PREMI�RE PARTIE
LA QUESTION POLITIQUE
I. � La R�publique Mondiale.
Quand l'aurore se leva sur la longue nuit angoissante du moyen �ge, et que la Renaissance ralluma le flambeau de la Science dans le rayonnement incandescent que l'antiquit� pa�enne avait en mourant projet� sur l'Europe, ce fut dans l'histoire de l'humanit� un moment solennel.
La rotondit� de la Terre, prouv�e par la d�couverte de l'Am�rique et la circumnavigation du globe, la nouvelle donn�e astronomique de sa translation autour du Soleil et, en 1610, gr�ce � l'invention du t�lescope par Galil�e, la p�n�tration du monde colossal de Jupiter, image en raccourci de notre syst�me plan�taire, permirent � l'esprit humain d'escalader les cieux et de porter un coup mortel � la cosmogonie biblique et au christianisme.
L'homme, les yeux dessill�s, se dressa devant le cauchemar Dieu, et, enfin affranchi de la conception g�ocentrique, prit possession de la plan�te.
Les religions, qui jusque-l� avaient �brill� comme des phares dans les t�n�bres�, vacill�rent, et la pens�e scientifique, port�e sur les ailes de la lumi�re, prit son vol vers l'infini.
L'Encyclop�die, fille de la Renaissance, compl�ta son �uvre et fraya par ses grands iconoclastes la voie aux naturalistes du dix-neuvi�me si�cle, qui assur�rent le triomphe d�finitif des sciences exactes et de la philosophie moniste sur l'anthropocentrisme morbide des �ges pass�s.
D�j� le syst�me, dit de Copernic, de la rotation de la Terre autour de son axe et de sa translation annuelle autour du Soleil, comme centre de notre syst�me plan�taire, ruine la cosmogonie biblique, qui voit dans la Terre le centre de l'univers, et fait crouler toute la mystification chr�tienne, dont la Bible est la base fondamentale. Cette d�ch�ance de la Terre du centre de l'univers entra�ne par voie de d�duction logique la d�ch�ance de l'homme de la royaut� du monde. L'homme cesse par cela m�me d'�tre le but et la cause finale de Dieu.
Mais Dieu lui-m�me, la doctrine de la cause finale qui lui est inh�rente ainsi que toute la conception dualiste qui d�coule des divagations spiritualistes, s'�vaporent comme une brume malsaine devant le soleil levant des sciences exactes.
Les math�matiques et l'analyse spectrale nous font toucher du doigt l'unit� des lois qui r�gissent et du substratum qui constitue l'Univers et ne permettent plus � la fantaisie la plus vagabonde de greffer sur cette conqu�te positive un �tre en dehors de l'universum, du tout, et le gouvernant.
Les lois de l'�volution �ternelle, du perp�tuel devenir, scientifiquement constat�es dans le monde des infiniment petits comme dans celui des infiniment grands, excluent l'id�e de la cr�ation. Un cr�ateur, un Dieu parfait, ne saurait engendrer que la perfection, partant l'immobilit�.
Transformation et cr�ation sont des termes qui se contredisent. La donn�e �volutionniste a tu� Dieu.
L'id�e de la cause finale, qui s'identifie avec l'hypoth�se Dieu, sombre avec elle. Aussi bien la structure g�n�rale de l'univers, o� les mondes habitables sont en proportion microscopique relativement � l'�ther intersid�ral, que l'inclinaison de l'axe de notre propre plan�te sur le plan de l'�cliptique et le corps humain avec ses organes rudimentaires, inutiles, voire m�me nuisibles, attestent � l'�vidence l'absence de cause finale. Il n'y a de t�l�ologues s�rieux que ceux qui soutiennent que Dieu, dans sa clairvoyance, a cr�� la vermine pour nous �prouver, l'orage et la pluie pour nous en d�barrasser ensuite.
Le dualisme, cette conception m�taphysico-philosophique, nocive entre toutes, et qui scinde l'univers et par contre-coup la nature humaine en deux facteurs antagoniques et hostiles, le corps et l'�me, tire �galement sa source dans la croyance en un Dieu pur esprit dominant et gouvernant le monde.
Ton seulement �Dieu n'est qu'un pur n�ant qu'aucun temps, qu'aucun lieu ne poss�dent, et plus tu essaies de te rattacher � lui plus il t'�chappe,� comme l'a d�j� si bien dit au dix-septi�me si�cle Angelus Silesius (1624-1677), mais la chimie et l'anthropologie moderne ont mieux qu'�branl�, renvers� de son pi�destal fragile tout l'�chafaudage m�chamment enfantin du spiritualisme.
La chimie a relev� le voile d'Isis, qui recelait les secrets de la mati�re, et l'anthropologie a p�remptoirement �tabli que l'humanit� s'est lentement et p�niblement d�gag�e de l'animalit�.
Toutes les d�couvertes chimiques et anthropologiques s'�tayent pour d�montrer de la fa�on la plus certaine � la plus math�matique pourrait-on dire � qu'il n'y a pas plus de mati�re sans force et de force sans mati�re qu'une ligne de d�marcation absolue entre la mati�re inorganique et organique, entre le r�gne v�g�tal, animal et l'humanit�. On peut m�me affirmer avec certitude que la diff�rence entre les fonctions c�r�brales des animaux et de l'homme n'est pas qualitative, mais simplement quantitative.
La mati�re et la force ou le corps et l'�me, ne sont que deux manifestations diff�rentes du m�me monos, ou, si l'on pr�f�re, la m�me unit� vue de deux c�t�s diff�rents.
La Terre, par exemple, qui, � la suite du Soleil, nous v�hicule tous avec ses destin�es dans la direction de l'apex de l'astre du jour, retient sur sa surface ou fait tomber sur elle tous les corpuscules qui se trouvent dans sa sph�re d'action imm�diate. Cette sph�re d'action de la Terre est un des effets de la force qui lui est propre et qui se manifeste dans ce cas comme force d'attraction. Impalpable, quoique tr�s r�elle, cette force est, en quelque sorte, l'�me de la Terre. Le feu, qui p�tille dans notre chemin�e ou qui �claire notre lampe de travail, est un corps tangible, nettement d�termin�, tandis que la lumi�re qui se d�gage de lui n'est �galement qu'un des effets de la force qui lui est inh�rente. La lumi�re peut aussi �tre consid�r�e, au m�me titre que la chaleur du reste, comme l'�me du feu. Il en est de m�me de notre cerveau, que, depuis vingt-cinq ans surtout, la science a soumis aux analyses les plus minutieuses. Il est le si�ge de l'�me humaine, qui n'est, elle aussi, qu'une manifestation de la force de notre mati�re c�r�brale.
Supposons maintenant qu'� la suite d'un cataclysme, tr�s peu probable, � il y aurait para�t-il une chance ou malchance d'accident contre 289 millions � la Terre soit pulv�ris�e ou plus exactement volatilis�e. Il est �vident que sa force d'attraction, an�antie dans ses effets actuels, subirait la m�me transformation. C'est aussi ce qui arriverait pour le feu, qui p�tille dans notre chemin�e ou qui br�le dans notre lampe, s'il venait � s'�teindre. Sa lumi�re ayant cess� de nous �clairer nous serions plong�s dans l'obscurit�. Il en est incontestablement de m�me de notre �me quand notre cerveau a fini de fonctionner.
Toutes les �lucubrations int�ress�es des croyants et des spiritualistes sur l'immortalit� personnelle ne tiennent pas debout. Des preuves certaines, in�luctables, fournies par des milliers et des milliers d'exp�riences, tent�es in anima vili, attestent toutes que l'�me n'est qu'une fonction du cerveau et soumise comme lui � la croissance, au d�clin et � la mort. Cela ne saurait s�rieusement �tre contest�.
