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  Post� le jeudi 24 ao�t 2006 @ 17:05:01 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
AnarchieLe texte que nous proposons au lecteur dans les pages qui suivent est la reproduction int�grale de celui publi� en 1934 par les �ditions de l�ENCYCLOP�DIE ANARCHISTE. Sous la forme d�une brochure, celui-ci reprenait in extenso l��tude publi�e par l�encyclop�die de S�bastien FAURE au mot PATRIE page 1979 et suivantes.

Groupe Maurice-Joyeux



I. - L�id�e de Patrie

Origines lointaines de l�id�e de patrie

PATRIE � n. f. (du latin patria, de pater, p�re). Le mot patrie, chez les anciens, signifiait la terre des p�res : terra patria. �tymologiquement, il d�signe le pays o� l�on est n�. Comment, de ce sens si restreint, le mot patrie est-il arriv� � d�signer les vastes nations d�aujourd�hui ? Par quel processus, d�passant m�me ce stade, arrive-t-il � d�signer la terre enti�re, la patrie humaine, rejoignant l�internationale ? En voici succinctement l�explication, donn�e par A. Hamon :

� L�id�e de patrie pr�suppose la solidarit�, l�union, l�association entre individus. L�id�e de patrie implique l�id�e de collectivit� ; en effet, nous ne pouvons concevoir et nous ne pensons pas que quelqu�un puisse concevoir la patrie r�duite � un individu. La patrie est donc un ensemble d��tres, une r�sultante dont les composantes sont des individus. Pour que ces individus se composent entre eux et donnent naissance � la r�sultante-patrie, il faut des caract�res communs, une relation de nature quelconque unissant, associant ces individus entre eux. Nous ne pouvons concevoir des �tres sans communs caract�res s�agr�geant entre eux, se composant pour engendrer une association, une collectivit�, une r�sultante-patrie. Ces premiers caract�res communs furent certainement le lieu de naissance ou plut�t le groupement au milieu duquel l��tre naissait et se d�veloppait. La premi�re patrie fut la horde, la tribu, le clan. La vie en commun d�veloppe une communaut� � accrue encore par les liens du sang � de m�urs, de coutumes, de langue, de sensations, de sentiments qui rend solidaires les humains les uns des autres. Il sont les membres d�un m�me corps, agr�gat d�individus. Aussi, dans la horde, la tribu, le clan, ils se sentent solidaires les uns des autres. Relativement aux tribus voisines, ils se sentent diff�rents, presque de nature autre, vivant �loign�s, n�ayant de contact que pour la dispute, la guerre. M�urs, coutumes, langues, sentiments et sensations sont dissemblables. Elles sont l��tranger, l�ennemi. La patrie est la horde, la tribu, le clan seul.

� Peu � peu, avec le temps, l�homme passant de l��tat de chasseur � l��tat de pasteur et de celui-ci � l��tat d�agriculteur, la cit� se forma. Alors la patrie fut cette cit�. L��tranger, l�ennemi, fut celui qui n��tait pas la cit�. Le nombre de gens participant de caract�res communs s�est accru; la solidarit� s��tend sur une aire plus grande, mais son intensit� a diminu�, car des classes et des castes se sont s�par�es dans la cit�. La patrie existe plus grande, plus ample, mais le sentiment patriotique est moins puissant, car on a moins besoin d��tre solidaire. De la civilisation naissent sans cesse de nouveaux besoins ; aussi, le commerce se d�veloppe ; et, par suite, se multiplient les contacts entre cit�s voisines. On se conna�t mieux, on se hait moins, m�me on s�aime. Les diff�renciations de m�urs s�att�nuent ; les langues se p�n�trent mutuellement ; les int�r�ts se solidarisent en quelques occasions ; l�alliance, puis l�union se fait.

� Le petit Etat est n� ; une nouvelle patrie en r�sulte, plus grande de territoire, plus nombreuse d�hommes. Dans cet Etat, les m�urs, les coutumes, les langues, les sentiments tendent � s�unifier, � devenir semblables au Nord comme au Sud, � l�Est comme � l�Ouest. La solidarit� diminue d�intensit�. De l�extension des connaissances humaines, du commerce, de l�industrie naissent de nouveaux besoins qui entra�nent � des voyages, � des rapports fr�quents avec l��tranger. Des guerres r�sultent des contacts entre peuples ennemis, des chevauch�es en des r�gions �trang�res. Les peuples se p�n�trent mutuellement, tendent � se diff�rencier de moins en moins. Des alliances et des unions se font, par elles, l�agr�gation des petits Etats en de grands s�accomplit, et aussi par conqu�tes.

