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  Post� le mardi 21 mars 2006 @ 03:38:55 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Éthique anarchisteLa Brochure mensuelle N� 117 - Septembre 1932



NOTE

Un certain succ�s obtenu par les R�flexions sur l�anarchie et les traductions qui en furent faites en anglais et et en tch�que me d�cident � publier une nouvelle �dition remani�e de cet opuscule. J�y ai joint une s�rie de propositions touchant la doctrine libertaire et quelques documents pris sur le vif de l��tat social actuel.

Ces r�flexions s�adressent surtout � ceux qui d�termineront l��me de demain, car les litt�rateurs d�aujourd�hui sont, pour la plupart, beaucoup trop - prudents ou m�me trop serviles pour t�moigner qu�ils les go�tent. - �tre un de ces malfaiteurs qui con�oivent un id�al de beaut�, par del� les hideurs du temps pr�sent, dire cr�ment ce qui existe, sans souci de m�nagements � l��gard des opinions domestiqu�es, cela vaut aux esprits libres la rancune et l�animosit� des Officiels, des Satisfaits et des Empiriques.

Qu�importe ? Le devoir est de se manifester tout entier, selon soi-m�me. Nous vivons � une �poque de d�sagr�gation universelle : partout l�homme commence � secouer la vermine de dogmes et de lois qui le d�vore. Sous le vernis dont le badigeonnent infatigablement nos ma�tres, l��difice malpropre dans lequel nous sommes incarc�r�s s�effrite et se l�zarde. Concourir � sa d�molition, ouvrir des jours vers le grand soleil futur, d�t-on en souffrir, d�t-on en mourir, telle est la pr�occupation qu�il sied d�avoir.

Voici donc encore un coup de pioche.

Mai 1896.

A.R.


R�FLEXIONS SUR L�ANARCHIE

Libert�, �galit�, fraternit� ne sont plus les m�mes choses qu�elles �taient aux jours de la guillotine ; mais il est juste que cela, les politiciens ne le comprennent pas et c�est pourquoi je les hais. Ces gens ne d�sirent que des r�volutions partielles, r�volutions dans les formes ext�rieures, dans la politique. Mais ce sont de pures bagatelles. Il n�y a qu�une chose qui serve : r�volutionner les �mes. Minez l�id�e de l��tat, mettez � sa place l�action spontan�e et l�id�e que la parent� spirituelle est la seule condition de l�unit� et vous lancerez les �l�ments d�une libert� qui m�rite d��tre poss�d�e.

IBSEN : Lettre � G. Brandes.

L�histoire des pers�cutions, c�est l�histoire des tentatives faites pour endiguer la nature. EMERSON : Compensation.


PROPOSITION

L�individu normal agit selon la logique naturelle, selon les lois physiologiques qui r�gissent son humanit�. Chez lui, l�id�e d�un acte d�termine imm�diatement l�acte lui-m�me. Cet acte peut - selon l�illogisme des conditions sociales actuelles - l�ser nombre d�individualit�s environnantes, le fait n�en reste pas moins �vident : l�acte ayant apport� une satisfaction int�grale � l�individu, l�acte sert l�esp�ce.

Le mot Anarchie signifie n�gation de l�autorit�. - L�Anarchie implique donc l�abolition de toute contrainte et partant de toute loi impos�e au nom d�un principe, d�une tradition ou d�un int�r�t. En effet, que des hommes, au nom de l�int�r�t d�une caste, impose un code, qu�ils ne r�clament d�une tradition pour imposer une �ducation, il adviendra toujours qu�ils tendront � entraver l��panouissement int�gral des individualit�s diff�rentes d�eux-m�mes. Leurs codes, leurs dogmes et leurs formules issus de leur int�r�t leur sembleront la perfection et ils s�efforceront d��touffer toute originalit� qui sortirait de leurs cadres. Que leur pouvoir s�exerce au d�triment du grand nombre ou seulement de quelques uns, il y aura contrainte et par suite malaise, ce dont tous et eux-m�mes souffriront car les divers �l�ments qui constituent l�organisme social sont �quivalents et solidaires.

Benjamin constant a dit avec raison : � J�entends par libert� le triomphe de l�individu tant sur l�autorit� qui voudrait gouverner par le despotisme que sur les masses qui r�clament le droit d�asservir la minorit� � la majorit�. �

Donc, ni lois, ni obligation, ni sanction : l�Anarchie n�admet pas plus que le gouvernement d�un seul que la pr�pond�rance d�une classe, celle-ci se constitua-t-elle de pr�tres, de nobles, de propri�taires ou de prol�taires.

Mais si l�Anarchie ne comportait que ces n�gations, elle serait st�rile et vou�e au n�ant comme maintes doctrines nihilistes. Or il n�en va pas ainsi : l�Anarchie affirme l�individu. Elle pr�tend que la libert� laiss�e � l�individu de se d�velopper en raison de ses propres fonctions et de satisfaire ses besoins mat�riels, moraux et intellectuels, selon son caract�re et son temp�rament, doit avoir pour r�sultat un d�veloppement plus int�gral de l�humanit� tout enti�re. Ce faisant, elle ne proc�de ni d�un dogme ni d�un principe a priori. Elle est guid�e par la seule observation des lois naturelles qui forment le processus d��volution. Car l��volution, c�est la vie elle-m�me - la vie sans commencement ni fin, la vie qui agit pour agir, la vie qui ne conna�t ni entraves ni limites, ni sup�rieurs ni inf�rieurs.