En outre la vie quotidienne nous apprend que l'�me, en d�pit de sa pr�tendue immortalit� et indestructibilit�, n'�tait pas l� de toute �ternit�, n'existait pas alors que le corps auquel elle appartient n'�tait pas n� ! Personne ne se souvenant de son �tat pr�natal ne saurait avoir conscience apr�s sa mort de ce qu'il fut vivant, car c'est une loi de nature que tout ce qui a un commencement ait aussi une fin. Mais il suffit de lire � yeux ouverts dans le grand livre de la nature, en se laissant bercer par le rythme cadenc� de la succession des saisons, pour constater que l'immortalit� personnelle n'est qu'une mystification grossi�re et que les voix qui sortent des berceaux et des tombes, qui peuplent l'infini du ciel �toil� disent toutes que seule la mati�re force, � le substratum de l'univers � est �ternelle et que toutes les formes ou manifestations quelle rev�t, sont essentiellement variables et temporaires.
D�sormais la pens�e humaine est majeure. Le lien ombilical qui la rivait � la m�taphysique est d�finitivement tranch�. L'Univers, vide de Dieu et peupl� de myriades de soleils nous appara�t comme le grand laboratoire c�leste dont la mati�re premi�re, partout identique � elle-m�me, produit, �ternellement en gestation, une diversit� illimit�e d'�closions passag�res de la vie infinie.
Dans cette R�publique v�ritablement universelle, car mondiale, et effectivement sans Dieu ni ma�tres, car elle est sa cause finale � elle-m�me, rien ne commande ni n'ob�it, rien ne se cr�e ni ne se perd, l'�galit� est � l'origine de toutes les manifestations inorganiques et organiques et l'�volution s'effectue sans distinction ni classification arbitraires dans l'�ternit� du temps et de l'espace.
II. � L'id�e de Dieu et l'�tat.
Le � connais-toi toi-m�me� du philosophe grec est le commencement de toute sagesse, le premier pas que fait l'homme dans la voie de son affranchissement mat�riel et moral. La connaissance de soi, du moi et de la place que ce moi occupe dans l'immense univers, � immense relativement � ce moi, car en r�alit� l'univers �tant infini ne saurait �tre ni grand ni petit � constitue le seul crit�rium positif, l'unique �talon que nous ayons pour appr�cier les rapports qui existent entre nous et le monde qui nous entoure. Il n'y a pas d'autre r�v�lation que celle qu'une longue exp�rience d�ment contr�l�e et une tension continue de la pens�e ont pu nous r�v�ler.
La peur que l'ignorance des ph�nom�nes naturels inspirait � l'homme primitif est certainement � l'origine de l'id�e de Dieu � in orbe deos fecit timor � et l'exploitation de cette peur par les individus les plus avis�s et les moins scrupuleux des premiers groupements humains a �videmment donn� lieu � la formation des religions et des premiers gouvernements.
L'�tat nous appara�t d�s le d�but comme le compl�ment forc� de l'id�e de Dieu et comme la cons�cration politique de l'in�galit� sociale, bas�e sur l'asservissement �conomique du grand nombre par une minorit� de bandits et d'exploiteurs.
L'�tat, pris dans le sens du mot gouvernement, sous-entend qu'il y a des gouvern�s, qui sont naturellement dans des rapports d'inf�riorit� vis-�-vis de celui ou de ceux qui les gouvernent. Un gouvernement ne se comprend qu'� la condition qu'il y ait in�galit�, privil�ge, et que les gouvernants aient un int�r�t dans l'action gouvernementale afin de maintenir sous leur domination ceux sur lesquels ils d�chargent les travaux les plus p�nibles et dont ils exploitent ensuite � leur profit la force de travail. Entre �gaux, il n'y aurait pas de place pour un gouvernement, il ne pourrait y avoir que r�partition �quitable de la besogne, administration de la production commune et distribution �galitaire des richesses.
Toute l'histoire de l'humanit� suinte le sang des exploit�s et clame la f�rocit� ignominieuse des gouvernants. Tous les pouvoirs, depuis le th�ocratique jusques et y compris celui qui se pare de l'�tiquette d�mocratique, en passant par les monarchies absolues, constitutionnelles, et les oligarchies dites r�publicaines, ont toujours �t� et ne sauraient �tre autre chose que la volont� agissante, l'expression politique, c'est-�-dire l'instrument de domination et d'exploitation par excellence, de la classe dirigeante et parasitaire.
Le pouvoir, qu'il allonge la griffe ou qu'il fasse patte de velours, que son titulaire appartienne � la race des rois, empereurs ou autres grands fauves du r�gne politique, qu'il �choue � la crapule parlementaire ou qu'il soit ramass� dans la boue gluante de sang par un aventurier de rencontre, se manifeste invariablement pour le prol�taire, pour le producteur de tout ce qui fait vivre et progresser la soci�t�, comme le marteau-pilon qui broie son intelligence, comprime son c�ur et affame ses entrailles.
Depuis l'antiquit� jusqu'� nos jours, � et il n'y a m�me pas d'exception pour confirmer cette r�gle � l'action du pouvoir a toujours �t� coercitive et r�pressive. L'arm�e qui tue, l'�glise qui abrutit, la magistrature qui condamne et la police qui salit ont �t�, sont et seront aussi longtemps qu'il y aura des gouvernements leur seule et vraie raison d'�tre. Ces institutions sont en quelque sorte au gouvernementalisme ce que l'intuition, la sensation, la pens�e et la parole sont au cerveau, elles constituent l'�me m�me du pouvoir.
III. � Arm�e et Patriotisme.
Le premier devoir de la prochaine R�volution, son to be or not to be, est la suppression de l'arm�e.
L'arm�e a �t� de tous temps l'�cole de la d�pravation et du meurtre, un moyen de d�fense nationale absolument inefficace, le plus abominable instrument de r�pression dans les mains des dirigeants, en un mot, l'antith�se vivante de la R�publique et de la D�mocratie.
Dans les pr�occupations de la bourgeoisie, l'arm�e a pris la premi�re place. Elle est le palladium, elle personnifie la bravoure, le d�vouement, l'honneur national, la bourgeoisie lui attribue toutes les qualit�s et menace de ses foudres le t�m�raire qui met en doute l'utilit� et les vertus de ce terrible agent de paup�risme et de massacre, qui tient l'Europe courb�e et prostr�e devant la gueule b�ante de ses canons.
Pour justifier la d�pense des milliards que co�te annuellement l'arm�e permanente, la bourgeoisie invoque, partout, la n�cessit� de la d�fense nationale.
L'histoire donne un d�menti �clatant � cette explication int�ress�e en nous montrant comment les peuples arm�s de leur droit et de leur libert�, arrivent � bout des plus formidables arm�es.
La grande France r�volutionnaire de 1793 a su repousser avec ses sans-culottes les arm�es permanentes de la coalition de l'Europe monarchique ; l'Espagne, en 1808, a refoul� les arm�es de Napol�on Ier, le conqu�rant du monde ; l'Allemagne, en 1813, a mis avec sa landwehr la Grande-Arm�e en d�route ; le Mexique, du h�ros Juarez, a eu raison de l'arm�e d'invasion de Napol�on III, et tout derni�rement les Bo�rs, 30,000 volontaires � peine, ont vaillamment tenu en �chec, pendant deux ans et huit mois, les livres sterling et l'arm�e mercenaire de la Grande-Bretagne.
