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  Post� le jeudi 02 f�vrier 2006 @ 15:11:46 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
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Oui il est possible de vivre en paix avec les diverses formes de chefferie militante � condition d�accepter certaines r�gles de bases. Je me permets d�en relever quelques unes et de vous les soumettre pour que vous en fassiez bon usage. Comme j�ai d�j� mon billet pour le Goulag, alors Basta !

Suite � certaines difficult�s r�centes rencontr�es dans les mouvements sociaux et dans mon engagement associatif et politique, il m�a sembl� n�cessaire de revenir sur la question du pouvoir en politique. Je ne pense pas que l�engagement des personnes soit mauvais en lui-m�me ou que les mouvements soient � condamner au contraire, ils sont significatifs des contradictions actuelles de la domination capitaliste, il faut les soutenir et y participer. Ce qui fait probl�me ce sont les mod�les dans lequel l�existentiel militant se r�alise.

En fait il n�y a pas ou peu de d�bats de fond sur les r�f�rences th�oriques ou les buts g�n�raux, le communisme libertaire ou la r�volution ne font pas probl�me en eux-m�mes. On peut d�ailleurs facilement constater que les grands buts humains sont n�cessaires pour justifier le sacrifice � la cause, pour rationaliser la soumission militante. Ce qui est en cause c�est la tactique et la strat�gie, la vie militante et existentielle au quotidien.

Si vous acceptez le pouvoir de certaines personnes, qui officiellement ne s�annoncent pas toujours comme �tant des dirigeants ou des dirigeantes, mais qui ne s�en cachent pas en d�autres circonstances, vous n�aurez pas de probl�mes.

Si vous acceptez une vision de l�universel fa�on � chef � tout ira bien, c�est � dire que les critiques sont valables pour les autres jamais pour soi. On crie haut et fort � la r�cup�ration, � la manipulation, au comportement stalinien pour les autres, mais soi-m�me en ne se montrant pas sous son vrai jour (la direction politique), on reproduit et profite au maximum de ce genre d�attitude.

Si vous acceptez d��tre intrumentalis�-e, si en plus vous aimez votre soumission tout sera parfait, on vous aimera, vous valorisera, vous aurez votre place sans difficult�, si au contraire vous froncez les sourcils, si vous souhaitez �mettre un avis, une r�serve vous devrez assumez le r�le de tra�tre. Ne vous �tonnez si on vous regarde de travers, si on vous sert la soupe � la grimace, fini les bisous, votre place sera toujours sur un si�ge �jectable, vous serez toujours suspect-e.

En fait vous devrez accepter que la chefferie militante poss�de LA v�rit�. Ne cherchez pas pourquoi, c�est ainsi, l�organisation et son incarnation humaine (le dirigeant ou la dirigeante) sont intrins�quement r�volutionnaires, c�est par nature. Alors si vous osez certaines questions vous serez jug� selon le crit�re simple � si tu n�es pas avec nous tu es contre nous ! �. Cette coupure du tout ou rien se justifie facilement puisque la chefferie militante est l�organe dirigeant de l�organisation politique ou de l�association qu�il faut renforcer. Qu�importe si ainsi on r�ussit � faire rimer libertaire avec autoritaire, peu importe que l�on critique les partis classiques et que l�on adopte les m�mes comportements qu�eux pour soi-m�me. La chefferie militante ressemble en cela assez aux autres types de chefferies, elle n�est pas � une contradiction pr�s, l�important c�est de diriger sans forc�ment le dire, sans n�cessairement le revendiquer publiquement, d�instrumentaliser toutes les personnes rencontr�es dans le sillage des luttes. Le l�ninisme n�est pas mort, avec le secret en politique ce sont les bases de la construction et du d�veloppement de la chefferie militante.

Sachez qu�il est inutile de respecter les r�gles de bases de la d�mocratie quand on a raison puisque les autres ont tort. On peut aussi la respecter en apparence en ayant une telle influence que les d�bats sont fauss�s d�avance. Il est inutile de reconna�tre que la r�volte se conjugue sous des modes multiples, que l�id�e libertaire prend des formes diff�rentes, l�essentiel c�est d�accepter la direction de la chefferie militante.

