Ily a dans les pages qui suivent une contradiction, au moins apparente. Tant�t Bakounine
se prononce cat�goriquement pour la �destruction des �tats� : �L'�tat, dit-il, doit �tre radicalement d�moli�, etc., tant�t il r�introduit le mot ��tat� dans son argumentation. Il le d�finit cette fois comme �l'unit� centrale du pays�, comme un organe f�d�ratif. Et il n'en continue pas moins � vitup�rer �l'�tat tut�laire, transcendant, centralis�, � d�noncer �la pression despotiquement centralisatrice de l'�tat�. Il y a donc �tat et �tat. On retrouve, d'ailleurs, la m�me ambigu�t� sous la plume de Proudhon
, chez qui Bakounine
a tant puis�. La mise en accusation de l'�tat a �t� le th�me essentiel de la pens�e proudhonienne. Et pourtant le Proudhon
de la derni�re p�riode, celui duPrincipe f�d�ratif (1863), livre �crit deux ans seulement avant le Programme de Bakounine
, n'h�site pas, lui non plus, � employer le mot ��tat�, dans le m�me sens f�d�raliste et anticentraliste que Bakounine
lui a emprunt�.
D. G.
Principe g�n�raux
N�gation de l'existence d'un dieu r�el, extramondial, personnel, et par cons�quent aussi de toute r�v�lation et de toute intervention divine dans les affaires du monde et de l'humanit�. Abolition du service et du culte de la divinit�.
Rempla�ant le culte de Dieu par le respect et l'amour de l'humanit�, nous affirmons la raison humaine, comme crit�rium unique de la v�rit� ; la conscience humaine, comme base de la justice ; la libert� individuelle et collective, comme unique cr�ateur de l'ordre de l'humanit�.
La libert�, c'est le droit absolu de tout homme ou femme majeurs, de ne point chercher d'autre sanction � leurs actes que leur propre conscience et leur propre raison, de ne les d�terminer que par leur volont� propre et de n'en �tre par cons�quent responsables que vis-�-vis d'eux-m�mes d'abord, ensuite vis-�-vis de la soci�t� dont ils font partie, mais en tant seulement qu'ils consentent librement � en faire partie.
Il n'est point vrai que la libert� d'un homme soit limit�e par celle de tous les autres. L'homme n'est r�ellement libre qu'autant que sa libert�, librement reconnue et repr�sent�e comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension � l'infini dans leur libert�. L'homme n'est vraiment libre que parmi les autres hommes �galement libres ; et comme il n'est libre qu'� titre d'humain, l'esclavage d'un seul homme sur la terre, �tant une offense contre le principe m�me de l'humanit�, est la n�gation de la libert� de tous.
La libert� de chacun n'est donc r�alisable que dans l'�galit� de tous. La r�alisation de la libert� dans l'�galit� du droit et du fait est la justice.
Il n'existe qu'un seul dogme, qu'une seule loi, qu'une seule base morale pour les hommes, c'est la libert�. Respecter la libert� de son prochain, c'est le devoir ; l'aimer, l'aider, le servir, c'est la vertu.
Exclusion absolue de tout principe d'autorit� et de raison d'�tat. � La soci�t� humaine ayant �t� primitivement un fait naturel, ant�rieur � la libert� et au r�veil de l'humaine pens�e, devenue plus tard un fait religieux, organis� selon le principe de l'autorit� divine et humaine, doit se reconstituer aujourd'hui sur la base de la libert�, qui doit devenir d�sormais le seul principe constitutif de son organisation politique aussi bien qu'�conomique. L'ordre dans la soci�t� doit �tre la r�sultante du plus grand d�veloppement possible de toutes les libert�s locales, collectives et individuelles.
L'organisation politique et �conomique de la vie sociale doit partir, par cons�quent, non plus comme aujourd'hui de haut en bas et du centre � la circonf�rence par principe d'unit� et de centralisation forc�es, mais de bas en haut et de la circonf�rence au centre, par principe d'association et de f�d�ration libres.
Organisation politique
Il est impossible de d�terminer une norme concr�te, universelle et obligatoire pour le d�veloppement ult�rieur et pour l'organisation politique des nations ; l'existence de chacune �tant subordonn�e � une foule de conditions historiques, g�ographiques, �conomiques diff�rentes et qui ne permettront jamais d'�tablir un mod�le d'organisation, �galement bon et acceptable pour toutes. Une telle entreprise, absolument d�nu�e d'utilit� pratique, porterait d'ailleurs atteinte � la richesse et � la spontan�it� de la vie qui se pla�t dans la diversit� infinie et, ce qui plus est, serait contraire au principe m�me de la libert�. Pourtant il est des conditions essentielles, absolues en dehors desquelles la r�alisation pratique et l'organisation de la libert� seront toujours impossibles.
Ces conditions sont :
L'abolition radicale de toute religion officielle et de toute �glise privil�gi�e ou seulement prot�g�e, pay�e et entretenue par l'�tat. Libert� absolue de conscience et de propagande pour chacun, avec la facult� illimit�e d'�lever autant de temples qu'il plaira � chacun, � ses dieux, quels qu'ils fussent, et de payer, d'entretenir les pr�tres de sa religion.
Les �glises, consid�r�es comme corporations religieuses, ne jouiront d'aucun des droits politiques qui seront attribu�s aux associations productives, ne pourront ni h�riter, ni poss�der des biens en commun except� leurs maisons ou �tablissements de pri�re, et ne pourront jamais s'occuper de l'�ducation des enfants, l'unique objet de leur existence �tant la n�gation syst�matique de la morale, de la libert� et la sorcellerie lucrative.
Abolition de la monarchie, r�publique.
Abolition des classes, des rangs, des privil�ges et de toutes sortes de distinctions. �galit� absolue des droits politiques pour tous, hommes et femmes ; suffrage universel.
Abolition, dissolution et banqueroute morale, politique, judiciaire, bureaucratique et financi�re de l'�tat tut�laire, transcendant, centraliste, doublure et alter egode l'�glise, et comme telle, cause permanente d'appauvrissement, d'abrutissement et d'asservissement pour les peuples. Comme cons�quence naturelle : abolition de toutes les universit�s de l'�tat, le soin de l'instruction publique devant appartenir exclusivement aux communes et aux associations libres ; abolition de la magistrature de l'�tat, tous les juges devant �tre �lus par le peuple ; abolition des codes criminels et civils qui sont actuellement en vigueur en Europe, parce que tous, �galement inspir�s par le culte de Dieu, de l'�tat, de la famille religieusement ou politiquement consacr�e, et de la propri�t�, sont contraires au droit humain, et parce que le code de la libert� ne pourrait �tre cr�� que pour la seule libert�. Abolition des banques et de toutes les institutions de cr�dit de l'�tat. Abolition de toute administration centrale, de la bureaucratie, des arm�es permanentes et de la police de l'�tat.
�lection imm�diate et directe de tous les fonctionnaires publics, judiciaires et civils, aussi bien que de tous les repr�sentants ou conseillers nationaux, provinciaux et communaux, par le peuple, c'est-�-dire par le suffrage universel de tous les individus, homme et femmes majeurs.