Ce n'est donc pas le patriotisme, dans ce qu'il a pu avoir de compr�hensible � des �poques appartenant � l'histoire, qui pousse les dirigeants de tous les pays � perfectionner sans cesse leurs armements et � tenir sur un pied de guerre plusieurs millions d'hommes.
Les patriotes fran�ais ne sauraient non plus croire qu'un avenir prochain r�serve � la France un second apog�e militaire, qui lui permettrait de reconqu�rir l'Alsace-Lorraine.
Pour aussi ignorants que soient les derviches hurleurs du nationalisme, ils savent tr�s bien qu'en 1870 la France avait trente-huit et l'Allemagne quarante millions d'habitants, que le recensement de 1901 accuse environ trente-neuf millions pour la premi�re et plus de cinquante-six pour la seconde de ces puissances, et qu'�tant donn� que la population allemande cro�t annuellement de dix � douze par mille tandis que la fran�aise n'augmente dans le m�me laps de temps que de deux, trois, l'Allemagne aura dans vingt ans d'ici deux fois autant d'habitants que la France.
Pousser, dans ces conditions, � la revanche et � la guerre, c'est appeler une nouvelle invasion, se faire l'artisan de la d�faite, �tre un tra�tre. Il n'y a, il ne peut d�sormais y avoir pour la France qu'une seule revanche � prendre et, conforme � son g�nie, elle est la plus belle et la plus glorieuse de toutes : la revanche de la Commune, l'initiative de l'in�vitable r�volution europ�enne.
A notre �poque de production capitaliste, d'�change international, de science exacte, de vapeur et d'�lectricit�, le patriotisme n'a plus aucune raison d'�tre.
D�pouill� de ses rodomontades revanchardes et de son hyst�rie sentimentale, le patriotisme de nos dirigeants appara�t sous son v�ritable jour d'instrumentum regni. Il est encore, � l'heure actuelle, le plus puissant moyen dont dispose la bourgeoisie aux abois pour d�tourner les col�res populaires de sa tyrannique domination, la diversion la plus habile qu'elle ait pu trouver depuis que la religion perd du terrain et que le mot d'ordre de Gambetta, �le cl�ricalisme voil� l'ennemi,� a �t�, � son tour, reconnu pour une sornette gouvernementale.
Faire l'historique de l'arm�e et du patriotisme serait raconter toutes les sc�nes de sauvagerie et de bestialit� qui ont ensanglant� et d�shonor� l'humanit�. Dire leur nocuit� au point de vue mat�riel et moral est une r�dite. Dans le cadre exigu de cet ouvrage il suffit de marquer au fer rouge leur objectif principal dans la soci�t� moderne.
L'arm�e qui enl�ve � l'amour et � la production les jeunes hommes de vingt ans, fleur de la virilit�, et qui pr�l�ve en Europe sur le travail, m�me en temps de paix, un imp�t quotidien de pr�s de 33.000.000 de francs � (douze milliards par an ; dont six en argent et six occasionn�s par la perte qui r�sulte de l'improductivit� forc�e de plusieurs millions d'hommes encasern�s) � est une p�pini�re de p�d�rastie, la grande �cole d'esclavage et d'assassinat � laquelle les meilleurs perdent le sentiment de dignit� humaine et deviennent, soit par contagion de l'ambiant soit par terreur des peines disciplinaires, constamment suspendues sur leurs t�tes, des instruments dociles et � tout faire entre les mains de leurs sup�rieurs hi�rarchiques. Vienne une gr�ve, et l'arm�e, �chair et sang du peuple,� se transforme en gendarmerie du Capital, les ba�onnettes h�riss�es contre le Travail. C'est l� son r�le ordinaire et sa destination vraie.
Aucun gouvernement, qu'il soit �r�publicain� comme celui des �tats-Unis, ou absolu comme le gouvernement tsariste, ne manque de faire jouer � la force arm�e, dans les conflits �conomiques, le r�le de garde-chiourme du capital.
Au service du capital sur le champ de bataille des revendications ouvri�res, l'arm�e le sert encore et davantage sur celui dit des gloires nationales.
L'int�r�t propri�taire, l'antagonisme du tien et du mien est le point de d�part de toutes les guerres, qu'il s'agisse d'assurer au capitalisme de nouveaux d�bouch�s par la colonisation ou de cr�er aux revendications sociales de la pl�be d�poss�d�e un d�rivatif patriotique par des grandes tueries internationales. Ces derni�res ajoutent par surcro�t aux puissants de la terre l'avantage inestimable de pouvoir se d�barrasser violemment des socialistes et sans-patrie, m�tamorphos�s, pour la digestion paisible de la classe dirigeante, en �claireurs de l'arm�e ennemie, en tra�tres � la patrie.
�Vive l'arm�e�, �vive la patrie� sont devenus des cris de ralliement de la contre-r�volution.
Tous les aristocrates, retour de Coblentz, tous les pr�tres, dont la patrie spirituelle est � Rome, et tous les bourgeois millionnaires, qui placent internationalement la part pr�lev�e par eux sur le travail national, sont des patriotes fervents et f�roces.
En pr�sence de cette recrudescence du sentiment patriotique, on se demande quelle est au juste l'�tymologie du mot patrie, mot amorphe et que chacun interpr�te selon ses besoins et son go�t.
D'apr�s le dictionnaire de Pierre Larousse, la patrie est le pays dans lequel on est n� et auquel on appartient comme citoyen ou sujet.
Selon cette interpr�tation, les Irlandais seraient Anglais, les Lorrains Allemands, les habitants de Trieste Autrichiens, les Polonais et les Finlandais Russes. Pour ces peuples, patrie serait donc synonyme d'oppression.
Les sentimentalistes ajoutent g�n�ralement � la d�finition : pays dans lequel on est n� et auquel on appartient les mots et dont on parle la langue et s'est assimil� les m�urs.
Cette d�finition qui tend � classer les peuples en patries nationales comporte un remaniement complet de la carte d'Europe et ne pourrait se r�aliser qu'apr�s de grands d�chirements et de longues guerres qui aviveraient pour des g�n�rations, les haines internationales. Et encore la solution serait-elle difficile, et pour ne pas dire impossible, pour certains pays comme la Boh�me, o� deux races habitent c�te � c�te la m�me ville et souvent la m�me commune.
Une troisi�me cat�gorie de patriotes, sous pr�texte d'�largir l'id�e de patrie, voudrait diviser l'Europe en trois groupes racistes : en Latins, Germains et Slaves.
L'id�e raciste ench�rit sur l'id�e nationaliste et serait, mise en action, un retour � la sauvagerie.
O� finissent les Latins et o� commencent les Germains, et o� est la ligne de d�marcation exacte entre Germains et Slaves ?
Les rapports intellectuels et commerciaux de peuple � peuple ont estomp� les fronti�res et aplani bien des obstacles � leur fusion. Pour r�aliser les r�ves, plus exactement, les app�tits sanguinaires des panslavistes, pangermanistes et panlatinistes, il faudrait d'abord r�veiller tout l'atavisme guerrier, toute la bestialit� ancestrale qui sommeille encore dans le c�ur de l'homme, pour ruer, tels des fauves, ces masses humaines les unes contre les autres.
Et apr�s cette guerre fantastique, ce bellum omnium contra omnes, il se trouverait qu'en vertu du principe raciste les principaux pays d'Europe auraient disparu.
L'Angleterre serait �miett�e, la Russie, d�garnie de ses fronti�res occidentales et m�ridionales, refoul�e vers l'orient et la France, dont le g�nie est fait de la fusion d'�l�ments h�t�rog�nes � latins, celtes, germains � aurait cess� d'exister.
Une quatri�me cat�gorie de patriotes, et qui n'existe qu'en France, sont ceux dont le patriotisme se r�clame de la grande R�volution de 1789-94.
