. L�artisan a sa place toute marqu�e au syndicat, puisqu�il n�exploite personne.
Faire entrer l�artisan au syndicat est une n�cessit�. Par voie d�assimilation logique, les artisans de la campagne, ceux qui cultivent eux-m�mes leur lopin de terre ont, eux aussi, leur place au syndicat. Ce n�est que de cette fa�on que nous pourrons avoir, un jour, un syndicalisme agraire.
En effet, si l�artisan qui travaille la mati�re premi�re pour la transformer en produits de toute nature est relativement peu nombreux, par contre, l�artisan de la terre existe en nombre consid�rable.
C�est une force avec laquelle et sur laquelle on doit compter. Ne l��loignons pas. L�artisan est un prol�taire, accueillons-le, aidons-le � se lib�rer, � marcher vers le progr�s. Tendons-lui une main fraternelle.
Pierre BESNARD.