R�organisation int�rieure de chaque pays en prenant pour point de d�part et pour base la libert� absolue des individus, des associations productives et des communes.
Droits individuels
Droit pour chacun, homme ou femme, depuis la premi�re heure de sa naissance jusqu'� l'�ge de sa majorit�, d'�tre compl�tement entretenu, surveill�, prot�g�, �lev�, instruit dans toutes les �coles primaires publiques, secondaires, sup�rieurs, industrielles, artistiques et scientifiques, aux frais de la soci�t�.
Droit �gal pour chacun d'�tre conseill� et soutenu par cette derni�re, dans la mesure du possible, au commencement de la carri�re que chaque individu, devenu majeur, absolument libre, n'exercera plus sur lui ni surveillance ni autorit� aucune et, d�clinant vis-�-vis de lui toute responsabilit�, ne devra plus que le respect et, au besoin, la protection de sa libert�.
La libert� de chaque individu majeur, homme et femme, doit �tre absolue et compl�te, libert� d'aller et de venir, de professer hautement toutes les opinions possibles, d'�tre fain�ant ou actif, immoral ou moral, de disposer en un mot de sa propre personne ; libert� de vivre, soit honn�tement de son propre travail, soit en exploitant honteusement la charit� ou la confiances priv�e, pourvu que cette charit� et cette confiance soient volontaires et ne lui soient prodigu�es que par des individus majeurs.
Libert� illimit�e de toute sorte de propagande par le discours, par la presse, dans les r�unions publiques et priv�es, sans autre frein � cette libert� que la puissance salutaire naturelle de l'opinion publique. Libert� absolue d'associations, sans exempter celles qui par leur objet seront ou para�tront immorales et m�me celles qui auront pour objet la corruption et la [destruction](1) de la libert� individuelle et publique.
La libert� ne peut et ne doit se d�fendre que par la libert� ; et c'est un contresens dangereux que de vouloir y porter atteinte sous le pr�texte sp�cieux de la prot�ger ; et, comme la morale n'a pas d'autre source, d'autre stimulant, d'autre cause, d'autre objet que la libert�, et comme elle n'est elle-m�me rien que la libert�, toutes les restrictions qu'on a impos�es � cette derni�re dans le but de prot�ger la morale ont toujours tourn� au d�triment de celle-ci. La psychologie, la statistique et tout l'histoire nous prouvent que l'immoralit� individuelle et sociale a toujours �t� la cons�quence n�cessaire d'une mauvaise �ducation publique et priv�e, de l'absence et de la d�gradation de l'opinion publique qui n'existe et ne se d�veloppe et ne se moralise jamais que par la seule libert� ; et la cons�quence surtout d'une organisation vicieuse de la soci�t�. L'exp�rience nous apprend, dit l'illustre statisticiens Qu�telet (2), que c'est la soci�t� qui pr�pare toujours les crimes et que les malfaiteurs ne sont que les instruments fatals qui les accomplissent. Il est donc inutile d'opposer � l'immoralit� sociale les rigueurs d'une l�gislation qui empi�terait sur la libert� individuelle.
L'exp�rience nous apprend, au contraire, que le syst�me r�pressif et autoritaire, loin d'en avoir arr�t� les d�bordements, l'a toujours plus profond�ment et plus largement d�velopp�e dans les pays qui s'en sont trouv�s atteints, et que la morale publique et priv�e a toujours descendu et mont� � mesure que la libert� des individus se r�tr�cissait ou s'�largissait. Et que, par cons�quent, pour moraliser la soci�t� actuelle, nous devons commencer d'abord par d�truire de fond en comble toute cette organisation politique et sociale fond�e sur l'in�galit�, sur le privil�ge, sur l'autorit� divine et sur la m�prise [le m�pris ?� de l'humanit� ; et apr�s l'avoir reconstruite sur les bases de la plus compl�te �galit�, de la justice, du travail, et d'une �ducation rationnelle uniquement inspir�e par le respect humain, nous devons lui donner l'opinion publique pour garde et, pour �me, la libert� la plus absolue.
Pourtant la soci�t� ne doit point rester compl�tement d�sarm�e contre les individus parasites, malfaisants et nuisibles. Le travail devant �tre la base de tous les droits politiques, la soci�t�, comme une province, ou nation, chacune dans sa circonscription respective, pourra en priver [de ces droits� tous les individus majeurs qui n'�tant ni invalides, ni malades, ni vieillards, vivront aux frais de la charit� publique ou priv�e, avec l'obligation de les leur restituer aussit�t qu'ils recommenceront � vivre de leur propre travail.
La libert� de chaque individu �tant inali�nable, la soci�t� ne souffrira jamais qu'un individu quelconque ali�ne juridiquement la libert�, ou qu'il l'engage par contrat vis-�-vis d'un autre individu autrement que sur le pied de la plus enti�re �galit� et r�ciprocit�. Elle ne pourra pourtant pas emp�cher qu'un homme ou qu'une femme, d�nu�s de tout sentiment de dignit� personnelle, ne se mettent sous contrat vis-�-vis d'un autre individu, dans un rapport de servitude volontaire, mais elle les consid�rera comme des individus vivant de la charit� priv�e et par cons�quent destitu�s de la jouissance des droits politiques, pendant toute la dur�e de cette servitude.
Toutes les personnes qui auront perdu leurs droits politiques seront �galement priv�es de celui d'�lever et de garder leurs enfants. En cas d'infid�lit� � un engagement librement contract� ou bien en cas d'attaque ouverte ou prouv�e contre la propri�t�, contre la personne et surtout contre la libert� d'un citoyen, soit indig�ne soit �tranger, la soci�t� infligera au d�linquant indig�ne ou �tranger les peines d�termin�es par ses lois.
Abolition absolue de toutes les peines d�gradantes et cruelles, des punitions corporelles et de la peine de mort, autant que consacr�e et ex�cut�e par la loi. Abolition de toutes les peines � terme ind�fini ou trop long et qui ne laissent aucun espoir, aucune possibilit� r�elle de r�habilitation, les crime devant �tre consid�r� comme une maladie et la punition plut�t comme une cure que comme une vindicte de la soci�t�.
Tout individu condamn� par les lois d'une soci�t� quelconque, commune, province ou nation, conservera le droit de ne pas se soumettre � la peine qui lui aura �t� impos�e, en d�clarant qu'il ne veut plus faire partie de cette soci�t�. Mais dans ce cas celle-ci aura � son tour le droit de l'expulser de son sein et de le d�clarer en dehors de sa garantie et de sa protection.
Retomb� ainsi sous la loi naturelle �il pour �il, dent pour dent, au moins sur le terrain occup� par cette soci�t�, le r�fractaire pourra �tre pill�, maltrait�, m�me tu� sans que celle-ci s'en inqui�te. chacun pourra s'en d�faire comme d'une b�te malfaisante, jamais pourtant l'asservir ni l'employer comme esclave.