Justement parce que la vie agit pour agir, son action varie � l�infini et produit des individualit�s toutes diff�rentes les unes des autres. Il est donc absurde de traiter ces individualit�s d�apr�s un crit�rium g�n�ral. En effet, de quel droit, toi, homme dont certains besoins ne sont pas les miens et dont, par suite, certaines fonctions diff�rent des miennes - car la loi naturelle veut que les fonctions soient proportionnelles aux besoins [1] - de quel droit, m�imposeras-tu des lois qui ne peuvent que formuler la satisfaction de ces besoins et sanctionner le d�veloppement de ces fonctions ? De quel doit encore si par force, ruse ou dol, tu parviens � m�asservir � teslois, d�termineras-tu ma valeur sociale puisque tu ignores l��tre que j�aurais pu r�aliser si j�avais �t� libre de me d�velopper selon mes propres besoins et mes propres fonctions ?

La m�thode aristocratique et la m�thode th�ocratique suppriment la question au lieu de la r�soudre : � Nous sommes les plus forts, les conqu�rants, les Nobles ; c�est pourquoi vous nous ob�irez. � D�o� l�oppression brutale du grand nombre par le petit nombre. La seconde exige la foi, la croyance � une l�gende ou � un dogme ; elle n�accepte pour �lus que ceux qui ne veulent pas comprendre et la tyrannie qu�elle instaure au nom d�un Dieu est d�autant plus abominable qu�elle se pare d�une feinte douceur - qu�elle asservit l�humanit� par la ruse et qu�elle l�ab�tit par le myst�re.

La m�thode d�mocratique tourne la question. Elle aboutit � la th�orie des moyennes et partant � la m�diocrit�, cette tortue aveugle ! Elle vante le juste milieu ; mais son juste milieu est une paillasse balourd sur une corde roide ; son balancier l�entra�ne � droite, � gauche et il finit toujours par se casser le nez. Lorsque la m�thode d�mocratique renie le juste milieu, c�est pour pr�coniser la supr�matie du grand nombre - d�o� oppression de la minorit� par la majorit�. Cette m�thode verse, en dernier ressort, dans la fiction qu�un individu peut repr�senter les int�r�ts de plusieurs individus. Si un grand nombre d�individus abus�s d�l�guent � l�un d�eux le pouvoir de les repr�senter, ceux qui pr�f�reraient ne pas �tre repr�sent�s du tout ou �tre repr�sent�s par un autre sont l�s�s - on vole la personnalit� des premiers, on �crase les seconds.

Ainsi, dans tous les cas, la force brutale, ruse ou dol : tels sont les cercles vicieux o� tourne l�humanit� tant qu�elle est gouvern�e.

L�anarchiste voit plus haut. Il dit : � La seule autorit� que je r�clame est de moi-m�me sur moi-m�me ; le seul droit, celui de satisfaire librement mes besoins et de d�velopper librement mes fonctions ; le seul devoir que je reconnaisse : ne pas faire � autrui ce que je ne voudrais pas qu�on me f�t � moi-m�me. �

Le premi�re proposition int�resse l�individu ; la deuxi�me int�resse l�individu et l�esp�ce ; la troisi�me surtout l�esp�ce.

Cette autorit� de soi-m�me sur soi-m�me ne peut s�acqu�rir que par le d�veloppement int�gral des fonctions intellectuelles [2]. � Que l�homme fasse, qu�il dise ce qui vient strictement de lui, et quelque ignorant qu�il puisse �tre, ce ne sera pas sa nature qui lui apportera des doutes et des obstructions � [3].

Quelles causes entravent donc la libre manifestation de la nature humaine ? Celles qui proviennent du milieu et celles qui proviennent de l�h�r�dit�. Mais combien l�homme est magnifiquement arm�, s�il le veut, contre ces deux fatalit�s ! Le milieu social tente de lui imposer, outre les mille barri�res que comportent les lois et les pr�jug�s, une �ducation et une foi ? Il a pour les combattre sa raison. La raison lib�r�e lui apprendra ce qu�il doit prendre et ce qu�il doit laisser de l��ducation re�ue ; elle lui dira : � tu accepteras les id�es, rien que les id�es qui sont conformes � ta nature. Mais si, par exemple, toi po�te, on voulut te transmuer en math�maticien, tu rejetteras la chape de plomb o� l�on pr�tendait t�enclore et tu feras des vers. Nulle consid�ration ne doit t�emp�cher d�accomplir ce que te dicte la nature - sinon tu seras un faible, un m�diocre qui ne sait se servir de sa raison. Pire que l��ducation, la foi cherche � te d�rober une part de ta personnalit� sous couleur d�ob�issance � un principe sup�rieur et invisible que rien ne te d�montre existant, que le t�moignage de tes sens repousse ? - Tu ne croiras qu�en toi-m�me car l�homme fort est celui qui a l�orgueil de soi-m�me, qui respecte assez ses fonctions pour ne pas les soumettre aux r�veries des vieux �ges.

Ils diront que tu es un d�mon, mais ton enfer vaut mieux que leur ciel. Et si l�on s�efforce, au nom de l��ducation ou de la foi, de t�incorporer � une caste, tu sauras que l�homme libre ne doit regarder, pour se conduire, ni au-dessus ni au-dessous de lui, mais droit devant lui �.

Quant aux lois de l�h�r�dit� dont certains � pr�tentions scientifiques voudraient s�autoriser pour des r�pressions, elles sont obscures et tellement enchev�tr�es aux autres lois naturelles qu�il est difficile de d�terminer leur r�le exact dans la formation d�un caract�re. Tels penchants que l�h�r�dit� l�gue peuvent se modifier selon les circonstances : un vice n�est jamais que l�envers d�une vertu ou plut�t il n�y a ni vice ni vertu., il y a des fonctions qui demandent leur appropriation et qui la trouvent ou ne la trouvent pas dans un milieu favorable ou d�favorable � leur d�veloppement.

