* *
Recherchons maintenant les causes de l�infiltration de plus en plus consid�rable d��l�ments petit-bourgeois dans la social-d�mocratie et de la grande influence qu�ils y exercent.
Le docteur Hans M�ller a �crit tout un chapitre sur cette question.
Jusqu�aux temps de la loi contre les social-d�mocrates en Allemagne, le mouvement social-d�mocratique fut un mouvement de classe purement prol�tarien avec un caract�re nettement r�volutionnaire. Les adh�rents furent presque exclusivement des ouvriers ; les petits patrons, les paysans et les boutiquiers formaient un nombre insignifiant sans aucune influence sur le mouvement.
Plus tard un changement complet se produisit. Quelles furent les causes de ce changement ?
Premi�rement la d�pendance o� se trouvent les ouvriers salari�s, qui leur rend difficile sinon impossible une activit� politique publique. Un ouvrier salari� par exemple ne peut �tre membre du parlement, car son patron ne lui permettrait pas d�assister aux s�ances, et peut-on imaginer d�ailleurs un patron, permettant � un de ses ouvriers de si�ger au parlement comme social-democrate ? Il ne faut pas oublier que la position financi�re du prol�taire est un obstacle, car les membres du parlement allemand (Reichstag) ne re�oivent aucune indemnit� et, quoique le parti allemand paie � ses membres une indemnit�, il ne les indemnise que pour les jours o� le parlement s�assemble.
Les ouvriers qui remplissent un r�le pr�pond�rant, perdent leurs places et doivent chercher une autre carri�re. Ici on ouvrait un caf� ou un bureau de tabac, l� on devenait colporteur, on installait une librairie ou bien on se faisait r�dacteur d�un journal pour les ouvriers. Ces hommes se cr�aient ainsi une existence petit-bourgeoise : Auer, qui fut gar�on sellier, monta en 1881 un magasin de meubles ; Schuhmacher, gar�on tanneur, fonda en 1879 une tannerie ; Stolle, jardinier-fleuriste, tint un caf� ; Dreesbach, primitivement �b�niste devint marchand de tabac.
On peut allonger cette liste � volont�. Naturellement ces hommes furent les meilleurs adh�rents du parti. Mais on comprend que le milieu dans lequel on vit, exerce une grande influence sur l�existence et la fa�on de penser ; les hommes dont nous venons de parler n�ont pu se soustraire � la r�gle g�n�rale et leur changement de position a �t� accompagn� d�un changement d�opinion.
Beaucoup des chefs locaux de la social-d�mocratie sont �gar�s par leur existence petit-bourgeoise. Ils ne sont plus les repr�sentants du mouvement purement prol�tarien, mais, arrach�s des rangs des prol�taires, ils ont perdu leurs id�es r�volutionnaires. Ils commencent � parler de l�am�lioration de la position des petits bourgeois, dans le cadre de la soci�t� actuelle.
La prudence est conseill�e. D�j� ils ont perdu leur place une premi�re fois, ils vont d�sormais penser davantage � leurs femmes, � leurs enfants ; ils ont maintenant quelque chose � perdre, ils se disent qu�on peut rester socialiste sans faire toujours le r�volutionnaire.
Le petit bourgeois de fra�che date abandonne ainsi son point de vue prol�tarien et r�volutionnaire et il devient un socialiste pratique et petit-bourgeois.
Une telle explication est naturelle et compr�hensible ; il serait �trange que le contraire se produis�t.
Mais ces messieurs furent les chefs locaux et ces mod�r�s exerc�rent une certaine influence dans leur entourage. Dans la pratique il fallait se m�ler aux �lections et gagner les votes des petits patrons, des paysans, des fonctionnaires subalternes, etc. [6]. Dans les manifestes �lectoraux on trouve partout cette pr�occupation, et de cette mani�re on gagnait toujours des votes.
Avec les �lections le succ�s est tout ; et qui ne met volontiers de l�eau dans son vin, si c�est pour triompher ? On parle rarement des principes ou m�me jamais, on veut �tre des hommes pratiques et on se borne aux r�formes mesquines et proches.
Le docteur M�ller fait le r�cit d�une r�union dans le Mecklembourg, o� on applaudissait beaucoup l�orateur socialiste. Il demanda � un des auditeurs ce que ces social-d�mocrates voulaient obtenir et la r�ponse fut : les social-d�mocrates veulent abolir l�imp�t sur l�alcool.
L�alcool est un facteur d�une consid�rable influence dans les �lections, comme on peut le constater dans la brochure de Bebel sur l�attitude des social-d�mocrates au parlement allemand pendant les ann�es 1887-90 et dans laquelle il dit textuellement : quand le peuple �lit au parlement les m�mes membres qui ont vot� pour l�augmentation des imp�ts et ont d�fendu les int�r�ts des agrariens, nous pouvons nous attendre � une augmentation de l�imp�t sur l�eau-de-vie, et une augmentation de l�imp�t sur la bi�re ne tardera pas. Donc les �lecteurs sont conduits � donner leurs votes aux candidats socialistes, de crainte que l�eau-de-vie et la bi�re ne soient beaucoup plus ch�res ! Bebel disait la m�me chose que ce simple paysan de Mecklembourg !
De m�me en Belgique l�influence de l�alcool est terrible et tous les partis, y compris les socialistes, en profitent.