Droits des associations
Les associations coop�ratives ouvri�res sont un fait nouveau dans l'histoire ; nous assistons aujourd'hui � leur naissance, et nous pouvons seulement pressentir, mais non d�terminer � cette heure l'immense d�veloppement que, sans aucun doute, elles prendront et les nouvelles conditions politiques et sociales qui en surgiront dans l'avenir. Il est possible et m�me fort probable que, d�passant un jour les limites des communes, des provinces et m�me des �tats actuels, elles donnent une nouvelle constitution � la soci�t� humaine tout enti�re, partag�e non plus en nations, mais en groupes industriels diff�rents, et organis�s selon les besoins non de la politique, mais de la production. Ceci regarde l'avenir.
Quant � nous, nous ne pouvons poser aujourd'hui que ce principe absolu : quel que soit [leur] objet, toutes les associations, comme tous les individus, doivent jouir d'une libert� absolue. La soci�t�, ni aucune partie de la soci�t� : commune, province ou nation, n'a le droit d'emp�cher des individus libres de s'associer librement dans un but quelconque : religieux, politique, scientifique, industriel, artistique ou m�me de corruption sur elle et d'exploitation des innocents et des sots, pourvu qu'ils ne soient point mineurs.
Combattre les charlatans et les associations pernicieuses, c'est uniquement l'affaire de l'opinion publique. Mais la soci�t� a le devoir et le droit de refuser la garantie sociale, la reconnaissance juridique et les droits politiques et civiques � toute association, comme corps collectif, qui, par son objet, ses r�glements, ses statuts serait contraire aux principes fondamentaux de sa constitution,, et dont tous les membres ne seraient pas mis sur un pied d'�galit� et de r�ciprocit� parfaites, sans pouvoir en priver les membres eux-m�mes seulement pour le fait de leur participation � des associations non r�gularis�es par la garantie sociale.
La diff�rence entre les associations r�guli�res et irr�guli�res sera donc celle-ci : les associations juridiquement reconnues comme corps collectifs auront, � ce titre, le droit de poursuivre devant la justice sociale tous les individus, membres ou �trangers, aussi bien que toutes les autres associations r�guli�res, qui auront manqu� � leur engagement envers elles. Les associations juridiquement non reconnues n'auront point ce droit � titre de corps collectifs ; aussi elles ne pourront �tre soumises, � ce titre, � aucune responsabilit� juridique, tous leurs engagements devant �tre nuls aux yeux d'une soci�t� qui n'aura point sanctionn� leur existence collective, ce qui pourtant ne pourra lib�rer aucun de leurs membres des engagements qu'ils auront pu prendre individuellement.
Organisation politique nationale
La division d'un pays en r�gions, provinces, districts et communes, ou en d�partements et communes comme en France, d�pendra, naturellement de la disposition des habitudes historiques, des n�cessit�s actuelles et de la nature particuli�re de chaque pays. Il ne peut y avoir ici que deux principes communs et obligatoires pour chaque pays, qui voudra organiser s�rieusement chez lui la libert�. Le premier : c'est que toute organisation doit proc�der de bas en haut, de la commune � l'unit� centrale du pays, � l'�tat, par voie de f�d�ration. La seconde : c'est qu'il y ait entre la commune et l'�tat au moins un interm�diaire autonome : le d�partement, la r�gion ou la province. Sans quoi, la commune, prise dans l'acception restreinte de ce mot, serait toujours trop faible pour r�sister � la pression uniform�ment et despotiquement centralisatrice de l'�tat, ce qui ram�nerait n�cessairement chaque pays au r�gime despotique de la France monarchique, comme nous en avons eu deux fois l'exemple en France, le despotisme ayant eu toujours sa source beaucoup plus dans l'organisation centralisante de l'�tat que dans les dispositions naturellement toujours despotiques des rois.
La base de toute l'organisation politique d'un pays doit �tre la commune, absolument autonome, repr�sent�e toujours par la majorit� des suffrages de tous les habitants, hommes et femmes � titre �gal, majeurs. Aucun pouvoir n'a le droit de se m�ler dans sa vie, dans ses actes et dans son administration int�rieure. Elle nomme et destitue pr �lection tous les fonctionnaires : administrateurs et juges, et administre sans contr�le les biens communaux et les finances. Chaque commune aura le droit incontestable de cr�er ind�pendamment de toute sanctions sup�rieure sa propre l�gislation et sa propre constitution. Mais, pour entrer dans la f�d�ration provinciale et pour faire partie int�grante d'une province, elle devra absolument conformer sa charte particuli�re aux principes fondamentaux et la constitution provinciale et la faire sanctionner par le parlement de cette province. Elle devra se soumettre aussi aux jugements du tribunal provincial et aux mesures qui, apr�s avoir �t� sanctionn�es par le vote du parement provincial, lui seront ordonn�es par le gouvernement de la province. autrement elle sera exclue de la solidarit�, de la garantie et communaut�, [s'�tant mise] hors la loi provinciale.
La province ne doit �tre rien qu'une f�d�ration libre de communes autonomes. Le parlement provincial comprenant, soit une seule chambre compos�e de repr�sentants de toutes les communes, soit de deux chambres, dont l'une comprendrait les repr�sentants des communes, l'autre les repr�sentants de la population provinciale tout enti�re, ind�pendamment des communes., le parlement provincial, sans s'ing�rer aucunement dans l'administration int�rieure des communes, devra �tablir les principes fondamentaux qui devront constituer la charte provinciale de devront �tre obligatifs (sic) pour toutes les communes qui voudront participer au [parlement provincial] (3).
[Prenant les principes du pr�sent cat�chisme, pour base], le parlement codifiera la l�gislation provinciale par rapport tant aux devoirs et aux droits respectifs des individus, des associations et des communes, qu'aux peines qui devront �tre impos�es � chacun en cas d'infraction aux lois par lui �tablies, laissant pourtant aux l�gislations communales le droit de diverger de la l�gislation provinciale sur des points secondaires, mais jamais dans la base ; tendant � l'unit� r�elle, vivante, non � l'uniformit�, et se confiant, pour former une unit� encore plus intime, � l'exp�rience, au temps, au d�veloppement de la vie en commun, aux propres convictions et n�cessit�s de la commune, � la libert� en un mot, jamais � la pression ni � la violence du pouvoir provincial, car la v�rit� et la justice m�me, violemment impos�es, deviennent iniquit� et mensonge.
Le parlement provincial �tablira la charte constitutive de la f�d�ration des communes, leurs droits et leurs devoirs respectifs, ainsi que leurs devoirs et droits vis-�-vis du parlement, du tribunal et du gouvernement provinciaux. Il votera toutes les lois, dispositions et mesures qui seront command�es, soit par les besoins de la province tout enti�re, soit par des r�solutions du parlement national, sans perdre jamais de vue l'autonomie provinciale ni l'autonomie des communes. Sans jamais s'ing�rer dans l'administration int�rieure des communes, il �tablira la part de chacun, soit dans les imp�ts nationaux, soit dans les imp�ts provinciaux. Cette part sera r�partie par la commune elle-m�me entre tous ses habitants valides et majeurs. Il contr�lera enfin tous les actes, sanctionnera ou rejettera toutes les propositions du gouvernement provincial, qui sera mutuellement toujours �lectif. Le tribunal provincial, �galement �lectif, jugera sans appel toutes les causes entre individus et communes, entre associations et communes, entre communes et communes, et en premi�re instance toutes les causes entre la commune et le gouvernement et le parlement de la province.
