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Post� le lundi 06 juin 2005 @ 14:25:48 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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| � Qui sommes-nous, nous, pauvres vignerons ? Nous sommes ceux dont chaque espoir s�est traduit par plus de mis�re. Nous sommes ceux qui, riv�s au sol, demandent � ce sol leur pitance. Parmi les gueux, nous sommes les plus gueux. �
Le Tocsin,Dimanche 7 mai 1907, Argeliers, Aude |
En France, les campagnes ont encore occup� la une des m�dias, � l�occasion de sabotages contre l�implantation des premiers plans de c�r�ales transg�niques, puis du saccage du McDonald � Millau. C�est chaque fois le m�me sc�nario : les hommes d��tat, et les journalistes � leur solde, clo�tr�s dans la capitale, affichent � l�ordinaire le plus souverain m�pris pour les � ploucs � des provinces, incapables � leur yeux de la moindre initiative autonome. Lorsque le voile du silence est d�chir�, ils ressortent les poncifs les plus �cul�s sur les belles traditions campagnardes de la France. Pour y comprendre quelque chose, mieux vaut abandonner le terrain du spectacle pour nous pr�occuper de la r�alit�.
DANS LE PASSE, la France a �t� l��tat le plus centralis� d�Europe, dont la grande majorit� de la population �tait compos�e de paysans parcellaires. Mais, n�en d�plaise aux nostalgiques, le capitalisme a depuis longtemps modifi� la structure de la soci�t� campagnarde. Elle n�a plus grand-chose � voir, sauf parfois dans quelque vall�e enclav�e de haute montagne, avec les images d�Epinal. Deux guerres mondiales, puis l�accumulation forcen�e du capital d�s les ann�es 50, sous l��gide de l�Etat et par le biais des plans d�am�nagement du territoire national, l�ont labour�e en profondeur.
La manifestation la plus �vidente de la modification de la soci�t� rurale est la d�sertification rapide de r�gions enti�res. Mais, de fa�on plus g�n�rale, ce sont les formes de propri�t�, les modes de travail et les fa�ons de vivre qui ont �t� boulevers�s en profondeur. A sa fa�on, le capitalisme a surmont� l�antique opposition entre la ville et la campagne. Le m�me d�lire totalitaire des urbanistes qui d�truit les villes reconstitue, sur la base de la d�sertification, des pseudo-campagnes d�sormais recouvertes de masses informes de r�sidus urbains et saign�es par les tranch�es des autoroutes et des chemins de fer � grande vitesse. A la suite des premi�res, transform�es en centres urbains, les secondes sont devenues pour l�essentiel des zones rurales p�riph�riques dont les locataires n�ont plus grand chose � voir avec les villageois d�antan.
Les paysans parcellaires avaient leurs pr�jug�s. Mais ils avaient au moins le souci de ne pas trop �puiser les sols et les animaux. Ils savaient que leur fertilit� n�est pas in�puisable. Ils les laissaient se reconstituer et les aidaient � le faire, entre autres par la rotation des cultures. L�industrialisation de l�agriculture exige, elle, que les sols et les b�tes rendent gorge au plus vite, que la polyculture et l�autosubsistance soient r�duites � la portion congrue. Au nom du progr�s, les agriculteurs ont perdu dans leur masse le souvenir des savoir-faire et des solidarit�s villageoises. Ils partagent d�sormais les repr�sentations r�ifi�es des agrocrates pour qui les sols et les esp�ces sont les bancs d�essai de manipulations chimiques grandeur nature, voire g�n�tiques. La plupart d�entre eux d�versent sans complexe, tous azimuts, leurs �prouvettes g�antes bourr�es d�engrais, d�insecticides et d�antibiotiques et participent ainsi � la st�rilisation de la vie. Sous la houlette de l�Etat, via l�Inra et l��cole d�agriculture, ils sont devenus des techniciens, puis, avec la sp�cialisation et la d�pr�ciation du travail, des op�rateurs, charg�s, entre autres t�ches r�p�titives, de contr�ler l��tat des cultures et des �levages assist�s par ordinateur. Ceux qui sont hostiles au productivisme � outrance et aux nuisances qu�il engendre, qui refusent de produire, de consommer et de faire consommer � autrui n�importe quoi, qui tentent de perp�tuer des connaissances et des formes d�entraide communautaire d�autrefois, de les d�velopper sous le label du bio, restent des exceptions.