Dans certains manifestes pour les �lecteurs, on ne trouve aucun des desiderata prol�tariens ! Pour les �lections du Landtag saxon, les social-d�mocrates demandaient la r�glementation de la nomination des instituteurs par l��tat, que les subventions pour les �coles soient aux mains de l��tat, l�instruction obligatoire jusqu�� l��ge de quatorze ans, la distribution des fournitures scolaires, l�exon�ration de l�imp�t jusqu�� un revenu de neuf cents marks, le suffrage universel, et un imp�t sur le capital rempla�ant les imp�ts indirects. On reconna�tra qu�on peut ne pas se nommer socialiste, m�me quand on accepte tous ces desiderata.
L�attitude du journal Vorwaerts dans le mouvement des sans-travail en 1892 fut caract�ristique. L�indignation de ce journal, qui repr�sente la classe des non-poss�dants, fut ridicule, lorsque la r�daction s�indigna du ravage de la propri�t� des trois social-d�mocrates honorables par une bande de sans-travail !!
Un article sur la Psychologie de la petite bourgeoisie dans le Neue Zeit (Nouveaux Temps) de 1890 par le docteur Schonlank) m�rite encore l�attention de tous, surtout des socialistes r�formistes parlementaires.
Il y a de cela quelques mois, une tr�s int�ressante brochure parut, �crite par M. Calwer [7], r�dacteur d�un journal socialiste de Brunswick. Nous n�en pouvons trop recommander la lecture.
D�apr�s Bebel c�est surtout en l�Allemagne du Sud que l��l�ment petit-bourgeois est pr�dominant dans le parti : � L�Allemagne du Sud, dit Bebel, est un pays principalement petit-bourgeois, et petit-bourgeois veut dire en m�me temps petit-paysan. La grande industrie, � part dans l�Alsace-Lorraine et quelques villes, n�y est pas d�velopp�e et la prol�tarisation des masses, par cons�quent, pas tr�s avanc�e. Les masses y vivent - quoique parfois dans de mis�rables conditions - en g�n�ral d�une vie de petits-bourgeois ou de petits-paysans, de sorte que la fa�on de penser prol�tarienne n�y est pas encore parvenue � toute sa nettet�. Il y a ensuite le sentiment de l�isolement politique, plus vif dans l�Allemagne du Sud � cause m�me des conditions �conomiques. La v�ritable expression politique de cet �tat de choses c�est le petit-bourgeois � parti du Peuple � (Volkspartei) qui, pour ces raisons, se manifeste le plus puissamment dans le Wurtemberg, le pays le plus petit-bourgeois de l�Allemagne et y a trouve son Eldorado. Nos amis du Wurtemberg ont une tr�s lourde tache la-bas.
�Il est donc tr�s naturel, �tant donn�es les conditions sociales et politiques dans lesquelles vivent la plupart de nos partisans de l�Allemagne du Sud, que ceux-ci soient influenc�s par l�esprit incontestablement petit-bourgeois qui pr�domine dans ces contr�es. C�est ainsi qu�en Bade on nomma d�put� social-d�mocrate au Landtag un philistin (Spiesburger) achev�, un mangeur de pr�tre et braillard du Kulturkampf comme Ruedt qui sut l�-bas acqu�rir l�influence qu�il poss�de encore aujourd�hui ; c�est ainsi qu�un d�plorable pitre comme Hansler a pu jouer un r�le � Mannheim. En disant cela, je n�ai nullement voulu adresser des reproches � qui que ce soit. J�ai tout simplement essay� de donner une explication objective, chose fort importante pour le d�veloppement de notre parti et pour laquelle je r�clame, non seulement de nos amis de l�Allemagne du Nord mais aussi et surtout des Allemands du Sud, la plus intense attention. �
Il nous semble qu�ici Bebel appr�cie les choses d�un point de vue trop particulariste, et nous partageons plut�t l�avis de Calwer lorsqu�il attribue l�embourgeoisement du parti social-d�mocrate - ph�nom�ne observ� aussi bien dans l�Allemagne septentrionale, en France et ailleurs que dans l�Allemagne du Sud - � des causes g�n�rales.
En effet, que s�est-il pass� dans tous pays selon Calwer ?