Suivant la ligne, dans un cas la rupture c�est tout de suite et vite, il n�y a pas de raison d�accepter des m�diations, la lutte contre le capitalisme est une et ne se n�gocie pas. Selon une autre modalit� de la ligne politique, ce peut �tre l�unit� tout le temps, m�me si les alli�-es sont les repr�sentantes objectifs de la domination. Dans les deux cas, quelque soit la lutte, le r�el doit se plier � la ligne juste.

L�autonomie c�est la chefferie militante qui la met en oeuvre, le fait que souvent elle n�appara�t pas en tant que telle est li� � des questions de s�curit�, bien �videmment. On pouvait rire de Georges Seguy qui disait que la CGT �tait ind�pendante du PCF dans les ann�es soixante-dix, ici l�autonomie ne se discute pas si la chefferie militante est aux commandes. Sachez aussi qu�il y aura toujours une personne sinc�re qui n�appartient pas � la chefferie militante ou � son regroupement pour justifier cette strat�gie. En effet toutes les autres structures ont trahi, c�est bien connu ! Que cette personne ignore tout de la chefferie militante et de ses structures c�est encore mieux. On peut aussi justifier la ligne inverse d�unit� inconditionnelle par l�adage � plus on sera nombreux, mieux ce sera ! �. Mais en fait tout cela c�est secondaire, ce qui compte c�est qui a la direction du mouvement. Il est impensable que celui-ci se donne seul les formes de direction qu�il souhaite ou pas de direction du tout d�ailleurs.

Comme le remarquait Nietszche, le soubassement mental qui permet � la croyance de faire fortune c�est le ressentiment, ressentiment que prend bien soin de cultiver la chefferie militante. Dans un cas ce sera la gue-guerre permanente avec tout le monde qui sera l��l�ment de base pour le succ�s de ceux et celles qui ont raison seul-es contre tous et toutes ; dans un autre cas ce sera l�unit� le leitmotiv avec la communion comme horizon mythique et le fameux � tous ensemble �, mais � chaque fois, que ce soient des pr�tres ou des r�volutionnaires autoproclam�-es, d�tenir LA v�rit� pour avoir le pouvoir c�est fondamental.

Ces ph�nom�nes ne sont pas exotiques, pour nous aussi il est plus que temps de r�fl�chir au vieux proverbe russe qui �nonce que : � Un visage laid ne doit pas maudire le miroir ! �.

Une fois le miroir tourn� vers soi et ces critiques effectu�es, � comment vivre notre militance ? � reste la question pr�occupante. Michel Foucault � la fin de sa vie se posait la question de comment d�velopper sa puissance ou la puissance collective sans opprimer, je crois que c�est de cela qu�il s�agit. D�j� ne pas se mettre la t�te dans le sable est important, en effet souvent d�s que l�on aborde ce genre de probl�mes on est saisi-e par le malaise, malaise du � l�impuissance et � la culpabilit�.

Nous sommes la plupart du temps dans l�impossibilit� de mettre � jour et de poser publiquement la question du pouvoir hors le champ de la concurrence. Soit parce qu'on ne veut pas tout d�truire (le mouvement de lutte en cours, le regroupement dans lequel on inscrit son action militante, la peur de faire mal aux personnes avec qui on milite, le sentiment d��tre coinc�-e, que c�est toujours pareil et qu�il n�y a pas de solutions, la sensation de ne pas pouvoir assumer les conflits engendr�s par tout cela, etc..). En g�n�ral l�int�r�t sup�rieur de la cause joue � plein pour emp�cher l��mergence de ce genre de discussion. Les probl�mes affectifs sont �galement en jeu : ses copines, ses copains, son amant ou son amante, son fr�re ou sa soeur de combat, celui ou celle qui nous a initi� � la politique sont parfois au centre des d�bats et l� � maman bobo ! �. Jamais on ne se pose la question de comment militer avec des personnes que l�on n�aime pas ou que mod�r�ment. La plan�te militante regorge de ces frustrations, de ces d�go�ts qui font abandonner tout engagement. La norme militante est spontan�ment sacrificielle, la pression morale n�est pas ouverte et formalis�e, mais elle existe bel et bien, elle est d�autant plus forte qu�elle reste un non-dit, on doit la subir et s�y conformer si on veut trouver une place ou la conserver dans les cercles militants.

