Un journal purement révolutionnaire  
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  Post� le jeudi 08 juin 2006 @ 14:45:29 by AnarchOi
Contributed by: Titusdenfer
Articles� quoi sert le Couac ?

Itin�raires et valorisation
� Fond� en 1997 par Pierre de Bellefeuille et Jean-fran�ois Nadeau, le Couac est un journal satirique, libre et ind�pendant. Il propose tous les mois un regard critique sur notre soci�t� avec l�humour grin�ant qui lui a valu son surnom de � canard qui a des dents �� � C�est ainsi que Le Couac se pr�sente sur son site http://www.lecouac.org/


Qui en sont les fondateurs ? Pierre de Bellefeuille est un distingu� parlementaire qui d�fend des th�ses ind�pendantistes et nationalistes qu�b�coises. Jean Fran�ois Nadeau est surtout connu pour avoir fond� les �ditions Comeau & Nadeau qui publiaient des essais et des textes situ�s � gauche consid�r�s comme d�inspiration citoyenne r�formistes et nationalistes et pour �tre le directeur litt�raire des �ditions de l�Hexagone chez VLB au sein de Ville-Marie Litt�rature, filiale de Sogides rachet� par Qu�b�cor il y a peu. Devenu depuis Lux �diteur, Comeau & Nadeau, publie, tout comme Le Couac, aussi bien des th�ses souverainistes que des essais d�inspiration lointainement anarchiste et des titres dangereusement proches de la revue altermondialiste � b�bord, sorte de melting pot th�orique du citoyennisme.

Nous pouvons ici d�coder, � travers Le Couac, le profil d�une gauche pseudo anarchiste qu�b�coise et osons le mot, nationale, qui se r�clame d�une vague m�moire des luttes anarchistes, n�cessaire caution radicale bonne pour les bourgeois. Le Couac a une ambition : il entend montrer le mouvement r�el de la contestation au Qu�bec et ailleurs. Cependant cela n�est pas seulement affaire de volont�, il y faut une r�elle conscience de l�histoire, des id�es claires, des d�sirs nouveaux. Prisonnier de sa dynamique propre et de son auto aveuglement, ce journal dessine non la r�alit� vivante d�un mouvement social qui se cherche mais incarne simplement le sort d�une critique convertie en une id�ologie de la confusion. Survivance d�id�es mortes, d�sirs malheureux, militantisme corporatif, dogmatisme, critique � p�dagogique � narcissique, les indices se multiplient d�s lors que nous d�couvrons la charge potentielle de cette confusion qui ne rompt pas les digues mais les reconstituent ailleurs.

Le nationalisme � qu�b�cois � marque d�s le d�part, le contenu du Couac. Il suffit de rappeler les positions nationalistes et chauvines de VLB, l�employeur de Nadeau. Quant au parcours politique de Bellefeuille il est, en ce sens, exemplaire. Il �tait donc normal qu�un x�nophobe nationaliste et ind�pendantiste comme Pierre Falardeau soit publi� sans aucun questionnement ni distance critique dans Le Couac .

Une des constantes du Couac consiste en effet, � diffuser l�id�ologie nationale qu�b�coise en compagnie d�une id�ologie anarchisante frileuse et molle piment�e de cette culture altermondialiste dont on sait les limites actuelles , additionn�e pour terminer, d�un peu d��cologie et de droits de l�homme.

Apparemment, le projet social d�fendu par Le Couac consiste � essayer les d�bris de toutes les modes et de tous les genres id�ologiques. Seulement, il semble que cela se fasse dans les vastes espaces du quantitatif et non avec en y combinant les exigences du qualitatif. Ainsi, la critique vraie fait silence. Les r�dacteur(e)s du Couac tentent de croire en eux-m�mes en picorant des d�tails dans les projets sociaux du pass� et dans les combats des autres et c�est pourquoi ils agissent comme tous les r�formistes sans vouloir toucher � la vie m�me. Une critique non ali�n�e ne fait pas partie de leurs objectifs m�diatiques. Il leur suffit de prolonger quelques pens�es qui ne leur appartiennent pas, qu�ils seraient incapables de concevoir, pour prosp�rer sur le terreau m�diatique et culturel sans qu�� la finale rien ne change jamais. Que leur manquent-ils ? L�exp�rience r�elle, l�oxyg�ne de la n�gativit�, le sens de l�existant, la vision de la totalit� et le sens de l�histoire.