Au d�but ce furent les salari�s qui composaient l��l�ment principal dans l�agitation socialiste. Ainsi qu�aux premiers temps du christianisme des p�cheurs et des artisans all�rent propager l�Evangile, - sans r�tribution et pour sa seule cause, - ainsi il en fut du socialisme. Certains propagandistes, par leur attitude ind�pendante, perdirent leur gagne-pain. D�autres, afin de pouvoir continuer � propager leurs id�es, furent contraints de chercher de nouveaux moyens d�existence. Les uns s��tablirent mastroquets, les autres montaient une petite librairie o�, � la vente des p�riodiques socialistes, se joignait un commerce de plumes, de papier, etc. D�autres encore ouvraient un d�bit de tabac et de cette fa�on tout ce monde cherchait � se caser, soutenu par des amis. Naturellement les braves citoyens ainsi mis � l�aise, en cessant d��tre des salari�s, deviennent de parfaits petits bourgeois et � partir de ce moment leurs int�r�ts diff�rent du tout au tout de ceux de leurs anciens camarades. De sorte qu�aujourd�hui on est arriv� � pouvoir satisfaire � tous ses besoins, depuis les v�tements jusqu�aux cigares, en accordant sa client�le exclusivement � des boutiquiers socialistes. La presse du parti leur fait de la r�clame et les ouvriers socialistes se voient moralement oblig�s � ne faire leurs achats qu�aux bonnes adresses. Calwer dit � ce sujet : � On attelle les chevaux du socialisme au char de l�effort r�actionnaire et le travailleur, moyennant esp�ces, doit prendre place dans cet impraticable et dangereux v�hicule. On ne peut pas en vouloir � ces personnes qui, contraintes par leur situation d�entreprendre ce genre de commerce, se remuent et s�agitent pour le faire r�ussir. Ils sont on ne peut mieux intentionn�s tant � leur propre �gard qu�� celui des travailleurs. Mais du point de vue strictement prol�tarien, ces entreprises ne sont que des trafics r�actionnaires, plut�t pr�judiciables aux ouvriers. Car ceux-ci se laissent persuader qu�il est de leur devoir de favoriser ces entreprises. Ils y apportent leur bonne monnaie et re�oivent en �change des denr�es qu�ils auraient pu se procurer bien plus avantageusement dans un grand magasin. Ceux que je vise ici auront beau insister sur la sinc�rit� de leurs conceptions et de leurs consid�rations social-d�mocratiques, leur fa�on de proc�der est anti-socialiste et aboutit finalement � cette tendance bourgeoise qui fait miroiter devant les yeux du travailleur la possibilit� d�am�liorer son sort par le � selfhelp � et lui en recommande l�essai. �
En ce sens Calwer appelle l�apposition de marques de contr�le dans des chapeaux une tactique petit-bourgeoise, car, dit-il, � c�est un non-sens que cette pr�tention des travailleurs de vouloir, dans le cadre de la soci�t� bourgeoise, faire concurrence � la production bourgeoise. Il faut donc ouvertement combattre toutes ces tentatives des qu�on essaye de les abriter sous le drapeau social-democrate comme cela se fait aujourd�hui �. Et plus loin : � Il est impossible d��viter ces trafics petits-bourgeois et on ne peut pas en faire un crime � ceux qui t�chent d�y trouver une existence ; on peut m�me, � la rigueur, les consid�rer avec plus de sympathie que d�autres et analogues institutions petit-bourgeoises, - mais c�est contraire aux int�r�ts du prol�tariat, et bl�mable au point de vue socialiste que de recommander aux ouvriers de soutenir par leurs gros sous des entreprises condamn�es d�avance, et d�acheter des denr�es qui ne sont pas aussi bien conditionn�es (et ne sauraient l��tre) que dans des magasins et usines techniquement mieux organis�s. �
Certes, c�est p�nible de voir des ouvriers cong�di�s et priv�s de leur gagne-pain � cause de leurs principes, mais tout en reconnaissant que nous devons les aider suivant nos moyens, nous ne devons pas fermer les yeux aux ph�nom�nes qui, dans leur d�veloppement, ont un effet r�actionnaire. � La coop�ration est un mis�rable reflet du capitalisme sp�culateur qui tente, d�une mani�re pitoyable et souvent d�plorable, de forcer les moyens de production et de communication moderne, dans le cadre des anciennes conditions de propri�t�, au d�triment du prol�tariat consommateur. Ces ouvriers excommuni�s par les patrons, qui cr�ent des soci�t�s de consommation, ce prol�taire qui devient cabaretier ou boutiquier, tous ces gens-l� changent bient�t leur vie prol�tarienne pour une existence de petit-bourgeois. �
Ces victimes de l�agitation prol�tarienne se transforment donc en petits bourgeois. Leur existence mat�rielle d�pend de fa�on directe de la situation plus ou moins florissante du parti. C�est ainsi qu�on arrive � un �tat de choses que l�on bl�me dans l�organisation de l��glise : des personnages salari�s, directement ou indirectement au service du parti et contraints, pour ainsi dire, � le soutenir envers et contre tous. Il se cr�e une arm�e compacte d�individus vivant sur ou par le parti. Et c�est �t� bien extraordinaire si cette m�tamorphose de certains �l�ments n�avait pas exerc� d�influence sur le mouvement socialiste, si purement prol�tarien, si net dans son caract�re r�volutionnaire au d�but. D�s que l��l�ment petit-bourgeois s�infiltre et m�me commence � jouer un r�le pr�pond�rant, il est tout naturel que le caract�re r�volutionnaire s�affaiblisse.