� une nouvelle patrie est n�e. Elle est plus grande superficiellement que toutes les pr�c�dentes ; elle contient plus d�individus que toutes les pr�c�dentes. La solidarit� embrasse un plus grand nombre d��tres, mais elle est moins intense. Tous les hommes de cette patrie n�ayant pas de rapports quotidiens entre eux, ne vivant pas en le m�me lieu, ne se connaissent point, ne se sentent point exactement semblables entre eux, bien que les diff�renciations se soient consid�rablement att�nu�es. Le lien de solidarit� existe, mais, embrassant plus d��tres, il est plus l�che.

� Nous en sommes actuellement � ce stade de l��volution, et d�j� se dessine vigoureusement le processus qui conduira l�humanit� � l�internationalit� ou union des nations et ensuite vers un �tat tendant sans cesse a l�uniformit� entre tous les humains. Actuellement, en nos grandes patries, tout tend � l�internationalit�, c�est-�-dire � la solidarit� entre les nations, � l�amour des hommes, quels que soient leur lieu de naissance, leurs m�urs.�

Un seul compl�ment � ces lignes : � l�heure pr�sente, le soi-disant lien de solidarit� sociale n�existe pas entre tous les hommes d�une m�me � patrie �. Le prol�taire conscient nie les patries. Il ne se sent solidaire que de ses fr�res de mis�re, sur le plan international. Nous verrons cela plus loin.

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La patrie dans l�antiquit�

Pour la soci�t� antique, la patrie �tait un tout sacr�, une r�alit� vivante, hors de laquelle il n�y avait pas de bonheur possible. � On aimait la patrie parce qu�on en aimait les dieux protecteurs, parce que chez elle on trouvait un prytan�e, un feu divin, des f�tes, des pri�res, des hymnes, et parce que, hors d�elle on n�avait plus de dieux ni de culte �. La famille constituait la base de cette soci�t� ; la famille avec son autel pour les vivants, son tombeau pour les anc�tres, le champ qu�elle poss�dait et f�condait, ses dieux domestiques. La famille antique �tait � une association religieuse plus encore qu�une association de nature �.

Le mot patrie : terra patria r�sumait tout cela.

� La patrie de chaque homme �tait la part de sol que sa religion domestique ou nationale avait sanctifi�e, la terre o� �taient d�pos�s les ossements de ses anc�tres et que leurs �mes occupaient. La petite patrie �tait l�enclos de la famille, avec son tombeau et son foyer. La grande patrie �tait la cit�, avec son prytan�e et ses h�ros, avec son enceinte sacr�e et son territoire marqu� par la religion. "Terre sacr�e de la patrie", disaient les Grecs. Ce n��tait pas un vain mot. Ce sol �tait v�ritablement sacr� pour l�homme, car il �tait habit� par ses dieux. Etat, Cit�, Patrie, ces mots n��taient pas une abstraction, comme chez les modernes ; ils repr�sentaient r�ellement tout un ensemble de divinit�s locales avec un culte de chaque jour et des croyances puissantes sur l��me.� (Fustel de Coulanges.)

L�homme, prisonnier de la famille, prisonnier de ses dieux, dans le droit antique, ne croyait pas la vie digne d��tre v�cue en dehors de la patrie. Citons encore le m�me auteur pour montrer comment l�individu �tait encha�n� :

�Tout ce que l�homme pouvait avoir de plus cher se confondait avec la patrie. En elle, il trouvait son bien, sa s�curit�, son droit, sa foi, son dieu. En la perdant, il perdait tout. Il �tait presque impossible que l�int�r�t priv� f�t en d�saccord avec l�int�r�t public. Platon dit : "C�est la Patrie qui nous enfante, qui nous nourrit, qui nous �l�ve." Et Sophocle : "C�est la patrie qui nous conserve" �.

Une telle patrie n�est pas seulement pour l�homme un domicile. Qu�il quitte ces saintes murailles, qu�il franchisse les limites sacr�es du territoire, il ne trouve plus pour lui ni religion, ni lien social d�aucune esp�ce. Partout ailleurs que dans sa patrie, il est en dehors de la vie r�guli�re et du droit, partout ailleurs il est sans dieu et en dehors de la vie morale. L� seulement il a sa dignit� d�homme et ses devoirs. Il ne peut �tre homme que l�.

La patrie tient l�homme attach� par un lien sacr�. Il faut l�aimer comme on aime une religion, lui ob�ir comme on ob�it � Dieu :

� Il faut se donner � elle tout entier, mettre tout en elle, lui vouer tout �. Il faut l�aimer glorieuse ou obscure, prosp�re ou malheureuse. Il faut l�aimer dans ses bienfaits et l�aimer encore dans ses rigueurs. Socrate condamn� par elle sans raison ne doit pas moins l�aimer. Il faut l�aimer comme Abraham aimait son dieu, jusqu�� lui sacrifier son fils. Il faut savoir mourir pour elle. Le Grec ou le Romain ne meurt gu�re par d�vouement � un homme ou par point d�honneur, mais � la patrie il doit sa vie. Car, si la patrie est attaqu�e, c�est sa religion qu�on attaque. Il combat v�ritablement pour ses autels, pour ses foyers, pro aris et focis ; car, si l�ennemi s�empare de sa ville, ses autels seront renvers�s, ses foyers �teints, ses tombeaux profan�s, ses dieux d�truits, son culte effac�. L�amour de la patrie, c�est la � pi�t� des anciens.�

Rien d��tonnant, apr�s cela, que l�exil soit la plus terrible des punitions. Les anciens l�appelaient en effet une peine capitale. Ils n�imaginaient pas de ch�timent plus cruel.