La raison cultiv�e, lib�r�e des �ducations et des croyances, apprendra encore � l�homme comment il peut approprier ses fonctions � sa nature. Pour cela, il sied qu�il se connaisse soi-m�me. Lorsque l�homme aura fait la conqu�te de soi-m�me, lorsqu�il aura d�livr� son esprit des cha�nes que lui impos�rent des si�cles de servitude et de foi, lorsqu�il aura la pleine conscience de sa nature, il deviendra un anarchiste parce qu�il sera un volontaire...

La volont� ! c�est l� que r�side le secret de cette libert� int�rieure qu�il doit acqu�rir : la volont�, la plus haute des fonctions humaines car elle est la r�sultante de tous les besoins et de toutes les fonctions, l�int�grale volont�, domaine de l��volution future telle que nous, libertaires d�aujourd�hui, nous pouvons la pressentir, la volont� gr�ce � qui l�homme sera enfin un dieu...

Ce doit au libre �panchement de la personnalit� r�clam�e par l�Anarchie peut-il trouver sa satisfaction dans les conditions sociales que nous sommes oblig�s de supporter ? Assur�ment non. Aujourd�hui, la soci�t� tout enti�re est bas�e su la hi�rarchie. Directement ou indirectement, tout producteur subit l�autorit� d�un ou de plusieurs exploiteurs au profit de qui se d�pensent son intelligence et son �nergie. Profiter du travail d�autrui, en travaillant soi-m�me le moins possible ou en ne travaillant pas du tout, telle est la r�gle de l�exploiteur - accaparer tous les biens de la terre afin d�entretenir son luxe et son oisivet�, tel est son but. Et cette doctrine ex�crable n�a que trop prosp�r� puisque quelques-uns ont r�ussi, gr�ce au dogme d�autorit� inculqu� aux exploit�s, � d�tourner, en vue de leur seule jouissance, le patrimoine commun.

Les r�sultats ne se sont pas fait attendre. D�une part, les poss�dant se sont engourdis dans la fain�antise et dans la mollesse ; leurs facult�s n��tant plus exerc�es sont sont atrophi�es ; on a vu �clore chez eux les perversions les plus anti-naturelle, les maladies morales les plus monstrueuses - ce sont des d�g�n�r�s. D�autre part, les non-poss�dants oblig�s de produire sans b�n�ficier int�gralement de leur labeur, oblig�s de d�penser leur activit� dans un sens diff�rent de celui que leur assignait leurs propres besoins, l�s�s dans leur nature, vol�s, trahis, dup�s, affam�s, vendus, endormis au nom de la foi et de la loi, n�ont pu se hausser � la pleine conscience de leur �tre - ce sont des incomplets.

L�Anarchie apporte le rem�de. Elle dit : � Tout est � tous. Que chacun produise selon ses forces et jouisse selon ses besoins ; que nul ne s�arroge le droit d�accumuler plus qu�il ne peut consommer : l��quilibre s��tablira, et il s��tablira naturellement car la terre suffit largement non seulement � nourrir toute l�humanit�, mais encore � satisfaire toutes ses aspirations morales et intellectuelles. �

Et les moyens, dira-t-on ? ils sont de deux sortes. D�abord que l�homme comprenne la lutte pour la vie dans son vrai sens qui est celui-ci : chez beaucoup d�esp�ces faites pour vivre en soci�t�, comme l�esp�ce humaine, un instinct essentiel porte l�unanimit� des individus � r�agir contre les loins naturelles d�favorables, � s�adapter aux lois naturelles favorables. L�int�r�t de chaque individu est partie constituante de l�int�r�t commun ; chaque individu luttant normalementpour la vie lutte pour toute l�esp�ce et toute l�esp�ce lutte pour chaque individu. - Darwin n�a jamais dit autre chose. Et c�est gr�ce � une sc�l�rate interpr�tation de l�observation qu�il formula que nous assistons � ce conflit de cannibales d�nomm� civilisation par les b�n�ficiaires de notre �tat social.

En pratique, il est �vident qu�il est n�cessaire de rendre � tous ce qui appartient � tous, soit : abolir la propri�t� et son corollaire l�autorit�. Le jour o� nous aurons la libre jouissance des biens communs, chacun pourra d�velopper int�gralement sa personnalit�, chacun agira pour agir, et l�homme sera pareil � un arbre vigoureux, prenant � la terre tous les sucs qui lui sont n�cessaires, impr�gn� de la bonne s�ve de vie, donnant sans compter des feuilles innombrables, des fleurs parfum�es et des fruits savoureux - tel que la nature veut qu�il soit.

Mais pour cela, il faut la r�volution sociale - par l�Anarchie.

Ne pas faire � autrui ce que vous ne voudriez pas qu�on fit � vous-m�mes : ceci est encore un pr�texte de sauvegarde individuelle. En effet : toute action d�termine une r�action. Que tous agissent dans le m�me sens contre l�ambiance hostile - ainsi que le demande l�int�r�t de chacun - la r�action de l�ambiance sera fortement att�nu�e ou m�me annihil�e par la r�sistance de tous � ses effets n�fastes. Si, au lieu de porter mon effort dans ce sens, je le porte � mon voisin, je d�termine une r�action de mon voisin contre moi ; il souffre par moi et je souffre par lui, car ayant agi � l�encontre de sa libert� individuelle, il est math�matique qu�il r�agira � l�encontre de la mienne. Or quel est le bien supr�me que je respecte par-dessus tout en moi ? La libert�, c�est-�-dire l�int�grale expansion de mon individu. Je ne puis donc, en bonne logique, attenter � l�expansion de mon voisin sans me blesser moi-m�me. Par suite, ce que je respecte en moi, je le respecterai en autrui. Il n�y a pas d�autre solidarit� possible [4].

