Traduction par Stephen T. Byinton, Edward Carpenter, Wm. C. Owen,
John Henri Mackay, Henry Seymour
Source : http://www.groupejoyeux.org
AVANT-PROPOS
Il règne
une foule de préjugés concernant l’anarchisme.
Certains veulent que ce soit un parti, une secte, voire un clan.
D’autres le considèrent comme une doctrine, une
attitude, une philosophie, un idéal tantôt “noble”,
tantôt “ignoble” selon la bouche de qui parle ou la
plume de qui écrit. Plusieurs enfin nient aux anarchistes la
moindre compétence pour résoudre les questions, petites
ou grandes, dont l’ensemble constitue “le problème
humain”. La vérité est que l’anarchisme --
surtout sous son aspect individualiste (comme nous l’avons
le plus souvent envisagé ici) -- offre à qui
l’interroge différents visages. C’est ce que
montre les pages qui suivent, où sont présentés
un certain nombre de résumés fondamentaux des
opinions ou conceptions anarchistes, la plupart proposées par
des penseurs à peu près inconnus des anarchistes
de langue française.
E.
Armand.
I
Ce
qu’est l’anarchisme
L’agression,
le gouvernement,
la violence, la
propagande actuelle
L’Anarchisme
est une doctrine impliquant l’abolition du gouvernement.
Chacun s’accorde sur ce point et comme tout le monde croit
savoir ce qu’est le gouvernement, tout le monde croit
savoir en même temps ce qu’est l’Anarchisme.
Cependant il est très peu de personnes définissant le
gouvernement qui ne soient forcées dès qu’on
leur pose quelques questions de retirer leurs définitions.
L’Anarchisme
est une théorie politique scientifique, opposée au
gouvernement entendu dans le sens politique. Le
gouvernement, au point de vue politique, est un pouvoir humain
qui assume et exerce un contrôle général sur
les actions de tous les individus habitant un certain territoire ou
appartenant à une certaine race, recourant si besoin est à
la violence pour affirmer ce contrôle.
Le gouvernement d’un
groupement, d’une association volontaire quelconque n’est
pas un gouvernement politique, car il ne cherche pas à exiger
l’obéissance de tous, mais simplement réglemente
les actes de ceux qui désirent être réglementés
; une forme semblable de gouvernement n’est pas opposée
aux principes anarchistes.
L’objection
essentielle que les anarchistes opposent au gouvernement : c’est
qu’il ait recours à la force pour empêcher un être
humain de faire ce qu’il lui plaît. Comme beaucoup
d’autres personnes, les anarchistes souhaitent
l’avènement d’une ère d’harmonie
où nulle violence ne serait employée contre qui
que ce soit. Mais comme beaucoup de personnes également,
ils reconnaissent que cet idéal ne peut être atteint
actuellement, ils constatent en effet que certains individus se
servent de la violence et c’est aux autres qu’il
appartient de décider si la violence ne doit pas répondre
à la violence. Si une brute s’efforce de me jeter
dans un étang, ce qui est un acte essentiellement
gouvernemental, bien que commis en dehors de l’institution
gouvernementale comme on l’entend généralement
; si, dis-je, je lui résiste et j’essaie de
contrecarrer ses projets, mon acte peut-il être
comparé à son agression ?
Certains anarchistes
comme Tolstoï répondent affirmativement et répudient
l’emploi de la violence même défensive. Mais la
grande majorité des anarchistes distinguent entre le
gouvernement ou le crime (deux noms pour la même chose) et la
défense.
Employer la menace
ou la violence contre quelqu’un de paisible, c’est ainsi
qu’agissent les gouvernements et c’est un crime ; mais
employer la violence contre un criminel, pour réprimer son
usage criminel de la violence, est une tout autre chose. D’une
façon générale les anarchistes considèrent
la spoliation et la fraude brutale comme équivalentes à
la violence et justifiant de violentes représailles.
Naturellement, la
méthode pratique ou la menace théorique d’employer
la violence consiste à réprimer la violence par
l’organisation sociale avec ses rouages ordinaires :
police, tribunaux, geôles. Un grand nombre d’anarchistes
approuvent ce mécanisme ; mais seulement avec le désir
qu’il soit confiné à un usage défensif. Il
est évident que, dans une société anarchiste,
les individus qui le désireraient ne pourraient être
empêchés d’organiser une police ; l’emploi
quelconque de la force pour les entraver étant tyranniquement
gouvernemental.
Ainsi le triomphe de
l’anarchisme n’empêcherait pas l’existence de
la police et des prisons. Il faut donc s’attendre à ce
qu’elles survivent. Mais cela ne constitue pas un nouveau
gouvernement, puisque l’organisation existante ne
pourrait percevoir aucun impôt sinon en exposant les
non-payants à se voir privé de ses services. Cette
organisation ne pourrait édicter aucune loi contre ceux qui
laissent les autres tranquilles. Elle ne pourrait même pas
empêcher l’établissement d’une police rivale
dans le même lieu. Un gouvernement n’est
“ gouvernement ” que lorsqu’il monopolise
tout l’activité humaine de sa juridiction.