Les tracteurs ont favoris� depuis longtemps la concentration des parcelles et transform� leurs possesseurs h�r�ditaires en d�biteurs � vie du Cr�dit agricole, cribl�s d�hypoth�ques. Les semences hybrides leur ont port� le coup de gr�ce. Elles ne permettent pas aux agriculteurs de garder en partie le grain r�colt� pour r�ensemencer les champs, ce que les paysans ont fait pendant des mill�naires, et encore moins d�am�liorer les esp�ces qu�ils cultivent. Ils doivent les racheter chaque ann�e aux semenciers, qui les fabriquent, eux, par croisement et s�lection forc�s.
Dans le meilleur des cas, les hybrides sont st�riles au bout de quelques ann�es � peine. Dans le pire, d�s la premi�re ann�e, telles les vari�t�s de ma�s trafiqu� qui sont devenues l�une des bases principales de l�alimentation animale et humaine, dans les pays capitalistes avanc�s du moins. La hausse de la productivit� se r�alise ainsi au prix de la perte de la facult� de reproduction et de la d�pendance accrue des derniers agriculteurs traditionnels aux groupes agroalimentaires. Adapt�es � la monoculture intensive et extensive, les graines hybrides g�n�rent des plantes fragiles, qui pompent le maximum d�eau et exigent des masses croissantes de pesticides et d�engrais artificiels pour survivre dans le milieu qui leur est devenu hostile. En quelques d�cennies, l�agriculture c�r�ali�re est devenue la vache � lait des trusts, de la Lyonnaise des eaux � Rh�ne-Poulenc.
DEJA A L'EPOQUE de la r�volution de 1848, Marx soulignait que � la parcelle du paysan n�est plus que le pr�texte qui permet au capitaliste de tirer de la terre profit, int�r�t et rente et de laisser au paysan le soin de voir comment il r�ussira � se payer son salaire � (1). Il y a longtemps que les agriculteurs ne n�gocient plus l�essentiel des marchandises sur les march�s des bourgs, � l�exception des zones recul�es et des branches particuli�res, comme le bio. Les firmes leur fournissent les marchandises � traiter, leur reprennent pour les livrer � d�autres, avant de les revendre elles-m�mes.
Bien s�r, les syst�mes contractuels peuvent recouvrir des situations de classe tr�s diff�rentes. Les propri�taires ais�s, sinon cossus, qui emploient des salari�s par intermittence, en particulier des sans-papiers originaires d�Europe centrale, sont eux aussi soumis � de tels syst�mes. En bas de l��chelle, les smicards � fa�on de l�agrobusiness poss�dent au mieux leur lopin et leur habitation, � titre de propri�t� nominale. Ils sont soumis � l�une des formes du travail salari� � domicile, faite de labeur acharn�, de ch�mage forc�, de recherche de travaux annexes pour boucler les fins de mois. D�ailleurs, l�activit� rurale est de plus en plus d�connect�e de l�activit� agricole : elle est li�e au tourisme, etc. Pour les plus ruin�s, les modiques subventions parviennent � peine � couvrir l�entretien de la famille et � assurer l��quivalent du RMI.
Pourtant, dans les campagnes, les repr�sentations et les termes que l�on emploie pour parler de la lamentable situation sont en constant d�calage par rapport � ce que l�on subit. Bien peu reconnaissent comme telle leur situation de classe et la plupart s�accrochent encore au mythe de leur fantomatique propri�t�. Voil� qui fait l�affaire des propri�taires r�els de l�agriculture. L��tat maintient la fiction du libre march�, dans la mesure o�, pour les premiers concern�s, il est synonyme d�autonomie. Les agromanagers, en versant des salaires aux pi�ces sous forme de prix, qui plus est index�s sur les prix de march� manipul�s par l��tat et la Commission europ�enne, font des b�n�fices accrus � moindre frais. On aurait tort de n�y voir que des formes obsol�tes condamn�es � dispara�tre. Selon la formule bien connue, le plus archa�que est aussi le plus moderne. Les salaires aux pi�ces align�s sur les b�n�fices de l�entreprise sont aujourd�hui port�s aux nues par les apologistes du capitalisme fin de si�cle.