� L�exil�, en laissant sa patrie derri�re lui, laissait aussi ses dieux. Il ne voyait plus nulle part de religion qui p�t le consoler et le prot�ger ; il ne sentait plus de providence qui veill�t sur lui ; le bonheur de prier lui �tait �t�. Tout ce qui pouvait satisfaire les besoins de son �me �tait �loign� de lui. Or, la religion �tait la source d�o� d�coulaient les droits civils et politiques. L�exil� perdait donc tout cela en perdant la religion de la patrie. Exclu du culte de la cit�, il se voyait enlever du m�me coup son culte domestique et il devait �teindre son foyer. Il n�avait plus le droit de propri�t� ; sa terre et tous ses biens �taient confisqu�s au profit des dieux ou de l�Etat. N�ayant plus de culte, il n�avait plus de famille ; il cessait d��tre �poux et p�re. Ses fils n��taient plus en sa puissance ; sa femme n��tait plus sa femme et elle pouvait imm�diatement prendre un autre �poux.�

Il faut ajouter que les droits � l�h�ritage disparaissaient aussi. Par int�r�t donc, au moins autant que par devoir, l�homme �tait oblig� de placer la patrie au-dessus de sa vie m�me.

Et puis, la terre tourna... Il en fut alors ce qu�il en a toujours �t� : ce qui semblait immuablement fix� ne se trouvait �tre qu�un moment de l��volution. Des changements sociaux et politiques amen�rent de nouvelles mani�res de penser. Les antiques croyances �taient p�rim�es ; le patriotisme changea de nature. Les dieux passant au second plan, on aima la patrie � seulement pour ses lois, pour ses institutions, pour les droits et la s�curit� qu�elle accordait � ses membres �. Cette cassure entre la religion et la patrie enleva � l�antique amour de la patrie ce qu�il avait de rigide et de dur. Une phras�ologie semblable � certaine que nous sommes accoutum�s de subir de nos jours eut cours alors, et l�on entendit des paroles comme celles que Thucidide met dans la bouche de P�ricl�s, exposant � qu�elles sont les raisons qui font aimer Ath�nes : c�est que cette ville "veut que tous soient �gaux devant la loi" ; c�est "qu�elle donne aux hommes la libert� et ouvre � tous la voie des honneurs ; c�est qu�elle maintient l�ordre public, assure aux magistrats l�autorit�, prot�ge les faibles, donne � tous des spectacles et des f�tes qui sont l��ducation de l��me" �. Et l�orateur termine en disant : � Voil� pourquoi nos guerriers sont morts h�ro�quement plut�t que de se laisser ravir cette patrie ; voil� pourquoi ceux qui survivent sont tout pr�ts � souffrir et � se d�vouer pour elle.�

Lois, institutions, libert�, honneur..., affaire d�appr�ciation de chacun, lorsque la religion n�est plus assez puissante pour courber l�homme sous son joug. Aussi :

� On n�aima sa patrie qu�autant qu�on aimait le r�gime politique qui y pr�valait momentan�ment ; celui qui en trouvait les lois mauvaises n�avait plus rien qui l�attach�t � elle.�

Il arriva ce qui arrive aux �poques de libre examen : on discuta la patrie.

� L�opinion de chaque homme lui fut plus sacr�e que sa patrie, et le triomphe de sa faction lui devint beaucoup plus cher que la grandeur ou la gloire de sa cit�. Chacun en vint � pr�f�rer � sa ville natale, s�il n�y trouvait pas les institutions qu�il aimait, telle autre ville o� il voyait ces institutions en vigueur. On commen�a alors � �migrer plus volontiers ; on redouta moins l�exil. Qu�importait-il d��tre exclu du prytan�e et d��tre priv� de l�eau lustrale ? On ne pensait plus gu�re aux dieux protecteurs, et l�on s�accoutumait facilement � se passer de la patrie. De l� � s�armer contre elle, il n�y avait pas tr�s loin.�

Dans la soci�t�, apparaissait la notion de classe, et cette notion, plus juste, se substituait peu � peu � celle de la patrie. Aristocratie et d�mocratie � poss�dants et pl�be � riches et pauvres � division naturelle des hommes tant que ne sera pas r�alis�e l�anarchie ! � On ne distinguait plus, pour toute l�Italie et pour toute la Gr�ce, que deux groupes d�hommes : d�une part, une classe aristocratique ; de l�autre, un parti populaire. � Sans doute, la question sociale ne se posait pas avec la m�me nettet� que de nos jours, sans doute les prol�taires � allaient chaque matin saluer les riches et leur demander la nourriture du jour �, sans doute ils s�estimaient trop souvent satisfaits avec � du pain et le cirque � ; mais la lutte des riches et des pauvres ne se vit pas moins dans toutes les cit�s et, les int�r�ts les plus imm�diats �tant n�cessairement oppos�s, on oublia ce que fut la patrie � l��poque o� la vieille religion encha�nait les individus.