La question se pose
si la violence contre la propriété rentre dans la même
catégorie que la violence contre les personnes. C’est là
que ceux qui s’intitulent “ anarchistes ”
se séparent, les uns soutenant que la propriété
des produits matériels est un corollaire de la liberté
personnelle et doit être défendue à ce
titre, les autres affirmant que la propriété,
sous toutes ses formes, est une institution absurde. Logiquement,
chacune des deux tendances prétend que l’autre n’est
pas anarchiste.
Est-il anarchiste
d’enfreindre les lois ? Ceux qui enfreignent les lois sont de
deux sortes : des anarchistes et des tyrans. Quiconque ne veut pas se
soumettre à la volonté d’autrui et désire
en même temps voir autrui jouir de la même liberté,
celui-là est anarchiste. Un tyran, au contraire, enfreint
les lois comme il l’entend, mais c’est pour tenir les
autres en sujétion, par exemple Napoléon, Rockefeller,
ou tout gréviste qui essaye d’obtenir le succès
de sa grève en usant de violence contre les “ jaunes ”.
Le public
s’intéresse à la position que prennent les
anarchistes vis-à-vis de la violence.
L’exposé
ci-dessus indique que la violence contre les personnes paisibles
est contraire aux principes de l’anarchisme et lorsqu’un
anarchiste avéré y a recours, c’est qu’il
ne connaît rien à l’anarchisme.
Cependant il n’y
a rien de contraire aux principes anarchistes dans l’emploi de
la violence contre ceux qui se servent eux-mêmes de la
contrainte gouvernementale pour réprimer la liberté
individuelle.
Mais jamais cet
emploi de la violence n’a été préconisé
par les principes anarchistes, car il n’est pas un
seul anarchiste qui se sente obligé de répondre à
la violence par la violence, sauf s’il y voit une utilité
quelconque. Les anarchistes partisans de la propriété
individuelle affirment que si l’on obtient un maximum de
liberté de discours, les attaques violentes d’une
petite minorité contre l’autorité établie
seraient bestiales, inutiles et absolument condamnables.
Les anarchistes communistes s’échelonnent de ce
point de vue jusqu’à conseiller la violence la plus
sanguinaire.
La propagande
anarchiste actuelle consiste à répandre nos doctrines,
à vivre la vie qui nous convient et à faire nos
affaires sans nous préoccuper, dans la mesure du
possible, des décrets ou des lois de l’�tat. Elle
consiste encore à encourager autrui à faire de même.
La propagande de l’avenir sera déterminée
par les circonstances de l’avenir.
Stephen T.
BYINTON.
II
La
société sans gouvernement
La
loi et la coutume
Dans mon ouvrage
intitulé Prisons, Police et Châtiment, j’ai
attaqué documents à l’appui,
l’institution-trinité Loi, Police et Châtiment sur
laquelle se base notre société actuelle. J’ai
démontré que cette institution donne naissance à
une foule de maux — corruption, chantage, parjure,
mouchardage et mensonge, accusations erronées, souffrances et
cruautés inutiles et voulues ; que cette institution
sanctionne et organise publiquement la violence ; qu’elle
soutient et maintient directement et volontairement des
iniquités aussi évidentes et étendues que le
monopole foncier, par exemple ; que dans la plupart des cas sa
théorie et sa pratique sont absurdes et contradictoires ;
qu’elle paralyse le peuple qui s’y soumet ou met sa
confiance en elle (comme si souvent l’a écrit Herbert
Spencer) ; qu’elle est en grande partie si vieille et si hors
de date qu’il semble qu’elle ne puisse plus, même
réformée, même si on le croyait souhaitable,
s’adapter à une fin humainement utile.
Je ne prétend
pas que toutes ces attaques résolvent la question que soulève
l’existence de cette institution ni qu’il n’y ait
pas de défense à proposer en sa faveur ; même
s’il en était ainsi, les bénéfices à
en retirer devraient être bien grands pour arriver à
compenser les désavantages et les maux qu’elle
engendre. À vrai dire, pratiquement parlant, chacun admet
que la loi est un mal ; mais l’argument de la défense
c’est qu’elle est un mal nécessaire, dont on
ne peut se passer, et que, sans lui, ce serait le règne du
désordre, de la violence, du chaos social.