Cette fa�on de faire du neuf avec du vieux a d�j� valu � la France Brumaire et D�cembre, Waterloo et Sedan, et d�sormais la d�magogie c�sarienne ne rel�ve plus de la discussion, mais de la trique.
A ces d�finitions objectives et sp�culatives de patrie et de patriotisme, la r�alit� subjective r�pond par un coup de clairon brutal :
La patrie, c'est le sentiment bas, �troit, mesquin d'orgueil national, fait des m�mes pr�jug�s que l'outrecuidance des anciens nobles, la patrie c'est la m�fiance et l'antipathie du voisin, la haine de race se faisant jour dans l'ignoble cri �Mort aux Juifs!�, la patrie c'est la conqu�te et la guerre, l'Am�ricain aux Philippines, l'Anglais au Transvaal, le Fran�ais � Madagascar, le Russe en Chine et l'exploiteur partout.
C'est � cette id�e de patrie et � ses ex�cutants que la R�volution internationale, communiste et libertaire, r�pond par le cri:
A bas l'arm�e !
qui signifie : � bas l'antagonisme des races et des nations, bas� sur l'antagonisme des int�r�ts mat�riels ! A bas l'arm�e, veut dire encore : vive la paix, vivent le travail et les instruments de production rendus aux producteurs. A bas l'arm�e, �vocation sublime d'un avenir de justice et de fraternit�, signifie enfin : Notre patrie est plus haute, elle embrasse l'univers entier, le grand tout dont nous faisons partie int�grante, et notre champ d'action imm�diate et directe c'est la plan�te que nous habitons et que nous voulons mettre tout enti�re � la libre disposition de tous.
IV.� �glise et Christianisme.
Apr�s l'arm�e c'est certainement � l'�glise que revient le r�le pr�pond�rant dans la conservation de la soci�t� de servitude et de faim que nous a l�gu�e le pass�. Et encore serait-il oiseux de discuter � qui des deux l'arm�e ou l'�glise, appartient la part du lion.
N�e en m�me temps que la caste guerri�re et de la m�me exploitation de la peur que les ph�nom�nes naturels inspiraient aux hommes primitifs, la caste sacerdotale, constitu�e en pouvoir spirituel, a toujours �t�, malgr� des apparences parfois trompeuses, l'auxiliaire et le compl�ment de l'�tat la�que.
Les Canossa ne sont que des l�gers nuages, des brouilles passag�res et de famille. Par le fait ils s'�tayent mutuellement et se confondent � ne former qu'un seul et unique rouage oppresseur. Quand l'�tat, accul� � la d�fensive, se croit menac�, il fait donner l'arm�e et la parole est au canon. Quand il est n�cessaire d'insinuer, de pr�parer le terrain, d'assouplir les consciences, de fausser les id�es, de masturber les intelligences et de former des sujets dociles et ob�issants, c'est l'�glise qui agit.
L'�glise chr�tienne, celle qui nous int�resse particuli�rement, car nous subissons encore son joug d�shonorant, a ensanglant� le monde.
� l'�poque de son apog�e, quand elle r�gnait sans contr�le � la lueur des b�chers, elle a fait r�tir dans l'espace de trois si�cles, de 1100 � 1400, plus de neuf millions d'h�r�tiques.
Puis elle s'est vautr�e dans l'orgie sanglante de l'Inquisition. On n'a jamais su le nombre incalculable des tortur�s. La Saint-Barth�lemy, la guerre de Trente-Ans, la r�vocation de l'Edit de Nantes, les Dragonnades, etc., etc., sont ses p�ques rouges. Toute l'histoire de l'�glise chr�tienne est une longue suite ininterrompue de concussions, de viols, de meurtres et de massacres. Elle a tra�n� l'humanit� sur la claie et l'a clou�e pendant dix-neuf si�cles sur la croix du Golgotha, o� expira, apr�s quelques heures de souffrance, sans grandeur ni dignit�, son triste h�ros.
Vouloir laver le christianisme de tout ce sang et de toute cette boue en rendant les pr�tres, et � la rigueur le catholicisme romain seuls responsables de ce que des croyants d�bonnaires consentent � appeler les abus du cl�ricalisme, est r�ellement par trop pu�ril. Non seulement Martin Luther, initiateur de la R�forme et ennemi � mort des paysans, fut un des plus f�roces pers�cuteurs de tous ceux qui ne se tenaient pas � la lettre de la Bible, mais le protestantisme calviniste, c'est-�-dire le plus d�mocratique et libre-penseur lui-m�me, d�buta en faisant monter Michel Servet sur le b�cher. Depuis l'�glise �vang�liste, connue pour ses m�meries grotesques et son puritanisme intol�rant, n'a fait que cro�tre et pers�v�rer dans la voie que ses fondateurs lui ont trac�e.
Quant � l'�glise grecque, l'�glise du tsar, orthodoxe et born�e, elle n'a jamais admis le droit de cit� � d'autres dieux qu'au sien. Si elle n'a pas � l'aurore du vingti�me si�cle renouvel� les auto-da-f�s, c'est que l'administration paternelle du tsar, ennemie de mises en sc�ne inutiles, se contente d'expulser en masse la population isra�lite pauvre, apr�s avoir pr�alablement fait mettre le feu � ses chaumi�res. Les protestants, �gens comme il faut�, ne sont ni incendi�s ni expuls�s en Russie, mais il leur est enjoint, sous peine d'un emprisonnement pouvant aller jusqu'� quatre ans, de baptiser et d'�lever dans la religion grecque les enfants qu'ils auraient d'un mariage contract� avec un conjoint ou une conjointe appartenant � l'�glise grecque.
Imbue d'esprit absolutiste, l'�glise grecque poursuit jusqu'� l'extermination les Staroverzi et les autres sectes chr�tiennes, n�es d'elle et dont le christianisme, cependant bon teint, va jusqu'� la mutilation et la castration de ses adeptes en vue du paradis. Et comment ne serait-il pas ainsi �tant donn� la communaut� d'origine, de pens�es et de proc�d�s de toutes les branches gourmandes de l'�glise chr�tienne, qu'elles soient catholique, grecque ou �vang�liste ?
Ce qui divise les diff�rents cultes chr�tiens est peu de chose en comparaison de ce qui les unit.
L'esprit qui les anime est le m�me ainsi que le fond de la doctrine. Tous les chr�tiens acceptent comme base de leur religion ce qu'ils appellent les r�v�lations du Vieux et du Nouveau Testament, dont voici, en abr�g�, la quintessence :
Dieu pur esprit, qui est le dieu des Isra�lites, des Chr�tiens et des Musulmans, apr�s s'�tre repos�. de toute �ternit�, cr�e l'univers en six jours et, satisfait de son �uvre, se repose le septi�me.
C'est en l'honneur de cette cosmogonie biblique que nous conservons encore l'irrationnelle division de la semaine en sept jours, dont six consacr�s au travail, et le septi�me au repos. Mais contrairement � Dieu, nous reprenons la besogne le lundi, tandis que lui, apr�s cet effort de six jours, refain�ante � tout jamais.
Dieu, dit la Bible, apr�s avoir s�par� le jour de la nuit d�s le d�but, cr�e quatre jours plus tard le Soleil, ce qui est un v�ritable tour de passe-passe.
Lorsque tout est termin� et pour couronner son labeur, il cr�e l'homme � sa propre image.
Quant � la femme, il la fait de la c�te de l'homme, pour bien indiquer, que, n'�tant pas cr��e directement � l'image de Dieu, elle n'est pas l'�gale de l'homme, mais son inf�rieure et qu'elle doit comme telle lui ob�ir, le servir et �tre son esclave.