Puis vint le christianisme. Mon �Royaume n�est pas de ce monde�. � �Allez et instruisez tous les peuples�, disait J�sus. Le christianisme �pr�senta � l�adoration de tous les hommes un Dieu unique, un Dieu qui �tait � tous, qui n�avait pas de peuple choisi et qui ne distinguait ni les races, ni les familles ni les Etats�. C��tait l�unit� de la race humaine pr�sent�e � tous, et c��tait la n�gation m�me de la patrie terrestre. C�en �tait fini de l�antique notion de la patrie, de celle qui � effa�ait quelquefois tous les sentiments naturels �. Elle avait accompli son enti�re r�volution. Avec l�invasion des Barbares, elle disparut tout � fait.

La renaissance de l�id�e de patrie

Le monde v�cut, durant tout le Moyen �ge, sans m�me conna�tre le mot de patrie. Il n�aurait correspondu alors � aucun besoin.

La France romaine, f�odale, royale, l�ignora. �L�Europe, dans le moment o� elle commen�a de s��baucher, ne connut que des querelles de dynastie.� (Paul Reboux.) Brigandages seigneuriaux, brigandages royaux, conflits d�int�r�ts entre les puissants de l�heure, voil� toute l�histoire de ces temps-l�. R�gne de la force brutale, m�urs rudes, ma�tres qui ne s�embarrassaient pas de sophismes pour voiler leurs desseins de rapine et de domination.

�La guerre de Cent ans ? Conflit entre la maison des Valois et la maison des Plantagenets. Jeanne d�Arc ? Une amazone rustique d�vou�e � son seigneur, une protectrice des paysans, ses fr�res, d�pouill�s par les bandes ravageuses des Anglais et des Bourguignons. Aussit�t les Anglais bout�s hors du patrimoine royal, la bataille reprend, en France m�me, entre Fran�ais. La Gascogne, anglaise durant trois cents ans, s�efforce de le rester, et Bordeaux accueille Talbot par des acclamations.� (Reboux.)

Jeanne n�employa jamais le mot de patrie devant ses juges. Elle disait ; pays. Ainsi, l�aventuri�re qui devait devenir cinq si�cles plus tard � la Sainte de la Patrie � ne sut jamais pour quelle v�ritable raison elle s��tait battue. C�est apr�s qu�on le lui fit dire. Mais que ne fait-on pas dire aux morts ? Leur docilit� permet de les accommoder � toutes sauces. En fait, patrie passa dans la langue fran�aise par le canal des humanistes de la Renaissance. Et, ici, qu�il nous soit permis de faire remarquer de quel poids va peser d�sormais sur nos soci�t�s modernes toute l�antique soci�t�. Pendant quatre cents ans on va s�appliquer � copier les anciens, � penser, comme eux en toutes choses, � partager leurs erreurs et leurs crimes. Et, comme le dit Fustel de Coulanges, l�� Une des plus grandes difficult�s qui s�opposent � la marche de la soci�t� moderne est l�habitude qu�elle a prise d�avoir toujours l�antiquit� grecque et romaine devant les yeux �. En ce qui nous int�resse, la n�faste id�e de patrie va s�appesantir sur les cerveaux � tel point que, de nos jours, on va retrouver dans nombre d�esprits tous les errements de l��poque o� r�gnaient en ma�tres, dans les foyers, les dieux domestiques.

Un cuistre quelconque, nourri de latin, trouva donc le mot de patrie � sa convenance et introduisit le n�ologisme par la porte d�rob�e. �C�est �videmment un mot de formation savante, c�est-�-dire non spontan�e, ni populaire. On le chercherait vainement dans les monuments authentiques de notre langage au Moyen �ge, dans les chansons de gestes par exemple�. (Aulard.) A quel moment ce mot parut-il dans la langue ? On a pr�tendu qu�il fut prononc� aux Etats G�n�raux de 1483. L�examen attentif du journal de Masselin prouve qu�on ne le trouve nulle part dans ce document. � M�nage dit que patrie n��tait pas usit� du temps de Henri II, vu que Charles Fontaine le reproche comme un n�ologisme � Du Bellay : � Qui a pa�s, n�a que faire de patrie... � ; le nom de patrie est obliquement entr� et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques. �Quintil Horatian, p. 185.� D�un autre c�t�, on a dit que patrie datait de Fran�ois Ier. Fran�ois Ier �tait un roi vraiment national ; c�est sous son r�gne, c�est au XVIe si�cle que le mot patrie fut transport� de la langue latine dans la n�tre. A. de Saint Priest, Les Guises ; Revue des Deux Mondes, 1er mars 1850 (Littr�). Le mot patrie ne parut donc que dans la premi�re moiti� du XVIe si�cle. On le trouve :