En ce qui me concerne, la solution que j�ai trouv�e, c�est d�j� de soulever � ma fa�on le probl�me, je l�ai d�j� fait dans le texte � Comment devenir un bon dirigeant politique en 10 le�ons ! �. Je continue aujourd�hui parce le d�bat sur le contenu de la loi symbolique touche toute la soci�t� et en particulier celles et ceux qui veulent la transformer. La question de la violence institutionnelle n�est pas simple, mais je sais que la passer sous silence c�est criminel au sens du crime mental ou de la � castration mentale � selon le terme de Bernard No�l.

Je n�ai pas de solution toute faite, je ne suis pas � l�abri de ce que je critique. Je sais simplement que la lutte est multiple, que les formes de militance sont multiples et qu�il est difficile de juger de la v�rit�, que souvent la volont� de v�rit� est suspecte. La vanit� humaine a tendance � dire � moi je �, ce qui a tendance � perturber le rapport � l�universel. La situation a toujours un cot� particulier et relatif, mais �galement un versant g�n�ral, une validit� universelle, c�est la liaison entre les deux, en politique, qui donne sens et valeur � l�engagement. Le relativisme post-moderne a tendance � nier l�universel en �non�ant que � tout se vaut ! � pour ne garder que les int�r�ts individuels ou �tatiques. Nous savons que ceci c�est une des formes id�ologiques de la domination actuelle. Nous connaissons �galement les limites du syndrome anar, qui �nonce que la trahison est obligatoire et la r�volution sera forcement trahie. Au contraire nous essayons d�agir et de penser tant bien que mal dans le r�el de notre temps, les temps maudits. La militance n�est ni toute blanche, ni toute noire, souvent grise, avec des moments de passion et des retomb�es d�primantes. Tout cela se vit avec des personnes humaines telles qu�elles sont, faites de chair et de sang, d�amour et de haine, de grandeurs et de mesquineries, de d�sirs et de peurs, de joies et de tristesse, parfois de l�humour, � humain, trop humain � disait Zarathoustra ! Nous n�ignorons pas que la lutte d�id�e ou d�influence existe et qu�elle soit n�cessaire au d�bat d�mocratique. Nous savons que la question de la puissance se conjugue � la fois par le possible en action et en pens�e, la capacit� et par l�autorit� du pouvoir, la domination. Mais je pense ou plut�t je postule l�axiome suivant :

Il est possible d�essayer de militer de fa�on un peu conforme aux id�es libertaires que nous d�fendons.

Certes, c�est une exigence �thique, mais comment supporter d��noncer de belles id�es politiques et des contredire dans la pratique ? Comme le disait Corn�lius Castoriadis : � Nous ne philosophons pas pour sauver la R�volution, mais pour sauver notre pens�e et notre coh�rence �. Apr�s le deuil du progr�s, il nous faut peut-�tre envisager le deuil de la r�volution con�ue comme une r�demption. C�est ici et maintenant que cela se joue !

La sph�re existentielle est tr�s imbriqu�e � la politique en cette fin de si�cle. C�est normal parce que c�est une instance de v�rit� pour la ou les subjectivit�s qui �mergent en ce lieu bizarre qu�est la politique. Pour moi la politique n�existe qu�au sens de la situation et de la critique ou de la vis�e d�un impossible : l��galit� et la justice, pas au sens de la gestion politicienne li�e � la d�mocratie parlementaire si conforme au lib�ralisme �conomique. La question des mod�les doit �tre repos�e et d�battue. C�est une des voies, � mon avis, qui permettra une reprise raisonn�e pour �valuer nos r�f�rents th�oriques et id�ologiques, pour assumer la force de notre inconscient militant et les implicites qui le structure. Sinon comme d�habitude nous serons condamn� es � reproduire des formes de domination parmi nous.

Ce texte ne concerne pas seulement les luttes en cours mais toutes les luttes, il s�adresse � personne et � tout le monde en m�me temps. Je refuse la mise en place de tribunaux, je ne place pas sur le terrain de l�autocritique, cette notion �tait li�e au centralisme d�mocratique, � une conception partidaire, donc � un certain type de chefferie. Au contraire je crois que c�est d�abord une r�flexion � mener pour soi-m�me et par soi-m�me.



Nantes, mi-janvier 1998


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