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  Post� le mercredi 22 mars 2006 @ 03:10:35 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
GuerrePublications des � TEMPS NOUVEAUX � - N� 17 - 1901



Je commence par constater que nous serons tous d�accord que les guerres ne d�pendent pas des fantaisies personnelles des princes ou des membres des gouvernements. Ceux-ci, en effet, ne sont que des instruments, des marionnettes plac�es en avant, tandis que les v�ritables auteurs restent au second plan. Ce ne sont pas les individus porteurs de couronnes et chamarr�s d�or qui sont les v�ritables rois de la terre, non ! ce sont les financiers, les banquiers, les capitalistes. Les capitalistes eux-m�mes le savent tr�s bien, point n�est besoin d�aller leur dire ces choses, mais le peuple, h�las ! n�en est pas encore suffisamment p�n�tr�. Une anecdote tr�s connue et l� pour l�instruire � ce sujet. Il y a quelques ann�es, lorsque l�Europe �tait encore une fois menac�e de guerre, on donna � Paris un bal o� �taient pr�sents plusieurs diplomates et aussi Mme de Rothschild. Un de ces diplomates caressait le projet de danser avec elle et d�avoir, en causant, son opinion sur la situation qui, probablement, serait celle de M. de Rothschild. Aussi, bien vite notre diplomate ayant � son bras Mme de R... se promenait dans la salle de bal richement d�cor�e et, apr�s avoir caus� avec elle de plusieurs choses indiff�rentes, il lui posa inopin�ment la question : � Eh bien : Madame, qu�en pensez-vous ? Sera-ce la guerre ou non ? � Alors Mme de Rothschild donna une r�ponse si br�ve et si claire que tout ouvrier pourra se la graver dans la m�moire, elle est plus �loquente que des livres savants, que de longues expositions. Elle r�pondit : � Non, Monsieur, il n�y aura pas de guerre, car mon mari ne donne pas l�argent ! �

Parfaitement ! Si les banquiers ne procurent pas l�argent, les princes, les gouvernements ne peuvent pas faire la guerre, car, comme dit l�ancien dicton : Point d�argent, point de Suisses !

L�argent est le nerf de la guerre.

Pourquoi faisait-on la guerre dans l�antiquit� ? Pourquoi la fait-on encore aujourd�hui ? Tout d�abord c�est la faim qui y pousse. Dans les temps primitifs, l�homme sauvage avait un int�r�t � faire la guerre. S�il �tait vainqueur, il d�nait de son ennemi. Plus tard, sa position devint autre, mais la guerre restait au fond la m�me chose. Le vainqueur faisait travailler le vaincu � son profit. il prenait le sol, les moyens de production et de la sorte il pouvait mieux pourvoir � ses besoins. Et c�est l� le cas de nos jours comme au moyen �ge. Les industriels, les capitalistes produisent toujours plus, mais que doivent-ils faire de leurs produits ? Ils doivent chercher de nouveaux d�bouch�s � leurs marchandises ? Nos guerres modernes sont donc des guerres commerciales, sociales. Au lieu d�augmenter ici le nombre des consommateurs de sorte que ceux-ci ach�tent les denr�es, on cherche ailleurs un march�. Nos �conomistes crient qu�il y a surproduction, puisqu�ils ont leurs magasins bourr�s, tandis que les producteurs n�en obtiennent rien. C�est l� un mensonge. Ce n�est pas surproduction, c�est sous-consommation qu�il faut dire. Comme Fourier le disait un jour : Nous souffrons la mis�re, parce qu�il y a trop. Nous avons faim parce qu�il y a trop de pain, nous allons mal v�tus parce qu�il y a trop d�habits, nous n�avons point de souliers, parce qu�il y a trop de souliers. Voil� le non-sens savant qu�on nous enseigne aux universit�s ! Donc on fait la guerre pour trouver de nouveaux d�bouch�s sur tous les points de la terre, afin d��couler les stocks. Nos guerres �manent de nos mauvais rapports sociaux. Elles ont encore une autre cons�quence : elles font un d�blai parmi les peuples de l�Europe, comme le faisait un jour remarquer un g�n�ral. Il y a tant de sans-travail ! Cela finit par constituer un danger. Si par une guerre on peut se d�barrasser de tous ces �l�ments factieux, elle est une v�ritable soupape de s�ret� pour notre soci�t�.

Donc la guerre a un double but : se d�barrasser de marchandises et se d�barrasser des gens embarrassants. Pourquoi donc les guerres ? Parce que les hommes d�argent la veulent, car par elle ils remplissent leur caisses. Et il faut que les coffres-forts soient pleins, car pour la bourgeoisie l�argent vaut mieux que les hommes. Gagner de l�argent, voil� le but supr�me de la bourgeoisie, et vous pouvez �tre s�rs qu�un bourgeois sacrifierait sa propre patrie plut�t que de perdre une occasion de s�enrichir. N��taient-ce pas les capitalistes anglais qui fournissaient aux r�publiques sud-africaines les canons et les munitions qui serviraient plus tard � abattre les soldats anglais ? Le ministre Chamberlain n�est-il pas un des plus grands actionnaires de la fabrique d�armes de guerre qui faisait de si bonnes affaires avec ses fournitures aux r�publiques sud-africaines ? Les usines anglaises et allemandes ne vendaient-elles pas aux Chinois l�artillerie et les fusils dont ceux-ci se servent � pr�sent contre les puissances unies ?

Nous voulons illustrer par un exemple pourquoi on fait la guerre et, � cette fin, nous allons d�velopper les dessous de la derni�re guerre chino-japonaise.

L�argent ne vaut pas beaucoup. Un kilogramme d�or vaut un peu plus de 3200 francs, un kilo d�argent un peu plus de 100 francs et encore la quantit� d�argent est beaucoup plus grande que celle de l�or. Comme la valeur de l�argent est tellement inf�rieure � celle de l�or, il est facile de comprendre qu�il faut une quantit� beaucoup plus grande du premier m�tal pour avoir une valeur �gale ; 32 fois plus d�argent que d�or, puisque 32 fois 100 font 3200. Pour avoir en argent la valeur d�une pi�ce d�or de 20 fr., il me faut un poids de 32 fois celui de la pi�ce de 20 fr. Une pi�ce de 20 fr. p�se 6 gr. 7, donc quatre pi�ces de 5 fr. devraient avoir un poids de 32 X 6 gr. 7 = 214 gr. 4. Si elles p�sent moins, il est �vident que l��tat nous vole. Or une pi�ce de 5 fr., pesant 25 gr., quatre p�sent 4 X 25 gr. = 100 gr. ; donc sur 20 fr. l��tat vole � ses concitoyens 114 gr. 4 d�argent, soit plus de 20 fr. En d�autres mots : pour la m�me pi�ce d�or de 20 fr. que la Banque nationale me paie quatre pi�ces d�argent de 5 fr., je devrais recevoir huit pi�ces de 5 fr. + 2 fr. 50. On voit donc quels sont les v�ritables faux monnayeurs. Mais c�est un monopole de l��tat que la fabrication de la fausse monnaie. Si un particulier fait la m�me chose, il ira � la prison, cela reste un privil�ge d��tat.

Un jour, je vis une jolie caricature. Elle repr�sentait le ministre de la justice derri�re une table verte. Deux agents de police introduisent un monsieur tr�s bien habill�, porteur d�un chapeau cylindre et d�une canne, qui se d�m�ne comme un diablotin entre les mains des policiers. C�est le ministre des finances, M. Pierson, ex-pr�sident de la Banque des Pays-Bas.