Assez curieusement,
l’histoire des nations et des peuples prouve le contraire. Les
premières formes tribales ont évolué,
cohésivement, et pratiqué l’amitié
sociale, sans un pesant et rigide système de lois. Chez
certaines populations paysannes de nos jours, en Irlande, en Suisse,
en Suède, par exemple, qui vivent encore dans des conditions
rappelant, de loin, l’état primitif, la loi, son
fonctionnement, ses institutions ne jouent qu’un rôle
secondaire dans leur vie. Il est vrai que la coutume joue un grand
rôle parmi les primitifs, qu’il semble hors de doute
qu’elle constitue l’épine dorsale ou le cadre de
leur société ; mais la coutume est une chose très
différente de la loi. La coutume c’est la loi à
l’état embryonnaire — la loi rudimentaire, à
titre d’essai. Quelque dures, rigides, absurdes même
que puissent être les coutumes de maintes tribus sauvages,
elles sont bien plus faciles à modifier que lorsqu’elles
sont devenues ossifiées sous la forme d’une loi écrite,
étayée par l’ancienneté et la
solennité, soutenue par l’autorité de la force
armée.
Que les sociétés
humaines ne puissent subsister sans une certaine somme de Coutume,
c’est à voir. Mais qu’elles puissent subsister et
se maintenir ordonnées et viables sans loi écrite, sans
les institutions qui en découlent, nous n’avons aucune
raison d’en douter. Lorsque la Coutume, pratiquée par un
peuple raisonnable et modérément avancé (lequel
a abandonné la grossièreté des temps primitifs),
se manifeste sous une forme plus douce et tout en exerçant
encore une pression considérable sur les individus, se montre
assez plastique et adaptable aux évolutions du milieu —
dans la pression exercée par la Coutume nous apercevons une
force aussi supérieure à la Loi que la vie l’est
à l’automatisme. Dans notre vie sociale d’aujourd’hui,
la Coutume solutionne maints problèmes. Il y a de ces
coutumes comme celles de la “ respectabilité ”
et de la “ mode ” qui exercent une véritable
tyrannie. Il n’existe pas de loi qui oblige au paiement des
dettes de jeu, leur non-paiement est cependant extrêmement
rare.
Naturellement,
habitué comme on l’est à recourir à la
police à toute occasion, on trouve difficile de concevoir la
vie sans cette institution. La vie sociale reposant en grande partie
sur son existence, “ elle est indispensable ”
; sans elle ce serait la catastrophe. Autrement dit, sans la police,
l’actuelle spoliation des pauvres ne serait pas possible, les
énormes différences qui séparent la richesse de
la pauvreté ne se seraient jamais produites. Sans les
formes policières, en effet, la société basée
sur les inégalités artificielles ne pourrait pas
subsister (1). Prétendre que parce qu’une
certaine institution est nécessaire pour construire et
maintenir la société dans une forme anormale et contre
nature, la société ne saurait exister sans cette
institution — cela revient à prétendre que parce
qu’aux pieds des dames de l’aristocratie chinoise les
bandelettes de compression sont indispensables, les femmes en
général ne peuvent se passer de ces bandelettes.
Il nous faut comprendre que nos formes sociales actuelles sont aussi
laides et inhumaines qu’un pied estropié ; quand nous
aurons compris cela, nous apercevrons le peu d’utilité
d’institutions comme la loi et la police, dont la fonction et
le but principal consistent à maintenir et défendre
ces formes. La principale difficulté qui vient donc à
l’esprit des humains quand il est question d’une société
libre et sans gouvernement n’a donc pas trait à la
“ désirabilité ” — tout le
monde reconnaît qu’elle est désirable en soi —
mais à sa “ praticabilité ”.
Cette difficulté prend racine dans la conception de la société
actuelle. On s’aperçoit qu’une lutte intestine
pour l’obtention du pain quotidien est la force qui domine
aujourd’hui, le principal stimulant à la production. On
en conclut que, sans gouvernement, la société se
dissoudrait en un chaos de brigandage et de fainéantise.
C’est cette difficulté qu’il faut déraciner
(2).
La
dictature de la crainte
C’est une
chose pénible à écrire, mais c’est la
Crainte qui fait mouvoir la vie extérieure de la Société
contemporaine. Cela commence par le misérable salarié
qui se lève avant l’aurore, sort de chez lui au pas de
course, dès que résonne la sirène, et, neuf, dix
heures de suite, parfois davantage, pour un gain qui lui assure tout
juste la pitance, se prostitue à un labeur monotone qui ne lui
procure ni intérêt, ni plaisir ; le soir venu il revient
chez lui, trouve ses enfants au lit, mange, fatigué et
las, se jette sur sa couche pour recommencer le lendemain ; s’il
mène une vie aussi monotone, inhumaine, vide de toute dignité,
dépourvu de tout réalisme, c’est parce qu’il
y est acculé par la crainte de mourir de faim. Cela se
poursuit par le gros commerçant qui n’ignore pas que sa
richesse lui est venue grâce à la spéculation,
aux ruses et aux mensonges du marché, et qui craint qu’elle
parte par les même voies ; il se rend compte que plus il est
riche, plus il y a de moyens qui se présentent pour le ruiner,
d’où surabondance de soucis et d’anxiétés
; pour rendre sa position sûre, force lui est de s’abaisser
continuellement à toutes sortes de combinaisons basses et
louches. Sur la grande masse du peuple, c’est le même
démon qui étend ses ailes sinistres. C’est
une anxiété fiévreuse qui donne le ton à
leurs vies. Point de place pour la joie naturelle, la vivacité
d’esprit. Parcourez les rues des grandes villes de
l’Angleterre, vous n’entendrez chanter personne, à
moins que ce soit pour qu’on lui jette des sous. Il n’y a
pas un garçon de charrue qui ose siffler aujourd’hui le
long du sillon qu’il trace. Où est l’usine où
on ne “ sacquerait ” pas l’ouvrier qui se
mettrait à chanter au cours de son travail ? Nous sommes
comme des naufragés qui grimpent sur les pentes d’une
falaise. Les vagues font rage. Celui-ci s’aide de la main, cet
autre du pied. La panique est telle qu’il lui peut arriver de
déloger le voisin déjà en sûreté,
et le malheureux tombe à la mer. C’est certainement
regrettable mais il n’y a rien à faire.