Comment serait-il possible en effet, dans un parti r�volutionnaire, de tenir chaque ann�e un congr�s qui dure toute une semaine ? Nul travailleur travaillant, � part de fort rares exceptions, ne peut prendre part � un congr�s de ce genre. Aussi les d�l�gu�s sont-ils habituellement des chefs locaux, pour la plupart boutiquiers de naissance ou encore devenus petits bourgeois par droit de conqu�te. Ainsi se forme une esp�ce d�hi�rarchie comme dans l��glise catholique. Les petits chefs locaux sont comme les cur�s de village. Les d�l�gu�s au Congr�s sont les �v�ques, les membres de la fraction socialiste au Reichstag les cardinaux et des circonstances d�pend s�il y a lieu ou non de proc�der � la nomination d�un pape. La fraction socialiste au dernier Reichstag se d�composait ainsi : 1 avocat, 2 rentiers, 10 r�dacteurs de journaux et auteurs, 4 cabaretiers, 7 fabricants de cigares et boutiquiers, 3 �diteurs et 3 n�gociants. Les six autres faisaient du trafic pour leur propre compte. Pas un seul travailleur sur ce quart de grosse de repr�sentants du peuple ! Et il ne saurait en �tre autrement, car un ouvrier ne peut pas risquer les chances si variables d�une �lection. Les actes et la tactique d�un parti ne peuvent d�avance et volontairement �tre arr�t�s ; ils subissent l�influence des �l�ments sociaux dont se compose le parti. Si un parti se compose de bourgeois, il sera capitaliste ; s�il se compose de petits bourgeois il pourra �tre anticapitaliste mais r�volutionnaire jamais ! Tout au plus sera-t-il r�formiste. Seul un parti compos� de prol�taires sera prol�tarien et socialiste-r�volutionnaire. Les �l�ments petit-bourgeois qui s�introduisent dans un parti tentent toujours d�y faire pr�valoir leur influence, et fr�quemment ils y r�ussissent. Souvent l�influence d�un petit-bourgeois �quivaut � celle de dix ouvriers salari�s. Le Dr M�ller a grandement raison en disant que l� o� les chefs s�imaginent peut-�tre se trouver a la t�te d�un parti prol�tarien, ils n�ont derri�re eux, en r�alit�, qu�un mouvement semi-prol�tarien qui menace de d�g�n�rer en un mouvement exclusivement petit-bourgeois.
Bakounine
[8] �crit dans le m�me sens : � Il faut bien le dire, la petite bourgeoisie, le petit commerce et la petite industrie commencent � souffrir aujourd�hui presque autant que les classes ouvri�res et si les choses marchent du m�me pas, cette majorit� bourgeoise respectable pourrait bien, par sa position �conomique, se confondre bient�t avec le prol�tariat. � Il en est ainsi dans tous les pays et cela constitue un danger pour le socialisme. Mais il est vrai aussi que � l�initiative du nouveau d�veloppement n�appartiendra pas � elle (la petite bourgeoisie), mais au peuple : en l�occident - aux ouvriers des fabriques et des villes ; chez nous, en Russie, en Pologne, et dans la majorit� des pays slaves, - aux paysans. La petite bourgeoisie est devenue trop peureuse, trop timide, trop sceptique pour prendre d�elle-m�me une initiative quelconque ; elle se laissera bien entra�ner, mais elle n�entra�nera personne ; car en m�me temps qu�elle est pauvre d�id�es, la foi et la passion lui manquent. Cette passion qui brise les obstacles et qui cr�e des mondes nouveaux se trouve exclusivement dans le peuple. � Tout ceci est exact en ce qui concerne le principe r�volutionnaire, mais en temps ordinaire, la petite bourgeoisie fait tout son possible pour entra�ner les prol�taires sur la voie des soi-disant r�formes pratiques.
C�est dans l��l�ment petit-bourgeois principalement que se recrutent les agitateurs ambulants, les chefs de mouvement dans les diff�rentes localit�s et les r�dacteurs des journaux du parti. Calwer juge s�v�rement ce genre de personnages. Il dit : � Nos �crivains se recrutent dans les milieux les plus h�t�rog�nes. Leur origine est toujours douteuse. Moi-m�me, par exemple, je suis un th�ologien qui n�ai pas pass� d�examen. Tel autre est �tudiant en droit, un tel ma�tre d��cole ou aspirant. Un quatri�me n�a m�me pas pu arriver aux �tudes sup�rieures. D�autres encore n�ont pas fait d��tudes du tout. Parce qu�il y a un Bebel dans notre parti, beaucoup : �crivains, artisans, typographes, journalistes, etc., s�imaginent que c�est chose tr�s facile de devenir, par ses propres efforts, un �crivain socialiste. Heureusement nous n�avons pas institu� de commission d�examens, mais des poumons solides et une langue venimeuse secondent puissamment l��crivain socialiste. Et c�est ainsi gr�ce � la concurrence que se font r�ciproquement ces personnages de si diff�rentes situations sociales, que des ignorants, n�ayant absolument rien compris au socialisme, s�introduisent dans notre mouvement en qualit� de r�dacteurs et d��crivains. Parfois aussi on aime � faire parade d�un de ces transfuges des � classes civilis�es � et quelque temps apr�s on assiste au spectacle de voir le monsieur abjurer solennellement tout ce que dans sa juv�nile pr�somption il a �crit ou racont� aux ouvriers. Et alors on fait des reproches � cet honn�te homme ! Si seulement nombre de ces �crivains qui n�ont jamais rien compris au socialisme voulaient suivre cet exemple ! Quel bien n�en r�sulterait-il pas pour notre agitation ! Oui, le � parvenir � l�enti�re compr�hension � n�est pas chose aussi ais�e qu�on le croit g�n�ralement. Cela exige en premier lieu de l��tude et de l�observation qui, � leur tour, demandent le loisir et les connaissances