- Le monsieur : Laissez-moi, je suis comme qui dirait le repr�sentant de l��tat des Pays-Bas.
- L�agent : Fadaises ! Ce sournois est � la t�te d�un complot, ils mettent en circulation des florins qui ne valent que 47 cents et demi ! (Un florin = 2 fr. = 100 cents.)

Les gouvernements donnent donc l�exemple du faux monnayage. En Am�rique, il y a des dollars d�argent en grande quantit�, mais en Chine et au Japon on s�en sert �galement comme monnaie. Plus le prix de l�argent s�abaisse, plus on perd en recevant des dollars d�argent. il fallait donc se d�barrasser le plus possible de tous ces dollars et de tout cet argent.

Que faire ? La Chine et le Japon ont des dollars en quantit� suffisante pour les affaires courantes. Seulement, lorsqu�il se passerait quelque chose d�extraordinaire, ils auraient besoin de plus. Donc les banques se mirent � l��uvre. Des agents am�ricains et europ�ens furent envoy�s aux deux pays - non pas pour corrompre les autorit�s, que non ! les autorit�s ne se laissent jamais corrompre, ce sont toujours des gens honn�tes ! - mais enfin la Chine achetait en Am�rique des masses d�argent et, apr�s l�avoir fait pendant six mois, tout � coup la guerre fut d�clar�e. Restait � savoir qui gagnerait ? Pour les banquiers, il �tait plus avantageux que la Chine perd�t, car apr�s une telle guerre une des parties paie une indemnit� de guerre. Le Japon est un vaste pays, mais petit en comparaison de l��tendue �norme de la Chine. Voil� pourquoi la Chine peut se procurer de l�argent plus facilement, en raison des grandes ressources naturelles de ce vaste empire. donc le Japon �tait victorieux et il fallait que le Chinois pay�t les dommages.

Cela constituait une excellente affaire pour les banquiers. La Chine emprunta d�abord 400 millions de francs qu�elle re�ut en argent, puis 72 millions qu�elle re�ut un argent, puis 44 millions qu�elle re�ut encore en argent. donc elle re�ut de l�argent avec obligation de payer les int�r�ts en or, autre source de gain pour les banquiers qui avaient achet� tout cet argent pour une quantit� relativement petite d�or. Ils gagnaient des fortunes. Alors ils se concert�rent, avec les fabricants de vaisseaux, de canons et de fusils, que tout ce que le Japon et la Chine commanderaient en Europe devrait �tre pay� en or, sur lequel on gagnait encore une bonne somme.

Toute la guerre chino-japonaise ne fut donc qu�une �uvre concert�e par les financiers. Eh bien ! les financiers constituent la bourgeoisie. Toutes les guerres sont �galement des guerres de banquiers.

Soldats, la bourgeoisie qui vous pr�che que c�est un honneur de servir la patrie se moque de vous dans son cabinet, si vous �tes assez na�fs pour le croire ; elle sait qu�elle vous trompe en vous disant ces choses.

Tout ce qu�ils vous content de � patrie �, d�� amour pour la dynastie �, de courage, de fid�lit�, etc., ne sert qu�� vous �tourdir, qu�� vous �blouir de fa�on que vous ne soyez plus capables de comprendre � quoi on vous emploie.

Soldats, vous �tes les sentinelles devant les coffres-forts de la bourgeoisie. L�arm�e d�fend les richesses des banquiers. La classe poss�dante a si bien arrang� les choses qu�elle ne d�fend pas elle-m�me ses propri�t�s - elle et trop l�che, trop couarde pour cela ! - mais qu�elle les fait garder par les non-possesseurs. A leur point de vue, c�est logique. Mais comment signaler la b�tise, la moutonnerie de ces non-possesseurs, de ceux qui n�ont rien � perdre et qui se laissent employer comme chair � canon au service des autres, de leurs ennemis, les possesseurs !Que les brebis soient tondues puisqu�elles sont les plus faibles, � cela, il n�y a rien d��tonnant, mais que dire des brebis qui choisissent elles-m�mes leurs �corcheurs ! C�est l� le comble de la b�tise, et l�envie nous prend de crier � ces gens : Tu l�as voulu, George Dandin, tu ne m�rites pas d�autre sort !

Les guerres sont rendues possibles par l�esprit militariste, artificiellement entretenu dans le peuple. Croyez-vous qu�un Chamberlain, qu�un Cecil Rhodes pourraient faire la guerre s�ils n�avaient pas eu soin d�avoir derri�re eux un parti puissant ? La presse n�a-t-elle pas pendant des mois excit� m�thodiquement le peuple anglais contre les Boers ? Oh ! cette presse ! On l�appelle un bienfait et pourtant elle est dans les mains des capitalistes le moyen d�empoisonner toutes sources d�une vie populaire saine. Il y a des ligues contre la falsification des denr�es, pour la protection des animaux, mais o� trouver une ligue qui prot�ge le peuple contre l�empoisonnement de l�opinion publique par la presse qui, tous les jours, verse son venin goutte � goutte et paralyse les cerveaux de milliers d�hommes ?

On veut pr�tendre que l�esprit militariste diminue beaucoup.

O� sont les preuves pour cela ? Ce ne sont que des mots en flagrante opposition avec la r�alit�. Toute la vie humaine subit d�s la plus tendre jeunesse l�influence du militarisme, influence incroyablement forte et qui la p�n�tre enti�rement, bien plus que ne le pensent la plupart des hommes qui ne r�fl�chissent gu�re.

Je vais vous montrer combien la soci�t� est impr�gn�e de l�esprit militaire. En quoi consistent pour une grande partie les joujoux des enfants ? Entrez dans les bazars et regardez autour de vous : ce ne sont que sabres, fusils, �charpes, drapeaux, tambours, casques, qui vont accoutumer les enfants d�s le premier �ge � manier avec une certaine pr�dilection des instruments de massacre. Puis on y voit des fantassins et des cavaliers en plomb, de grandes forteresses, des canons et autres choses semblables que l�on donne comme joujoux. Au lieu d��loigner d�eux tous ces objets, on les leur rend familiers. Jouer aux soldats est une occupation favorite et combien les grands savent sp�culer sur les pr�f�rences de la jeunesse, on peut s�en rendre compte lorsqu�on voit une troupe de soldats traverser nos rues, musique en t�te, sur le rythme d�airs gais et enivrants, entour�s de nu�es d�enfants, qui naturellement pensent : Lorsque je serai grand, je veux aussi marcher dans les rues en si belle tenue !

Dans l�enseignement, l�esprit militaire joue un grand r�le.

Voyez les livres d�images : combien est grande la place qu�on y c�de aux soldats et aux combats ! Les livres de lecture contiennent toutes sortes de r�cits d�actes d�h�ro�sme sur le champ de bataille. Quels sont nos h�ros ? non pas de pr�f�rence ceux-l� qui se sont distingu�s dans le domaine de la science et de l�art, qui faisaient des d�couvertes, des inventions utiles, mais toujours et partout un encha�nement de batailles et elle ne revient que trop souvent au refrain monotone : Celui-ci d�fit celui-l� et fut un prince puissant. L�esprit de guerre est cultiv� chez les enfants aussi bien par les joujoux qu�on leur donne que par les livres d�images, et ainsi s�introduit chez les enfants, en jouant, une fausse direction d�esprit, bien souvent sans que les �ducateurs le veuillent ou le fassent par pr�m�ditation. N�est-il pas faux de pr�senter aux enfants sous le nom de h�ros exclusivement ceux qui manient le fer et le feu, qui se distinguent au champ de bataille ?