Au fond cet état
de choses n’est pas normal. Admettons que la lutte pour
l’existence soit inévitable, sous une forme ou une autre
— l’histoire nous démontre que, sauf dans des
crises exceptionnelles, l’évolution de l’humanité
n’abonde pas en scènes d’anxiété
aussi générale ; l’étude des races
indigènes que nous pourrions considérer en état
de dégénérescence ne révèle
nulle part l’existence d’une telle dictature de la
crainte.
Le
travail dans la “ société libre ”
Il apparaît
donc concevable qu’un peuple qui ne serait pas traqué
par l’obligation ni jugulé par l’autorité
brutale se mette à produire spontanément les
objets dont il fait cas. Cela ne veut pas dire que, du premier
coup, le résultat sont harmonieux et parfaitement ordonné.
Mais je ferai quelques remarques destinées à examiner
le problème de façon pratique.
Tout d’abord
chacun sera guidé dans le choix de son occupation, par son
goût ou son habileté, tout au moins il y sera guidé
davantage qu’il ne l’est actuellement ; chacun sera plus
à même qu’aujourd’hui de trouver le travail
qui lui convient le mieux. L’augmentation en vitalité et
en initiative effective provenant de cette cause, seule, serait
énorme. L’immense variété de goût et
d’habileté dont sont doués les êtres
humains susciterait une variété correspondante de
produits spontanés.
En second lieu, le
travail fait sera utile. Il est certain que personne de son propre
gré ne creuserait un fossé pour le remplir ensuite —
et cependant, une bonne quantité du travail effectué
de nos jours n’est guère plus utile. Si un ébéniste
confectionnait une armoire, soit pour lui, soit pour un voisin, il va
sans dire que ses tiroirs s’ouvriraient et se fermeraient ; or,
les neuf dixièmes des armoires fabriquées selon la
méthode du commerce sont établies de telle sorte que
leurs tiroirs ne s’ouvrent ni ne se ferment. Elles ne sont pas
fabriquées pour être utiles ; elles sont fabriquées
pour avoir l’apparence de l’utilité ; elles sont
faites pour être vendues. Pour la vente et, par
conséquent, pour laisser un bénéfice. Si
paraissant utiles, elles ne sont réellement d’aucune
utilité, elles répondront à leur but, car le
chaland s’adressera ailleurs ; nouveau bénéfice
pour le fabricant et le commerçant auxquels il s’adressera.
Le gaspillage dont la communauté est victime à cause
des faits de ce genre est énorme ; mais peu importe puisqu’il
s’agit du profit de l’exploiteur.
Dans une société
libre on travaillera parce que c’est utile. Il est curieux de
constater qu’aucune raison n’explique le travail, sinon
son utilité. Naturellement dans ce qui est “ utile ”,
je comprends ce qui est beau — car il n’y a aucune raison
d’établir une différence entre ce qui satisfait
un des besoins de l’homme, comme la beauté, et un autre
de ces besoins, comme la nourriture. Je dis donc que l’idée
de travail implique qu’on travaille parce que le produit du
travail répond à quelques besoins humains. Mais,
dans le commerce, il n’en n’est pas ainsi. Le travail
a pour but la vente et , par conséquent, le bénéfice.
Peu importe la qualité du produit, bonne ou mauvaise, dès
lors qu’il remplit cette unique condition. Dans une
société autre, la tournure d’esprit différerait
tellement de celle à laquelle nous sommes habitués
qu’il nous est difficile d’établir aucune
prévision. Il n’est cependant pas difficile de se rendre
compte que si on ne produisait plus autant pour l’amour de la
quantité, que si on ne travaillait pas autant d’heures
par jour qu’actuellement ( et mécaniquement ), les
produits livrés à la consommation répondant à
leur utilisation réelle, les résultats obtenus seraient
tout autres que par le jeu du système commercial actuellement
en vigueur.