La nation ne doit �tre rien qu'une f�d�ration de provinces autonomes. Le parlement national comprenant, soit une seule chambre compos�e des repr�sentants de toutes les provinces, soit deux chambres dont l'une comprendrait les repr�sentants des provinces, l'autre les repr�sentants de la population nationale tout enti�re ind�pendamment des provinces, le parlement national, dans s'ing�rer aucunement dans l'administration et dans la vie politique int�rieure des provinces, devra �tablir les principes fondamentaux qui devront constituer la charte nationale et qui seront obligatoires pour toutes les provinces qui voudront participer au pacte national.
Le parlement national �tablira le code national, laissant aux codes provinciaux le droit d'en diverger sur les points secondaires, jamais sur la base. Il �tablira la charte constitutive de la f�d�ration des provinces, votera toutes les lois, dispositions et mesures qui seront command�es par les besoins de la nation tout enti�re, �tablira les imp�ts nationaux et les r�partira entre les communes respectives, contr�lera enfin tous les actes, adoptera ou rejettera les propositions du gouvernement ex�cutif national qui sera toujours �lectif et, � terme, formera les alliances nationales, fera la paix et la guerre, et seul aura le droit d'ordonner pour un terme d�termin� la formation d'une arm�e nationale. Le gouvernement ne sera que l'ex�cuteur de ses volont�s.
Le tribunal national jugera sans appel toutes les causes des individus, des associations, des communes entre [eux et la] province, aussi bien que tous les d�bats entre provinces. Dans les causes entre la province et l'�tat, qui seront �galement soumises � son jugement, les provinces pourront en appeler au tribunal international, s'il se trouve un jour �tabli.
La F�d�ration internationale
La F�d�ration comprendra toutes les nations qui se seront unies sur les bases ci-dessus et ci-dessous d�velopp�es. Il est probable et est fort d�sirable que, lorsque l'heure de la grande R�volution aura de nouveau sonn�, toutes les nations qui suivront la lumi�re de l'�mancipation populaire se donnent la main pour une alliance constante et intime contre la coalition des pays qui se mettront sous les ordres de la r�action. Cette alliance devra former une f�d�ration universelle des peuples qui, dans l'avenir, devra embrasser toute la terre. La f�d�ration internationale des peuples r�volutionnaires avec un parlement, un tribunal et un comit� directeur internationaux, sera bas�e naturellement sur les principes m�mes de la r�volution. Appliqu�s � la politique internationale, ces principes sont:
Chaque pays, chaque nation, chaque peuple, petit ou grand, faible ou fort, chaque r�gion, chaque province, chaque commune ont le droit absolu de disposer de leur sort ; de d�terminer leur exigence propre, de choisir leurs alliances, de s'unir et de se s�parer, selon leurs volont�s et besoins sans aucun �gard pour les soi-disants droits historiques et pour les n�cessit�s politiques, commerciales ou strat�giques des �tats. L'union des parties en un tout, pour �tre vraie, f�conde et forte, doit �tre absolument libre. elle doit uniquement r�sulter des n�cessit�s locales int�rieures et de l'attraction mutuelle des parties, attraction et n�cessit�s dont les parties sont seules juges.
Abolition absolue du soi-disant droit historique et de l'horrible droit de conqu�te comme contraires au principe de la libert�.
N�gation absolue de la politique d'agrandissement, de gloire et de puissance de l'�tat, politique qui, faisant de chaque pays une forteresse qui exclut de son sein tout le reste de l'humanit�, le force pour ainsi dire [�] se suffire absolument � lui-m�me., � s'organiser en lui-m�me comme un monde ind�pendant de toute humaine solidarit� et [�] mettre sa prosp�rit� et sa gloire dans le mal qu'il fera aux autres nations (4). un pays conqu�rant est n�cessairement un pays int�rieurement esclave.
La gloire et la grandeur d'une nation consistent uniquement dans le d�veloppement de son humanit�. Sa force, son unit�, la puissance de sa vitalit� int�rieure se mesurent uniquement par le degr� de sa libert�. En prenant la libert� pour base, on arrive n�cessairement � l'union ; mais de l'unit� on arrive difficilement, sinon jamais, � la libert�. Et si l'on y arrive., ce n'est qu'en d�truisant une unit� qui a �t� faite en dehors de la libert�.
La prosp�rit� et la libert� des nations comme des individus sont absolument solidaires, et par cons�quent libert� absolue de commerce, de transaction et de communication entre tous les pays f�d�r�s. Abolition des fronti�res, des passeports et des douanes. Chaque citoyen d'un pays f�d�r� doit jouir de tous les droits civiques et doit pouvoir facilement acqu�rir le titre de citoyen et tous les droits politiques dans tous les autres pays appartenant � la m�me f�d�ration.
La libert� de tous, individus et corps collectifs �tant solidaires, aucune nation, aucune province, aucune commune et association ne sauraient �tre opprim�es, sans que toutes les autres ne soient et ne se sentent menac�s dans leur libert�. Chacun pour tous et tous pour chacun, telle doit �tre la r�gle sacr�e et fondamentale de la F�d�ration internationale.
Aucun des pays f�d�r�s ne pourra conserver d'arm�e permanente, ni d'institution qui s�pareront le soldat du citoyen. Causes de ruine, de corruption, d'abrutissement et de tyrannie int�rieurs, les arm�es permanentes et le m�tier de soldat sont [en outre] une [menace] contre la prosp�rit� et l'ind�pendance de tous les autres pays. Chaque citoyen valide doit au besoin devenir soldat pour la d�fense soit de ses foyers, soit de la libert�. L'armement mat�riel doit �tre organis� dans chaque pays par commune et par province, � peu pr�s comme dans les �tats-Unis de l'Am�rique et en Suisse.
Le parlement international, compos� soit d'une seule chambre, comprenant les repr�sentants de toutes les nations, soit deux chambres, comprenant l'une ces m�mes repr�sentants, l'autre les repr�sentants directs de toute la population comprise par la F�d�ration internationale, sans distinction de nationalit�, le parlement f�d�ral, ainsi compos�, �tablira le pacte international et la l�gislation f�d�rale que lui seul aura encore la mission de d�velopper et de modifier selon les besoins du temps.
Le tribunal international n'aura d'autre mission que de juger en derni�re instance entre les �tats et leurs provinces respectives. Quant aux diff�rents qui pourront surgir entre deux �tats f�d�r�s, ils ne pourront �tre jug�s en premi�re et en derni�re instance que par le parlement international qui d�cidera encore sans appel, dans toutes les questions de politique commune et de guerre, au nom de la f�d�ration r�volutionnaire tout enti�re, contre la coalition r�actionnaire.
Aucun �tat f�d�r� ne pourra jamais faire la guerre � un autre �tat f�d�r�. Le parlement international ayant prononc� son jugement, l'�tat condamn� dot s'y soumettre. Sinon tous les autres �tats de la f�d�ration devront interrompre leurs communications avec lui, le mettre en dehors de la loi f�d�rale, de la solidarit� et de la communion f�d�rale et, en cas d'attaque de sa part, s'armer solidairement contre lui.