�En 1539, dans le Songe de Scipion, traduit nouvellement du latin en fran�ais ; en 1554, dans la traduction des deux dialogues de Platon, par Etienne Dolet ; en 1545, dans Salel ; en 1546, dans Rabelais� (Aulard).

Mais le mot ne d�passait pas un cercle restreint de lettr�s. Il ne fit son chemin que peu � peu et, dans la seconde moiti� du XVIe si�cle seulement, il devint d�un usage courant, concurremment � pays. Il ne repr�sentait cependant rien de pr�cis. On n�entendait par l� ni la France �unifi�e� � ce qui est un vain mot � ni l�acceptation tacite par tous les Fran�ais de vivre sous le m�me prince � ce qui n�a jamais �t�. � Les luttes int�rieures niaient justement la �patrie� telle qu�on se pla�t � la concevoir de nos jours. � Tant�t c�est la noblesse catholique qui fait appel aux Espagnols. Richelieu d�truit La Rochelle. Turenne marche sur Paris � la t�te d�une arm�e d�aventuriers. Cond�, vainqueur de Rocroy d�vaste les provinces du Nord� (Reboux). La patrie s�incarnait dans le roi. Lui seul �tait tout � la fois. C��tait le sentiment de Bossuet qui disait que la patrie � est le prince, puisque tout l�Etat est en la personne du Prince�. Mais la multitude mis�reuse ne s�occupait pas de ces subtilit�s. Elle avait le souci de ne pas mourir de faim. Il faut arriver � la R�volution pour que l�id�e de patrie p�n�tre dans le peuple et pour que celui-ci, tout vibrant de na�f enthousiasme la fasse briller au firmament des �ternelles duperies. Avec la force d�une religion nouvelle, l�id�e de patrie va, en effet, d�un vigoureux �lan, conqu�rir le monde.

La patrie cr�ation de la r�volution

La R�volution de 1789, comme toute v�ritable r�volution, n�a �t� que l�aboutissement d�une longue �volution. L�ancien �tat de choses ne correspondant plus aux besoins nouveaux de la soci�t�, une organisation nouvelle devait s�imposer, n�cessairement. Quelle allait �tre cette organisation ? Sur quelles bases id�ologiques allait-elle s�appuyer ? Pouvait-on innover r�ellement ? Lorsque l�homme, pris dans le tourbillon social, est d�sempar�, il se tourne vers le pass� pour y chercher du r�confort et des exemples. Thucydide, faisant parler P�ricl�s (voir plus haut), n�avait-il pas demand� que � tous soient �gaux devant la loi ?... etc.). La cit� antique fut la vieille f�e qui pr�sida � la naissance de la soci�t� nouvelle. D�j�, d�s le XVIIe si�cle, les mots de libert� et d��galit� avaient, aupr�s des c�urs justes et sensibles, une saveur particuli�rement agr�able ; et ceux qui souffraient d�exactions et de mis�re les ch�rirent plus que tout. Et puisqu�on parlait de patrie, on assista � l��closion de cette id�e qu�il � n�y a de patrie que l� o� il y a libert� �. C�est l��poque o� La Bruy�re se permet d��crire � sans grand danger, car l�autorit� semblait �tablie sur le roc :

�Il n�y a point de patrie dans le despotisme ; d�autres choses y suppl�ent : l�int�r�t, la gloire, le service du prince�.

Et encore :

� Que me servirait, � comme � tout le peuple, que le prince f�t heureux et combl� de gloire, par lui-m�me et par les siens, que ma patrie f�t puissante et formidable, si, triste et inquiet, j�y vivais dans l�oppression ou dans l�indigence ?� (Du Souverain ou de la R�publique, chapitre X.)

Puis vinrent les philosophes, les encyclop�distes, pr�curseurs des temps nouveaux. T�moins vibrants de l�injustice sociale, � nourris d�autre part des souvenirs de l�antiquit�, � ils r�vaient un ordre social o�, dans la libert� et dans l��galit�, r�gnerait la � vertu � parmi les hommes. Leur id�e �tait que � l�existence d�une patrie digne de ce nom suppose des lois, la libert�, l�abolition du despotisme � (Aulard). Ils s�empar�rent donc du mot patrie le hiss�rent au pinacle, et il synth�tisa toutes leurs g�n�reuses aspirations ; apr�s eux, le peuple l�adopta � l�enthousiasme. D�sormais la patrie vivait dans les c�urs comme Dieu vit dans celui des croyants. C�est Montesquieu qui �crit :

�Ce que j�appelle la vertu dans la R�publique est l�amour de la patrie, c�est-�-dire l�amour de l��galit� (Esprit des Lois).