Il est vrai qu�ils prolif�rent avec d�autres ambitions, sur un terrain journalistique qui est en soi d�j� fortement limit�. Pourtant m�me sur ce pauvre terrain des sp�cialistes de la compensation et des d�sirs anodins, leur cr�ativit� fait d�faut.

Quiconque lit Le Couac constate que ce journal n�est ni amusant ni m�me ironique contrairement � ce qu�annonce la pr�sentation du journal sur le site. Le sens de l�humour en est totalement absent et lorsqu�un des auteurs de ses articles se risque � un trait d�humour, celui-ci est g�n�ralement d�une platitude totale, d�un ennui pesant, d�une tristesse accablante.

Quelle est alors la diff�rence entre le Couac, Le canard encha�n� et Charlie hebdo, journaux qui se veulent d�inspiration quasi similaire dans deux cultures distinctes ? La diff�rence est simple. C�est la terrifiante nature du talent qui, � une toute petite exception , n�existe pas au Couac. Quant � leurs informations, elles sont, pour la plupart, des articles besogneux mettant en forme restreinte des nouvelles trouv�es sur le Web , des commentaires politiques vraisemblablement faux , reprises avec un manque de rigueur professionnel ind�cent. Tout cela en l�absence d�une v�ritable �criture !

Un lecteur �cartel�
Les critiques de ces journalistes du contre-pied se tournent vers les � masses incultes � ; elles entendent �clairer les douleurs muettes, concentrer la souffrance de la perte, mais les masses n�ont pas grand-chose � apprendre dans Le couac qu�elles ne sachent d�j�. La pens�e a-critique du Couac trahit ses vagues promesses et son ambition ; nous y observons seulement le bonheur miniaturis� et quasi surnaturel de l��quipe du Couac qui consolide son ravissement de durer encore un peu. Comment les cong�dier alors si ce n�est en leur rappelant qu�une v�ritable gu�rilla culturelle s�enracine dans une pratique de l�originalit� et une vision radicale et objective car seulement d�noncer n�est pas abattre mais reconduire. Poser les probl�mes dans les termes de l�adversaire, c�est accepter une survie am�lior�e. Mais il est vrai que � nul ne peut d�sirer ce qu�il n�a pas per�u �.

� quoi sert l�anarcho-mou ?
Depuis sa cr�ation en 1997, l��quipe du Couac s�est �toff�e d�intellectuels universitaires se r�clamant d�un projet de soci�t� anarchiste. Nous y trouvons le mou Normand Baillargeon surnomm� un peu partout Normou ou l�ineffable Francis Dupuis-Deri toujours pr�occup� de son plan de carri�re universitaire et de reconnaissance spectaculaire, ainsi que plusieurs individus revendiquant un positionnement social et id�ologique confus�ment de gauche, genre tendance altermondialiste, et qui se sont enracin�s parmi les 8 pages du Couac au milieu des tenaces revendications nationalistes et souverainistes (Vadeboncoeur, Bellefeuille, Charron) du d�but. L�insuffisance du proc�d� saute aux yeux, le fait de publier c�te � c�te des positions aussi contradictoires sinon oppos�es pose un certain nombre de questions sur le degr� de conscience critique des auteurs de ces articles. Comment faire cohabiter des orientations anarchistes, un projet de soci�t� libertaire avec des positions citoyennes et une d�mocratie participative dans le cadre de l��tat ? Comment des positions nationalistes vantant un repli identitaire bas� sur la langue peuvent-elles coexister avec cet humanisme sympathique et g�n�reusement na�f qui d�fend les r�fugi�s et les ill�gaux ? Nous pourrions nous �merveiller de cette cohabitation et penser qu�avec elle l�avenir de la critique sociale est assur� parce que ces questions surviennent � un moment o� un fait quelconque et anodin comme la parution mensuelle du Couac serait � elle seule porteuse d�espoir. Seulement il ne reste que les d�bris du r�ve, car une simple lecture de ces �crits caricaturaux sans id�es novatrices montre bien qu�il manque � ces gens-l�, un mode d�emploi : celui d�une intelligence discernable et d�une lucidit� nouvelle. Dans Le Couac rien qui ne soit connu, rien qui n�ai d�j� �t� dit mais plut�t des compensations id�ologiques, des petites gratifications entre ami(e)s, des archa�smes sans v�rit�, et une absence de coh�rence synonyme de faillite intellectuelle. Le contenu r�el de trop de vide, une sorte de perfection dans l�ali�nation qui se perp�tue p�trie de la mati�re m�me de la domination : confus, faux, parcellaire, porteurs de mythes avort�s mais jamais de contre-aspirations ou de contre-civilisation toujours absents.