Au paradis, o� Dieu p�re, car le christianisme nous enseigne qu'il a un fils, avait plac� le premier couple humain, se trouvait un arbre, l'arbre de la Science, dont les fruits, exclusivement r�serv�s � Dieu, �taient d�fendus � Adam et �ve sous peine d'�tre � jamais chass�s du paradis.
Tent�e par le d�mon, �ve mord au fruit d�fendu et le fait go�ter � Adam. Aussit�t leurs yeux voient clair, ils s'aper�oivent de leur nudit�, oublient la d�fense de Dieu et ob�issent, par leur union charnelle, � la loi supr�me de la nature.
Furieux qu'Adam et �ve aient voulu savoir et aimer, � c'est l� le p�ch� originel,� Dieu les chasse du paradis et les condamne, eux et toute leur descendance, les hommes, � travailler � la sueur de leur front, les femmes � enfanter dans la douleur.
Justice distributive v�ritablement divine que celle qui assujettit � la souffrance des innocents pour des �coupables�, coupables d'avoir voulu savoir, fautifs de s'�tre aim�s !
M�pris du travail, haine de l'amour, c'est le cri du Vieux Testament et bien davantage encore celui du Nouveau, du christianisme proprement dit.
Le christianisme, mauvais math�maticien qui n'a jamais su distinguer trois de un, a au supr�me degr� la haine du travail et de l'amour. Cette terre pour lui est une vall�e de mis�re � laquelle il ne faut pas s'attacher. Il faut la traverser r�sign� en s'adonnant constamment au je�ne, � la pri�re et � la mac�ration, afin de s'assurer la gr�ce de Dieu en vue du royaume des cieux.
Aucune religion n'a aussi effront�ment affirm� l'immortalit� de l'�me et le m�pris de la vie que la chr�tienne, aucune n'a, en vertu de sa doctrine, permis aux charlatans et aux exploiteurs de la b�tise humaine de tirer aussi cyniquement profit, par la traite sur le ciel, du travail d'autrui.
Quant � la femme, la tentatrice de Satan, l'impure de la Bible, elle est pour elle un sujet d'opprobre.
Le christianisme pousse au paroxysme la haine de la femme, le m�pris de l'amour et de la chair. Sa haine du geste de l'amour, � qui est celui de la vie, va chez lui jusqu'� l'obsession.
Pour bien faire marquer l'horreur que lui inspire l'�treinte charnelle, il fait na�tre son dieu d'une vierge non d�flor�e, simplement �op�r�e� par le Saint-Esprit, troisi�me personne en Dieu, et cela uniquement pour souligner sa r�probation de l'acte sacr� de la g�n�ration, r�put� par lui acte vil, bas et impur. Le fils de cette vierge, J�sus-Christ, seconde personne en Dieu, et qui est sens� �tre venu sur terre pour racheter nos p�ch�s et nous servir d'exemple, meurt � trente-trois ans sans femme ni enfants, dans la chastet� absolue. Cet eunuque, voil� l'id�al du chr�tien !
La doctrine de la r�compense et du ch�timent, c'est-�-dire la mise � l'encan des consciences, et la th�ophagie de la communion sont �galement communs aux trois principaux cultes chr�tiens.
Au point de vue de la communion, la diff�rence qui s�pare les Catholiques et les Grecs, des Luth�riens, qui forment une fraction importante du protestantisme, est toute superficielle.
Les Catholiques et les Grecs enseignent que pendant la communion Dieu accomplit le miracle de la transsubstantiation qui, change effectivement la substance du pain et du vin en celle du corps et du sang de J�sus-Christ dans l'eucharistie, tandis que Martin Luther, moins simpliste, nie la transsubstantiation, tout en affirmant que pendant la communion le corps et le sang de J�sus-Christ se trouvent, �in, mit und unter�, dans, avec, et au-dessous du pain et du vin. Comprendra qui voudra cette charade th�ologique.
Tous les chr�tiens orthodoxes, nous l'avons d�j� dit, pr�chent la m�me morale de r�signation, de mac�ration et de haine de la vie. Mais les chr�tiens lib�raux, ceux qui triturent le dogme et le nient occasionnellement, en disant qu'ils ne se tiennent pas � la lettre de l'�vangile mais � son esprit, ne le c�dent en rien sous ce rapport aux observateurs les plus scrupuleux des cultes et des croyants aux miracles.
Tolsto�, r�put� le plus lib�ral de ces derniers et surnomm� le grand par les snobs de la sociologie, continue, lui aussi, en interpr�te fid�le de ses chers �vangiles, � nous inonder du petit lait de sa morale de r�signation et de chastet�.
Les r�volutionnaires repentis ont oubli� les quarante ans de prison que valurent � l'admirable Blanqui ses convictions mat�rialistes et ses gestes de r�volt� sous tous les r�gimes de France, m�me sous les plus lib�raux, tandis que le cinqui�me �vang�liste, comme notre camarade Gr�nberg a si bien appel� le n�o-anarchiste Tolsto�, peut continuer � pondre sa prose christol�tre en pleine terreur tsariste. Ces ren�gats n'ont qu'� m�diter, pour l'enti�re et compl�te �dification de leur trahison, sur les passages suivants des lettres de leur ap�tre que publie La Plume :
Le seul moyen, �crit le grand oracle de la castration, d'�tre bien s�r que l'action qu'on commet est la vraie et la bonne, est de la commettre non pas en vue des r�sultats qu'elle peut produire, mais seulement par ob�issance � la volont� de Celui qui nous a envoy�s dans ce monde. Je puis toujours conna�tre indubitablement ce que cette volont� exige de moi, sans conna�tre les r�sultats auxquels aboutiront mes actions.
Et plus loin :
Que celui qui ne peut atteindre � la chastet� compl�te (lisez le c�libat) fait bien, the never best, comme disent les Anglais, de se marier avec la ferme r�solution de ne pas abandonner sa femme jusqu'� la mort (lisez le mariage indissoluble ; pas m�me le divorce pour les unions mal assorties !) Prenez seulement garde de ne pas vous laisser entra�ner par le c�t� charnel du mariage, etc., etc., etc.
Dans Paroles d'un Homme libre, Tolsto� �crit, page 237 :
La mission de l'homme est de servir Dieu par l'accroissement de l'amour dans soi-m�me. Moins l'homme aura de besoins, plus facilement il servira Dieu et les hommes, et par suite plus il poss�dera le v�ritable bien.
Du m�me auteur nous cueillons les perles suivantes dans un livre paru en 1901, sous le titre: Sur la Question sexuelle.
Nous citons textuellement:
Page 20 :
Il faudrait que la violation de la promesse de fid�lit� donn�e au mariage f�t punie par l'opinion publique, au moins de la m�me fa�on dont elle punit les violations des obligations d'argent, des fraudes commerciales et qu'on ne la glorifie pas, comme on le fait maintenant dans les romans, dans les chansons, les op�ras, etc., etc.
Page 21 :
Et � cause de cela on les �l�ve comme les enfants des animaux, si bien que le souci principal des parents consiste non � les pr�parer � une activit� digne d'un homme, mais (et en ceci les parents sont soutenus par la science fausse, nomm�e m�decine) � les gaver le mieux possible, augmenter leur leur taille, les faire propres, blancs, bien nourris, beaux. (Si dans les classes inf�rieures on ne le fait pas, c'est seulement par impossibilit�, mais l'opinion est la m�me).