Comme si un Luther, lorsqu�il s�en alla � la di�te de Worms malgr� l�avis de ses amis en disant : Fussent-il � Worms autant de diables que de tuiles sur les toits, j�irai tout de m�me ! ne montra pas plus de courage que la plupart des militaires n�en montrent au � champ d�honneur �, lorsque dans un coup d��tourdissement, il font preuve de toute leur bestialit� au d�triment de leur prochain ! Comme si un Zola, en lan�ant � la face de tout le monde militaire et politique son J�accuse,ne fit pas preuve d�un h�ro�sme bien plus grand que celui de tous ces galonn�s qui s�en vont, avec leur artillerie � longue port�e, faire la guerre � des aborig�nes mal arm�s dans d�autres parties du monde. Comme si un m�decin qui brave la mort en allant visiter des malades contagieux et en �tudiant des maladies dangereuses ne montre pas plus de courage moral que le premier sabreur venu qu�on loue en raison du nombre de gens qu�il a tu�s, comme les Dayaks des Indes orientales respectent le plus le guerrier qui peut montrer le plus grand nombre de cr�nes d�ennemis d�capit�s de sa main. Le patriotisme ne rapporte-t-il pas r�guli�rement leurs surnoms : le Grand, le Glorieux, etc., � la mani�re dont ils se sont distingu�s sur le champ de bataille ? Ne parle-t-on pas de � guerres saintes �, de � devoirs nationaux � et de pareilles choses avec lesquelles on �gare la raison des peuples ?

Dans tous les pays, le roi est soldat en premier lieu. A peine un petit prince sait-il se tenir sur ses jambes qu�il est bombard� lieutenant et il semble naturel que tous les princes soient chefs d�arm�e ou de flotte. L�id�al de l�empereur Guillaume II est d�avoir dix fils et de faire de chacun le chef d�un des grands corps d�arm�e. Pourquoi les princes se montrent-ils en toute occasion en costume militaire ? Pourquoi ouvrent-ils les sessions parlementaires rev�tus de l�uniforme de g�n�ral de hussards ou chefs d�infanterie ? N�est-ce pas pour bien montrer aux parlements qu�en cas de besoin ils se moqueront bien des d�cisions parlementaires et que l��p�e, une fois, tir�e, p�se plus que cent discours ? Le pr�sident de la R�publique fran�aise n�a-t-il pas une maison militaire ? Notre jeune reine n�a-t-elle pas, elle aussi, sa maison militaire ? A quoi sert cela ? Pourquoi le ministre dont le ressort comporte les forces de terre porte-t-il le titre de � ministre de la guerre � ? C�est comme si ses fonctions �taient de faire la guerre ! On ferait peut-�tre mieux en d�cernant aux ministres de la guerre et de la marine les titres de � ministres de querelles s�ches et mouill�es �. Tout concourt � �veiller chez les princes une pr�dilection pour les affaires militaires et � se regarder comme des sp�cialit�s sous ce rapport. ainsi toute la vie est impr�gn�e d�un esprit militariste et quoique tous les hommes, pris s�par�ment ha�ssent la guerre d�une haine absolue, nous voyons n�anmoins que tous ensemble font de leur mieux pour favoriser la guerre. Proudhon pourrait encre r�ver que la paix serait l��uvre du dix-neuvi�me si�cle ; quant � nous, nous sommes moins optimiste et n�osons point encore affirmer qu�elle sera l��uvre du vingti�me.

Tout ce qu�on a fait dans les derniers temps, c�est d�avoir ajout� au militarisme l�hypocrisie. On feint l�amour de la paix par des paroles, mais de fait, on se pr�pare � la guerre. La com�die la plus d�go�tante qu�ont jou�e les d�tenteurs de la force comme finale pour ce si�cle, c�est la com�die de la paix faite � la Haye en 1899. Il n�existe pas de plus grande hypocrisie que ce message de la paix, adress� aux puissances par l�empereur de toutes les Russies, dans lequel il est dit que le maintien de la paix g�n�rale est l�id�al vers lequel doivent tendre tous les efforts de tous les gouvernements. Et voyons � pr�sent ses actes !



20 sept. 1898. Ordre d'augmenter et de fortifier la flotte de canonni�res dans la mer Caspienne.
15 nov. 1898. D�cision de faire construire deux nouveaux cuirass�s jaugeant 12.674 tonnes.
1er d�c. 1898. Bannissement de 5.000 Doukhobors de la Caucasie russe, qui sont forc�s d'�migrer au Canada parce qu'en hommes pacifiques ils ne voulaient pas porter les armes.
4 d�c. 1898. Assassinat pr�m�dit� de prisonniers politiques, commis � Irkoutsk, en Sib�rie, par ordre du commandant militaire.
14 d�c. 1898. Ordre de construire dix nouveaux contre-torpilleurs.
20 d�c. 1898. Le ministre de la marine publie, annonce avoir estim� � plus de 90 millions de roubles la construction de nouveaux vaisseaux de guerre, de nouveaux docks pour la marine de guerre, � Saint-P�tersbourg, en Finlande et � Port-Arthur. Augmentation de la flotte de 4 cuirass�s, 6 croiseurs, 2 canonni�res et cr�ation d'une flotte de torpilleurs et de contre-torpilleurs.
12 janvier 1899. remise du budget avec une augmentation de 34 millions de roubles pour l'arm�e et de 16 millions pour la flotte.
18 janv. 1899. Les troupes russes aux fronti�res de l'Afghanistan sont port�es au nombre de 20.000 hommes pr�ts � marcher sur H�rat.
Trois r�giments sont envoy�s � Helsingfors pour obtenir de force du parlement finlandais l'augmentation des troupes en Finlande.
19 janv. 1899. Le ministre de la marine fait construire un nouveau croiseur de premi�re classe de 6.250 tonnes et deux torpilleurs de 350 tonnes.
Puis on d�cr�te la construction de 3 cuirass�s de 12.700 tonnes et de 2 croiseurs de 6.000 tonnes et de 3.000 tonnes.

Vive la conf�rence de la paix, de la paix consistant dans une augmentation incessante des forces de terre et de mer !

Le budget de l�Angleterre pour l�exercice 1899-1900 surpassa le pr�c�dent de 25 millions de francs, tandis que le contingent de l�arm�e fut renforc� de 1.493 hommes et de 5 batteries avec, en perspective, 10 autres batteries pour 1900.

Le gouvernement allemand proposa imm�diatement apr�s une augmentation de 23.277 hommes � r�aliser dans quatre ans, ce qui a �t� accept� avec remise d�une troisi�me partie. Et les projets de l�empereur concernant la flotte ont �t� accept�s en principe.

Est-ce l�, oui ou non, de l�hypocrisie ? tous, soi-disant, veulent la paix et cependant les arm�es augmentent et des d�penses militaires se font toujours plus lourdes !