En troisième
lieu, le travail accompli dans ces conditions — comme William
Morris l’a toujours affirmé — serait un
“ plaisir ” ; l’un des plus grands
plaisirs certes de la vie. Ce fait transformerait du tout au tout le
caractère du travail. Combien sont-ils ceux qui éprouvent
du plaisir et de la joie dans leur travail quotidien ? Pourrait-on,
dans chaque ville, les compter sur le bout des doigts ? Vaut-il la
peine de vivre si le principal élément de la vie —
ce qui demeurera son élément principal — est une
peine ? Non, le sens véritable de la vie exige que le travail
quotidien soit en lui même une joie. C’est seulement
alors que la vie vaut la peine d’être vécue. Si le
travail est une joie, le produit du travail s’en
ressentira ; la distinction entre le beau et l’utile
disparaîtra ; chaque produit sera une œuvre d’art.
L’art contaminera la vie.
La société
actuelle est basée sur un système légal qui fait
— grâce à l’appui de la loi et du
gouvernement — de la Propriété privée une
institution privilégiée. L’homme de proie,
grand propriétaire foncier, terrorise le petit
propriétaire. Le résultat de cet arrangement est une
lutte amère et continuelle pour la “ possession ”,
où la crainte est le principal facteur d’activité.
Nous voulons dégager une conception de la société
où la propriété privée n’étant
plus soutenue par aucune force armée, n’existe qu’à
titre d’arrangement spontané, système où
les facteurs d’activité dominants ne sont ni la
Crainte ni l’avidité du Gain, mais la Communauté
de vie et l’intérêt à vivre.
En résumé
: l’on travaillera parce que l’on aime à
travailler, parce que l’on sent qu’on pourra accomplir
son travail avec soin, parce qu’on sait que le produit de son
travail sera utile, ou à soi-même ou à autrui.
La
période transitoire
Devenons pratiques.
Sur la possibilité d’une société libre et
communale, personne n’émet le moindre doute. La
question à discuter est la période transitoire. Par
quelles étapes devrons-nous ou pourrons-nous passer pour
atteindre cette terre de liberté ?...
Au cours des
changements conduisant finalement à une société
“ sans gouvernement ” et “ absolument
volontaire ”, il est probable que certaines
institutions, basées sur la propriété, quoique
dépourvues en soi d’idéal, continuerons à
survivre pendant une longue période. Faisons remarquer ici
qu’il n’existe pas le moindre “ espoir ”
qu’un “ idéal ” de société,
pur et simple, puisse jamais être réalisé.
D’ailleurs un idéal, même le plus avantageux, est
une chose gênante. L’idéal de Smith ou l’idéal
de Brown peuvent leur convenir parfaitement, mais il est assez
certain que l’idéal de Brown ne satisfera pas plus Smith
que celui de Smith ne satisfera Brown. Nous voyons bien que la
société s’oriente vers une forme communale, mais
nous espérons et nous escomptons que cette forme ne
représentera pas l’idéal exact d’un parti ;
nous voulons que cette société soit assez vaste et
assez large pour inclure une immense diversité
d’institutions et d’habitudes, y compris une importante
survivance de certaines formes sociales actuelles. On peut dire que
sous certains rapports une entente généreuse sur la
question du paiement des salaires, sur une base parfaitement
démocratique, suscitera plus de liberté qu’un
Anarchisme amorphe où chacun prend “ selon ses
besoins ”. Dans le système des salaires, A peut
travailler deux heures s’il lui plaît et vivre sur un
salaire de 2 ; B peut travailler huit heures, lui, et vivre sur un
salaire de 8. Chacun jouit alors d’une parfaite liberté
morale. Si le système des salaires n’existe pas, malgré
tout son désir de flâner, A peut sentir qu’il
escroque la communauté — la communauté peut
éprouver le même sentiment — tant et si bien que,
pour se tranquilliser, force lui sera de faire huit heures comme tout
le monde.
Tandis que la
monnaie subsistera longtemps encore, qu’on s’en servira
pour le paiement des salaires, l’achat et la vente, etc., elle
perdra son caractère rigide d’usage obligatoire, à
mesure que la mentalité se transformera. Son usage prendra
l’élasticité de la coutume, prêt à
la transformation si le sentiment général le demande.
La propriété privée perdra de son caractère
virulent, ce ne sera plus qu’une affaire d’usage ou de
convenances. À mesure que le temps passera, les comptes, les
actes, deviendront de simples formalités, comme cela a déjà
lieu entre amis (3).
En fin de compte, il
ne subsistera plus que la coutume se transformant lentement. Une
chose certaine c’est que la forme des Sociétés de
l’avenir sera plus vitale, plus organique, plus vraiment
humaine, qu’elle n’a pu l’être ou aurait pu
l’être sous la domination rigide de la Loi.
Edward
CARPENTER.