Tous les �tats faisant partie de la f�d�ration r�volutionnaire devront prendre une part active � toute guerre que l'un d'eux ferait � un �tat non f�d�r�. chaque pays f�d�r�, avant de la d�clarer, doit en avertir le parlement international, et ne la d�clare que si celui-ci trouve qu'il y a une raison suffisante pour la guerre. S'il le trouve, le directoire ex�cutif f�d�r� prendra la cause de l'�tat offens� et demandera � l'�tat agresseur �tranger, au nom de toute la f�d�ration r�volutionnaire, prompte r�paration. Si au contraire le parlement jugera qu'il n'y a pas eu d'agression, ni d'offense r�elle, il conseillera � l'�tat qui se plaint de ne point commencer la guerre, en l'avertissant que s'il la commence, il la fera tout seul.
Il faut esp�rer qu'avec le temps les �tats f�d�r�s renon�ant au luxe ruineux de repr�sentations particuli�res se contenteront d'une repr�sentation diplomatique f�d�rale.
La f�d�ration internationale r�volutionnaire restreinte sera toujours ouverte aux peuples qui voudront y entrer plus tard, sur la base des principes et de la solidarit� militante et active de la R�volution ci-dessus et ci-dessous expos�s, mais sans jamais faire la moindre concession de principes � aucun. Par cons�quent ne pourront �tre re�us dans la f�d�ration que les peuples qui auront accept� tous les principes r�capitul�s [dans le pr�sent cat�chisme].
Organisation sociale
Sans �galit� politique point de libert� politique r�elle mais l'�galit� politique ne deviendra possible que lorsqu'il y aura �galit� �conomique et sociale.
L'�galit� n'implique pas le nivellement des diff�rences individuelles, ni l'identit� intellectuelle, morale et physique des individus. Cette diversit� des capacit�s et des forces, ces diff�rences de races, de nations, de sexes, d'�ges et d'individus, loin d'�tre un mal social, constituent au contraire la richesse de l'humanit�. L'�galit� �conomique et sociale n'implique pas non plus le nivellement des fortunes individuelles, en tant que produits de la capacit�, de l'�nergie productive et de l'�conomie de chacun.
L'�galit� et la justice r�clament uniquement : une organisation de la soci�t� telle que tout individu humain naissant � la vie y trouve, en tant que cela d�pendra non de la nature mais de la soci�t�, des moyens �gaux pour le d�veloppement de son enfance et de son adolescence jusqu'� l'�ge de sa virilit�, pour son �ducation et pour son instruction d'abord, et plus tard pour l'exercice des forces diff�rentes que la nature aura mises en chacun pour le travail. Cette �galit� de point de d�part, que la justice r�clame pour chacun, sera impossible tant qu'existera le droit de succession.
La justice, autant que la dignit� humaine exigent que chacun soit uniquement le fils de ses ouvres. Nous repoussons avec indignation le dogme du p�ch�, de la honte et de la responsabilit� h�r�ditaires. Par la m�me cons�quence nous devons rejeter l'h�r�dit� fictive de la vertu, des honneurs et des droits ; celle de la fortune aussi. L'h�ritier d'une fortune quelconque n'est plus enti�rement le fils de ses ouvres et, sous le rapport du point de d�part, il est privil�gi�.
Abolition du droit d'h�ritage. � Tant que ce droit existera la diff�rence h�r�ditaire des classes, des positions, des fortunes, l'in�galit� sociale en un mot et le privil�ge subsisteront sinon en droit, du moins en fait. Mais l'in�galit� de fait, par une loi inh�rente � la soci�t�, produit toujours l'in�galit� des droits : l'in�galit� sociale devient n�cessairement in�galit� politique. Et sans �galit� politique, avons-nous dit, point de libert� dans le sens universel, humain, vraiment d�mocratique de ce mot ; la soci�t� restera toujours divis�e en deux parts in�gales, dont l'une immense, comprenant toute la masse populaire, sera opprim�e et exploit�e par l'autre. donc le droit de succession est contraire au triomphe de la libert�, et si la soci�t� veut devenir libre, elle doit l'abolir.
Elle doit l'abolir parce que, reposant sur une fiction, ce droit est contraire au principe m�me de la libert�. Tous les droits individuels, politiques et sociaux, sont attach�s � l'individu r�el et vivant. Une fois mort il n'y a plus ni volont� fictive d'un individu qui n'est plus et qui, au nom de la mort, opprime les vivants. Si l'individu mort tient � l'ex�cution de sa volont�, qu'il vienne l'ex�cuter lui-m�me s'il le peut, mais il n'a pas le droit d'exiger que la soci�t� mettre toute sa puissance et son droit au service de sa non-existence.
Le but l�gitime et s�rieux du droit de succession a �t� toujours d'assurer aux g�n�rations � venir les moyens de se d�velopper et de devenir des hommes. Par cons�quent, seul le fonds d'�ducation et d'instruction publique aura le droit d'h�riter avec l'obligation de pourvoir �galement � l'entretien, � l'�ducation et � l'instruction de tous les enfants depuis leur naissance jusqu'� l'�ge de la majorit� et de leur �mancipation compl�te. De cette mani�re tous les parents seront �galement rassur�s sur le sort de leurs enfants, et comme l'�galit� de tous est une condition fondamentale de la moralit� de chacun, et que tout privil�ge est une source d'immoralit�, tous les parents sont l'amour pour leurs enfants est raisonnable et aspire non � leur vanit� mais � leur humaine dignit�, s'ils avaient m�me la possibilit� de leur laisser un h�ritage qui les placerait dans une position privil�gi�e, pr�f�rant pour eux le r�gime de la plus compl�te �galit�.
L'in�galit� r�sultant du droit de succession une fois abolie, restera toujours, quoique consid�rablement amoindrie, celle qui r�sultera de la diff�rence des capacit�s, des forces et de l'�nergie productive des individus, diff�rence qui, � son tour, sans jamais dispara�tre enti�rement, s'amoindrira toujours de plus en plus sous l'influence d'une �ducation et qui d'ailleurs, une fois le droit de succession aboli, ne p�sera jamais sur les g�n�rations � venir.
Le travail �tant le seul producteur de richesse, chacun est libre sans doute soit de mourir de faim, soit d'aller vivre dans les d�serts ou dans les for�ts parmi les b�tes sauvages, mais quiconque veut vivre au milieu de la soci�t� doit gagner sa vie par son propre travail, au risque d'�tre consid�r� comme un parasite, comme un exploiteur du bien, c'est-�-dire du travail d'autrui, comme un voleur.