BAKOUNINE SIGNALAIT, � la veille de la d�faite de la Commune de Paris, que � les mesures r�actionnaires du pouvoir central sont, en France, d�cr�t�es au nom des paysans, m�me lorsqu�elles sont prises contre eux � (2). �paul� par les chefs syndicalistes de la FNSEA, aux origines quelque peu monarchistes et vichystes, l�Etat continue, � chaque crise, � jouer le r�le de protecteur de la paysannerie. En r�alit�, la modernisation de l�agriculture a b�n�fici� en priorit� aux agrariens qui, par le biais de la concentration des terres et de l�int�gration � l�industrie, ont form� des trusts, lesquels contr�lent et dirigent l�ensemble de la cha�ne agroalimentaire, de la production � la distribution, dans l�Hexagone et hors des fronti�res. En moins de cinquante ans, la France est devenue le premier exportateur d�agroalimentaire en Europe, le deuxi�me derri�re les �tats-Unis sur le march� mondial.
Avec l�avanc�e fulgurante du capitalisme high-tech, l�int�gration accrue � l�Europe, la concurrence d�cha�n�e pour le contr�le du march� mondial, sur fond de surproduction agricole, les choses ne vont pas s�arranger pour les agriculteurs au bord de l�ab�me. Le capitalisme fran�ais ne peut pas pi�tiner sur place sous peine de perdre de la distance face � ses adversaires, les �tats-Unis au premier chef. Bien qu�il existe des contradictions entre les �tats europ�ens sur les modalit�s de la gestion et de la transformation de l�espace commun, ils sont d�accord sur l�essentiel : la concentration de la propri�t� fonci�re et la productivit� agricole sont encore insuffisantes. En France m�me, l�Etat, en complicit� avec Bruxelles, va limiter � presque rien les mesures d�assistance, indexer encore plus les primes sur les gains de productivit�, d�velopper le syst�me de quotas et de mise en jach�re obligatoire, etc. Sans h�siter � employer la contrainte. Depuis Napol�on, la gendarmerie a pour r�le traditionnel de quadriller la campagne. Progr�s oblige, elle est d�sormais second�e par les gestionnaires de Bruxelles, assist�s de satellites artificiels charg�s de surveiller l�application des directives de la PAC.
Dans cette optique, la mise en �uvre � grande �chelle de la transg�n�se appara�t comme la nouvelle Am�rique de l�Europe agricole. Les na�fs croient que l��tat fran�ais h�site � le faire encore pour quelque raison humanitaire. Mais depuis plusieurs ann�es, nous ing�rons d�j� du transg�nique, via la l�cithine de soja et les d�riv�s du ma�s. En France, les recherches sont poursuivies de plus belle. Elles ont d�j� commenc� � �tre appliqu�es en grand par l�Inra sur les terrains de chasse habituels de la France, en Afrique de l�Ouest. Et la transg�n�se permettra de d�connecter encore plus l�agriculture de l�alimentation. Dans l�imaginaire populaire, les deux sont li�es. Pourtant, des agriculteurs cultivent d�j� des c�r�ales pour alimenter les secteurs de la bio�nergie, de la pharmacie, etc. Dans l�avenir, des pans entiers de l�agriculture seront utilis�s pour fabriquer des mat�riaux transg�niques pour l�industrie, telles les semences de colza trafiqu�es qui g�n�rent des polym�res. Par contre ni l�Europe en g�n�ral, ni la France en particulier, ne veulent que les �tats-Unis prennent le contr�le du march� agricole europ�en, par transg�n�se interpos�e, qui joue ici le r�le du cheval de Troie pour renverser les barri�res du protectionnisme continental. Tel est le sens des moratoires, des �tiquetages et des op�rations promotionnelles sur la qualit� des marchandises agricoles hexagonales.
DANS LA MARCHE FORCEE vers la centralisation accrue du capital europ�en, le r�le d�volu � la France, situ�e au carrefour de l�Europe occidentale, est quelque peu particulier. La vari�t� des reliefs, des climats et des pr�tendus terroirs doit �tre mise en valeur bien plus qu�elle ne l�a �t� jusqu�� aujourd�hui. Il faut donc am�nager les r�gions d�sertifi�es pour les transformer encore plus en parcs et en villages � la fran�aise, dans lesquels les ilotes �puis�s des centres urbains pourront d�guster de l�authenticit� rurale de pacotille, et, pourquoi pas, y d�velopper le t�l�travail. Dans les ann�es 70, les r�volt�s qui d�sertaient les m�gapoles esp�raient au moins r�aliser ailleurs des activit�s communautaires en rupture avec le monde de la marchandise. Les cadres transplant�s, eux, viennent avec leur ordinateur portable et veulent disposer sur place de marchandises dernier cri.