Mais aussi que peut-on attendre d�un tsar comme pr�coniseur de la paix, de celui qui, dans une m�me ann�e, dans l�ann�e m�me du message de la paix (1898) a envoy� en Sib�rie pas moins de 1.000 d�tenus politiques pour y mourir d�une mort lente mais s�re, qui fait quitter le pays � 20.000 citoyens pacifiques � qui il ne restait pas d�autre moyen de se soustraire aux maltraitements pacifiques ( !) du gouvernement tsariste.

Mais probablement on s�arme jusqu�aux dents par seul amour de la paix et les puissances font preuve de leurs intentions pacifiques en poussant jusqu�� la folie les d�penses militaires et les contingents d�arm�es.

C�est l� l�application du mot ail� : Si vis pacem, para bellum. Cette th�orie ne peut pas �tre mieux d�montr�e dans toute son absurdit� que par cette causerie entre voisins :


- Voisin A. - Mon cher voisin, comme je suis bien aise que nous ayons toujours v�cu en bonne entente ! Voil� pourquoi j�ai achet� une bonne trique, regarde voir.
- Voisin B. (examinant la trique) - En effet, voil� une bonne verge. Avec cela on pourrait � merveille enfoncer un cr�ne. Combien c�est heureux que nous vivions en bonne intelligence ! Donc je vais m�acheter, moi aussi, une trique pareille, bien que j�aie plut�t besoin de mon argent pour mon m�nage.

Quelque temps apr�s :

- A. - Regarde, voisin. Je me suis d�fait de ma trique en la donnant � quelqu�un qui �tait moins civilis�, car, tout bien consid�r�, c�est une mani�re d�agir tr�s grossi�re que de s�assommer avec un b�ton. Voici un sabre qui est bien plus facile � manier et bien plus �l�gant. Je suis si content de m�entendre si bien avec mes voisins et de vivre en paix.
- B. (examinant le sabre). - Oui, pour s�r qu�il est heureux que nous soyons des chr�tiens. Le christianisme, c�est l�amour de la paix. donc, je vais par biens�ance me procurer aussi un sabre. Une trique, c�est apr�s tout un peu... pa�en.

Encore quelque temps apr�s :

- A. - Eh voisin, viens donc voir ! Tiens, j�ai un fusil. C�est infiniment plus efficace qu�un sabre. Pourtant je le garde... puisque nos relations sont si pacifiques. Mais je prends le fusil avec.
- B. (examinant le fusil). - Bon, je vais acheter aussi un fusil.

Rentr� chez lui, B. dit � sa femme :

- Donne-moi quelques francs pour un fusil.
- La femme. - Es-tu fou ? Un fusil ? Je n�ai pas de quoi acheter des habits pour les petits.
- B. - Eh ! emprunte un peu d�argent !
- La femme. - Je ne peux plus me d�faire de rien pour le donner comme gage.
- B. - Nos enfants deviennent plus grands et plus forts. il payeront bien la dette que nous faisons et ils c�deront une partie du fruit de leur travail pour payer les int�r�ts.

- Les enfants crient : Nous avons si faim !

- B. - Taisez-vous : Je ne peux souffrir le m�contentement. J�aime la libert� et � chacun de vous je permets d�avoir aussi faim qu�il lui plaira, pourvu qu�il ne commence pas � devenir m�content.

La m�re et les enfants se mettent � pleurer et, par pur amour de la paix, il leur est administr� une bonne racl�e.

Et cela continue entre les deux voisins.

Ils arment quelques uns de leurs enfants afin de pouvoir mieux vivre en paix ensemble et pour faire passer � tabac les autres enfants et les faire fusiller par leurs fr�res arm�s, quand la mis�re les pousse � se r�volter contre l�autorit� paternelle. Ainsi les divers m�nages continuent � vivre une vie de mis�re.

Toujours on ach�te de nouvelles armes pour lesquelles on trouve toujours l�argent n�cessaire, mais aux affam�s on refuse du pain. Chaque ann�e, les voisins viennent se donner mutuellement l�assurance qu�il y a entre eux une parfaite entente et que la paix ne court aucun risque d��tre troubl�e


Que dirait-on de voisins qui agissent de la sorte ?

Ou bien on les enfermerait dans une maison de sant�, ou bien on les mettrait en prison, pour maltraiter leurs enfants.

Et pourtant les rapports entre les puissances sont de fait les m�mes. Chaque ann�e, les peuples d�gustent des discours semblables prononc�s avec un front d�airain dans les parlements et les gouvernements traitent les peuples juste de la m�me fa�on que les voisins traitent leurs enfants.

D�j�, il y a cent cinquante-neuf ans, Montesquieu �crivait les paroles suivantes qui sont vraies aujourd�hui encore et d�une actualit� comme s�il les avait �crites hier :


� Une maladie nouvelle s�est r�pandue en Europe ; elle a saisi nos princes et leur fait entretenir un nombre d�sordonn� de troupes. Elle (lacune) redoublements et elle devient n�cessairement contagieuse, car aussit�t qu�un �tat augmente ce qu�il appelle ses troupes, les autres soudain augmentent les leurs ; de fa�on qu�on ne gagne rien par l� que la ruine commune. chaque monarque tient sur pied toutes les arm�es qu�il pourrait avoir si les peuples �taient en danger d��tre extermin�s ; et on nomme paix cet �tat d�effort de tous contre tous. Aussi l�Europe est-elle si ruin�e que les particuliers qui seraient dans la position o� sont les trois puissances de cette partie du monde les plus opulentes n�auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce de tout l�univers et bient�t, � force d�avoir des soldats, nous n�aurons plus que des soldats, et nous serons comme les Tartares. La suite d�une telle situation est l�augmentation perp�tuelle des tributs, et, ce qui pr�vient tous les rem�des, on ne compte plus avec les revenus, mais on fait la guerre avec son capital. N�est-il pas vrai de voir des �tats hypoth�quer leurs fonds pendant la paix m�me et employer pour se ruiner, des moyens qu�ils appellent extraordinaires, et qui le sont si fort que le fils de famille le plus d�rang� les imagine � peine. �

Appliquez ces paroles � notre soci�t� et demandez-vous si elles ne sont pas vraies mot � mot, si les gouvernements n�ont pas ouvert un concours, pour voir lequel d�eux aura le plus vite men� le peuple � une ruine compl�te.

On parle d�humaniser la guerre ! Peut-on �tre plus hypocrite ? L�id�e d�humaniser la guerre est aussi ridicule que celle d�am�liorer les prisons. A quelques am�liorations sans importance pr�s, on ne peut que d�molir les prisons. De m�me il ne reste rien que d�abolir les guerres.

Est-ce que les balles � humanis�es � ne feraient pas de victimes ? Ou bien veut-on en fabriquer munies d�un empl�tre qui panse lui-m�me la blessure faite par la balle ?

Non-sens ! Ne vous servez pas de balles, voil� ce qui vaut mieux que d�employer des balles humanis�es !

L�humanisation de la guerre ! - Peut-�tre sous les �gides de l�empereur Guillaume d�Allemagne qui, au nom de la civilisation, combat les Chinois incivilis�s en n�accordant pas de pardon, en enfilant � la ba�onnette femme et enfants ! Europe, couvre ta face � la nouvelle de telles barbaries !

Mais les Chinois incivilis�s ont approfondi les Europ�ens civilis�s ! Il y a peu de temps, un savant chinois �crivait sur leur compte :


� D�abord viennent les hommes aux habits noirs (les missionnaires), qui pr�tendent nous ouvrir gratis les portes du ciel,

En v�rit�, ils se font les espions des hommes en habits blancs.