C�est voltaire qui dit :

� On a une patrie sous un bon roi ; on n�en a point sous un m�chant� (Dict. phil.).

Et Rousseau :

�La patrie ne peut subsister sans la libert�, ni la libert� sans la vertu, ni la vertu sans les citoyens ; vous aurez tout si vous formez des citoyens ; sans cela vous n�aurez que de m�chants esclaves, � commencer par les chefs de l�Etat� (Article Economie politique dans l�Encyclop�die).

Au fur et � mesure que se d�roul�rent les �v�nements r�volutionnaires, les �patriotes�, comme on disait, � c�est-�-dire la majeure partie des Fran�ais qui avaient b�n�fici� du changement de r�gime � crurent r�ellement que s��laborait l��ge d�or. Les trois ordres � ces trois nations, ont souvent exprim� et expriment souvent le sentiment qu�ils font partie d�une seule et m�me nation. La nation, la patrie, voil� leur mot de ralliement le plus fr�quent � (Aulard). (Remarquer en passant la synonymie des mots : patrie, nation. Voir ce dernier mot.) Presque tous �taient persuad�s de la prochaine disparition des classes sociales. La Libert�, l�Egalit�, voil� la patrie nouvelle ! Les nobles de Touraine, par exemple, fiers de leur �patriotisme�, d�clarent dans leurs cahiers � sinc�rement ou non ; mais qu�est-ce que cela leur co�tait ? � qu�ils sont �citoyens avant d��tre nobles�. Le clerg� aussi, dans son cahier au bailliage de Sens, proteste de son � z�le patriotique�. Le Tiers est prodigue du mot patrie qu�il identifie avec Royaume, France, Empire, Empire fran�ais, � rarement pays. Le mot qui triomphe est Nation. (Aulard.)

Des �v�nements comme la nuit du 4 ao�t contribu�rent � affermir cette id�e que tous les Fran�ais, n�ayant qu�un int�r�t commun, allaient vivre en fr�res. Et ici appara�t, pour la premi�re fois la notion de l�int�r�t g�n�ral, le puissant sophisme qui va avoir tant de prise sur les �mes et qui va �tre la base la plus s�rieuse � en apparence � du sentiment patriotique. La Bourgeoisie, dans son triomphe, va s�en servir avec ma�trise, et longtemps la classe ouvri�re se laissera berner par cette id�e mensong�re qu�au-dessus de son int�r�t de classe il y a un int�r�t supr�me : celui de la patrie. A l�origine, il y avait certainement plus de na�ve bonne foi que de duplicit� � croire cela. On ne pouvait pr�voir ni Napol�on, ni les soci�t�s anonymes, ni l�essor du capitalisme moderne. Aussi un des premiers efforts de la R�volution fut-il d�� unifier � la patrie. Tous les obstacles qui s�oppos�rent � cela furent bris�s. � La patrie, apr�s des vicissitudes et des contrari�t�s se formera sans le roi, contre le roi en R�publique � C�est l��poque des f�tes des F�d�rations, des discours pompeux � � l�antique ! � des autels dress�s � la Patrie d�ifi�e. � Vivons comme fr�res s��crie M. de Jougla, chevalier de Saint-Louis, � la f�d�ration de l�Aube, le 9 mai 1790... Pensons sans cesse que nous sommes citoyens et fr�res, enfants et soldats de la Patrie, Fran�ais en un mot. � Certes, c��tait sans rire que Faujas de Saint-Fond disait � son tour :

�La nouvelle division du royaume en d�partements fait dispara�tre ces limites f�odales qui semblaient, annoncer autant de peuples diff�rents que de provinces ; elle a pour but de procurer � tous les m�mes lois, le m�me ordre de choses, les m�mes m�urs, et de nous r�unir � jamais par le m�me amour de la patrie�.

Et ce brave commandant de la garde nationale de Grenoble, � Lyon le 30 mai 1790, � Dolle � croit fermement que � c�est arriv� � ! :

�Amis et camarades, dit-il, c�est maintenant que nous sentons avec d�lices, combien il est doux, pour des citoyens qui savent aimer la patrie, de se r�unir de toutes les parties de l�Empire pour ne former qu�une seule et m�me famille. Par l�heureuse influence de cette �galit�, dont nous ressentons d�j� les bienfaits, tous les d�partements du royaume contractent l�union la plus tendre, tous les citoyens deviennent des fr�res, et tous les bons Fran�ais, p�n�tr�s des m�mes sentiments de patriotisme, n�auront bient�t qu�un seul d�sir: celui de ch�rir � jamais leurs lois et leurs rois�.