Page 29 :
L'id�al du chr�tien, c'est l'amour de Dieu et de son prochain, c'est le renoncement de soi-m�me pour le service de Dieu et du prochain. Et l'amour sexuel, le mariage, c'est le service de soi-m�me, et c'est pourquoi, en tous cas, c'est un obstacle au service de Dieu et aux hommes, et par suite, au point de vue chr�tien, c'est la chute, le p�ch�. Le mariage ne peut aider au service de Dieu et des hommes, m�me au cas o� ceux qui se marient ont pour but la continuation de l'esp�ce humaine.
Page 43 :
L'homme � qu'il soit mari� ou c�libataire � doit toujours et dans toutes les circonstances �tre le plus chaste possible, comme l'exprima Christ et apr�s lui Paul. S'il peut �tre continent jusqu'au point de ne pas conna�tre la femme, alors c'est le mieux qu'il ait � faire ; et s'il ne peut s'abstenir il doit le plus rarement possible s'abandonner � cette faiblesse et ne pas regarder l'union sexuelle comme une jouissance.
Page 56 :
Vous demandez : quels moyens y a-t-il pour lutter contre la passion ? Au nombre des petits moyens ; comme le travail, le je�ne, le plus efficace, c'est la pauvret�, le manque d'argent, l'apparence ext�rieure de la mis�re, telle situation pour laquelle il est �vident qu'on ne peut �tre attrayant pour aucune femme.
Page 61 :
Il faut castrer son c�ur, alors la castration ext�rieure ne sera pas n�cessaire. Mais la castration physique ne sauve pas de la s�duction.
Page 60 :
Toute la chose est dans l'abstinence et dans l'�ducation de l'abstinence. Aussit�t qu'on trouvera le bien dans l'abstinence les mariages diminueront.
Pages 80 et 81 :
La question sur les relations sexuelles entre �poux : en quelle mesure sont-elles l�gales, est une des plus importantes pour la pratique chr�tienne, autant par exemple que la question de la propri�t� ; et elle ne cesse de m'occuper. Comme toujours cette question est r�solue dans l'�vangile et comme toujours notre vie est si loin de la solution qu'en donne le Christ que non seulement nous ne pourrions et ne pouvons appliquer la solution chr�tienne, mais que m�me nous ne pouvons la comprendre. (Mathieu XIX, 11-12) : �Et il leur dit : Tous ne sont pas capables de cela, mais ceux-l� seulement � qui il a �t� donn� ! Car il y a des eunuques qui sont n�s tels dans le sein de leur m�re, il y en a qui se sont fait eunuques eux-m�mes pour le royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci le comprenne.�
... Je pense, ajoute Tolsto�, que pour leur bien, l'homme et la femme doivent aspirer � l'absolue virginit� et alors l'homme deviendra ce qu'il doit �tre. Il faut viser au del� du but pour l'atteindre.
L�-dessus nous pouvons tirer l'�chelle et nous boucher le nez. Le cloaque chr�tien est r�ellement par trop puant et � l'explorer davantage on risquerait d'�tre asphyxi� par ses �manations putrides.
Toutes les religions sont nocives, toutes sont criminelles, toutes sont attentatoires au bien-�tre mat�riel et � la dignit� morale, mais au christianisme appartient la couronne, cette couronne dont il enfonce les �pines dans les chairs meurtries de l'humanit� souffrante.
La religion chr�tienne est la religion anti-sociale par excellence.
Anti-sociale par sa morale de r�signation, le m�pris et la haine qu'elle professe contre la vie, anti-sociale par son culte de la virginit� qui est un outrage � l'amour et � la femme, anti-sociale enfin en faisant de la chastet� st�rile une vertu et en la glorifiant comme le bien supr�me de l'existence.
La religion chr�tienne est un blasph�me contre la nature.
Religion de la mort, les vivants ont le devoir de l'enterrer. Il y va du salut de l'humanit�.
V. � LA MAGISTRATURE ET LA LOI.
La magistrature, qui est la troisi�me personne en l'�tat comme le Saint-Esprit l'est en Dieu, couronne et termine la trilogie du pouvoir.
Elle participe aussi bien au r�le moralisateur de l'�glise dans sa qualit� de gardienne de la vertu qu'� celui, brutal et r�presseur, de l'arm�e en frappant impitoyablement ceux qui attentent � la majest� du Capital et de la Propri�t�.
N�e de Justinien et de Torquemada, la magistrature est fille, mieux que l�gitime, naturelle de l'alliance de la loi autoritaire de la Rome des c�sars avec l'esprit b�nisseur et inquisitorial de l'�glise chr�tienne.
Sa mission inavou�e, mais r�elle, est de prot�ger les puissants contre les clameurs. de la foule, les spoliateurs contre les spoli�s, en appliquant avec rigueur le Code, monument de honte et d'iniquit�, qui consacre le droit du fort sur le faible, du Capital sur le Travail, du mari sur la femme et du p�re sur l'enfant.
Au nom de la loi elle frappe tous les r�volt�s, tous ceux qui ne se d�couvrent pas respectueusement devant ce chapeau de Gessler, modernis� et d�mesur�ment agrandi, qu'est l'�tat, au nom de la loi elle ch�tie avec la derni�re cruaut�, sous pr�texte de vol, les damn�s de l'enfer social, que la faim pousse parfois � ramasser les miettes de pain qui tombent de la table de ses prot�g�s, et c'est au nom de la loi �galement qu'elle condamne et fl�trit la femme, qui en amour dispose librement de sa personne sans se soucier des emb�ches du Code et des traquenards que le mariage tient suspendu au-dessus de sa t�te, et qu'elle jette correctionnellement en prison les enfants qui manquent d'ob�issance envers leurs parents.
Mais que le p�re abuse de ses enfants ou les maltraite, la magistrature reste impassible et passe l'�ponge sur de telles infamies en invoquant le droit de correction paternelle; que le mari tue sa femme adult�re, elle l'acquitte pour venger l'outrage fait au mari ; que des financiers de haut vol, � un Lesseps ou un Eiffel, � apr�s avoir ruin� des milliers de familles, tombent maladroitement entre ses filets, elle att�nue leur culpabilit� ou �touffe l'affaire, et enfin, qu'un roi, empereur ou c�sar de rencontre, r�ussisse � confisquer les maigres libert�s populaires, en se couvrant de gloire sanglante, elle sera la premi�re � lui apporter ses hommages en mettant l'in�puisable arsenal de la l�galit� � son service.
Juch� dans son pr�toire, affubl� d'une toque grotesque et disparaissant sous une robe, qui n'est ni d'un sexe ni de l'autre, le juge, assur� de l'impunit�, distribue par go�t et par vocation des mois et des ann�es de prison sur le dos du lamentable troupeau des mis�reux que ses rabatteurs de la police ont pouss� devant lui.
D'ordinaire le magistrat juge d'apr�s une formule toute pr�te et qui sert indistinctement pour tous les cas. Mais cette monotonie comporte des exceptions et les robes rouges ont aussi leurs grandes premi�res ou leurs jours de f�te qui permettent au sadisme de la corporation le prononc� des peines capitales et l'espoir de l'avancement.
C'est ainsi que fonctionne, ou � peu pr�s, dans tous les pays de civilisation capitaliste, la justice de classe, la justice des riches contre les pauvres.
Cette fa�on, digne d'anthropophages, d'appliquer la loi et de rendre la justice, jure avec tout ce que la Science nous apprend sur la v�ritable nature de l'homme.
La loi, qui soumet et qui encha�ne la volont� humaine � une r�gle immuable, est au moins inutile lorsqu'elle n'est pas nocive.
Elle est inutile lorsqu'elle n'est pas en contradiction avec les lois de la nature.