Pour r�aliser de tels objectifs, � c�t� de l�agriculture high-tech ultraconcentr�e et de l�utilisation de zones ravag�es comme poubelles industrielles, la France subventionne l�agriculture et l��levage de terroir, source de prestige et de lucratifs b�n�fices sur le march� mondial, dans lesquelles la bio banalis�e, d�j� en partie industrialis�e et financ�e par l�agroalimentaire, jouera le r�le de la berg�re. Voil� le sort r�serv� � la prog�niture des derniers agriculteurs : jardiniers de la nature en kit, grooms de g�te d��tape, gardiens de d�p�t d�ordures. Mais, dans les plans de r�partition de la population, Paris n�a pas oubli� celle des m�gapoles. Il compte confier la reconstruction de hameaux en ruine � des � d�sesp�r�s � des banlieues casernes. Rien de tel que le travail au RMI, en plein air et au milieu des d�combres, sous l��il de la gendarmerie, pour calmer les esprits �chauff�s.
POUR LES LAISSES POUR COMPTE de la modernisation de l�agriculture, la source exclusive de leur malheur est ailleurs : aux �tats-Unis, dans le reste de l�Europe, voire dans la puissance des trusts fran�ais. D�o� leurs crises de fureur, encadr�es par les nervis des leaders de la FNSEA, contre les pr�fectures honnies, symboles du pouvoir central, aux cris chauvins d�avant le d�luge � Pays, paysans ! �. Ils br�lent leurs r�coltes et immolent leur b�tail, en sacrifice au dieu du march�, dans l�espoir insens� de relever les cours. Tandis que, en coulisses, leurs leaders les �crasent au nom de l�unit� paysanne, via le minist�re de l�Agriculture et la commission de Bruxelles. Et les plus x�nophobes rejoignent les miliciens chasseurs p�cheurs de la Coordination paysanne, cr�atures du couple vend�en de l�ann�e, de Villiers-Pasqua.
Pourtant, d�s Mai 68, des poign�es de paysans r�volutionnaires tent�rent de rompre avec le mythe de l�unit� paysanne. Tels ceux qui furent solidaires des gr�vistes, en particulier dans la r�gion nantaise, lorsque les ouvriers de Sud-Aviation entr�rent les premiers dans la gr�ve g�n�rale. � Nous ne serons pas les Versaillais de Mai 68 � (3), affirmait le tract diffus� dans la ville par l��ph�m�re Comit� de liaison ouvriers-paysans. Dans les ann�es qui ont suivi, les r�volt�s des villes et ceux des campagnes eurent de nombreuses occasions de lutter au coude � coude, du Larzac � l�opposition � l�implantation des centrales nucl�aires et � bien d�autres plans pharaoniques de l�Etat. Quand nous regardons avec recul les luttes de l��poque r�volue, il est facile d�y voir bien des na�vet�s, le mythe de la vie naturelle hors des m�tropoles, et des limites, la panac�e de la gestion du travail par les travailleurs eux-m�mes, hors du contr�le de l�Etat, qui sous-tendait l�id�ologie antiproductiviste de groupes comme Paysans travailleurs. Il n�en reste pas moins vrai que des paysans radicaux abandonn�rent bien des pr�jug�s, y compris ceux relatifs � � leur � propre propri�t�, affich�rent leur hostilit� � l�Etat et plac�rent leurs espoirs dans la mont�e et la convergence des luttes r�elles contre le monde capitaliste.
Au cours des derni�res ann�es, les actions subversives men�es par quelques ruraux et n�o-ruraux incontr�l�s qui, pour certains, sont membres de la Conf�d�ration paysanne, ont pu faire croire qu�elle allait reprendre le flambeau du radicalisme paysan des ann�es 70. Mais l�influence de la Conf�d�ration a grandi, au cours de la derni�re d�cennie, en raison inverse du recul des r�sistances radicales. Les sabotages, qu�elle a parfois soutenus du bout des l�vres, dans la mesure o� ils lui permettaient d�avoir pignon sur rue, ne refl�tent pas les positions de l�ensemble de ses membres qui, pour beaucoup, sont des transfuges de la FNSEA d��us, sans plus, par leurs leaders. Pr�sent�e comme l�h�riti�re de Paysans travailleurs, elle n�en a repris que les travers, amalgam�s aux id�es � la mode � gauche de la gauche caviar, de la bio pasteuris�e � l��cologisme gestionnaire de l�Etat. Sa contestation des d�rives g�n�tiques a pu faire quelque peu illusion. Mais elle est toujours rest�e sur le terrain r�formiste du � principe de pr�caution � et du � moratoire sur la mise en culture et la commercialisation des semences trang�niques �, contr�l�s par des � comit�s d��thique sur la g�n�tique animale et v�g�tale � (4), plac�s sous l��gide de l�Etat.