Ceux-ci viennent et font commerce avec nous, nous trompent et nous escroquent. Mais lorsque nous demandons des comptes � ces hommes blancs, il arrive enfin des hommes en habits multicolores avec des canons et des fusils et... qui nous tuent ! �


Voil� bien la description du capitalisme mondial, international : autel, coffre-fort et arm�e !

Si je ne me trompe, nous avons devant nous une p�riode de r�action. Rome est plus puissante que jamais, surtout par les capitaux dont elle dispose et par une bande de pr�tres sur lesquels elle peut compter : perinde ac cadaver ! �glise et arm�e marchent de front et le capitalisme proclamera plut�t le pape chef du monde que de donner au peuple ses droits. Le bourgeois, qui, soi-disant, d�teste la guerre, veut des gouvernements forts, pour tenir dans une ob�issance aveugle les masses des ouvriers, et des parlements pour donner une sanction apparente � leurs actes. Ils ferment les yeux sur la situation �conomique d�plorable, fous qu�il sont ! Ils d�clarent d�tester la guerre et ils font tout pour conserver ce qui provoque la guerre ; ils m�prisent le but et cultivent les moyens qui par une n�cessit� in�luctable, conduisent � ce but !

La r�action, c�est le parti de l�autorit� qui s��tend de Rome jusqu�� la social-d�mocratie, du pape jusqu�� Marx, une masse r�actionnaire contre les anarchistes et tout comme Louis blanc, le vieux socialiste, qui vota avec toute la bande cl�ricale pour d�clarer que Thiers, Mac-Mahon, Gallifet avaient bien m�rit� de la patrie pour avoir �touff� la Commune dans le sang de ses combattants, nous voyons � pr�sent les social-d�mocrates faire cause commune avec les assassins de la Commune, l�un d�clarant qu�en 1871 les Parisiens auraient mieux fait de rester � dormir (Vollmar), l�autre en allant si�ger dans un minist�re avec un des pires assassins et de fraterniser ainsi avec lui (Millerand).

L�autorit� ne peut rester debout sans le militarisme, sans les moyens de se maintenir par la force contre quiconque s�oppose � elle. Nous autres anarchistes, ne pouvons donc compter que sur nous-m�mes et sur les socialistes r�volutionnaires et libertaires.

Voil� la question principale qu�il faut bien envisager. Avec des phrases et des d�clarations platoniques par lesquelles nous mettons les classes dirigeantes responsables devant l�histoire et devant l�humanit�, nous n�avan�ons gu�re. De telles r�solutions sont excellentes pour les conf�rences et les congr�s de la paix. Les gouvernements vous rient au nez et vont doucement leur train accoutum�.

Si en 1891, au Congr�s international de Bruxelles, les socialistes avaient eu le courage d�accepter la r�solution que les socialistes r�pondraient � une d�claration de guerre par la gr�ve g�n�rale, je crois - je suis assez na�f pour �a - qu�en dix ans une �nergique propagande de cette id�e nous aurait men�s bien plus loin que nous ne sommes � pr�sent.

O� est le temps o� Jules Guesde �crivait :


� Nous sommes r�solus, et les partis socialistes doivent l��tre aussi, � jeter la R�volution dans les jambes des arm�es en marche.

Il faut crier aux canons que l�on roule et que l�on charge : On ne passe pas ! On ne part pas ! �


Le socialisme a une vocation r�volutionnaire et lib�ratrice, mais alors il faut qu�il ose,et que lorsqu�on voit les puissances alli�es commettre le crime de jeter sur le monde les maux de la guerre, il dise ce qu�il y a un si�cle Danton disait, � la tribune, des princes alli�s, en faisant une allusion au sort de Louis XVI : Jetons-leur en d�fi une t�te de roi ! S�il osait d�clarer cela par rapport � la lib�ration politique, nous devons, par rapport � la lib�ration sociale, infiniment plus importante, donner � ce mot le d�veloppement n�cessaire, afin qu�on sache quel sera le sort de ceux qui, pour servir leurs intentions rapaces, conduisent les peuples � la boucherie.

Ce que nous devons faire contre le crime des gouvernants, des capitalistes ? Le moyen est tout trouv�. � Si les soldats commencent � penser, aucun d�eux ne restera dans les rangs. � donc penser, voil� ce qui changera la situation du peuple. Or le socialisme porte � penser et rien de ce qui peut �tre fait dans ce sens ne doit �tre n�glig�.

�num�rons d�abord quelques moyens tendant � resserrer plus fortement les liens qui unissent les peuples. �mile de Laveleye en donne quelques-uns dans son excellent livre : Des causes actuelles de guerre en Europe et l�arbitrage. Tout � l�heure nous compl�terons la liste.


- I. Diminution (lisez : abolition) des droits d�importation, trait�s de commerce et de r�ciprocit� et, s�il se peut, abolition compl�te des douanes. tout ce qui siloe les hommes les pousse � la guerre ; tout ce qui les met en relation les incline � la paix.
- II. R�duire les tarifs de transports des marchandises, des lettres et des t�l�gramme, afin de multiplier, autant que possible, l��change des produits et des id�es.
- III. Adopter le m�me syst�me de monnaies, de poids et mesures et de lois commerciales, non seulement afin de faciliter les transactions, mais pour que cette uniformit� fasse sentir, d�une mani�re pratique, aux diff�rents peuples la puissance du lien qui les rattache.
- IV. Accorder aux �trangers les m�mes droits civils qu�aux nationaux, afin que l�homme retrouve partout une patrie et qu�un sentiment de fraternit� cosmopolite remplace peur � peu celui de nationalit� exclusive.
- V. Favoriser l�enseignement des langues �trang�res ; de la g�ographie, et de toutes les notions se rapportant � la situation des pays �trangers. Quand les peuples se conna�tront, ils verront que partout il y a des hommes de m�me nature avec les m�mes besoins et les m�mes int�r�ts.
- VI. Multiplier les livres et les ouvrages d�art qui font ch�rir la paix et d�tester la guerre, proscrire ceux qui les font aimer.
- VII. Appuyer partout tout ce qui peut donner force et efficacit� au syst�me repr�sentatif, et notamment enlever au pouvoir ex�cutif le droit de guerre et de paix.

Le peuple entier devra d�cider de son propre sort, et la question de guerre ou de paix est une question d�appel au peuple, mais de telle mani�re que ceux qui voteront pour la guerre seront oblig�s de s�enr�ler � l�arm�e et d�aller combattre.

- VIII. Favoriser les entreprises industrielles qui appliquent les �pargnes d�un pays � mettre en valeur les richesses naturelles des autres pays de fa�on que, le capital devenant cosmopolite, les int�r�ts de tous les capitalistes deviennent solidaires.

- IX. Le clerg� devrait, � l�exemple des quakers, faire p�n�trer dans les �mes cette horreur de la guerre qui est l�esprit m�me du christianisme et qui distinguerait enfin les chr�tiens des sauvages.

Laveleye a encore quelque confiance dans les pr�tres, quoiqu�il ait reconnu que dans l�histoire on aper�oit partout des guerres caus�es par les pr�tres ou en tout cas soutenues par eux, et qu�il n�a jamais vu que les pr�tres ont emp�ch� jusqu�ici une seule guerre. C�est pourquoi ce dernier point est tr�s faible. Ce sont les pr�tres qui b�nissent les armes, les drapeaux. Ce sont les pr�tres qui c�l�brent un Te Deum pour remercier Dieu pour le triomphe de l�arm�e et pour la d�faite de l�autre.