n�cessaires. Les exceptions confirment la r�gle. S�imaginer que les connaissances qui pr�c�dent les �tudes acad�miques et ces �tudes elles-m�mes puissent �tre remplac�es par quelque lecture et par la seule bonne volont� de devenir �crivain, c�est donner une preuve de la plus absolue incompr�hension du m�tier d��crivain. Lorsque des personnages capables tout au plus de remplir les fonctions de second r�dacteur sont � la t�te d�un journal, et qu�ils traitent du haut de leur grandeur des sous-r�dacteurs plus intelligents et qui ont plus de routine qu�eux-m�mes, alors ils donnent bien la preuve qu�ils poss�dent toute la pr�somption adh�rente � leur position mais nullement qu�ils disposent du savoir qu�on a le droit d�exiger chez nos r�dacteurs en chef. Or, ce savoir n�est pas uniquement bas� sur des aptitudes naturelles mais encore sur des �tudes m�thodiques, continu�es jusqu�� la fin des cours acad�miques. Ce qui ne veut pas dire que les �tudes universitaires suffisent pour former l��crivain socialiste. Nous avons, au contraire, des personnages ayant fait leurs �tudes et qui cependant ne comprennent rien au socialisme. Mais, munis de toute leur pr�somption universitaire en m�me temps que de leur titre doctoral ils se croient appel�s � jouer un r�le dans le mouvement. - Si je n��tais pas l�, qu�adviendrait-il de la social-d�mocratie ? Voil� ce qu�ils disent par leur attitude. A peine sont-ils entr�s dans le mouvement qu�ils croient tout savoir et tout conna�tre et qu�ils se posent en p�dagogues en face des travailleurs : Voil� ce que vous avez � faire, car moi, le docteur un tel, je crois cela juste. J�ai � peine besoin de faire ressortir ici que ces transfuges, dans la plupart des cas, eussent �t� totalement incapables de remplir les fonctions bourgeoises quelconques qui leur seraient �chues. Il faut donc attribuer la m�diocrit� de la litt�rature de nos �crivains � leur �ducation d�fectueuse et � leur pr�somption. Mais s�il leur a �t� possible de prendre une pareille attitude dans le parti, la faute en incombe moins � eux-m�mes qu�au petit-bourgeoisisme que nous avons d�j� d�crit. �
Les grandes v�rit�s contenues dans ces lignes me feront pardonner la longue citation. Moi-m�me j�avais �crit dans ce sens [9] et ma satisfaction est grande de retrouver les m�mes conclusions chez Calwer.
Le Dr M�ller traita la m�me question, ne fut-ce qu�en passant et voil� que nous voyons Bebel et autres arriver aux m�mes r�sultats. Quand j��crivais que le parti avait gagn� en quantit� ce qu�il avait perdu en qualit�, je fus trait� de calomniateur du parti allemand. Il ne me d�pla�t pas d�entendre formuler maintenant les m�mes critiques par ceux qui, � l��poque, m�accusaient de calomnie. Bebel notamment �crit dans le Vorwaerts, quatri�me article de sa s�rie : � Le parti, en ce qui concerne son d�veloppement intellectuel, a plut�t augment� en largeur qu�en profondeur ; au point de vue num�rique nous avons gagn� consid�rablement, mais quant � la qualit�, le parti ne s�est pas am�lior�. Cela, je le maintiens ! Car si cela n��tait pas, la crainte de l�embourbement et de la d�bilitation (Versumpfung, Verwasserung) du parti ne serait pas aussi grande qu�elle l�est aujourd�hui. � Il �crit encore que � bon nombre de nos agitateurs devraient s�efforcer de beaucoup mieux se mettre au courant qu�ils ne le sont actuellement. Ce serait le devoir du parti d�aider en leurs efforts ces hommes qui, pour la plupart, sont surcharg�s de travail et qui vivent dans des conditions mat�rielles prol�tariennes. � Et plus loin : � L�augmentation des forces �minentes et capables est rest�e de beaucoup en arri�re compar�e � la croissance du parti. Ce que nous avons gagn� sous ce rapport dans les cinq derni�res ann�es peut ais�ment se compter. � Il rappelle comment, il y a de cela dix ans, et alors qu�il n�y avait pas encore autant � craindre de l�embourbement, ce fut pr�cis�ment Vollmar qui, lorsque le renouvellement des lois d�exception contre les socialistes �tait � l�ordre du jour, �crivait dans le Sozialdemocrat de Zurich que le renouvellement de ces lois serait profitable au d�veloppement du parti. A cette �poque, il se rendait donc tr�s bien compte du p�ril, et � pr�sent que le parti est beaucoup plus en danger de perdre son caract�re prol�tarien et r�volutionnaire, ce n�est plus, h�las ! Vollmar qui l�ve la voix pour d�noncer le danger, mais, au contraire, il est devenu l�espoir de tous les �l�ments petit-bourgeois du parti. N�est-ce pas triste chose de voir ainsi sombrer, sous l�influence d�un changement de milieu, de si grandes facult�s ? Et s�il est du devoir du parti de repousser toute tendance aboutissant � la d�bilitation et l�embourbement du parti, comme le dit Bebel, alors on a agi d�une fa�on inexcusable par l�exclusion des � jeunes �, qui, de fait, ont exerc� la m�me critique que Bebel exerce maintenant. Pourquoi ne pas reconna�tre l�erreur et la faute commises par cette exclusion, et pourquoi ne pas essayer de les s�parer si possible ?
Mais revenons au congr�s. Bebel a incontestablement raison dans sa crainte de la d�bilitation du parti, puisque des socialistes vont jusqu�� voter le budget de l��tat, en Bavi�re. Mais pendant les discussions sur ce sujet, il fut prouv� que le m�me ph�nom�ne s��tait d�j� pr�sent� � Bade et � Hesse, sans que l�on ait pens� � incriminer les d�put�s socialistes coupables. Il y avait donc eu des ant�c�dents.
