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Post� le vendredi 09 juin 2006 @ 01:25:09 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Entretien paru dans "La Chronique sociale de France", 1960
La "Chronique sociale de France" a ouvert une grande enqu�te sur le socialisme � laquelle elle a invit� � participer de nombreuses personnalit�s dont certaines n�ont pas r�pondu ou se sont r�cus�es. (La chose s�explique sans peine : qui imagine un Robert Lacoste, un Guy Mollet ou un Max Lejeune osant encore parler de socialisme !). Cependant les diverses tendances repr�sent�es ne savent mieux faire que de proposer les m�thodes dont l�histoire a �tabli la faillite et dont les responsables n�ont pas le courage, la clairvoyance ou l�honn�tet� de reconnaitre l��chec indiscutable. Parmi cette pitoyable cohue d�opinions se heurtant au cercle infernal o� les retient le pass�, seul Daniel Gu�rin, fait entendre la voix de l�avenir, seul il ose signer la reconnaissance de dettes d�un mouvement qui n�a pas su rompre ses amarres avec ce qu�il pr�tendait d�truire en conservant l�autorit� dans ses m�thodes et dans ses buts. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire dans son int�grit� la r�ponse si claire et si lapidaire qu�il nous communique.
Quelle signification a pour vous le mot socialisme sur le plan intellectuel et sur le plan affectif ?
Le mot socialisme a �t� vid� de son contenu tant sur le plan des id�es que sur le plan affectif. Les livres se comptent aujourd�hui sur les doigts qui expriment un socialisme authentique. On cherche en vain sur la plan�te un seul pays qui soit authentiquement socialiste. En gros, le socialisme a �t� l�objet de deux falsifications principales, sous son �tiquette, on �coule deux marchandises �galement frelat�es : un vague r�formisme parlementaire, un jacobinisme brutal et omni�tatique.
Or, le socialisme a pour moi une signification tr�s pr�cise : la cessation de l�exploitation de l�homme par l�homme, la disparition de l��tat politique, la gestion de la soci�t� de bas en haut par les producteurs librement associ�s et f�d�r�s.
Estimez-vous que le socialisme est un fait du pass� ou un fait du pr�sent et de l�avenir ? En d�autres termes, pensez-vous que le socialisme est un mouvement historique qui a fait son temps et qui, dans les conditions actuelles, doit �tre remplac� ou, du moins d�consid�r� et r�form� ? Ou bien croyez-vous que le socialisme, tel qu�il est, est adapt� aux n�cessit�s pr�sentes ? Dites les raisons qui vous incitent � l�un ou l�autre de ces jugements.
Le socialisme falsifi� qui a cours aujourd�hui est un fait du pass�, le socialisme libertaire un fait de l�avenir. Le socialisme est un mouvement historique qui n�a nullement fait son temps. C�est le capitalisme qui a fait son temps et qui doit d�urgence �tre remplac�, afin que l�humanit� survive. Toute sa force, le socialisme la tire de la carence et de la banqueroute du capitalisme. Le socialisme bafouille et n�existe nulle part, mais jamais sa n�cessit� historique n�a �t� aussi imp�rieuse. Sous sa forme actuelle d�natur�e, il n�est pas adapt� aux n�cessit�s pr�sentes. Mais il ne s�agit pas de le "reconsid�rer"ou de le "r�former", il faut le rendre � lui-m�me, lui restituer son vrai visage r�volutionnaire, anti�tatique et libertaire.
Quelle est, selon vous, l�originalit� du socialisme fran�ais parmi les autres transcriptions nationales du socialisme ? Quelles difficult�s et quelles possibilit�s particuli�res voyez-vous pour le socialisme fran�ais ?
L�originalit� du socialisme fran�ais c�est la tradition libertaire des deux Communes, celle de 1793 et celle de 1871, celle du syndicalisme r�volutionnaire d�avant 1914, celle de juin 36. En d�pit de l�apparence stalinisation d�un large secteur du mouvement ouvrier de notre pays, cette tradition n�est pas �teinte sous la cendre. Le socialisme fran�ais, en outre, s�adresse � un pays o� la petite propri�t� paysanne, artisanale et industrielle demeure, malgr� la concentration �conomique, tr�s importante. Le socialisme fran�ais aura l�originalit� entre autres, de faire faire l�apprentissage de la libre association � des millions de petits producteurs. Quant � la superstition de l��tat, elle ne risque pas d�empoisonner beaucoup notre socialisme car personne en France ne croit � l��tat, sauf l��ph�m�re pouvoir personnel et technocratique qui s�est empar� par fraude de notre pays, le r�git arbitrairement et sans contr�le et r�ussit, de la sorte, � d�consid�rer l��tat mieux que ne pourrait le faire la propagande la plus libertaire.
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