NOTES
(1) Cependant, comme la
plupart des sociétés primitives le montrent, les
petites inégalités courantes et celles qui résultent
des différences naturelles de capacité et d’habileté
individuelles seront toujours acceptées.
(2) Pour être strictement
impartial, cette difficulté de compréhension, ce sont
surtout les classes sociales qui vivent de leurs rentes et dans une
oisiveté décorative qui la ressentent.
(3) On ne voit pas bien,
d’ailleurs, comment les chemins de fer et les vastes industries
modernes (si elles survivent) pourraient fonctionner sans un système
de salaires et sans un engagement défini, de la part de ceux
qui y travaillent, d’accomplir certaines tâches
indispensables à ce fonctionnement.
III
L’anarchisme
contre le socialisme
Base
du mouvement anarchiste
Lorsqu’un
homme se dit “ anarchiste ” il arbore la plus
claire des étiquettes qui soient au monde. Il proclame
qu’il est un homme qui ne veut pas de gouvernement. Le mot
“anarchie ” — du grec Ana, sans, et Arche,
gouvernement —contient toute sa philosophie. Les convictions
d’un anarchiste se résument en ceci : que les hommes
doivent être libres, qu’ils doivent s’appartenir
à eux-mêmes.
Les anarchistes
n’émettent pas la prétention d’empiéter
sur les droits individuels d’autrui, mais ils entendent
résister et ils résistent, du mieux qu’ils
peuvent, à tout empiétement d’autrui sur leurs
droits. Régler sa vie, en individu responsable, sans empiéter
sur la vie d’autrui, voilà la liberté.
Empiéter sur la vie d’autrui, essayer de l’assujettir,
voilà ce qui fait le maître : se soumettre à
l’empiétement et à l’obligation contre
son gré et en dépit de son jugement, voilà ce
qui fait l’esclave.
Dans son essence,
donc, l’anarchisme est le développement libre et sans
réserve de chaque personnalité ; il réclame pour
chacun une occasion égale de diriger et de développer
sa propre vie particulière. Il revendique une égale
possibilité de développement pour tous, sans égard
à la couleur, la race ou la classe ; il insiste pour qu’il
y ait droits égaux à tout ce qui sera trouvé
nécessaire pour entretenir et développer
convenablement la vie individuelle. L’anarchisme veut que
chaque être humain jouisse d’un “ traitement
équitable ” dans le sens le plus littéral de
l’expression.
Peu importe,
d’ailleurs, à l’anarchiste que la main qui
gouverne soit de fer ou gantée de velours. Dans un cas comme
dans l’autre, c’est toujours la même entrave à
son droit d’organiser sa vie comme il lui plaît. Dans un
cas comme dans l’autre la loi qui lui est imposée tend à
l’affaiblir, et c’est une faiblesse que de faire sa
cour à l’oppresseur...
Le mouvement
anarchiste tout entier est fondé sur cette conviction
inébranlable que le temps est révolu pour les
hommes — non point seulement pris en masse, mais
individuellement — de s’affirmer, chacun pour soi et
d’insister pour conquérir leur droit de régler
leurs propres affaires sans intervention extérieure, leur
droit à d’égales occasions de se développer
personnellement, leur droit à un “ traitement
équitable ” que n’entrave pas l’intervention
de supérieurs juchés de leur propre chef en des
situations d’autorité.
L’individu
d’abord
L’anarchisme
concentre toute son attention sur l’individu, considérant
que c’est seulement quand pleine justice lui sera rendue —
à lui comme à elle — qu’une société
heureuse et bien portante sera possible. Car la société
c’est tout simplement l’unité humaine multipliée
indéfiniment. Aussi longtemps que les unités seront
traitées injustement, il sera impossible pour la totalité
de se trouver heureuse et de se bien porter. L’anarchisme
n’admet donc pas le sacrifice de l’individu aux intérêts
supposés de la majorité, ou à l’un
quelconque de ces mots à effet ( patriotisme, bien
public, etc. ) pour l’amour desquels l’unité
humaine — et toujours la plus faible : le travailleur, homme et
femme, le pauvre, l’impuissant — est mutilée et
assassinée aujourd’hui, comme elle l’a été
depuis l’origine des sociétés.
L’anarchisme
réclame impérativement que pleine et absolue justice
soit rendue à chacun, pris individuellement ; qu’il soit
accordé pleine et égale occasion de se développer,
de se conduire, de jouir de sa vie comme il l’entend.
L’anarchisme proclame, comme une vérité
incontestable, que le premier pas vers ce but inévitable
est l’absolue destruction de tous les privilèges
artificiels et meurtriers par le moyen desquels un petit nombre
d’humains favorisés accumulent en leurs mains une
puissance et une richesse illimitées, aux dépens de
l’appauvrissement et de l’égorgement des
multitudes.