� quoi sert Baillargeon ?

Ceci nous am�ne � parler de celui qui pourrait �tre l�intellectuel bavard type bien que mou, le philosophe/sociologue/p�dagogue/ami des masses du journal : Normou Baillargeon, ce jeune vieillard vagabondant de revues en revues, de livres en livres, d�articles en articles, couve d�un oeil paternaliste les jeunes anarchistes si charmants qui incarnent une si heureuse vitalit�. Baillargeon est habit� d�un r�ve : celui d�un sto�cisme sans conflits, non pas de vitalit� ma�tris�e mais d�adieu � la vitalit�. Pour cela quoi de mieux que d�inviter ce bon vieux Chomski en plein coeur de la critique sociale ?

Baillargeon et l�autod�fense intellectuelle
Nous parlerons donc de son dernier livre : le tr�s ennuyeux livre Petit cours d�autod�fense intellectuelle, paru en famille chez Lux en 2005. Avec un tel titre Baillargeon ne prend pas grand risque (conc�dons lui un peu d�humour �cul� peut-�tre) et en effet il ne propose que des recettes �prouv�es par d�autres ce qui semble la m�thode d��criture la plus s�re du moment. De plus il �labore la nature de son autod�fense comme un long cours magistral et on comprend par le choix du titre et la m�thode didactique utilis�e qu�il s�agira pour Baillargeon, de continuer � jouer son r�le de dispensateur de connaissances et de ne pas remettre en cause sa posture universitaire. Le livre est donc un manuel de vulgarisation des th�ses de Chomsky et de Carl Sagan qu�il vaudrait mieux lire dans les textes d�origine plut�t que restitu�es � nouveau dans ce livre laborieux. Le professeur Baillargeon invoque ainsi Chomsky et Carl Sagan pour expliquer la pertinence de sa th�se : initier son lecteur � la pens�e critique, lui ouvrir les yeux pour qu�il comprenne les ressorts de la manipulation dont il est l�objet. D�o� Normou tire t-il sa suffisance ? De son image d�intellectuel, de son scepticisme affich�, de son r�le social, de son amour pour l�humanit� ? On ne sait, mais il veut �duquer les gens � tout prix et cela, on le comprend ne peut se faire que sur un plan intellectuel, d�homme � homme en quelque sorte m�me si lui est plus apte que l�autre qui l�observe quelques marches plus bas, comme le visionnaire qu�il n�est pas. En dessous de cette plate forme de reconnaissance d�s�quilibr�e qui semble vitale pour Normou, le vide, un n�ant ali�nant, une r�gression surgie d�une litt�rature bonne pour le club du Reader�s Digest. Les lumineuses explications de Baillargeon ressemblent beaucoup � des recettes confuses, un sous produit psychologique de l��conomie politique. Le livre propose des formules susceptibles de permettre � un esprit critique de se constituer entre sentences, clich�s et raccourcis. Un contenu qui pr�sente ses m�thodes de d�codage du r�el comme une vraie panac�e avec des combinaisons qui s��l�vent comme un miroir entre la volont� subversive et son point de mire. Car Baillargeon articule son r�le avant tout, il ne peut d�sint�grer ce r�le de l�image romantique et illusoire du penseur anarchiste et sceptique. Il entend au contraire le renforcer dans la figure mutante du penseur responsable, raisonnable et m�me sage, vertueux dans son vieux sens philosophique. Mais par sa m�thode professorale fig�e, il renverse la force en faiblesse et la pens�e critique invoqu�e comme r�sultat final devient, au fur et � mesure des pages, quelque chose d�abstrait, d�ext�rieur � soi, sans mobiles et sans fins, une sorte de lubie de secte avec ses grands pr�tres comme Sagan, Chomsky et bien sur Baillargeon.

Notons que le terme de r�sistance utilis� dans le titre et qui impr�gne toute l�argumentation du livre est, au niveau dialectique, un concept particuli�rement insuffisant. Il est vrai que les mouvements anti-mondialisation s�incarnent bien dans ce concept fourre-tout qui leur sert essentiellement � avancer des id�es r�formistes et � am�nager la soci�t� pour moins d�in�galit�s, moins de pauvret�s mais sans qu�il soit bien entendu question, sous couvert de r�alisme, de les supprimer.