CONCLUSION

En r�sum� : l�Anarchie demande aux hommes, � tous les hommes qu�ils prennent conscience d�eux-m�mes - � cette fin elle sollicite ceci : qu�au lieu de se laisser mener par des app�tits ou des sentiments � l�exclusion des id�es, ils apprennent, par leur propre raison, � se servir de la volont�, synth�se de toutes les fonctions.

L�Anarchie combat toutes institutions, toutes lois, toutes religions qui entraveraient l�int�gral �panouissement de l�individu - � cette fin elle d�truit les concepts assortis de propri�t� et d�autorit�.

L�Anarchie �tablit la solidarit� - � cette fin elle d�montre qu�il sied que chacun se d�veloppe sans nuire au d�veloppement d�autrui.

Par ainsi, tout ordre l�gal �tant aboli, l�Anarchie �tablit l�harmonie.

Nous pouvons donc la d�finir maintenant : la libre action de chaque individu, spontan�ment d�termin�e par la conscience de ses besoins, r�gie par sa volont� raisonn�e, limit�e par son propre int�r�t, partie int�grante de l�int�r�t commun - pour le plus grand bien de l�esp�ce.

Contre cette doctrine de raison et de beaut�, la soci�t� actuelle, cette gueuse des tombeaux qui se cramponne au cadavre de ses institutions plut�t que de regarder l�avenir en face, n�a pas assez de haine, d�impr�cations et d�iniquit�s. Contre l vie, elle hurle � la mort comme une chienne galeuse... Ils ont des lois, des robins et des polices ; ils ont des bagnes, des guillotines et des potences ; ils ont des gouvernants, des patries et des arm�es ; ils ont les propri�taires ; ils ont l��glise...

Nous avons avec nous la Justice et la V�rit� - nous vaincrons.



PROMENADES SUBVERSIVES

La magistrature est le trait d�union entre la f�odalit� bourgeoise et son ultima ratio : la guillotine.

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Id�es en faveur chez les Bourgeois : quintessences frelat�es de consensus omnium.

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Ce que les Bourgeois appellent la Morale, c�est le droit � l�hypocrisie.

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Quand les Ma�tres commencent � s�apitoyer sur leurs esclaves, ils sont perdus. - Quand les Bourgeois parlementaires votent des lois de � protection des ouvriers �, c�est qu�ils ont peur.

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Voir les choses sous leur vrai jour ; dire par exemple que les soldats sont des assassins � gages inconscients, c�est, suivant les Bourgeois, � saper les bases de la soci�t�. � On vous met en prison pour cela.

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Lu ce r�glement affich� au mur des cellules de Mazas : � D�fense de siffler et de chanter m�me � voix basse. � La prison est une cage o� l�on d�fend aux oiseaux de chanter.

***

� Vous avez le droit de vous mettre en gr�ve � disent les Bourgeois aux ouvriers. � Tr�s bien, r�pondent les ouvriers des manufactures de l��tat, comme nous crevons un peu de faim, nous allons nous mettre en gr�ve. � - � Pardon, reprennent les Bourgeois, vous autres n��tes plus des ouvriers, vous �tes des fonctionnaires. Nous allons faire une loi qui vous interdise la gr�ve au nom de la libert� des gens qui veulent circuler sur le chemin de fer, acheter des allumettes ou des armes � feu ou du tabac. � - � Mais alors, nous, nous ne sommes plus libres ? � disent les ouvriers. � Vous �tes libres de vous en aller si nos r�glements ne vous conviennent pas. � - � Et manger ? � objectent les ouvriers. � Cela ne nous regarde pas � r�pondent les Bourgeois.

***

Des ouvriers se mettent en gr�ve. Le fils de leur patron leur tire un coup de fusil charg� de gros plomb et en blesse cinq. Co�t : 100 fr. d�amende avec application de la loi B�ranger - (Affaire r�cente � Avesnes). Deux employ�s des omnibus engagent leurs camarades � r�sister � la Compagnie. Co�t : six et huit mois de prison, sans loi B�ranger. Les bourgeois trouvent cela fort judicieux.

***

Un Simple tue l�homme qui symbolise la Bourgeoisie et cette bizarre m�canique qu�elle intitule en son patois : le jeu r�gulier des institutions parlementaires. Il a frapp� au nom d�une Id�e qu�il comprenait plus ou moins bien - on le guillotine.

Un Homicide professionnel massacre beaucoup de n�gres au nom de la civilisation. On lui plante sur la t�te un bouquet de plumes blanches et on lui attache sur la poitrine une amulette en �mail. Et les patriotes de la tribu dansent autour du totem.

***

Dialogue entendu au moment de la mort d�Alexandre III.- L�un disait : � A cause de la d�composition r�cente d�une charogne illustre, les gens ont arbor� � leurs fen�tres des morceaux d��toffe peints cr�ment en trois couleurs ; puis ils les ont roul� autour d�un b�ton surmont� d�une losange de cuivre et d�une petite loque de cr�pe noir... C�est curieux... �

L�autre r�pondit : � Ce sont les totems de deuil. La tribu pleure le Grand-Sauvage des Kalmoucks. �

***

Les socialistes parlementaires disent : � Le totem en trois couleurs ne vaut rien. Voici un totem rouge qui est bien plus beau. aidez-nous � � faire la conqu�te des pouvoirs publics �, nous vous le donnerons. �

***

Les Anarchistes disent : � Tas de sauvages, combien de temps encore vous laisserez-vous leurrer avec des morceaux d��toffe bariol�s ? �

***

Le fils d�un gros industriel millionnaire met en vente une propri�t�. � Sans doute, lui dit quelqu�un, vous avez beaucoup travaill� pour acqu�rir cette propri�t� ? � L�autre r�pond : � C�est mon p�re qui me l�a l�gu�e. Moi je ne travaille pas. � Et les assistants l�envient. entendant cela, le fils d�un voleur met en vente de l�argenterie prise par son p�re au gros industriel. Le fils du millionnaire la voit et s��crie : � Ceci est � moi, d�o� le tenez-vous ? � Et le fils du voleur r�pond : � C�est mon p�re qui me l�a l�gu�e. � Les assistants le m�nent chez le commissaire.