Que nul ne se laisse
imposer par cette fable que les anarchistes sont les adversaires de
la coopération ; qu’ils désirent ramener
l’humanité à l’état de l’isolement
primitif. Au contraire, nous nous rendons compte, très
clairement, que les quelques humains privilégiés qui
disposent des moyens nécessaires, coopèrent constamment
sur une échelle toujours plus vaste, à mesure que de
meilleurs moyens de communication les mettent en situation de faire
du monde entier le théâtre de leurs opérations.
Nous nous rendons compte qu’il s’agit uniquement de
briser les fers de sa pauvreté et de son impuissance pour
mettre l’humanité tout entière en situation, elle
aussi, une coopération immense, véritable, volontaire —
une coopération dans laquelle la terre entière et ses
produits seront utilisés de la manière la plus
complète, la plus sage, la plus économique pour la
satisfaction des besoins des hommes, des femmes, des enfants nés
sur la planète.
Nous sommes
fermement convaincus que le seul but digne d’être
poursuivi par des hommes et des femmes sincères et à la
vision claire, c’est la conquête d’une liberté
individuelle telle qu’elle rendra possible la coopération
décrite ci-dessus.
Nous sommes
convaincus que ce sont les vies les plus droites, les plus directes,
les moins détournées qui sont en dernière
analyse les plus courtes, les plus faciles, les plus sûres.
Nous affirmons que si l’on procède autrement, que
si l’on cherche par une série de compromis et de cotes
mal taillées à préparer à un chemin
menant à des changements qui se réaliseront dans un
avenir vague et distant, on s’apercevra finalement que le
temps consacré a été du temps gaspillé.
C’est uniquement en s’attaquant au monopole et au
privilège — en revendiquant courageusement et sans
concession aucune les droits de l’unité humaine,
quelle qu’elle soit — en réclamant son droit
individuel à l’égalité d’occasion, à
un traitement absolument équitable, à sa place entière
au banquet de la vie — c’est en œuvrant dans ce
sens, et dans ce sens seulement que pourra être résolu
ce grand problème social, sous le poids duquel le monde entier
gémit et agonise actuellement.
En un mot, la
liberté de l’individu, conquise par l’abolition
des privilèges et la garantie à tous d’occasions
égales est la porte qui nous introduira dans la sphère
de la civilisation supérieure qui nous appelle à elle
avec tant d’insistance.
On allègue
que nous autres anarchistes, nous ne formulons aucun plan — que
nous n’exposons pas dans les détails comment
fonctionnera la société de l’avenir. C’est
vrai. Nous ne nous sentons aucune inclination à nous
tracasser le cerveau concernant l’inconnu. Nous ne faisons pas
métier de mettre l’humanité dans les fers : notre
occupation, au contraire, c’est d’amener le genre humain
à briser ses entraves.
Nous n’avons
pas de république coopérative, réglée et
arrangée d’avance à imposer aux générations
encore à naître. Nous sommes des hommes et des femmes en
vie, actuels, qui se préoccupent du présent ; l’avenir
sera ce que le feront les hommes et les femmes d’alors, selon
leur mentalité et leurs circonstances. Si nous leur léguons
la liberté, ils mèneront une vie libre,
conditionnée par l’état de choses transformé
et amélioré qu’auront produit les progrès
de l’intelligence humaine et l’emploi accru des forces
naturelles qui en découlera.
La
liberté est la chose essentielle
Abolir l’esclavage
humain, qui est toujours l’esclavage des individus, est
l’unique et seule tâche de l’anarchisme.
L’anarchisme ne se préoccupe pas d’améliorer
le sort des hommes sous un régime d’esclavage, parce
qu’il croit que c’est chose impossible —
déclaration qui fera sursauter le lecteur moyen. Nous
rappellerons à ce lecteur moyen — une fois de plus —
que les anarchistes sont des réalistes qui s’efforcent
de voir la vie telle qu’elle est, ici bas sur la planète,
le seul lieu où elle puisse être étudiée.
Le seul lieu où jusqu’ici il a été
découvert de la vie humaine. Notre point de vue est celui du
Biologiste. Nous prenons l’homme tel que nous le trouvons,
comme individu et comme membre de l’espèce. Nous le
voyons soumis à certaines lois naturelles — s’il
s’y conforme, il croît et se porte bien ; s’il en
fait fi, il dépérit et finalement succombe. Ce
principe est fondamental et une grande partie de la littérature
anarchiste y est consacrée.
Or, du point de vue
biologique, la Liberté est la chose essentielle : sans elle,
la croissance et le développement individuel sont impossibles
— et partout ou le développement de l’individu est
entravé, l’évolution de l’humanité
s’arrête. Il nous est impossible d’énumérer
les innombrables arrêts, de calculer en chiffres exacts la
gravité des blessures infligées à nos libertés
individuelles quand le pendule revient vers l’esclavage.