En ce qui concerne la question agraire, on fit preuve de la m�me ind�cision. Nous avons d�j� montr�, dans notre �tude : Le Socialisme en danger [10], comment Kautsky, dans sa brochure sur le programme d�Erfurt, professe les m�mes id�es que Vollmar au sujet de la question agraire. Messieurs les chefs du parti ne paraissent pas s�en �tre aper�us. Etaient-ils d�accord avec Kautsky ou bien s�int�ressent-ils si peu � ce qui s��crit, m�me de la part de leurs conseillers spirituels, que le fait leur ait �chapp� ?
Au cours des discussions sur la question agraire, Bebel disait : � Dans l�expos� de Vollmar nous constatons le m�me reniement du principe de la lutte des classes, la m�me id�e non socialiste de conqu�rir, par l�agitation, des contr�es qu�il est impossible de conqu�rir et qui, m�me si cela �tait possible, ne sauraient �tre gagn�es � notre cause que par la dissimulation ou le reniement de nos principes social-d�mocratiques. Excellent dans un certain sens et irr�prochable en ce qui concerne la d�termination de certains modes d�agitation suivis jusqu�ici - la derni�re partie quelque peu exag�r�e cependant - ce discours, dans sa partie positive, a �t� d�autant plus dangereux. Et ces passages dangereux ont �t� applaudis par un grand nombre de d�l�gu�s, ce qui corrobore ma conviction que, sur ce terrain aussi, il existe un manque de clart� auquel on ne s�attendrait pas chez des social-d�mocrates. �
Bebel fit remarquer que Vollmar n�avait rien dit des �l�ments qui devraient �tre l�objet principal de notre propagande : les valets de ferme, les ouvriers agricoles et les petits paysans. Par contre, il avait beaucoup parl� des agriculteurs proprement dits, envers qui notre propagande est de tr�s minime importance.
� Pas la moindre mention n�a �t� faite, dans la question agraire, du but final du parti. C�est comme si la chose n�existait pas. En 1870, lors d�un Congr�s tenu dans la capitale du pays par le parti ouvrier social-democrate, l��tat le plus � petit-paysan � de l�Allemagne, le Wurtemberg, se pronon�a ouvertement et sans ambages en faveur de la culture communautaire du sol. Le Allgemeine Deutsche Arbeiterverein fit de m�me. En l�an de gr�ce mil huit cent quatre-vingt-quatorze, on a tourn� autour de cette question, comme le fait un chat autour d�une assiette de lait chaud. Voil� le progr�s que nous avons r�alis�. �
Ledebour, se m�lant � la discussion, arrive � la m�me conclusion que nous, � savoir que Kautsky partageait les vues de Vollmar. Bebel pr�tendit ne pas avoir connaissance de ce fait, mais qu�il s�en informerait, et, que si la chose �tait vraie, il combattrait Kautsky aussi bien que Vollmar. Depuis, Bebel a d�clar� que Kautsky, dans sa brochure, n�avait professe aucune h�r�sie contre le Principe.
Ceci donna occasion � Ledebour de se prononcer plus cat�goriquement et il maintint au sujet de Kautsky et de Bebel ce qu�il avait dit. Dans sa brochure, Kautsky �crit : � La transition � la production socialiste n�a non seulement pas comme condition l�expropriation des moyens de consommation, mais elle n�exige pas davantage l�expropriation g�n�rale des d�tenteurs des moyens de production.
� C�est la grande production qui n�cessite la soci�t� socialiste. La production collective n�cessite �galement la propri�t� collective des moyens de produire. Mais tout comme la propri�t� priv�e de ces moyens est en contradiction avec le travail collectif, la propri�t� collective ou sociale des moyens est en contradiction avec la petite production. Celle-ci demande la propri�t� priv�e des moyens. L�abolition, par rapport � la petite propri�t�, en serait d�autant plus injustifiable que le socialisme veut mettre les travailleurs en possession des moyens de produire. Pour la petite production, l�expropriation des moyens de produire �quivaudrait donc � l�expropriation des possesseurs actuels - qui aussit�t rentreraient en possession de ce qu�on leur aurait enlev�... Ce serait de la folie pure. La transition de la soci�t� socialiste n�a donc nullement comme condition l�expropriation des petits producteurs et des petits paysans. Cette transition non seulement ne leur prendra rien, mais elle leur profitera grandement. Car, la soci�t� socialiste tendant � remplacer la production des denr�es par la production pour l�usage direct, doit aussi tendre � transformer tous les services (rendus) � la communaut� : imp�ts ou int�r�ts hypoth�caires devenus propri�t� commune, - en tant qu�ils n�auront pas �t� abolis, - de services p�cuniaires qu�ils �taient en services en nature sous forme de froment, vin, b�tail, etc. Cela serait un grand soulagement pour les paysans. Mais c�est impossible sous le r�gime de la production des denr�es. Seule la soci�t� socialiste pourra effectuer cette transformation et combattre ainsi une des causes principales de la ruine de l�agriculture.