L'AGRICULTURE PAYSANNE�, qui constitue le noyau de son programme, est le kit id�ologique de tous ceux qui en veulent � l�agrobusiness, pour les motifs les plus divers et, parfois, les plus contradictoires. En th�orie, les leaders de la Conf�d�ration la d�finisse comme � l�agriculture qui encourage la qualit�, l�emploi par l�installation de nombreux paysans et l�am�nagement harmonieux du territoire �, voire � l�autonomie des paysans envers l�agrobusiness � (5). Dr�le d�autonomie individuelle, puisque, de leur propre aveu, la r�alisation de leur programme n�a de sens que dans le cadre du march� agricole, oxyg�n� par les aides de l�Etat et celles de la commission de Bruxelles. Rien d��tonnant qu�ils participent aux �lections des chambres d�agriculture et talonnent le gouvernement, comme n�importe quels bureaucrates syndicaux, afin d��tre accept�s au Conseil �conomique et social, pour y jouer les conseillers du prince.
En pratique, � l�agriculture paysanne � masque les lignes de fracture r�elles dans les zones rurales. Ainsi, les leaders de la Conf�d�ration demandent � intervalles r�guliers que telle ou telle branche de l�agriculture r�cup�re en partie les b�n�fices monopolis�s par l�agrobusiness, sans toucher aux prix de march�, pour ne pas soulever l�indignation des consommateurs. Bien entendu, la chute des cours acc�l�re la concentration de la propri�t� entre les mains des patrons de la branche. Mais leur augmentation conduira au m�me r�sultat ! Car dans chaque branche, les producteurs ne sont pas sur le m�me pied. Loin de l�. A supposer que la chose soit possible, sous la forme de soutien des cours par l�Etat, la situation des ilotes ruraux ne changera pas pour autant. Les leaders de la Conf�d�ration r�v�lent ainsi leur incapacit� de d�passer l�horizon du capitalisme, � reconna�tre la permanence de situations de classe tr�s diff�rentes dans les zones rurales, m�me si elle sont regroup�es sous l�appellation non contr�l�e et fallacieuse de paysannerie d�origine. En t�moignent les mod�les d�agriculture paysanne prosp�re qu�ils portent aux nues et qui servent � faire r�ver ceux qui cr�vent � petit feu sur leur lopin. Au nom du bio, ils font la publicit� de propri�taires qui investissent dans les march�s porteurs, comme les marchandises de terroir � usage des touristes ou destin�e � l�exportation, lesquelles sont bien plus vendues dans les boutiques de luxe que dans les rayons des supermarch�s : foie gras, etc. Bel exemple d�activit� paysanne respectueuse de notre milieu que le travail g�n�rateur de � bonne bouffe �, qui repose sur les proc�d�s les plus implacables de domestication des volatiles.
Comme d�autres r�novateurs qui ont pris leur distance envers les centrales ossifi�es, tel Sud chez les fonctionnaires de l�Etat, les leaders modernistes de la Conf�d�ration ont compris que la base traditionnelle du syndicalisme � la papa p�riclitait, y compris dans l�agriculture, par suite des mutations profondes que conna�t, depuis plusieurs dizaines d�ann�es, la structure de classe de la soci�t�. C�est le capitalisme lui-m�me qui scie la branche sur laquelle prenait appui le corporatisme paysan, born� � la d�fense de la parcelle. Voil� pourquoi les leaders de la Conf�d�ration r�cup�rent en partie les d��us de la FNSEA et cherchent des ouvertures � travers les murs des lopins afin d��largir leur audience � d�autres couches, urbaines et rurales, y compris hors des fronti�res, en direction du tiers-monde, pour lequel ils pr�conisent leur version recycl�e de l�autonomie nationale : l�autonomie alimentaire de chaque Etat. Dans l�Hexagone, la lutte contre la � mal bouffe � est le pivot de leur op�ration promotionnelle. Sous pr�texte d��cologie et de respect du citoyen, ils caressent dans le sens du poil le chauvinisme gastronomique bien fran�ais et se font l��cho des inqui�tudes de franges, encore restreintes, de la population, pr�occup�es par la d�gradation rapide de l�alimentation et l�accumulation des scandales dans le secteur agro-alimentaire.