Cette hypocrisie de la religion est une des plus grandes bassesses par lesquelles on d�shonore la m�moire de J�sus-Christ.

Sans un mot de protestation, l�empereur Guillaume II a pu dire � ses soldats, � l�occasion du serment de fid�lit� : � Vous m�appartenez corps et �me. Il n�existe aujourd�hui pour vous qu�un seul ennemi, c�est celui qui est mon ennemi. Avec les men�es socialistes actuelles, il pourrait arriver que je vous ordonne de tirer sur vos propres parents, sur vos fr�res, m�me sur vos p�res, sur vos m�res (que Dieu nous ne pr�serve) ; mais alors vous devriez ob�ir � mes ordres sans h�siter. �

Ce chr�tien ( !) dit donc ouvertement, et sans protestation de l��glise chr�tienne, que ceux qui servent dans l�arm�e sont � son service et doivent �tre pr�ts, pour son profit, � tuer leurs fr�res, leurs p�res et leurs m�res !

Tolsto� est si indign� de ces mots sacril�ges, qu�il dit : � Cet homme malade, mis�rable, ivre de pouvoir, offense par ses paroles tout ce qui peut �tre sacr� pour l�homme moderne et les chr�tiens, les libres penseurs, les hommes instruits, tous, loin de s�indigner ce cette offense, ne la remarquent m�me pas. �

Maintenant nous allons ajouter aux moyens de Laveleye quelques autres, qui seront encore beaucoup plus efficaces.

- X. La faveur � accorder aux int�r�ts internationaux des travailleurs. Il y a une Internationale jaune, c�est le syndicat des capitalistes, qui font causes commune contre les travailleurs, beaucoup plus que les travailleurs entre eux, contre les capitalistes. Il y a une Internationale noire, c�est Rome avec son arm�e de pr�tres et religieuses, qui p�n�tre dans les cercles les plus intimes, c�est-�-dire dans les familles, pour faire son travail souterrain. Il nous faut une Internationale rouge, carr�ment r�volutionnaire. La guerre n�est jamais un bien pour les travailleurs, et quand ceux-ci comprendront leur int�r�t, ils seront un frein contre les machinations malfaisantes des gouvernements. Travail et guerre - voil� des antith�ses.

Le soldat ne donne pas � la soci�t� du travail productif ; au contraire, il vit au d�pens du travailleurs productif. supposez une soci�t� compos�e de 5.000 habitants, parmi eux on a 1.000 adultes, les hommes qui, par leur travail, entretiennent la soci�t�. On en prend 200 pour le service militaire : quelle est l�influence sur le bien-�tre de la population ?

Auparavant, chaque travailleurs entretenait 5 personnes, 4 autres et soi-m�me ; mais apr�s ils restent 800, qui doivent entretenir les 4.000 autres, et aussi les 200 ci-devants travailleurs, c�est � dire 4.200 personnes. Chaque travailleur doit entretenir 5.000, divis� par 800, �gale 6,25 personnes. A mesure que les arm�es augmentent, le nombre que les travailleurs ont � entretenir augmente aussi. Quelle pression sur le bien-�tre de tous ! Mais encore pis, il ne produit pas, il d�truit : le soldat est un homme improductif, mais c�est aussi un travailleur qui d�truit en outre le travail des autres.

Les animaux sont sup�rieurs aux hommes. Ils tuent pour obtenir une proie pour pouvoir vivre, mais les hommes, les �tres les plus cruels de toute la cr�ation, sont les seuls qui tuent pour tuer. Et ils le font avec un tel raffinement, avec une telle cruaut� que le chat qui joue avec la souris, avant de la d�vorer, est un enfantillage en comparaison avec eux. Dans le monde des animaux il y a un oiseau, le Cariama, qu�on trouve dans dans certains jardins zoologiques, qui a un d�go�t pour les oiseaux querelleurs. On peut le dompter facilement facilement et on lui a donn� une place dans le poulailler, o� il a une fonction d�agent de police et de juge. Quand deux coqs sont en comp�tition pour la m�me poule et vont se battre jusqu�� la mort, le d�tenteur de la paix fait son devoir sans consid�ration de personne, et donne � tous les deux quelques piq�res avec son bec. Si quelque �tre semblable � cet oiseau faisait son devoir parmi les hommes, il aurait les mains pleines de travail.

Novicow dit : � Il y a d�abord les 3.300.000 hommes qui sont sous les drapeaux. S�ils n��taient pas soldats et se livraient � des besognes lucratives, en gagnant seulement mille francs par t�te, ils pourraient produire 3 milliards 800 millions de francs. Les 4.500 millions absorb�s aujourd�hui par les d�penses militaires rapporteraient bien 5 0/0, s�ils �taient plac�s en entreprises agricoles et industrielles. Cela fait encore 225 millions. Les vingt-huit jours des r�servistes peuvent bien s��valuer � 200 millions, au bas mot. voil� donc 4.225.000.000 absolument palpables. Mais combien de pertes colossales �chappent � toute �valuation ! Les capitaux produisent des capitaux. Si ces milliards �taient �conomis�s tous les ans sur les d�penses militaires et vers�es dans des entreprises nouvelles, ils produiraient des b�n�fices qu�il est absolument impossible d��valuer. �

Le travail est donc pour produire, la guerre pour d�truire : quelle peut �tre la relation entre ces deux antipodes ? Les travailleurs sont conduits � la guerre comme du b�tail, ne sachant m�me pourquoi ils se battent. Vous connaissez le dessin de Hermann-Paul dans le Cri de Paris ? Sur le bateau qui les m�ne en Chine, deux soldats sont assis : un Fran�ais et un Allemand. Ils causent amicalement dans l�oisivet� de l�interminable voyage... dont ils ne reviendront peut-�tre pas. - C�est dr�le, dit l�un, je ne me rappelle pas � cause de quoi qu�on s�est battu en 1870. - Moi non plus, r�pond l�autre.

Et le bateau les emporte vers les champs de bataille chinois sans savoir � cause de quoi ils vont se battre maintenant.

N�est-ce pas stupide de se laisser tuer pour le plaisir, pour les avantages des autres, car quel avantage le travailleur peut-il tirer de la guerre ? Les liens internationaux des travailleurs auront une fois comme cons�quence qu�il vont mettre un frein � la cupidit� et � l�ambition des puissants de la terre. L�Internationale des rois, c�est la guerre pour opprimer les peuples et les tenir en esclavage selon la volont� des oppresseurs. L�Internationale des travailleurs, c�est la paix, car les travailleurs ont besoin de la paix pour soigner la production.

- XI. Suppression des rois, des pr�sidents, des s�nats, des parlements, comme des institutions sociales qui sont hostiles � la paix.

Est-ce que par exemple l�empereur Guillaume II n�est pas un danger permanent pour la paix ? Ces institutions sont surann�es et parce qu�elles sont l�instrument aux mains des capitalistes pour servir leurs int�r�ts contre ceux des peuples, elles sont une menace pour la paix.

- XII. Abolition des ambassadeurs.