***

Quand les Sauvages d�Afrique ont remport� une victoire, ils se r�jouissent. S�ils sont vaincus, ils se tapissent dans leurs cases et pleurent. Quand les Sauvages d�Europe ont subi une d�faite, ils �l�vent des monuments � leurs morts, et ils viennent p�riodiquement y suspendre des couronnes. Ils s��crient : � Gloire au vaincu ! � et ils boivent de l�alcool. On appelle cela : une pieuse c�r�monie publique.

***

Du moment que les Bourgeois admettent qu�il est des cas o� l�on a le droit et m�me le devoir de tuer son prochain, ils reconnaissent implicitement qu�on a le droit de les tuer eux-m�mes.

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TRADUCTIONS D�APHORISMES BOURGEOIS : Ob�ir � la loi = se soumettre au bon plaisir d�autrui. Faire des affaires = voler autrui. Aimer sa Patrie = d�tester quiconque s�habille autrement que vous et parle une autre langue. Un gouvernement fort = une bande d�aigrefins � poigne. Attendre tout de r�formes progressives et mod�r�es = ayant soif, verser de l�eau dans un tamis et attendre qu�elle y s�journe pour se d�salt�rer. Question sociale = mauvaise conscience des Bourgeois. C�est un original = c�est un homme qui pense par lui-m�me. C�est un fou = c�est un homme qui raisonne juste. Les ouvriers sont des fain�ants qui deviennent importuns = les esclaves sont las d�avoir faim. M. Untel a eu, dit-on, quelques d�m�l�es jadis avec la justice, mais il est tr�s riche et re�oit fort bien = C�est un filou qui a r�ussi ; t�chons de l�imiter. Certains individus = les Anarchistes. La Justice = l�Iniquit�.

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Les journaux - parangons d�honn�tet� et de bonne foi comme on sait - se sont tous fort indign�s contre les gens du Panama - et auparavant ils ont tous publi�, moyennant finances, les r�clames de cette association de malfaiteurs bien rent�s.

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Quand un quotidien vante quelque chose ou quelqu�un avec insistance, prenez le contre-pied de ses assertions, vous serez � peu pr�s s�r d��tre dans le vrai.

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O� en est une race quand elle se glorifie de poss�der des engins de destructions de plus en plus perfectionn�s ?

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Lors de l�affaire Turpin, cet �tat d�esprit se v�rifia ! � Turpin veut donner sa mitrailleuse aux Allemands ! - Le mis�rable !... Turpin nous donne sa mitrailleuse ! - le grand homme ! �

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Les anarchistes disent : � Tas d�insens�s, quand cesserez-vous de vous massacrer les uns les autres. �

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C�est parce que les hommes ont peur d�eux-m�mes que la Propri�t� individuelle peut se maintenir avec son symbole l�Autorit�. Celui qui a conscience de soi-m�me, qui n�a pas peur de raisonner voit l�ordure de l�une et de l�autre.

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Quiconque vote se reconna�t incapable de se conduire soi-m�me. Quiconque ob�it, sans r�pugnance, aux gouvernants qu�il se donna, ressemble � un mouton qui viendrait s�offrir b�n�volement au couteau du boucher.

***

Se r�signer, par abn�gation, c�est pire encore. Cela ravale l�homme au rang de fakir ou de b�tail ahuri. Le comble de l�art gouvernemental consiste � inculquer cette r�signation au nom d�un Bon Dieu. De l�, l�utilit� des pr�tres.

***

Les habitudes m�taphysiques ont amen� � faire du terme Soci�t� une entit� antagonique � l�individu. Quiconque veut diriger, gouverner, r�gir, invoque le salut de la Soci�t� pour emp�cher la libre expansion des individus - comme si chacun ne pouvait trouver en soi ce qui convient le mieux � son d�veloppement. Gr�ce au dogme Soci�t�, les individus ont tellement pris le pli d�ob�ir qu�ils se laisseraient toujours d�pouiller par les Habiles qui leur vantent � l�int�r�t g�n�ral � si des R�volt�s ne se levaient pour leur apprendre ceci : � Rien ne doit pr�valoir contre la libert� individuelle. �

***

Que nul ne soit contraint, fut-ce au nom de la majorit�, que nul ne contraigne, fut-ce au nom de sa science - voil� la libert� selon la raison.

***

On dit : � Mais la plupart des hommes ne savent pas raisonner. � Laissez-les libres, ne leur imposez rien, ils apprendront � raisonner par leur propre exp�rience. Aujourd�hui, il n�en va pas ainsi. - Au coll�ge, qui est mal not� ? le Raisonneur. Au r�giment, de m�me. Dans les administrations, aussi - et partout, dans la vie telle qu�elle nous est faite. C�est parce que le Raisonneur est celui qui veut se rendre compte. Cette qualit� lui vaut les tracasseries d�autrui - et sa propre satisfaction.

***

Le sentiment de justice c�est l�instinct de sauvegarde individuelle �largi : si je moleste mon voisin, je lui donne un pr�texte de me molester � son tour. Il y entre aussi une part d�esth�tique : la souffrance est laide. Si mon voisin souffre, cela me d�pla�t, cela me donne l�impression d�un manque d�harmonie. Ne pas tol�rer qu�il ait faim alors que je suis rassasi�, ne pas admettre qu�il soit esclave alors que je suis libre, c�est me faire plaisir � moi-m�me.