C�est l�embrassade g�n�rale ; c�est la paix perp�tuelle entre les renards et les coqs, c�est le loup devenu mouton ; c�est la r�alisation anticip�e de la ronde de Paul Fort : �...Si tous les gas du monde voulaient se donner la main...� A Pllobstein (Alsace), on vit les eccl�siastiques catholiques et protestants s�embrasser en public ; � Clamecy, le 27 mai 1790 �l�accolade fraternelle est re�ue et rendue dans tous les rangs�. Mais le bouquet fut, sans contredit, la F�te de la F�d�ration au Champ de Mars � Paris : Tous les d�put�s s�embrass�rent � l�envie. On cria : Vive le Roi ! Vive l�Assembl�e Nationale ! Vive la Nation ! �La Fayette fut embrass� : les uns lui bais�rent le visage, les autres les mains ; d�autres, l�habit. Ce ne fut qu�avec beaucoup de peine qu�il parvint � remonter � cheval. Alors tout fut bais� : ses cuisses, ses bottes, les harnais du cheval et le cheval lui-m�me.� (Dans : Les R�volutions de Paris). La raison ? La Fayette venait de pr�ter serment sur l�autel de la Patrie !

L�illusion de la libert� et de l��galit� ; l�illusion de la d�mocratie par le suffrage universel ; l�illusion d�un int�r�t commun unissant des hommes que le hasard a fait na�tre en un endroit d�limit� par ce qu�on appelle des � fronti�res �, qu�on ose quelquefois qualifier de �naturelles� ; les carnages p�riodiques pour amalgamer le tout, et voil� la Patrie ! C�est l�h�ritage de la R�volution. D�mocratie ? Citons encore Robespierre :

� Qu�est-ce que la Patrie � Si ce n�est le pays o� l�on est citoyen et membre du souverain ? Par une cons�quence du m�me principe, dans les Etats aristocratiques le mot patrie ne signifie quelque chose que pour les familles patriciennes qui ont envahi la souverainet�. Il n�est que la d�mocratie o� l�Etat est v�ritablement la Patrie de tous les individus qui la composent, et peut compter autant de d�fenseurs int�ress�s � sa cause qu�il renferme de citoyens.� (Rapport du 18 pluviose An II).

D�fenseurs int�ress�s ? Aulard n�h�site pas � �crire :

� On peut dire que cette guerre (1870) a achev� la fusion des Fran�ais, l�unit� morale de la France, consacr� la patrie nouvelle, la patrie telle que la R�volution l�a faite. On a le sentiment que la r�cente guerre mondiale a ciment� � jamais cette patrie.�

Eh bien ! non, le dogme de la patrie est mortellement atteint.

La raison toute puissante l�a condamn� depuis longtemps ; et l�on peut affirmer, au contraire, que la derni�re guerre, par les souffrances qu�elle a sem�es, par les r�volutions qu�elle a suscit�es, par les cons�quences �conomiques qu�elle a engendr�es, a d�truit l�id�e de patrie en exacerbant les int�r�ts antagonistes qui opposent toujours les deux classes sociales : celle des poss�dants et celle des prol�taires.

Qu�est-ce que la patrie ?

a) Le point de vue officiel. � En ces temps d�instruction la�que et obligatoire il n�est pas difficile de savoir ce qu�est la Patrie. Il suffit d�ouvrir un quelconque manuel � d�instruction civique et morale � � l�usage des perroquets de nos �coles primaires.

Voici, par exemple, ce que dit un de ces cat�chismes :

� Notre patrie, c�est la terre o� sont n�s nos parents, c�est le village que nous habitons, c�est la France enti�re avec ses grandes villes et leurs monuments, chefs-d��uvre du g�nie national. Notre patrie est encore autre chose ; c�est une grande famille form�e de citoyens libres, ayant la volont� de vivre ensemble librement, sans subir le joug de l��tranger. C�est l�ensemble de tous ceux qui portent le nom de Fran�ais et qu�unit la communaut� de langue, de m�urs, de lois et de sentiments ; c�est l�histoire du pays avec ses gloires et ses revers, ses institutions successives et le souvenir de ses grands hommes.� (Cit� par C.-A. Laisant)

Proc�dons m�thodiquement et voyons si la patrie est bien tout ce qu�on nous dit dans l�extrait ci-dessus et dans quantit� d�autres du m�me genre. Nous essayerons de n�omettre aucune des d�finitions donn�es.