� Ce sont les capitalistes qui, en r�alit�, exproprient les paysans et les artisans, comme nous venons de le voir. La soci�t� socialiste mettra un terme � cette expropriation [11]. �
En d�pit de leur style embrouill�, ces passages sont caract�ristiques et Ledebour nous para�t avoir absolument raison lorsqu�il dit que les consid�rations politico-agraires de Kautsky sont en parfait accord avec la tactique de Vollmar. Et lorsque Kautsky s�irrite a cause de ces d�ductions si logiques, Ledebour a encore raison quand il dit : � Si Kautsky veut que son livre plein de contradictions soit compris diff�remment, il faut d�abord qu�il s�efforce d��tre clair et qu�il refasse compl�tement ce livre. Un �crivain ne saurait �tre jug� que d�apr�s ce qu�il a �crit et non d�apr�s ce qu�il a voulu �crire. � Le fait est que Kautsky promet � un grand soulagement � (Erleichterung) aux petits paysans et qu�il croit possible la continuation de l�industrie petit-bourgeoise � c�t� de la production socialiste et collective. On ne veut donc exproprier que la grande industrie. Mais o� tracera-t-on la ligne de d�marcation ? Et lorsque Kautsky ajoute que � d�aucune fa�on on ne peut dire que la r�alisation du programme social-d�mocrate exige, en toute circonstance, la confiscation des biens dont l�expropriation serait devenue n�cessaire �, il faudrait �tre frapp� d�aveuglement pour ne pas voir que c�est Kautsky qui, dans sa brochure, tend la main � Vollmar. Il para�t �trange que l�on ne s�en soit jamais aper�u et, pour nous, c�est certainement une satisfaction d�avoir fait remarquer, le premier, les tendances petit-bourgeoises que renferme ce livre. Nous n�oserions pourtant pas affirmer, comme le fait Grillenberger, que Kautsky soit de cent lieues � plus � droite � que Vollmar et Schonlank.
Que Kautsky ait essay� de se laver de ces reproches, cela n��tonnera personne, mais nous doutons fort qu�il y ait r�ussi [12]. Il attribue l�interpr�tation erron�e de son livre � ce fait � que la conception mat�rialiste n�a pas encore suffisamment p�n�tr� ces mauvais entendeurs �. Il distingue entre une certaine forme de propri�t� et un certain mode de production et nous devons voir dans son �crit non l�id�e d�une continuation de la petite industrie dans la soci�t� socialiste, mais la conviction que la grande industrie socialiste y mettra plus vite un terme que, jusqu�ici, la grande industrie capitaliste n�a su le faire.
Apr�s tout, il est possible que Kautsky ait voulu dire cela, mais on nous accordera qu�il ne l�a pas dit et Kautsky ne doit donc s�en prendre qu�� lui-m�me si son incorrecte et d�fectueuse mani�re de s�exprimer a donn� lieu � une interpr�tation erron�e.
Le Congr�s de Cologne avait donn� mandat � une commission de pr�parer un programme agraire pour le Congr�s suivant de Breslau. La commission a fait son devoir et le programme agraire est publi�.
Quel est le r�sultat ?
Un pas en avant dans la direction du socialisme d��tat. Personne n�en peut �tre surpris, car c�est une cons�quence fatale.
Dans les consid�rants du programme, on peut lire qu�on veut faire de l�agitation en restant dans le cadre de l�ordre existant de l��tat et de la soci�t�. Figurez-vous bien qu�on veuille d�mocratiser les institutions publiques dans l��tat et dans les communes en s�enfermant dans le cadre des lois de l��tat prussien. Quel non-sens !
Le programme est incompr�hensible, car il est �crit dans un jargon allemand, soi-disant philosophique, et s�adresse au paysan allemand comme le latin dans la liturgie catholique. Quand ce paysan l�aura lu, il secouera certainement la t�te et il dira qu�il ne comprend rien � ce galimatias scientifique.
Seulement on peut constater que c�est l��tat qui remplit dans le programme le r�le de providence terrestre. Le mot �tat se trouve au moins dix fois dans le programme. En voici les points principaux pour prouver ce que nous avons avou� plus haut :
N� 7. L��tablissement d��coles industrielles et agricoles, de fermes mod�les, de cours agricoles, de champs d�exp�rimentation agricoles.
N� 11. La suppression de tous les privil�ges r�sultant de certains modes de propri�t� fonci�re ; la suppression de certains modes d�h�ritage, sans indemnit�, et aussi des charges et des devoirs, r�sultant de ces modes.
N� 12. Le maintien et l�augmentation de la propri�t� fonci�re et publique et la transformation des biens de l��glise en propri�t� sous le contr�le de la repr�sentation.
Les communes auront un droit de pr�emption sur tous les biens vendus � la suite de saisies immobili�res.
N� 13. L��tat et les communes devront louer � des associations agricoles ou � des paysans les biens domaniaux et commerciaux ou, lorsque cette m�thode ne sera pas rationnelle, donner � bail � des paysans sous le contr�le de l��tat ou de la commune.
N� 14. L��tat doit accorder des cr�dits aux syndicats pour am�liorer la terre par des travaux d�irrigation ou de drainage.
L��tat doit prendre � sa charge l�entretien des voies ferr�es, routes et canaux, ainsi que l�entretien des digues.
N� 15 L��tat se charge des dettes hypoth�caires et fonci�res et prend une rente �gale aux frais.