***

On parle toujours des paresseux. Il n�y a de paresseux que dans une soci�t� o� le bien commun est mal r�parti, les uns poss�dant tout sans avoir travaill�, les autres, rien bien qu�ils travaillent sans cesse, il en r�sulte que le travail est consid�r� comme une souffrance par ceux-ci, comme une d�gradation par ceux-l�. Mais laissez le bien commun � la disposition de tous, vous verrez les individus travailler avec plaisir � augmenter leur bien-�tre et laisser le surplus de ce qu�ils auront produit � autrui d�s que leurs besoins seront satisfaits.

***

Le travail c�est l�action. Or, l�homme ne se porte bien que lorsqu�il agit. - Et quand il agit, il est heureux.

***

Rien de plus curieux que les revirements de cette caste bourgeoise : la gent-de-lettres. Nagu�re, comme il �tait bien port� de se donner des allures subversives, beaucoup de la jeune litt�rature pr�naient volontiers l�anarchisme, r�clamaient la R�volution. Bient�t, � cause de certains incidents bruyants - et justifi�s, cette ferveur tomba. Il devenait impolitique d�afficher de telles explosives opinions. Alors la plus grande prudence rempla�a cette mode de se dire r�volt�. Les plus adroits insinu�rent � qu�on allait trop loin �, que � l�aristocratie de la pens�e ne pouvait admettre aucune alliance avec les grossi�res revendications d�un imb�cile prol�tariat �, que � l�anarchie, bonne en tant que pr�texte � dilettantisme, ne valait rien en application �, que � les intellectuels se devaient de vivre dans le monde sup�rieur de l�art �...

Pauvres � intellectuels �, que ferez-vous donc le jour o� la R�volution �clatera pour de bon ?...

Les poltrons, eux, d�clar�rent que leur humanit� souffrait trop de ces abominables d�sordres. Ils tir�rent leur �pingle du jeu et se tinrent cois jurant qu�on ne les reprendrait plus � plaindre les Pauvres. Il y eut aussi ceux qui se targu�rent de leurs efforts ant�rieurs pour ne plus bouger.

Cependant les sinc�res, minorit� infime, ne variaient pas et combattaient de plus belle pour l�Id�e qui les avait conquis. - Aussi furent-ils trait�s de fous, de na�fs ou, mieux encore, de malins qui cherchaient � se distinguer, � � ne pas dire comme tout le monde � afin de conf�rer � leurs �crits un cachet de singularit�.

Belle folie qui consiste � rester honn�te vis-�-vis de soi-m�me. Louable na�vet� qui, ayant adopt� un id�al, ne le tient pas pour un sujet de dialectique mais bien pour une r�gle d�existence. Et puis ces �tranges Malins ne racontent que des injures, des calomnies, les tracasseries polici�res, la haine et le d�dain des vieilles prostitu�es qui font du sentiment et se pavanent en vedette sous la lanterne � gros num�ro des feuilles publiques, le mauvais-vouloir des chers confr�res - et aussi l�estime des esprits courageux. Tels quels, ils sont tranquilles et confiants dans la justice de l�avenir.

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Il y a quelque chose de plus �tonnant que l�hypocrisie des bourgeois, c�est la r�signation des pauvres. On dirait que ceux-ci go�tent de profondes jouissances � se laisser piler et piller.

Pourtant, ne pas trop s�y fier. Sous le nuage qui les couvre, on commence � entendre de sourds grondements. L�orage approche.

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Rien d�sormais ne peut emp�cher la r�volution sociale d��clater. Aveugle qui ne la voit pas venir.

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Une des causes les plus d�terminantes de la r�volution, ce sera le machinisme. Nous assistons en effet � ce singulier ph�nom�ne : la machine produisant davantage et en moins de temps que le travail manuel devrait �tre un moyen de d�velopper le bien-�tre g�n�ral. Or, gr�ce au r�gime de propri�t� individuelle, il en va tout autrement. A mesure qu�une nouvelle machine est invent�e qui per met de produire plus vite, beaucoup et avec moins d�efforts, les salari�s qu�elle suppl�e voient leur salaire, d�j� insuffisant, se r�duire encore - � moins qu�on ne les cong�die. Mal r�tribu�s ou mis sur le pav�, ils consomment moins. Et, comme ils sont le plus grand nombre, on aboutit � ce bizarre r�sultat que : plus la production augmente, plus la consommation diminue. En outre, la concurrence entre salari�s, se portant sur un nombre d�emplois beaucoup moindre, devient de plus en plus d�sesp�r�e. D�j� d�vor�s par les riches qui jetteraient leurs marchandises � l�eau plut�t que de leur abandonner le surplus de la production, ils se d�vorent encore entre eux. Et naturellement, chaque jour, le nombre des sans-travail augmente.

Ce fait de salari�s r�duits � la mendicit� par un instrument de richesse eut lieu r�cemment pour les cordonniers d�Angers, les tisserands de Verviers et les allumettiers de Pantin. - Le cas de ces derniers pr�sente une particularit� comiquement sinistre : rong�s par la n�crose, ils demandaient qu�on substitu�t aux ingr�dients nocifs qui les d�cimaient d�autres ingr�dients inoffensifs employ�s d�ailleurs � peu pr�s partout sauf en France. On leur promit de faire droit � leur juste demande, on les flatta, on les caressa, on fit appel � leur patriotisme, on les d�termina � reprendre le travail. Quand ils furent rentr�s dans leurs ergastules, on y installa des machines dont le maniement exigeait un personnel infiniment moins nombreux - et on les cong�dia en masse...