Le travail est la base fondamentale de la dignit� et du droit humains. Car c'est uniquement par le travail libre et intelligent que l'homme, devenant cr�ateur � son tour et conqu�rant, sur le monde ext�rieur et sur sa propre bestialit�, son humanit� et son droit, cr�e le monde civilis�. Le d�shonneur qui, dans le monde antique, aussi bien que dans la soci�t� f�odale, fut attach� � l'id�e du travail, et qui en grande partie reste encore attach� aujourd'hui, malgr� toutes les phrases que nous entendons r�p�ter chaque jour sur sa dignit�, ce m�pris stupide du travail a deux sources : la premi�re, c'est une conviction si caract�ristique des anciens et qui m�me aujourd'hui compte encore tant de partisans secrets ; que pour donner � une portion quelconque de l'humaine soci�t� les moyens de s'humaniser par la science, par les arts, par la connaissance et pat l'exercice du droit, il faut qu'une autre portion, naturellement plus nombreuse, se voue au travail comme esclave. Ce principe fondamental de la civilisation antique fut la cause de sa ruine. La cit� corrompue et d�sorganis�e par le d�s�uvrement privil�gi� des citoyens, min�e d'un autre c�t� par l'action imperceptible et lente mais constante de ce monde d�sh�rit� des esclaves, moralis�s malgr� l'esclavage et maintenus dans leur force primitive par l'action salutaire du travail m�me forc�, tomba sous les coups des peuples barbares, auxquels, par leur naissance, avaient appartenu en grande partie ces esclaves.
Le christianisme, cette religion des esclaves, n'avait plus tard d�truit l'antique irr�gularit� que pour en cr�er une nouvelle : le privil�ge de la gr�ce et de l'�lection divine fond� sur l'in�galit� produite naturellement par le droit de conqu�te, s�para de nouveau la soci�t� humaine en deux camps : la canaille et la noblesse, les serfs et les ma�tres, en attribuant � ces derniers le noble m�tier des armes et du gouvernement et ne laissant aux serfs que le travail non seulement avili, mais encore maudit. La m�me cause produit n�cessairement les m�mes effets ; le monde nobiliaire, �nerv� et d�moralis� par le privil�ge du d�s�uvrement, tomba en 1789 sous les coups des serfs, travailleurs r�volt�s unis et puissants.
Alors fut proclam�e la libert� du travail, sa r�habilitation en droit. Mais seulement en droit, car de fait le travail reste encore d�shonor�, asservi. La premi�re source de cet asservissement, nomm�ment celle qui consistait dans le dogme de l'in�galit� politique des hommes, ayant �t� supprim�e par la grande R�volution, il faut attribuer le m�pris actuel du travail � sa seconde, qui n'est autre que la s�paration qui s'est faite et qui existe dans sa force encore aujourd'hui, entre le travail intellectuel et le travail manuel et qui, reproduisant sous une forme nouvelle l'antique in�galit�, partage de nouveau le monde social en deux camps : la minorit� privil�gi�e d�sormais non plus par la loi mais par le capital, et la majorit� des travailleurs forc�s, non plus par le droit unique du privil�ge l�gal, mais par la faim.
En effet, aujourd'hui, la dignit� du travail est d�j� th�oriquement reconnue et l'opinion publique admet qu'il est honteux de vivre sans travail. Seulement, comme le travail humain, consid�r� dans sa totalit�, se divise en deux parts, dont l'une, tout intellectuelle et d�clar�e exclusivement noble, comprend les sciences, les arts, et dans l'industrie l'application des sciences et des arts, l'id�e, la conception, l'invention, le calcul, le gouvernement et la direction g�n�rale ou subordonn�e des forces ouvri�res, et l'autre seulement l'ex�cution manuelle r�duite � une action purement m�canique, sans intelligence, sans id�e, par cette loi �conomique et sociale de la division du travail, les privil�gi�s du capital, sans excepter ceux qui y sont les moins autoris�s par la mesure de leurs capacit�s individuelles, s'emparent de la premi�re et laissent la seconde au peuple. Il en r�sulte trois grands maux : l'un pour ces privil�gi�s du capital ; l'autre, pour les masses populaires ; et le troisi�me, proc�dant de l'un et de l'autre, pour la production des richesses, pour le bien-�tre, pour la justice et pour le d�veloppement intellectuel et moral de la soci�t� tout enti�re.
Le mal dont souffrent les classes privil�gi�es est celui-ci : en se faisant la belle part dans la r�partition des fonctions sociales, elles s'en font une, de plus en plus mesquine, dans le monde intellectuel et moral. Il est parfaitement vrai qu'un certain degr� de loisir est absolument n�cessaire pour le d�veloppement de l'esprit, des sciences et des arts ; mais ce doit �tre un loisir gagn�, succ�dant aux seines fatigues d'un travail journalier, un loisir juste et dont la possibilit�, d�pendant uniquement du plus ou du moins d'�nergie, de capacit� et de bonne volont� dans l'individu, serait socialement �gale pour tout le monde. Tout loisir privil�gi�, au contraire, loin de fortifier l'esprit, l'�nerve, le d�moralise et le tue. Toute l'histoire nous le prouve : � quelques exceptions, les classes privil�gi�es sous le rapport de la fortune et du sang, ont �t� toujours les moins productives sous e rapport de l'esprit, et les plus grandes d�couvertes dans la science, dans les arts et dans l'industrie, ont �t� faites pour la plupart du temps par des hommes qui, dans leur jeunesse, ont �t� forc� de gagner leur vie par un rude travail.
L'humaine nature est ainsi faite, que la possibilit� du mal en produit immanquablement et toujours la r�alit�, et que la moralit� de l'individu d�pend beaucoup plus des conditions de son existence et du milieu dans lequel il vit que de sa volont� propre. Sous ce rapport ainsi que sous tous les autres, la loi de la solidarit� sociale est inexorable, de sorte que pour moraliser les individus il ne faut pas tant s'occuper de leur conscience que de la nature de leur existence sociale ; et il n'est point d'autre moralisateur, ni pour la soci�t� ni pour l'individu, que la libert� dans la plus parfaite �galit�. Prenez le plus sinc�re d�mocrate et mettez-le sur un tr�ne quelconque ; s'il n'en descend aussit�t, il deviendra immanquablement une canaille. Un homme n� dans l'aristocratie, si, par un heureux hasard, il ne prend pas en m�pris et en haine son sang, et s'il n'a pas honte de l'aristocratie, sera n�cessairement un homme aussi mal (sic)que vain, soupirant apr�s le pass�, inutile dans le pr�sent et adversaire passionn� de l'avenir. De m�me le bourgeois, enfant ch�ri du capital et du loisir privil�gie, fera tourner son loisir en d�s�uvrement, en corruption, en d�bauche, ou bien s'en servira comme d'une arme terrible pour asservir davantage les classes ouvri�res et finira par soulever contre lui une R�volution plus terrible que celle de 1793.
Le mal dont souffre le peuple est encore plus facile � d�terminer : il travaille pour autrui, et son travail, priv� de libert�, de loisir et d'intelligence, et par l� m�me avili, le d�grade, l'�crase et le tue. Il est forc� de travailler pour autrui, parce que n� dans la mis�re, et priv� de toute instruction et de toute �ducation rationnelle, moralement esclave gr�ce aux influences religieuses, il se voit jet� dans la vie d�sarm�, discr�dit�, sans initiative et sans volont� propre. Forc� par la faim, d�s sa plus tendre enfance, � gagner sa triste vie, il doit vendre sa force physique, son travail au plus dures conditions sans avoir ni la pens�e, ni la facult� mat�rielle d'en exiger d'autres. R�duit au d�sespoir par la mis�re, quelquefois il se r�volte mais, manquant de cette unit� et de cette force que donne la pens�e, mal conduit, le plus souvent trahi et vendu par ses chefs, et ne sachant presque jamais � quoi s'en prendre des maux qu'il endure, frappant le plus souvent � faux, il a, jusqu'� pr�sent du moins, �chou� dans ses r�voltes et, fatigu� d'une lutte st�rile, il est toujours retomb� sous l'antique esclavage.