N� 16. Les assurances contre l�incendie, la gr�le, les inondations et les �pizooties seront monopolis�es, et l��tat devra �tendre le syst�me d�assurances � toutes les exploitations agricoles et accorder de larges indemnit�s en cas de catastrophes.
N� 17. Les droits de pacage et d�affouage devront �tre modifi�s de fa�on � ce que tous les habitants en profitent �galement.
Le droit de chasse ne sera plus un privil�ge et de larges indemnit�s devront �tre pay�es pour les dommages caus�s par le gibier.
La l�gislation protectrice des ouvriers devra �tre �tendue aux ouvriers agricoles.
On trouve aussi que pour la protection de la classe ouvri�re, l��tat fonde un office imp�rial de l�agriculture, des conseils d�agriculture dans chaque district et des chambres agricoles.
C�est l��tat toujours, partout ! Hors l��tat, point de salut !
Si ce n�est pas la du socialisme d��tat, quel nom faut-il donner � un tel projet ? M. Liebknecht, qui dit toujours que la derni�re lutte sera entre le socialisme d��tat et la social-d�mocratie, devrait nous expliquer quelle est la diff�rence entre le projet social-d�mocratique de la commission, dont il fut un des membres, et le socialisme d��tat.
Nous conseillons � chacun de lire dans les petits pamphlets de Bastiat (�uvres choisies chez Guillaumin) le chapitre de l��tat et d�examiner sa d�finition, que � l��tat est la grande fiction � travers laquelle tout le monde s�efforce de vivre aux d�pens de tout le monde �.
Kautsky [13] a critiqu� le projet de telle mani�re qu�il est tout � fait disloqu�.
Nous allons donner quelques-unes de ses conclusions comme un bouquet de fleurs, et chacun pourra juger combien admirable �tait le programme propos�.
� Le projet supprime la caract�ristique du parti enti�rement ; il ne donne pas ce qui nous s�pare des d�mocrates et des r�formateurs sociaux, mais bien ce que nous avons de commun et ainsi on re�oit l�impression que la social-d�mocratie n�est qu�une sorte de parti r�formateur d�mocratique.
� La social-d�mocratie d�clare dans la partie principale du programme qu�il est impossible d�am�liorer la position sociale de la classe prol�tarienne dans la soci�t� actuelle. Quelques couches sociales peuvent arriver � un mode de vie qui, absolument, est plus �lev�, mais, relativement, c�est-a-dire vis-�-vis de leurs exploiteurs, la position doit empirer. Et dans le second parti nous consid�rons comme de notre devoir d�am�liorer avant tout la position sociale de la classe prol�tarienne.
� Nous n�avons plus un programme agraire d�mocratique mais un simple programme agraire ; non pas un programme, qui transporte la lutte des classes parmi les poss�dants et les non-poss�dants de la terre, mais un programme qui a pour but de subordonner la lutte des classes du prol�tariat aux int�r�ts des propri�taires du sol.
� La commission agraire veut une augmentation consid�rable de la propri�t� de l��tat dans le cadre de l�ordre actuel de l��tat et de la soci�t� �. Mais qu�est-ce que cela signifie, sinon d�alimenter le Moloch militaire ? Les r�sultats de l�administration fiscale sont-ils si beaux ? La position des ouvriers de chemins de fer d��tat et des mines d��tat est-elle si excellente, si libre, qu�on doive souhaiter une augmentation du nombre d�esclaves �tatistes en faveur de la lutte des classes ?
La commission elle-m�me a compris le danger de ses desiderata et c�est pourquoi elle y a ajoute : � sous le contr�le de la repr�sentation du peuple, � mais Kautsky dit tr�s bien : � la croyance dans l�influence miraculeuse cl� ce contr�le reste une pure fiction d�mocratique (K�hlerglaube [14]), dans cette p�riode de Panamisme, de majorit�s Crispiennes, de pillages des politiciens am�ricains, etc. Le � contr�le de la repr�sentation du peuple � ne donne pas du tout une garantie pour l�int�grit� des affaires qui se feront � la campagne, ni pour l�am�lioration de la position des ouvriers d��tat.
Kautsky dit qu�on voulait que la commission agraire donn�t : � Un programme, dans lequel l�harmonie des int�r�ts des propri�taires du sol et des non-propri�taires f�t obtenue, c�est-�-dire la quadrature du cercle �. Tr�s bien, mais pourquoi la commission acceptait-elle un mandat aussi insens� ? Est-ce que les social-d�mocrates, vieillis dans le mouvement, n�ont pas pr�vu cela ?
� Les propositions de la commission agraire pour la d�fense de la classe ouvri�re sont muettes sur la d�fense m�me des ouvriers agricoles �.
Un programme agraire social-d�mocratique qui ne change rien au mode de reproduction capitaliste est un non sens.
Est-ce que cette critique est suffisante, oui ou non ?
*
* *
Au Congr�s de Breslau une lutte s�engagea entre les partisans et les ennemis du projet.
Mais quel changement de r�les !
Bebel, qui �tait encore, l�ann�e d�avant, le d�fenseur des radicaux, l�ennemi des pitoyables tendances petit-bourgeoises dans le parti, s��tait converti et fut l�avocat de la droite marchant avec Vollmar la main dans la main. Le Saul de l�ann�e pass�e s��tait chang� miraculeusement en Paul et il fut le principal d�fenseur d�un programme qui ne m�rite pas de place dans le cadre des revendications