Ils ne sont pas encore revenus de leur stup�faction -d�autant que Mossieur le Ministre d�alors, un vieux Panama du nom de Ribot avait daign� distribuer... des poign�es de mains � leurs d�l�gu�s.

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Sans doute l�ignorance, la domestication, la timidit� des Pauvres sont bien inv�t�r�es. Cependant ils commencent � comprendre qu�on les berne. Ils commencent � voir que les machines pourraient produire largement pour tous. Bient�t au lieu de faire la gr�ve des � bras crois�s �, c�est-�-dire d�entamer la lutte du sou contre le milliard, ils feront la Gr�ve G�n�rale. Ils s�empareront des moyens de production ; ils rendront � tous ce qui appartient � tous, d�apr�s la formule de l�avenir : � chacun selon ses besoins.

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La Bourgeoisie ne c�dera qu�� la force. Plut�t que d�abandonner un seul de ses privil�ges, elle aura recours � tous les moyens : recrudescence de la syphilis patriotique, guerres lointaines ou guerres entre voisins.

Ce dernier exp�dient pourrait bien se retourner contre elle si elle y a recours en d�sespoir de cause. Il est, en effet, fort probable que la d�faite am�nera chez le vaincu un bouleversement social un peu plus s�rieux que la Commune de 1871 - et peut-�tre aussi chez le vainqueur.

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La colonisation peut se d�finir : la d�possession brutale pratiqu�e � l�encontre d�une race plus faible par une race mercantile et conqu�rante, celle-ci apportant en retour aux vaincus les bienfaits d�une civilisation marqu�e par l�alcoolisme, le militarisme et la syphilis.

Pour c�l�brer nos r�centes � victoires � � Madagascar, on �leva des arcs de triomphe, on se sao�la, on exalta nos h�ro�ques troupiers. Il y avait lieu, en effet, de manifester beaucoup d�enthousiasme : 300 millions d�pens�s tout d�abord, 57 soldats tu�s � coups de fusil par les Malgaches, 7.000 tu�s par la fi�vre et la dysanterie. 3.000 revenus bons pour la r�forme et d�sormais incapables de gagner Les dividendes de deux ou trois grosses maisons commerciales augment�s dans une notable proportion...

Du coup, maints journalistes se sont pr�cipit�s, en sanglotant d�all�gresse, dans les bras de l�Invalide � la t�te de bois.

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Quand le peuple comprendra-t-il qu�il n�est nullement glorieux d�aller crever de la peste et de la diarrh�e sous un climat atroce pour que prosp�rent quelques Ventres consid�rables ?

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J�ai fait partie cinq ans de cette � �cole de l�honneur, des bonnes m�urs et de l�abn�gation � qu�on appelle l�arm�e. Voici une partie de ce que j�ai vu : deux mar�chaux des logis chefs, un adjudant vaguemestre et un capitaine-tr�sorier condamn�s pour vol. Un grand nombre de grad�s vivant aux crochets de femmes en cartes ou vendant leur protection aux soldats fortun�s. La p�d�rastie et la masturbation fort r�pandues.- Un homme de mon peloton �tait entretenu par un fonctionnaire de la ville. Il s�en vantait et beaucoup l�enviaient. Un autre homme, atteint de la typho�de, agonisa trois jours dans son lit sans que le m�decin-major daign�t se d�ranger bien qu�on l�eut r�clam� trois fois. Il vint � la fin et fit transporter le malade � l�h�pital. L�homme mourut en arrivant. Trois malades, non reconnus comme tels par le m�decin, trait�s de carottiers, mis � la salle de police en plein hiver, morts � la suite. - Une nourriture infecte et insuffisante. Les soldats affam�s se volaient leur pain les uns les autres.

L��tat d�esprit qui pr�dominait �tait celui-ci : chez les officiers, en dehors des man�uvres, la fain�antise avachie sur des banquettes de caf� et le jeu. chez les soldats : l�ennui profond, la conscience de faire une besogne inutile - l�un et l�autre journellement exprim�s par des phrases lugubres d�exasp�ration - l�impatience f�brile de se voir lib�r�s. Pour distractions : des sao�leries furieuses et des coups distribu�s aux civils tenus pour des inf�rieurs bons � exploiter et � tarabuster. Cela fort encourag� par maints officiers comme susceptible de d�velopper l�esprit militaire. Toute occupation intellectuelle tenue en m�pris. De celui qui lisait, l�on disait : � Tiens, Untel est en train de s�abrutir ! � - Ce r�giment n��tait ni pire ni meilleur que tous les autres. Quiconque a pass� par l�arm�e dira que je n�exag�re rien.

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Il y a d�honn�tes citoyens, bons p�re et bons �poux qui trouvent tout naturel qu�on apprenne � leurs enfants l�art d�assassiner autrui. Quand ils voient pi�tiner autour de la loque tricolore quelques bestiaux � massacre, leur poitrine se gonfle d�une � noble �motion patriotique � - et les Copp�e sentent � se h�risser le bonnet � poils qu�ils ont dans le c�ur. �

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En somme, le militarisme sert � former des individus brutaux, f�roces, lubriques, ivrognes, ignorants et paresseux.

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Les bourgeois vantent volontiers la prosp�rit� de notre �tat social. Cette prosp�rit� est tellement �vidente qu�en France seulement il y a 500.000 vagabonds (statistiques officielles) sans compter ceux qu�on ne conna�t pas. Chaque ann�e, 90.000 personnes meurent de faim - � la lettre (statistiques officielles) sans compter ce qu�on ne conna�t pas. Les salaires baissent tous les jours dans presque toutes les branches de l�industrie, mais quelques industriels font de grosses fortunes. La natalit� diminue dans une proportion constante. L�alcoolisme gagne sans cesse. Les crimes de toutes sortes augmentent et les imp�ts aussi. La population ouvri�re s�atrophie.

