Les deux
commentaires ci-dessus montrent bien les limites de la prise de position du
texte de Silvestro et Kruzynski. Elle montre aussi la progression d’une sous-pensée
libertaire issue d’une néo-université, aujourd’hui spécialisée dans un pseudo-anarchisme
académique et qui ne doute jamais du sérieux de ses prétentions.
La «contribution théorique!» du communiqué de Silvestro et Kruzynski est
comme d'habitude absente, dés lors qu'il s'agit d’activistes de l’actualité qui
commentent celle-ci telle qu'on leur donne à voir et qui s'en suffisent, le nez
collé sur l'écran de TV ou sur les pages du Devoir.
L'utilisation d'un ton qui se veut ironique masque mal la confusion et la
désolation de ce bafouillage qui tente malgré tout d'être futé en exhibant
fièrement quelques signatures, comme si le principe même d'une pétition ou d'un
communiqué signé rendait ses signatures prestigieuses ou même disons
nécessaires. Cette parodie de pensée qui jongle avec l'artificiel, isolée
jusque dans son arrivisme, de toute perspectives historiques concrètes cherche
avant tout une caution morale à ce qu’il faut bien appeler de l’opportunisme.
Ce texte traduit le désir d'être traité sur un pied d'égalité par le
pouvoir, un désir toujours en suspens d'une extrême gauche qui sollicite d'être
reconnue et acceptée pour participer à quelques miettes de ce pouvoir ou mieux
à l’autogestion d’un contre-pouvoir reconnu comme responsable et sérieux dans
ses prétentions gestionnaires.
Ce minuscule communiqué démontre s'il était nécessaire, que ces
«anarcho-personnalités» ne retiennent de l'anarchie que des principes vagues
qui leurs permettent de dire, d'écrire et de signer n'importe quoi. Les
voilà qui placent maintenant la violence
insurrectionnelle de 2001 dans l'excusable ou dans la tolérance par un pouvoir
qu'elle entendait nier.
Ces «anars» signataires découvrent tout à coup que la tolérance régnante
est à sens unique, c'est un peu tard.
Ils lisent les
journaux, ils regardent une télévision qui énoncent leurs propres conditions de
révolte : voilà leur sens de l'histoire. Certains-nes minaudent dans les médias
de l’�tat toujours prêts à monnayer leurs diplômes «es-activisme» de la rue ou
plus trivialement à utiliser leurs véritables formations de sociologues-politiciens-historiens
sur le dos d’un mouvement anarchiste devenu objet d’étude et de positionnement
social.
Ces «anarchistes» de la compensation occupent la place laissée vacante par
l'absence de la vieille extrême gauche : ils incarnent par leur pratique, des
perspectives passées réduites maintenant à de minuscules manoeuvres sur un
terrain balisé car exclusivement politique et récupéré mais, il s’en faut de
beaucoup, non révolutionnaire, en y ayant perdu ce qui caractérise les
anarchistes : le sens de la rupture et de l'histoire, une véritable autonomie
créative, la volonté de se situer ailleurs que dans le « politique », la
pratique d'une contestation globale.
Maintenant
qu’un peu partout ces néo-penseurs nous
donnent leurs avis sur tout et rien, avec en prime leurs autographes comme
preuve de lucidité, nous ne pouvons que reprendre le commentaire lapidaire
entendu souvent à ce propos :
SI EUX SONT
ANARCHISTES, NOUS NE LE SOMMES PAS!
SI NOUS
SOMMES ANARCHISTES, EUX NE LE SONT PAS !
Quelques
libertaires anonymes
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