Cet esclavage durera tant que le capital, restant en dehors de l'action collective des forces ouvri�res, l'exploitera, et tant que l'instruction qui, dans une soci�t� bien organis�e devrait �tre �galement r�partie sur tout le monde, ne d�veloppant que l'int�r�t d'une classe privil�gi�e, attribuera � cette derni�re toute la partie spirituelle du travail, et ne laissera au peuple que la brutale application de ses forces physiques asservies et toujours condamn�es � exercer des id�es qui ne sont pas les siennes.
Par cette injuste et funeste d�viation, le travail du peuple, devenu un travail purement m�canique et pareil � celui d'une b�te de somme, est d�shonor�, m�pris�, et, par une cons�quence naturelle, d�sh�rit� de tout droit. Il en r�sulte pour la soci�t�, sous le rapport politique, intellectuel et moral, un mal immense. La minorit� jouissant du monopole et de la science, par l'effet m�me de ce privil�ge, est frapp�e � la fois � l'intelligence et au c�ur, jusqu'au point de devenir stupide � force d'instruction, car rien n'est aussi malfaisant et st�rile que l'intelligence patent�e et privil�gi�e. D'au autre c�t�, le peuple, absolument d�nu� de science, �cras� par un travail quotidien m�canique, capable d'abrutir plut�t que de d�velopper son intelligence naturelle, priv� de la lumi�re qui pourrait lui montrer la voie de sa d�livrance, se d�bat vainement dans son bouge forc�, et comme il a a toujours pour lui la force, que donne le nombre, il met toujours ne p�ril l'existence m�me de la soci�t�.
Il est donc n�cessaire que la division inique �tablie entre le travail intellectuel et le travail manuel soit autrement �tablie. La production �conomique de la soci�t� souffre elle-m�me consid�rablement, l'intelligence s�par�e de l'action corporelle s'�nerve, se dess�che, se fl�trit, tandis que la force corporelle de l'humanit�, s�par�e de l'intelligence s'abrutit et, dans cet �tat de s�paration artificielle, aucune de produit la moiti� de ce qu'elle peut, de ce qu'elle doit produire lorsque, r�unies dans une nouvelle synth�se sociale, elles ne formeront plus qu'une seule action productive. Lorsque l'homme de science travaillera et l'homme du travail pensera, le travail intelligent et libre sera consid�r� comme le plus beau titre de gloire pour l'humanit�, comme la base de sa dignit�, de son droit, comme la manifestation de son pouvoir humain sur la terre ; et l'humanit� sera constitu�e.
Le travail intelligent et libre sera n�cessairement un travail associ�. Libre sera chacun de s'associer ou de ne point s'associer pour le travail, mais il n'est point de doute qu'� l'exception des travaux d'imagination et dont la nature exige la concentration de l'intelligence individuelle en elle-m�me, dans toutes les entreprises industrielles et m�me scientifiques ou artistiques qui admettent par leur nature le travail associ�, l'association sera pr�f�r�e par tout le monde, pour la simple raison que l'association multiplie d'une mani�re merveilleuse les forces productives de chacun, et que chacun devenant membre et coop�rateur d'une association productive, avec moins de temps et beaucoup moins de peine, gagnera beaucoup plus.
Lorsque les associations productives et libres cessant d'�tre les esclaves, et devenant � leur tour les ma�tresses et les propri�taires du capital qui leur sera n�cessaire, comprendront dans leur sein, � titre de membres coop�rateurs � c�t� des forces ouvri�res �mancip�es par l'instruction g�n�rale, toutes les intelligences sp�ciales r�clam�es pr leur entreprise, lorsque, se combinant entre elles, toujours librement, selon leurs besoins et selon leur nature, d�passant t�t ou tard toutes les fronti�res nationales, elles formeront une immense f�d�ration �conomique, avec un parlement �clair� par les donn�es aussi larges que pr�cises et d�taill�es d'une statistique mondiale, telle qu'il n'en peut encore exister aujourd'hui, et qu'ils combinent l'offre avec la demande pour gouverner, d�terminer et r�partir entre diff�rents pays la production de l'industrie mondiale, de sorte qu'il n'y aura plus ou presque plus de crises commerciales ou industrielles, de stagnation forc�e, de d�sastres, plus de peines ni de capitaux perdus, alors le travail humain, �mancipation de chacun et de tous, r�g�n�rera le monde.
La terre avec toutes ses richesses naturelles est la propri�t� de tout le monde, mais elle ne sera poss�d�e que par ceux qui la cultiveront.
La femme, diff�rente de l'homme, mais non � lui inf�rieure, intelligente, travailleuse et libre comme lui, est d�clar�e son �gale dans les droits comme dans toutes les fonctions et devoirs politiques et sociaux.
De la famille et de l'�cole
Abolition, non de la famille naturelle, mais de la famille l�gale, fond�e sur le droit civil et sur la propri�t�. Le mariage religieux et civil est remplac� par le mariage libre. Deux individus majeurs et de sexe diff�rent ont le droit de s'unir et de se s�parer selon leur volont�, leurs int�r�ts mutuels et les besoins de leur c�ur, sans que la soci�t� ait le droit, soit d'emp�cher leur union, soit de les y maintenir malgr� eux. Le droit de succession �tant aboli, l'�ducation de tous les enfants �tant assur�e par la soci�t�, toutes les raisons qui ont �t� jusqu'� pr�sent assign�s pour la cons�cration politique et civile de l'irr�vocabilit� du mariage disparaissent, et l'union de deux sexes doit �tre rendue � son enti�re libert�, qui ici, comme partout et toujours, est la condition sine qua nonde la sinc�re moralit�. Dans le mariage libre, l'homme et la femme doivent �galement jouir d'une libert� absolue. Ni la violence de la passion, ni les droits librement accord�s dans le pass� ne pourront servir d'excuse pour aucun attentat de la part de l'un contre la libert� de l'autre, et chaque attentat sera consid�r� comme un crime.
Du moment qu'une femme porte un enfant dans son sein, jusqu'� ce qu'elle l'ait mis au monde, elle a droit � une subvention de la part de la soci�t�, pay�e non pour le compte de la femme, mais pour celui de l'enfant. Toute m�re qui voudra nourrir et �lever ses enfants recevra �galement de la soci�t� tous les frais de leur entretien et de sa peine [prodigu�e] aux enfants.
Les parents auront le droit de garder pr�s d'eux leurs enfants et de s'occuper de leur �ducation, sous la tutelle et sous le contr�le supr�me de la soci�t� qui conservera toujours le droit et le devoir de s�parer les enfants de leurs parents, toutes les fois que ceux-ci, soit par leur exemple, soit par leurs pr�ceptes ou traitement brutal, inhumain, pourront d�moraliser ou m�me entraver, le d�veloppement de leurs enfants.