Cependant on tente des rem�des. Les parlementaires ont nomm� une commission du travail qui a nomm� quatre sous-commissions, lesquelles ont r�dig� trois mille rapports. - sur quoi, l�on a d�clar� que les grrrandes r�formes commenceraient un de ces jours, quand on aurait le temps et qu�on ne serait pas trop absorb� par la dispute des portefeuilles. Les socialistes, eux, ont ouvert des magasins o� l�on vend le savon des Trois-Huit, le chocolat des Trois-Huit, etc.

Il y a aussi le conseil g�n�ral d�Indre et Loire qui propose de d�porter sans jugement quiconque est assez impertinent pour ne pas avoir de domicile.

Et puis la justice - ou du moins la chose qu�on affuble de ce sobriquet - op�re. On a condamn� Cyvoct � mort pour un article de journal QU�IL N�AVAIT PAS �CRIT. Apr�s une r�flexion, on se contenta de l�envoyer au bagne perp�tuel. Et comme il avait l�audace de demander sa gr�ce, on la lui refusa vertement. On a condamn� Girier-Lorion, malfaiteur de dix-huit ans, � vingt ans de travaux forc�s sur une d�nonciation reconnue calomnieuse apr�s coup. A Cayenne, � la suite du guet-apens d�octobre 1894 o� l�on massacra plusieurs anarchistes d�port�s, quoique n�ayant nullement pris part � la r�volte provoqu�e par les moutons et les gardiens. Lorion fut condamn� � mort. Son avocat demanda sa gr�ce. On lui fit attendre la r�ponse huit mois. Pendant ces huit mois Lorion fut enferm�, les fers aux pieds et aux mains dans une �troite cellule sans air et sans lumi�re et o� il gisait � m�me la terre boueuse. Sa condamnation a �t� commu�e en cinq ans de d�tention � faire dans ladite cellule. Ses lettres � son avocat ont �t� publi�es : elles donnent le frisson. - Lorion et Cyvoct avaient le tort grave d��tre anarchistes.

La justice militaire vaut mieux encore. Le soldat Ch�dal est garrott�, b�illonn�, priv� de nourriture et d�eau, battu, tortur� pendant huit jours par un sergent et un officier. Il meurt. Les bourreaux passent en conseil de guerre. Acquitt�s.

Le soldat Cheymol, souffrant, ne pouvant plus suivre la colonne dont il faisait partie, est attach� � la queue du cheval d�un spahi, rou� de coups de matraque. Il meurt. Le m�decin-major, charg� de faire une enqu�te, d�clare gravement que Cheymol a succomb� � une congestion pulmonaire.

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Cependant on d�pense un million pour galonner les larbins officiels charg�s d�aller l�cher les pieds du khan des kalmouks, empereur de toutes les Russies, � son couronnement. Et les feuilles publiques ruissellent de larmes enthousiastes [5]

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Ce qui �carte de l�Anarchie beaucoup d�esprits mous, m�me de ceux qui vous disent tout bas d�un air effar� : � Croyez que je sympathise avec vous � - c�est l�effroi de marcher sans lisi�res. L�h�r�dit� servile, d�une part, les r�gles auxquelles ils se plient, d�autre part, leur ont fauss� l�entendement. Ce sont des arbres nou�s : ils ne peuvent que v�g�ter - non se d�velopper - que gr�ce � un tuteur. C�est avec eux que les Sauvages de gouvernement b�tissent leurs palissades. Ce sont eux qui suivent les totems. Ce sont eux qui entravent. Ils approuvent, votent, saluent, subissent.

Ceci est une partie du raisonnement. - �mile Henry, en sa d�claration, a conclu.

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Avant que les soldats ex�cutent la sentence prononc�e par les juges, des pr�tres vinrent obs�der Paulino Pallas. Ils lui vant�rent certaines amulettes et pratiques superstitieuses qu�ils nommaient : les sacrements. Ils le menac�rent du courroux d�une idole qu�ils appelaient le Bon Dieu. Ils lui repr�sent�rent que s�il persistait dans son endurcissement, son corps ne serait pas mis en terre mais bien jet� � la voirie parmi les cadavres des inf�mes et des animaux immondes. Sa femme et ses enfants vinrent aussi le supplier, en pleurant, de croire aux pr�tres. Mais Paulino Pallas r�pondit � tous : � Pour moi, la terre sainte, c�est l�univers entier. �

Les pr�tres, l�ayant maudit, se retir�rent alors. Et les soldats survinrent qui le tu�rent aussit�t.

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L�Anarchie est le signe �vident d�un d�veloppement de fonctions intellectuelles jusqu�� pr�sent rudimentaires dans l�esp�ce : esprit de justice, logique, volont�. C�est elle qui sortira l�homme d�finitivement de l�animalit�.

***

On dit aux Anarchistes : � Vous n��tes pas nombreux. �

Ils r�pondent :
- Prouvez-nous que nous avons tort. �
- Vous serez �cras�s...
- Prouvez-nous que nous avons tort.
- D�port�s ! Fusill�s !!
- Prouvez-nous que nous avons tort.
- Mais quels sont vos moyens d�action ?
- Crois en toi-m�me. Prends selon tes besoins, donne selon tes forces. Tous pour un, un pour tous.
- Vous avez raison : c�est bien beau... On vous suivrait volontiers si cela ne devait mal finir pour vous.
- Qu�importe la fin, puisque nous avons raison.


Adolphe Rett�




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