Baillargeon applique ses th�ses professorales avec un s�rieux militant p�nible mais il est vrai constant. Du Couac � son livre, il s�vit en �crivant une litt�rature pour convalescents rebelles qu�il faut gu�rir. Normou nous pr�pare d�ailleurs pour bient�t un livre futur suite � une rafale d�articles annonc�s sur l��thique . Vaste d�bat, sujet labyrinthique, �quivalent g�n�ral assez lourd pour justifier l�immobilisme mais peut-�tre pas pour interroger l��thique d�un Baillargeon anarchiste qui cohabite avec des nationalistes � peine reconvertis dans l�altermondialisme comme Pierre Vadeboncoeur.

Rappelons que c�est de la praxis que peut rena�tre la conscience de la totalit� et celle-ci a appris � ne jamais se suffire d�objectifs interm�diaires. La conqu�te historique se fait du point de vue de la totalit�. Or que montre Baillargeon dans son � Petit cours d�autod�fense intellectuelle �? Une radicalit� d�nud�e ramen�e � des techniques scientifiques, des automatismes, des stimulis sans connaissance vivante et sans d�sirs o� la subjectivit� ne se d�voile pas, une pens�e r�duite en miniature. Le contraire d�une pens�e critique.

Ce n�est pas dans des pratiques intellectuelles d�autod�fense sans volont� de d�passement que se joue la lutte contre les guerres et les op�rations de police. Un projet radical de changement social fonde sa propre cause sur lui-m�me et c�est l� qu�il faut identifier les vecteurs du d�passement de toute r�sistance, sur le refus de toute fausse objectivit�, sur le retour du subjectif, sur la fin de l�antagonisme radical entre le vraisemblable et le vrai, sans tol�rance et sans compromis. La r�sistance n�est jamais un ennemi irr�conciliable d�avec le monde qu�elle combat, elle peut m�me en �tre un moment particulier car elle n�est pas toujours g�n�ralisable du point de vue radical de la critique en actes, d�une critique qui se sait n�gation. Les esprits lucides de ce temps doivent savoir d�finir les champs de ruptures possibles, d�tourner en v�rit� critique les sens abus�s, fixer eux-m�mes leurs propres r�gles sous peine de reconduire pr�cis�ment ce qu�ils nient dans leur pratique et leur th�orie. Ils doivent ouvrir � une connaissance r�elle par une pratique concr�te de la rupture, en �vitant les fausses sorties offertes par l�id�e m�me de r�sistance, id�e qui contient d�j� l�absence � la radicalit� mais autorise le maintien ou la reconstitution du monde ali�n�. Baillargeon nous propose de comptabiliser le � taux de libert� �, de choix et d�autod�termination dans le cadre donn� des r�les sociaux ou l�intellectuel se consomme en � personne sociale �. Sommes-nous sociaux � ce point dans le processus de la guerre en cours ?

Alors quoi ? Pour d�sagr�ger la puissance de la coercition, nous utiliserons plut�t le d�tournement, du sabotage, de l�ironie critique et mat�rielle, des pratiques anti-id�ologiques li�es au refus des r�les, une critique v�ritablement terroriste. Ce sont des pratiques � r�inventer pour sortir des temps morts et des illusions v�hicul�es par Baillargeon et consorts. Il faut pour d�passer la mesure, un d�bordement permanent des fronti�res au quotidien et qui ne sont pas seulement symboliques loin de l�.

Convenons toutefois que Baillargeon a invent� un concept original : le principe de � charit� argumentative �. Le retour du refoul� sous sa forme religieuse nous manquait assez peu, mais avec Baillargeon rien n�est impossible. Une telle pens�e sent la soutane souill�e et le confessionnal, pas le changement social.

Reste les questions de la participation et du militantisme qui, sans doute, soutiennent un projet, du genre � mieux vaux faire quelque chose que ne rien faire �.

� cela Guy Debord a depuis longtemps r�pondu : � � Ce sont les lois de la pens�e dominante, le point de vue exclusif de l�actualit�, que reconna�t la volont� abstraite de l�efficacit� imm�diate, quand elle se jette vers les compromissions du r�formisme ou de l�action commune de d�bris pseudo r�volutionnaires. Par l� le d�lire s�est reconstitu� dans la position m�me qui pr�tend le combattre. Au contraire, la critique qui va au-del� du spectacle doit savoir attendre. �


Titusdenfer ([email protected])


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