Il n'est pas besoin des lois �crites pour subir la gravitation et l'attraction de notre plan�te, pour d�penser utilement la somme d'activit� c�r�brale et musculaire que demande pour bien se porter la personnalit� humaine, pour manger lorsqu'on a faim, boire lorsqu'on a soif et faire l'amour quand l'instinct g�n�sique et de reproduction l'exige.
Par contre la loi est nuisible quand elle tend par des dispositions l�gislatives � figer dans un pr�sent �ternel et � soustraire � l'�volution g�n�rale ce qui a sembl� � une d�fectueuse interpr�tation �tre l'int�r�t du moment.
La loi devient odieuse et criminelle quand elle trouve sa sanction dans le droit de r�compense et de punition.
L'homme ne na�t ni bon ni mauvais.
Il n'a pas plus �t� fa�onn� � l'image d'un dieu, qui n'existe pas, qu'il n'y a pour lui de p�ch� originel.
Le libre arbitre, ce mythe des religions, qui excuse et justifie les cruaut�s inutiles des puissants, n'existe pas davantage.
L'homme n'est pas libre de ses actes et partant pas responsable.
Toutes ses pens�es, tous ses gestes et actions sont d�termin�s par l'h�r�dit�, l'ambiance, la s�lection et l'adaptation.
Le dicton populaire �ventre affam� n'a pas d'oreilles� indique avec nettet� que nos sentiments, nos raisonnements et nos actes sont exclusivement d�termin�s par le milieu dans lequel nous sommes plac�s, et que la psychologie humaine n'est en derni�re instance que le reflet de sa physiologie et des influences ext�rieures que subit cette derni�re.
Personne, � moins d'�tre malade ou fou, ne se fait voleur ou assassin pour son plaisir, pas plus qu'il n'est bon par bont� inn�e.
Les faits r�put�s antisociaux, et qui incombent tous � l'organisation irrationnelle de la soci�t�, ont pour origine une mauvaise naissance, une �ducation d�fectueuse ou la mis�re.
Depuis que nous connaissons la v�ritable place que l'homme occupe dans l'univers et les lois qui r�gissent l'�ternel devenir, il ne tient plus qu'� nous de tarir � jamais les sources du vice et du crime.
La s�lection libre, l'�ducation int�grale, l'aisance et le travail pour tous sont les seuls artisans de la morale et de la vertu, car g�n�rateurs de bonheur.
Quant � la magistrature, son r�le devant la Science est fini.
Ex�cutrice des hautes et basses �uvres de la ploutocratie, prostitu�e du Pouvoir, elle m�rite au m�me titre que l'�glise et l'Arm�e l'ex�cration des gens honn�tes et doit �tre comme elles emport�e par le souffle vivifiant de la R�volution sociale.
VI. � La Police.
Avant de rechercher comment le pouvoir, dont les trois expressions typiques sont l'arm�e qui tue, l'�glise qui abrutit et la magistrature qui condamne, pourrait s'�mietter ou �tre appel� � dispara�tre, sous les coups de hache r�p�t�s de la R�volution, force nous est de retrousser les manches pour nous rendre compte de quel limon vaseux sont soud�es, riv�es l'une � l'autre les institutions dont l'ensemble constitue l'�tat.
Ce limon, cette boue, c'est la police.
La police, qui est cens�e veiller sur la s�curit� publique qu'elle est seule � troubler, n'est rien et tout � la fois et poss�de, en r�gime bourgeois, au plus haut degr� le don d'ubiquit�.
Selon les cas, humble servante au service du moindre fonctionnaire ou ma�tresse absolue du chef du pouvoir, dont elle d�tient souvent aussi bien les secrets v�reux de la vie publique que ceux non moins scandaleux de la vie priv�e, la police gouverne par ses bureaux inamovibles et absorbe aux heures critiques tout l'�tat entre ses mains de pieuvre.
Comme l'amphibie elle p�n�tre dans tous les milieux, et comme le stercoraire palmip�de elle vit dans la fiente et se repa�t d'excr�ments.
Elle est de toutes les salet�s et de toutes les ignominies, de toutes les trahisons et de toutes les tares, elle est la boue et la honte humaine faite institution.
C'est elle qui organise la chasse � l'homme, fabrique les faux dossiers, traque et expulse le proscrit, ruine le marchant ambulant et accule, par ses razzias, au suicide ou � l'assassinat le vagabond.
C'est elle aussi qui peuple le lupanar et est, � honte supr�me, par sa section, dite des m�urs, un outrage pour toutes les femmes et une menace constante pour les meilleures d'entre elles, les ouvri�res.
S'il a �t� dit avec raison que toutes les institutions bourgeoises sont grosses de r�voltes futures, l'existence de la police par contre nous appelle � la pudeur, � la conscience de notre propre l�chet�.
Dans la Rome antique, l'outrage public d'une pl�b�ienne causa un soul�vement g�n�ral.
Quotidiennement chez nous la police de m�urs se rue, la canne lev�e, sur des centaines de femmes, qu'elle arr�te et tra�ne � la pr�fecture pour leur faire subir l'innommable outrage de la visite au sp�culum.
Aussi longtemps que le sexe auquel appartiennent nos m�res, nos s�urs, nos fianc�es et nos femmes, n'a pas �t� veng� de cet affront sanglant, nous ne sommes pas dignes de nous dire r�volutionnaires.
VII. � La Conqu�te du Pouvoir par les R�publicains et les Socialistes.
L'existence m�me de l'�tat comporte in�galit� et oppression et atteste une humanit� divis�e en classes, en gouvernants et gouvern�s, en riches et en pauvres.
Toujours et partout le pouvoir de l'�tat est en raison inverse de la libert� et de l'�galit� des citoyens. Plus son r�le est r�duit, plus grands sont la libert�, et le bien-�tre, plus ses attributions sont �tendues, davantage se fait sentir l'oppression et la mis�re.
Dans la Russie des autocrates, la France de Louis XIV et la Rome des c�sars, l'�tat omnipotent, dont les fondations baignent dans le sang, engendre partout la famine, le servilisme abject et l'esclavage. Par contre, avant l'�re capitaliste, aux �tats-Unis d'Am�rique, les institutions sont relativement r�publicaines et d�mocratiques, car les in�galit�s sociales sont moins choquantes et le r�le de l'�tat est r�duit au minimum.
Le moins de gouvernement et le plus d'aisance possible pour tous devrait donc logiquement, en attendant mieux, �tre le mot d'ordre de tous les vrais d�mocrates.
Il n'en a, malheureusement, pas �t� ainsi depuis une trentaine d'ann�es et nous avons pu voir sur ce champ d'exp�rience politique et sociale par excellence, qu'est la France, les r�publicains et � leur suite la majorit� des socialistes, abandonner une � une toutes leurs revendications populaires et r�volutionnaires, pour avoir sacrifi� au dieu du jour, l'�tat, et avoir brigu� sa conqu�te.
La conqu�te du pouvoir par les partis avanc�s ne signifie pas du tout l'�tat, transform� d'arbitraire et despotique qu'il est par sa nature, en une sorte de d�it�, initiatrice de r�formes d�mocratiques et dispensatrice de manne socialiste, mais est simplement l'absorption et la d�composition lente par l'�tat des �l�ments frondeurs, susceptibles de porter ombrage au Capital.
Sous Louis-Philippe et sous l'Empire, l'ancien parti r�publicain fran�ais portait dans ses flancs la pens�e r�volutionnaire de l'�poque.
Il parlait au nom de la libert�, il agissait en vue de l'�galit� et du bonheur � conqu�rir de haute lutte. Toutes ses professions de foi, tous ses programmes, pour aussi incomplets qu'ils aient �t�, s'inspiraient d'une id�e d'humanit� et de justice.