Les enfants n'appartiennent ni � leurs parents, ni � la soci�t�, ils s'appartiennent � eux-m�mes et � leur future libert�. Comme enfant, jusqu'� l'�ge de leur �mancipation, ils ne sont libres qu'en possibilit�, et doivent se trouver par cons�quent sous le r�gime de l'autorit�. Les parents sont leurs tuteurs naturels, il est vrai, mais le tuteur l�gal et supr�me, c'est la soci�t�, qui a le droit et le devoir de s'en occuper, parce que son propre avenir d�pend de la direction intellectuelle et morale qu'on donnera aux enfants. [La soci�t�] ne peut donner la libert� aux majeurs qu'� condition de surveiller l'�ducation des mineurs.
L'�cole doit remplacer l'�glise avec l'immense diff�rence que celle-ci, en distribuant son �ducation religieuse, n'a point d'autre but que d'�terniser le r�gime de l'humaine na�vet� et de l'autorit� soi-disant divine, tandis que l'�ducation et l'instruction de l'�cole, n'ayant, au contraire, d'autre fin que l'anticipation r�elle des enfants lorsqu'ils seront arriv�s � l'�ge de la majorit�, ne sera autre chose que leur initiation graduelle et progressive � la libert� par le triple d�veloppement de leurs forces physiques, de leur esprit et de leur volont�. La raison, la v�rit�, la justice, le respect humain, la conscience de la dignit� personnelle, solidaire et ins�parable de la dignit� humaine dans autrui, l'amour de la libert� pour soi-m�me et pour tous les autres, le culte du travail comme base et condition de tout droit ; le m�pris de la d�raison, du mensonge, de l'injustice, de la l�chet�, de l'esclavage, du d�s�uvrement, telles devront �tre les bases fondamentales de l'�ducation publique.
Elle doit former des hommes, tout d'abord, ensuite des sp�cialit�s ouvri�res et des citoyens, et � mesure qu'elle avancera avec l'�ge des enfants, l'autorit� devra naturellement faire de plus en plus place � la libert�, afin que les adolescents, arriv�s � l'�ge de la majorit�, �tant �mancip�s par la loi, puissent avoir oubli� comment, dans leur enfance, ils ont �t� gouvern�s et conduits autrement que par la libert�. Le respect humain, ce genre de la libert�, doit �tre pr�sent m�me dans les actes les plus s�v�res et les plus absolus de l'autorit�. Toute l'�ducation morale est l� ; inculquez ce respect aux enfants et vous en aurez fait des hommes.
L'instruction primaire et secondaire une fois termin�e, les enfants, selon leurs capacit�s et leurs sympathies, conseill�s, �clair�s mais non violent�s par leurs sup�rieurs, choisiront une �cole sup�rieure ou sp�ciale quelconque. En m�me temps chacun devra s'appliquer � l'�tude th�orique et pratique de la branche d'industrie qui lui plaira davantage et la somme qu'il aura gagn� par son travail durant son apprentissage lui sera remise � sa majorit�.
Une fois l'�ge de la majorit� atteint, l'adolescent sera proclam� libre et ma�tre de ses actes. En �change des soins que la soci�t� lui a prodigu�s durant son enfance, elle exigera de lui trois choses : qu'il reste libre, qu'il vive de son travail et qu'il respecte la libert� d'autrui. Et, comme les crimes et les vices dont souffre la soci�t� actuelle sont uniquement le produit d'une mauvaise organisation sociale, on pourra �tre certain qu'avec une organisation et une �ducation de la soci�t� bas�es sur la raison, sur la justice, sur la libert�, sur le respect humain et sur la plus compl�te �galit�, le bien deviendra la r�gle et le mal une maladive exception, qui diminuera de plus en plus sous l'influence toute-puissante de l'opinion publique moralis�e.
Les vieillards, les invalides, les malades, entour�s de soins, de respect et jouissant de tous les droits, tant publics que sociaux, seront trait�s et entretenus avec profusion aux frais de la soci�t�.
Politique r�volutionnaire
C'est notre conviction fondamentale que, toutes les libert�s nationales �tant solidaires, les r�volutions particuli�res dans tous les pays doivent l'�tre aussi, que d�sormais en Europe comme dans tout le monde civilis�, il n'y aura plus des r�volutions, mais seulement la R�volution universelle, comme il n'y a plus qu'une seule r�action europ�enne et mondiale ; que, par cons�quent, tous les int�r�ts particuliers, toutes les vanit�s, pr�tentions, jalousies et hostilit�s nationales doivent se fondre aujourd'hui dans l'unique int�r�t commun et universel de la R�volution, qui assurera la libert� et l'ind�pendance de chaque nation, par la solidarit� de toutes ; que la Sainte Alliance de la [contre-] R�volution mondiale et la conspiration des rois, du clerg�, de la noblesse et de la f�odalit� bourgeoise, appuy�e sur d'�normes budgets, sur des arm�es permanentes, sur une bureaucratie formidable, arm�s de tous les terribles moyens que leur donne la centralisation moderne, avec l'habitude et pour ainsi dire avec la routine de l'action et du droit de conspirer et de tout faire � titre l�gal sont un fait immense, mena�ant, �crasant, et que, pour les combattre, pour lui opposer un fait d'une �gale puissance, pour le vaincre et de d�truire, il ne faut rien moins que l'alliance et l'action r�volutionnaires simultan�es de tous les peuples du monde civilis�.
Contre cette r�action mondiale, la R�volution isol�e d'aucun peuple ne saurait r�ussir. Elle serait une folie, par cons�quent une faute pour lui-m�me et une trahison, un crime, contre toutes les autres nations. D�sormais, le soul�vement de chaque peuple doit se faire non en vue de lui-m�me, mais en vue de tout le monde. Mais, pour qu'une nation se soul�ve en vue et au nom de tout le monde, il faut qu'elle ait le programme de tout le monde, assez large, assez profond, assez vrai, assez humain en un mot, pour embrasser les int�r�ts de tout le monde, et pour �lectriser les passions de toutes les masses populaires de l'Europe, sans diff�rence de nationalit�. Le programme ne peut �tre que celui que la R�volution d�mocratique et sociale.
L'objet de la R�volution d�mocratique et sociale peut �tre d�fini en deux mots :
Politiquement : c'est l'abolition du droit historique, du droit de conqu�te et du droit diplomatique. C'est l'�mancipation compl�te des individus et des associations du joug de l'autorit� divine et humaine : c'est la destruction absolue de toutes les unions et agglom�rations forc�es des communes dans les provinces, des provinces et des pays conquis dans l'�tat. Enfin, c'est la dissolution radicale de l'�tat centraliste, tut�laire, autoritaire, avec toutes les institutions militaires, bureaucratiques, gouvernementales, administratives, judiciaires et civiles. C'est en un mot la libert� rendue � tout le monde, aux individus, comme � tous les corps collectifs, associations, communes, provinces, r�gions et nations, et la garantie mutuelle de cette libert� par la f�d�ration.
Socialement : c'est la confirmation de l'�galit� politique par l'�galit� �conomique. C'est, au commencement de la carri�re de chacun, l'�galit� du point de d�part, �galit� non naturelle mais sociale pour chacun, c'est-�-dire �galit� des moyens d'entretien, d'�ducation, d'instruction pour chaque enfant, gar�on ou fille, jusqu'� l'�poque de sa majorit�.