L� comme ailleurs, il s�agit de recycler les id�es re�ues qui constitue le fond de commerce de la contestation platonique de la propri�t� et de l�Etat afin de � l�gitimer notre r�le d�interlocuteurs incontournables entre le monde paysan et les pouvoirs publics � (6) . La Conf�d�ration fait du lobbying, au coude � coude avec les champions de la �lutte contre le n�olib�ralisme �, dans le style de l�Attac. Rien de plus.
PENDANT PLUS DE CENT ANS, toutes les tentatives de subversion du monde, � la ville comme � la campagne, ont but� sur la question de la propri�t�, en particulier de la propri�t� paysanne. De la prise de position des campagnes d�pendait souvent le sort des grandes gr�ves dans les villes, voire des insurrections qui y �clataient, comme le montra l�aventure de la Commune de Paris. La famine fut toujours l�une des forces dissolvantes des r�volutions urbaines, peut-�tre plus sournoise et plus dangereuse que la r�pression de l�Etat lui-m�me. Pour la surmonter, le r�le des paysans �tait d�terminant : ils d�tenaient encore la cl� des greniers. Voil� pourquoi l�une des pr�occupations essentielles des ouvriers insurg�s �tait le ravitaillement de la ville par la campagne et le type d��changes qu�ils pouvaient mettre en place avec les paysans. Nous savons aussi que les tentatives de r�soudre le probl�me des sources d�approvisionnement de fa�on autoritaire, par la terreur de la ville sur la campagne, � la mode du Parti communiste russe, c�est-�-dire par l�expropriation forc�e de la propri�t� traditionnelle sous l��gide de l�Etat, ne fit qu�aggraver la situation.
D�sormais, vu les bouleversements accomplis par le capital lui-m�me dans les Etats les plus avanc�s de la plan�te, la question ne peut plus �tre pos�e dans les m�mes termes. L�agriculture est devenue pour l�essentiel l�une des d�pendances de l�industrie. Il en r�sulte que la satisfaction des besoins les plus �l�mentaires de la vie humaine, le boire et le manger, sans m�me parler du reste, devient de plus en plus probl�matique.
Des pouss�es r�volutionnaires sont impensables sans le blocage prolong� de secteurs aussi d�cisifs de l��conomie que celui de l�agroalimentaire. De telles paralysies de la production confronteront bien plus vite qu�autrefois l�ensemble de la population, y compris la population rurale, � l�angoissante question alimentaire. Pour commencer � la r�soudre, il est impossible de se contenter d�exproprier les expropriateurs, de remettre en route telles quelles les principales branches de l��conomie, l�agriculture en particulier. Sa r�solution exige la rupture radicale la plus rapide possible avec l�ancien monde de la propri�t�, du travail et de l�Etat.
Pour ce faire, les r�volutions � venir reprendront � leur compte, et d�velopperont sans doute, des formes d�activit� et d�entraide issues de l�histoire paysanne qui n�existent plus aujourd�hui, sous nos latitudes, qu�� l��tat de traces imperceptibles. Mais gardons-nous de la nostalgie du pass� mythifi�, sous peine de retomber dans les orni�res de la domestication, qui accompagne la propri�t� fonci�re, fut-elle celle du paysan. Sans refonder vite l�ensemble de l�activit� humaine sur des bases contraires � celles qui sous-tendent la propri�t� et l�Etat, sans liquider l�agriculture au b�n�fique de modes de culture susceptibles de transformer la nature sans la d�truire, la lib�ration des esclaves salari�s du joug de l�exploitation et de la domination restera du domaine des v�ux pieux.
NOTES :
1 � �Le 18 brumaire de Louis-Napol�on Bonaparte. � Karl Marx. �uvres choisies, tome I, Editions du Progr�s.
2 � � Lettre a un Fran�ais sur la crise actuelle. � Michel Bakounine . �uvres, tome II, Stock Plus.
3 � � Tract du Comit� de liaison ouvriers-paysans �. Cit� de m�moire. Document sans doute introuvable aujourd�hui dans des publications.
4 � � Technologies g�n�tiques : pour le moratoire sur la mise en culture et la commercialisation, pour l�application du principe de pr�caution. � Communiqu� de la Conf�d�ration paysanne, 17 mars 1997, si�ge de Bagnolet.
5 � � Agriculture paysanne : l�agriculture au service de la soci�t�. � Communiqu� de la Conf�d�ration paysanne, 25 mai 1997, si�ge de Bagnolet.
6 � � A nous tous d��tre � la hauteur ! � Editorial de � Campagnes solidaires �, du 1er novembre 1999.
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