M�me le fameux programme de Belleville, contresign� par Gambetta, et qui ne dit pas toute la pens�e r�publicaine de 1869, revendiquait avant tout : 1� la r�publique d�mocratique, effective sans ce chicot de royaut� qu'est la Pr�sidence et ce hoquet imp�rial et monarchien qu'est le S�nat ; 2� le remplacement de l'arm�e permanente par des milices citoyennes selon le syst�me qui fonctionne en Suisse ; 3� la s�paration des �glises et de l'�tat, et la suppression du budget des cultes. 4� l'imp�t sur le revenu, etc., etc.
Toutes les revendications d�mocratiques du temps �taient assaisonn�es de phrases, fraternitaires et humanitaires. On �tait certes loin du cosmopolitisme r�volutionnaire de l'ouvrier socialiste de nos jours, qui tire sa source dans l'antagonisme du Capital et du Travail et que d�termine la solidarit� internationale de plus en plus consciente des int�r�ts prol�tariens, mais on tonnait contre les rois, perturbateurs de la paix, on guillotinait, h�las en effigie, les empereurs et on buvait ferme � la sant� des futurs �tats-Unis d'Europe.
Dans l'attente du pouvoir, et sous pr�texte de sauvegarder la R�publique, le parti r�publicain s'est br�l� d'abord une aile, en adoptant en 1875 la constitution Wallon, qui dota la France de la Pr�sidence, du S�nat et des crises minist�rielles chroniques.
Arriv�s au pouvoir, � la Chambre des D�put�s, par les �lections du 8 f�vrier 1876, qui leur donnaient la majorit�, � la Pr�sidence le 30 janvier 1879, par l'�lection de Gr�vy � la premi�re magistrature, et quelque temps plus tard au S�nat, les r�publicains d�clar�rent, par la grande voix de leur grand ministre Gambetta, que le pros�lytisme r�publicain n'�tait plus de saison depuis que des consid�rations de haute diplomatie patriotique avaient fait prendre aux Chambres r�publicaines le deuil � l'occasion de l'ex�cution du tsar Alexandre II, qu'il ne fallait pas supprimer le budget des cultes et l'ambassade aupr�s du pape pour m�nager la client�le catholique et qu'il n'y avait pas de question sociale � r�soudre, mais simplement des app�tits divers � satisfaire.
La cur�e immonde, honteuse, voici d�sormais pour opportunistes et radicaux le seul mobile politique.
Le Rubicon �tait franchi et rien d'essentiel ne devait plus distinguer les r�publicains au pouvoir de leurs pr�d�cesseurs monarchistes.
L'arm�e permanente entre leurs mains ne se transforma pas en milices, mais se modela sur celle de l'Allemagne imp�riale dont ils aggrav�rent encore le caract�re r�actionnaire et les dispositions p�nales.
En France, l'ouvrier et le paysan font trois ans de service militaire ; en Allemagne, ils ne font, dans l'infanterie du moins, que deux ans.
En France, la voie de fait envers un sup�rieur, commise dans le service, est punie de mort. En Allemagne, la peine encourue est un emprisonnement qui peut descendre � deux ans.
En France, l'outrage � un sup�rieur par parole ou par geste, entra�ne un emprisonnement de un � cinq ans. En Allemagne, la peine est de un jour � deux ans.
En France, si cet outrage a �t� commis dans le service, il est passible de cinq � dix ans de travaux publics, en Allemagne, de quatorze jours � cinq ans de prison.
En France, le vol militaire est puni de travaux forc�s si le coupable est comptable des objets vol�s, de la r�clusion dans le cas contraire. En Allemagne, de quatorze jours d'arr�t � cinq ans de prison.
En France, l'absence ill�gale de six jours � l'int�rieur et de trois mois si le coupable a franchi la fronti�re, est r�put�e d�sertion et punie, dans le premier cas, de deux � cinq ans de prison, et dans le second, de deux � cinq ans de travaux publics. En Allemagne, la simple absence ill�gale est punie de un jour � deux ans de prison, la d�sertion de six mois � deux ans.
L'�glise, malgr� l'instruction la�que toute de surface et qui affecte de plus en plus le caract�re d'une religion militaire, a pris surtout depuis trente ans un d�veloppement v�ritablement scandaleux.
En 1789, l'�glise de France comptait 18 archev�ch�s, 113 �v�ch�s, 1,922 abbayes, 13 chefs d'ordre ou de congr�gation, 1,200 prieur�s, 1,500 couvents, 3,700 cures, 2,760 canonicats, 1,380 dignit�s et 828 chapitres ou coll�giales.
Il y avait 2,500 couvents d'hommes, renfermant 23,000 religieux et 1,500 couvents de femmes avec 37,000 religieuses. Le clerg� se composait de 60,000 cur�s et vicaires.
Les biens du clerg� �taient �valu�s � 4 milliards et rapportaient 100 millions, mais il faut y ajouter 123 millions produits par les d�mes. Total 223 millions �quivalant � un demi-milliard de notre monnaie actuelle, sans compter le casuel et les qu�tes.
Avant la guerre de 1870, il y avait en France 1,051 congr�gations, il y en a aujourd'hui 1,517. Ces associations de malfaiteurs se composaient � cette �poque de 108,119 individus du troisi�me sexe. Ils sont � l'heure qu'il est 180,000 (avant le minist�re Combes.)
Les imp�ts ont �galement augment� dans des proportions fantastiques. Il y a trente ans, le fran�ais payait en moyenne un imp�t de quarante-trois francs par an, il en paye maintenant quatre-vingt-douze et est le peuple le plus impos� du globe.
Depuis une g�n�ration que les soi-disant r�publicains disposent du pays, ils n'ont ni su ni voulu prendre aucune mesure de progr�s ou simplement d'utilit� publique.
Le divorce, vot� en 1884, n'est que la p�le copie, le cas de dissolution du mariage par consentement mutuel en moins, de la loi du divorce du premier Bonaparte. Le divorce de 1792 propos�, sinon dans sa forme, mais du moins dans son essence, par Alfred Naquet, et qui accorde, comme l'exige le sens commun, la facult� de divorcer sur la demande d'un seul conjoint et simplement pour incompatibilit� d'humeur ou de caract�re, source de toutes les dissensions entre �poux, fut rejet� comme portant atteinte au sacro-saint principe de la famille et aux bonnes m�urs bourgeoises.
Toute puissante pour le mal et d'une incapacit� qui frise le ridicule pour le bien, m�me quand il ne porte pas pr�judice � son int�r�t de classe, la bourgeoisie r�publicaine n'a su, malgr� ses j�r�miades, accoucher d'aucun rem�de, d'aucune proposition efficace contre la d�population.
La loi de 1889 sur la nationalit� maintient les frais de la naturalisation � pr�s de quatre cents francs, huit cents francs si on a recours � un r�f�rendaire � la naturalisation ne co�te que cent trente francs en Russie et seulement cinq francs aux �tats-Unis d'Am�rique � et aggrave les dispositions de la loi imp�riale de 1867 dans ce sens qu'elle astreint le naturalis�, qu'elle prive en outre pendant dix ans du droit d'�ligibilit� aux parlements, au service militaire en l'incorporant dans la classe � laquelle il appartient selon son �ge, tandis que la loi de l'Empire, tout en lui reconnaissant d'embl�e tous les droits de Fran�ais, l'exemptait du service militaire en se contentant de se rattraper sur ses descendants m�les s'il en avait.
La cons�quence de la loi de 1889 est que depuis 1835 le nombre des naturalisations diminue d'ann�e en ann�e, comme l'indique le tableau ci-joint :
| 1896 |
3582 naturalisations |
| 1897 |