Néanmoins, sans conteste possible, il y a blessure. Il ne peut
en être autrement, d’ailleurs, biologiquement parlant,
nous faisons tous partie d’un même ensemble
organique — l’espèce humaine — et faire tort
à l’un, c’est faire tort à tous. On ne peut
pas avoir la liberté à l’une des extrémités
de la chaîne et l’esclavage à l’autre
extrémité. Selon nous, le Privilège doit être
aboli, quel que soit son aspect ou sa forme. Le privilège est
la négation de l’unité organique de l’humanité,
de cette unité de la famille humaine que nous considérons
comme une vérité scientifique. Nous nous refusons à
ignorer ou à la tourner en dérision, comme les
églises ont ignoré ou tourné en dérision
la fraternité humaine, ce grâce à quoi elles ont
gagné la faveur des déshérités et monté
au pouvoir. Nous considérons l’internationalisme comme
un fait biologique, une loi naturelle qui ne peut pas être
violée avec impunité ou dont on ne peut pas se
débarrasser par une simple explication. Les violateurs
les plus criminels sont les gouvernement modernes, qui
consacrent toute la force dont il disposent à maintenir le
Privilège spécial et qui, dans leur convoitise de la
suprématie, entretiennent les nations dans un perpétuel
état de guerre. Derrière toute cette brutale boucherie,
une pensée maîtresse se manifeste : “ Notre
organisation gouvernementale doit devenir la plus puissante. En fin
de compte, nous sortirons de la lutte maîtres du monde. ”
La planète
n’est pas faite pour être dominée par
quelques-uns. Elle est ou doit être une jouissance libre et
égale pour tous les membres de l’espèce humaine.
Ce n’est pas un “ fief ” destiné à
la possession d’aristocraties surannées et
agonisantes, ni une chasse réservée que peuvent se
payer les nouveaux riches, cette bande aux visages d’oiseaux de
proie et la sensibilité émoussée qui plane sur
les champs de bataille et se gorge des cadavres qui y gisent. Non la
terre est faite pour être utilisée, librement et
également par tous ceux qui y vivent. De même que
l’espèce humaine est tout organique, la terre, ce sol
que foulent nos pieds, est un organisme économique unique, un
entrepôt unique de richesses où ont un égal droit
de travailler tous les hommes et toutes les femmes...
Pour tout
anarchiste, le droit à une utilisation libre et égale
des diverses occasions naturelles est un droit naturel, octroyé
par la Nature, imposé par la Vie. C’est la loi
fondamentale de l’existence humaine. C’est parce que
notre soi-disant Civilisation refuse de la reconnaître qu’elle
saigne par tous les pores, que le râle de la mort déchire
sa gorge. Une maison aussi amèrement divisée contre
elle-même est destinée à périr. Une
société de loups se sautant à la gorge les uns
les autres n’est pas une société à
conserver, mais une société à anéantir
aussi rapidement et avec le moins de douleur possible...
Le
monopole foncier
Pour tous les
anarchistes, l’abolition du monopole foncier est un principe
fondamental. Le monopole foncier est la négation de la loi
fondamentale de la vie, considérée au point de vue
de l’individu ou de l’espèce. Aucune subtilité
de l’esprit humaine ne réussit à nous sortir de
là. Aussi longtemps que certains êtres humains pourront
accaparer le sol — le sol sur lequel ou duquel d’autres
pourraient vivre — ces autres seront à leur merci. Ces
autres sont réduits à l’impuissance et par
conséquent à un esclavage sans espoir. Ils sont la
proie d’un vol auquel ils ne peuvent échapper. Ils sont
courbés sous un joug dont ils ne peuvent se débarrasser.
Il leur faut travailler aux conditions qu’on offre ou mourir
de faim. Aucune organisation, si bien agencée soit-elle —
aucune habileté, aucun savoir, si profond soit-il —
aucune vertu privée ou philanthropie publique ne peut les
arracher à leur sort. C’est là ou il faut de
l’action. Un mur cyclopéen barre la route, tant qu’il
ne sera pas abattu, il ne faut pas penser à avancer.
D’une façon
ou d’une autre, l’Individu doit affirmer et garder son
droit libre et égal de vivre, ce qui implique son libre et
égal droit à l’usage de ce sans quoi la vie est
impossible ; notre commune terre, la Terre. Il est à
l’incalculable avantage de la Société, la
Totalité, de garantir à chacune de ses unités
cet imprescriptible droit — de libérer les immenses
accumulations d’énergie constructive actuellement
oisives et comprimées — de dire aux travailleurs
volontaires : “ Partout où il se présente
une occasion dont vous pouvez faire votre profit, utilisez la. Nous
ne vous lions pas. Nous ne vous limitons pas. La terre est à
vous, individu, comme elle est à nous, espèce. La
signification essentielle de notre conquête de la mer, de
l’air, de l’espace, c’est que vous êtes
libres d’aller et venir où il vous plaît sur la
planète, autant séjour de l’individu que de
l’espèce... ”
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