Les ambassadeurs sont un anachronisme dans un si�cle de chemins de fer, de t�l�graphes et de t�l�phones. chaque ministre peut parler avec son coll�gue partout sans interm�diaires qui co�tent beaucoup d�argent. Dans les grands pays ils forment un danger permanent, parce que les diplomates vont d�velopper premi�rement leur talent en faisant des complications, des intrigues pour les d�brouiller apr�s. C�est le travail de P�n�lope, qui filait le jour pour le g�ter pendant la nuit. On agit pour mettre la paix en p�ril, pour pouvoir prendre l�apparence du sauveur de la paix, et consolider la position en habile diplomate. Et dans les petits pays, les ambassadeurs ne sont pas autre chose qu�un ornement aux soupers et d�ners et aux bals. M. Leroy-Beaulieu est d�accord avec nous quand il dit qu�il ne peut pas comprendre le profit et l�int�r�t d�avoir des ambassadeurs.

- XIII. R�forme dans l�enseignement de l�histoire.

Qu�est-ce que l�histoire dans la plupart des livres ? Une histoire des batailles et des rois sans savoir comment le peuple vivait, travaillait et pensait. Cependant l�histoire des paysans, des artisans, des travailleurs, du peuple, est beaucoup plus instructive et int�ressante que celle des fain�ants, des rois, de la noblesse, du clerg�. L�histoire de la charrue, de la brouette est beaucoup plus importante pour la civilisation que celle de Gabrielle d�Estr�e, de la Dubarry, de Mme de Pompadour et des amourettes des rois. L�histoire doit devenir l�histoire de la civilisation, et les tueries, les massacres, les guerres forment plut�t un chapitre dans l�histoire du cannibalisme ; elles n�ont rien � faire avec la civilisation. Mais aussi dans toute l��ducation, d�s le commencement, l�esprit guerrier doit �tre mis de c�t�. Pas de jouets qui encouragent le militarisme, pas de livres ni d�estampes guerriers pour les enfants, il faut �viter tout ce qui peut d�velopper dans l�esprit de l�enfant la direction guerri�re. Je sais bien que l�esprit a chang� d�j� ici et l�, mais ici il y a un grand champ de travail, surtout pour les instituteurs de la jeunesse, car ceux-ci sont encore un instrument aux mains des capitalistes pour g�ter l�imagination des enfants et pour faire d�eux des sujets dociles et faciles � conduire.

- XIV. Abolition des arm�es permanentes.

La guerre se d�veloppe n�cessairement des arm�es, comme la plante se d�veloppe de la graine. M�me si je me demande si la paix arm�e n�est pas beaucoup plus absurde et nuisible que la guerre ? Car la guerre dure quelque temps, mais finit une fois : la paix arm�e est un �tat permanent, un fl�au pour toute la soci�t�. Combien d�argent d�enlev� � la soci�t� par les arm�es permanentes ! combien de forces arrach�es � la production ! C�est aussi une s�lection mais non pas naturelle, plut�t artificielle. Ce n�est pas la lutte pour l�existence (struggle for life) dont Darwin parle, non, c�est une lutte contre l�existence. Qu�est-ce que le c�l�bre darwiniste, le professeur Haeckel dit dans son Histoire de la cr�ation des �tres organis�s selon les lois naturelles ? Il dit :


� Une domination, auparavant insoup�onn�e, le fatal militarisme, le fl�au de l�Europe actuelle, a obtenu depuis le service militaire obligatoire pour tous, une institution r�publicaine li�e avec l�arm�e permanente, qui sert pour l�usage dynastique absolutiste, pour former un monstre contre nature [1]. Pour agrandir l�arm�e le plus possible, les jeunes gens, les plus sains et les plus forts, sont pris annuellement par un recrutement s�v�re dans tous les rangs de la soci�t�. Le jeune homme, qui est le plus fort et le plus normal, a la plus grande chance d��tre tu� par les fusils modernes, les canons de lartillerie et d�autres instruments de civilisation.

� Tous les faibles, malades et infirmes sont dispens�s de cette s�lection militaire, restent chez eux pendant la guerre, se marient et se multiplient. Plus ils est faible et infirme, plus le jeune homme a la chance d��chapper au recrutement et de fonder une famille. Lorsque la fleur de la jeunesse p�rit au champ de bataille, le rebut le moins valable a la satisfaction de se multiplier et de transmettre toutes ses faiblesses et d�fauts � la post�rit�.

� Selon les lois d�h�r�dit�, chez chaque g�n�ration, la faiblesse du corps et de l�esprit, qui se correspondent, est fatalement plus grande et plus r�pandue. Il ne faut donc pas s��tonner qu�en r�alit� la faiblesse du corps et du caract�re est toujours croissante chez nos peuples civilis�s et, avec le corps fort et sain, l�esprit libre et ind�pendant devient de plus en plus rare. �


Vous voyez, ce ne sont pas les plus forts, les meilleurs qui survivent et se multiplient ; au contraire, les plus faibles, les infirmes sont les vainqueurs. [2] Et ce m�me professeur avait compl�tement raison, quand il �crivit : � En comparaison avec les progr�s �tonnants des sciences naturelles, notre syst�me de gouvernement, d�administration, de justice, d��ducation, et toute notre organisation sociale et morale restent en �tat de barbarie. �

Et l�influence funeste de la vie militaire dans les casernes, ces �coles de civilisation, comme Messieurs les militaristes veulent nous le faire croire ! Nous savons, h�las !, que la civilisation de la caserne ressemble beaucoup � une syphilisation ! Aussi longtemps que les arm�es permanentes existeront, la guerre montrera son visage mena�ant comme un des causes qui engendrent la guerre.

- XV. Arbitrage en cas de disputes.

Quand les habitants d�un pays civilis� ont des disputes, ils ne vont pas se battre, mais ils cherchent les chemins de l�arbitrage.

Pourquoi ne ferait-on pas de m�me, quand les divers pays ont des disputes ? D�j� le c�l�bre Hugo Grotius �crivit un livre sur la Guerre et Paix dans lequel il dit que � le partiqui refuse l�arbitrage peut �tre soup�onn� de mauvaise foi. � Certainement nous nous mettons � rire quand on fait usage du mot � droit de la guerre �, car c�est comme si l�on parlait d�un cercle carr�, car le droit exclut la guerre et la guerre le droit. M�me le droit des peuples, qu�on enseigne aux universit�s, nous semble une curiosit�, car, dans la pratique, personne ne se soucie de ce droit. On l�a vu avec les cartouches dum-dum, dont les Anglais font usage en Afrique, et si on le veut savoir ou non, c�est la v�rit� et cela reste la v�rit� - une v�rit� abominable, j�y consens, mais c�est ainsi en r�alit� - que l�homme qui triomphe m�me en p�chant contre la convention de Gen�ve et contre toutes les conventions possibles sera lou� comme un h�ros, plus que celui qui est vaincu par fid�lit� aux conventions. L�homme qui peut tuer toute une arm�e ennemie en une seconde par quelque invention infernale, fera son entr�e dans son pays, enseveli sous les fleurs de ses compatriotes.

Pensez aux bouchers comme lord Kitchener, comme Marchand et beaucoup d�autres, car on les trouve dans tous les pays. L�arbitrage n�est pas un moyen infaillible pour tous les cas, mais on a souvent d�j� pr�venu une guerre par l�arbitrage. Les cas ne sont pas si rares qu�on le pense. Eh bien ! pourquoi ne pas suivre un chemin par lequel on peut pr�venir quelques guerres ?