C�est ta terre o� nous sommes n�s. � S�il en est ainsi, notre patrie se limite � bien peu de chose : un village, une ville, quelques arpents de terrain. Elle ne peut pas �tre � la fois Paris et Marseille, les montagnes de la Haute-Savoie et la lande bretonne. Certes, l�homme reste fid�le au petit coin de terre qui a vu ses premiers pas, mais cet amour du village natal n�expliquera jamais l�amour d�un vaste pays aux aspects divers et qui lui resteront quelquefois toujours ignor�s.

C�est la terre des anc�tres. � Les anc�tres, qui est-ce ? Viennent-ils tout droit de Vercing�torix ou des Romains, des Francs, des Arabes, des Espagnols, des Autrichiens, etc. ? Etaient-ils catholiques, protestants, jans�nistes, Jacques, chouans, r�volutionnaires ? Les anc�tres ? J. Richepin est sans doute dans le vrai, qui dit :

� On n�est fils de personne, on est fils du destin, qui mit un spermatozo�de aveugle dans l�ovaire.�

C�est le pays des gens de notre race. � Il faut �tre un Bazin pour affirmer des niaiseries dans le genre de celles-ci :

�...Les origines du peuple alsacien sont celtiques... Les derni�res recherches accusent 70 % d�Alsaciens bruns, c�est-�-dire Celtes, contre 30 % d�Alsaciens blonds, c�est-�-dire Germains.�

La race ! Ce mot n�a pas de sens. En ce qui concerne la France, nous lisons ceci dans l�Encyclop�die :

� Le groupe linguistique latin ou roman qui comprend les Fran�ais du Nord, les Languedociens-Catalans, les Espagnols, les Portugais-Galego, les Italiens, les Romanches ou Latins et les Roumains, n�offre aucune unit� de type physique, non seulement, dans son ensemble, mais m�me dans chacun des sept groupes secondaires que nous venons d��num�rer. Ainsi, parmi les �Languedociens-Catalans� on constate la pr�sence de trois races au moins : occidentale ou c�venole, qui domine sur le Plateau Central en France ; littorale ou atlanto-m�diterran�anne, pr�dominante en Provence et en Catalogne ; Ib�ro-insulaire que l�on trouve dans l�Angoumois comme en Catalogne, etc.�

C�est la terre o� l�on parle la m�me langue. � Cela ne tient pas. Il y a des Fran�ais qui ne parlent pas fran�ais (Alsaciens, Bretons, Proven�aux, Basques, Corses, etc.). Les Suisses ont trois langues. Les Am�ricains des Etats-Unis parlent anglais et ne portent pas toujours l�Angleterre en leur c�ur ; de m�me les Irlandais. Voir aussi la R�publique Argentine et l�Espagne ; le Br�sil et le Portugal, etc.

C�est l�ensemble d�un territoire limit� par des fronti�res. � Qu�est-ce qu�une fronti�re ? une ligne de poteaux ne limite rien. Le Rhin unit les peuples plut�t qu�il ne les s�pare. De m�me tout autre fleuve. De m�me la mer. De m�me une cha�ne de montagnes. Paquebots, avions, tunnels, T. S. F. et l�on parle fronti�res ! Fronti�res variables avec la fortune des armes ou � la suite de marchandages diplomatiques qui font un Alsacien, Allemand ou Fran�ais ; un Polonais, Russe ou Allemand ; un Autrichien, Yougo-Slave, Tch�co-Slovaque, ou..., sans-patrie ! Est-ce la fronti�re qui emp�che que Guernesey ou Jersey soient fran�aises et la Corse italienne ?

C�est une sorte de communion d�id�es, de sentiments, de go�ts, de m�urs qui fait qu�on veut vivre ensemble. � Communion d�id�es entre les catholiques et les protestants ? M�mes sentiments les cl�ricaux et les libre-penseurs ? Les nationalistes et les communistes ? M�mes go�ts la cocotte de luxe et Mme Curie ? M�mes m�urs, paysans et citadins, religieuses et prostitu�es, capitalistes et ouvriers ? Ah ! plut�t m�mes id�es, m�mes sentiments, m�mes go�ts, m�mes m�urs, catholiques du monde entier et protestants, et communistes, et g�n�raux, et prostitu�es, etc. On n�aime vivre qu�avec gens de son milieu. Qui se ressemble s�assemble.

C�est une association d�hommes form�s selon les m�mes r�gles d��ducation. � D�abord, il y a une r�gle diff�rente pour les riches (lyc�es, coll�ges, enseignement sup�rieur) et pour les pauvres (enseignement primaire). Il y a ensuite absence de r�gles pour ceux qui sont rest�s illettr�s. Enfin, quel que soit le mode d��ducation, il y aura toujours des d�licats et des mufles.

C�est un groupe d��tres du m�me type avec d�fauts et qualit�s qui les caract�risent. � Le Fran�ais id�aliste, n�est-ce pas ? L�Anglais commer�ant ; l�Allemand pratique, l�Italien fourbe � � moins que ce ne soit le contraire. Tout cela est


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