- XVI. La f�d�ration des divers pays comme les Etats-Unis de l�Europe ainsi qu�on la trouve en Am�rique.

Auparavant, les diverses villes, les diverses provinces avaient la guerre entre elles ; c�est fini d�s qu�on a l�unit� d�un �tat. Maintenant les �tats font la guerre ; cela finira d�s que les �tats seront f�d�r�s, chacun ayant son autonomie. Toutes les questions comme celles de Finlande, Pologne et Russie, celle de Slesvig-Holstein, Pologne, Alsace-Lorraine et l�Allemagne, l�Irlande et l�Angleterre, Pologne, Boh�me, etc. et l�Autriche vont dispara�tre, car on a form� une f�d�ration de divers pays. C�est seulement une question de temps et de civilisation.

Novicow dit dans son livre Les Gaspillages des soci�t�s modernes : � Elle se fera, non pas le jour o� nous serons doux comme des colombes et o� nous nous aimerons en fr�res, mais le jour o� nous la trouverons conforme � nos int�r�ts. Il suffirait qu�elle f�t voulue par les classes dirigeantes. Alors chacun de nous, d�barrass� du cauchemar de la spoliation mutuelle, jouira enfin pour la premi�re fois, depuis l�origine du monde, du fruit de son travail, dans sa pl�nitude compl�te. � C�est exag�r�, la f�d�ration europ�enne n�aura pas ces cons�quences, car si cela �tait vrai, les classes dirigeantes ne le voudraient jamais. Non, l�anarchie seule peut avoir cet effet.

- XVII. La gr�ve militaire en cas de guerre, et la gr�ve g�n�rale.

Au congr�s de l�Internationale en 1868, on adopta avec unanimit� : � Le Congr�s recommande surtout aux travailleurs de cesser tout travail, dans le cas o� une guerre viendrait � �clater dans leurs pays respectifs. Le Congr�s compte assez sur l�esprit de solidarit� qui anime les travailleurs de tous les pays pour esp�rer que leur appui ne fera pas d�faut � cette guerre des peuples contre la guerre. �

Voil� d�j� la gr�ve en cas de guerre.

Quand je proposai la gr�ve militaire au congr�s de Bruxelles en 1891, l�opposition fut grande et on d�clara cette proposition utopique et fantastique.

Voil� le progr�s du socialisme en vingt ans ! Malheureusement c�est un progr�s r�trograde.

Quand les ouvriers des divers pays refuseront de se pr�senter, que feront les gouvernements en cas de mobilisation ? L�exemple de quelques-uns entra�nerait un grand nombre � les suivre. Peut-on les emprisonner, quand ils sont des milliers ? Cela devient impossible. On peut en fusiller quelques-uns pour donner un exemple disciplinaire : mais n�a-t-on pas aussi � sa disposition des moyens pour r�pondre � cet acte atroce ; et enfin, l�insurrection arm�e n�en sera-t-elle pas la cons�quence forc�e ? Si on refuse syst�matiquement d�ob�ir, les plus puissants gouvernements seront incapables de forcer les socialistes � une action fratricide.

Je pr�f�re la guerre civile � la guerre entre nations, car dans le premier cas on se bat pour une id�e, dans le second on se bat pour le plaisir et le profit des autres. On se bat aussi avec ses v�ritables ennemis. Car qui est l�ennemi de l�ouvrier fran�ais ? Ce n�est pas l�ouvrier allemand, anglais. non, c�est le capitaliste fran�ais, quoiqu�il parle la m�me langue, quoiqu�il ait la m�me patrie. Les ouvriers de tous les pays sont des amis, parce que leurs int�r�ts sont les m�mes. Les oppresseurs des ouvriers sont partout les puissants, et le triomphe sur eux est l��mancipation des ouvriers, qui g�missent sous le joug de l�oppression.

La patrie, mais c�est un vain mot, car le pays o� on vous laisse peiner et mourir de faim m�rite-t-il le nom de patrie ? non, on vous a vol� votre patrie et c�est pourquoi vous ne pouvez pas avoir de l�amour pour la patrie.

Que les gouvernements soient avertis que les anarchistes ne seront pas si na�fs, ni si stupides de s�entr��gorger pour faire le jeu de leurs adversaires. Le plus beau moment, au 18 mars 1871, fut la fraternisation des soldats avec leurs fr�res, les ouvriers. Eh bien ! qu�on fasse de la propagande pour la fraternisation des arm�es � la face de leurs chefs, qui p�liront d�effroi � ce spectacle grandiose.

Mais ce qui est n�cessaire, c�est la dynamite � l�usage du peuple. Le d�veloppement du militarisme, l�am�lioration des armes dans les derniers temps ont rendu impossible la lutte du peuple dans les rues et sur les barricades.

Pour l��mancipation du prol�tariat, la dynamite, ou quelque autre explosif, peut avoir le m�me effet que la poudre � canon a eu pour la d�livrance de la population des villes au moyen �ge. Qui nous fournit les explosifs n�cessaires pour dompter les arm�es de la police, de sorte qu�elles ne sont s�res � aucun moment ?

Qui nous fournit les cartouches de dynamite sous un telle forme qu�on puisse les porter chez soi, dans sa poche, sans danger ? Fr�d�ric Engels disait une fois : donnez � chaque citoyen un bon fusil et cinquante cartouches, et vous aurez la meilleure garantie pour la libert� d�un peuple.

Eh bien ! nous disons : donnez � chaque citoyen cinquante cartouches de dynamite et vous aurez la meilleure garantie pour a libert� contre l�arbitraire de la police et des gouvernements.

Mais les ouvriers ont aussi entre leurs mains les moyens d�emp�cher chaque guerre. Supposez, par exemple, que les ouvriers des transports, par terre et par eau, les ouvriers des ports et des chemins de fer, commencent la gr�ve, quel moyen auront les gouvernements pour transporter les soldats ? Ils rendent impossible aux arm�es de se rapprocher, et le but doit �tre d�emp�cher les arm�es de s�approcher. R�cemment, nous avons vu qu�une gr�ve de chauffeurs anglais et de muletiers � New-Orl�ans avait eu pour effet d�emp�cher l�embarquement de 1.400 mulets pour l�Afrique du Sud. Bravo ! C�est ainsi qu�il faut commencer ! La guerre est impossible, d�s qu�on emp�che le transport des soldats, des chevaux, des mulets, des canons, des munitions, des vivres. continuons donc notre propagande pour faire germer l�id�e du refus de service en cas de guerre, accompagn� de la gr�ve g�n�rale.

L�id�e fera son chemin. Faisons tout notre possible pour que les anarchistes, les seuls vraiment r�volutionnaires et internationaux, comprennent enfin que le prol�tariat du monde entier doit risquer son sang uniquement contre son seul et v�ritable ennemi : le capitalisme.

- XVIII. La r�sistance passive et le refus individuel.

Ce que la gr�ve fait collectivement, est fait individuellement par la r�sistance passive. Le refus du service militaire est un des moyens propres � lutter contre les gouvernements. Mais ce refus exige une force morale extraordinaire, car pour r�sister aux tourments et tracasseries auxquelles on s�expose, un caract�re presque surhumain est n�cessaire. Vous connaissez le courage de caract�re des Doukhobors russes, qui, malgr� toutes les souffrances, ont pers?


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