Source : http://www.irnc.org
Antimilitarisme
L'antimilitarisme, dans sa conception et sa perception les plus courantes, ne se situe pas sur le m�me registre que celui sur lequel s'inscrit la non-violence.
Certes, si l'on s'en tient � d�finir l'antimilitarisme comme l'opposition au militarisme, c'est-�-dire � la domination de l'id�ologie et de l'institution militaires sur la soci�t�, alors les militants de la non-violence, comme tous les d�mocrates, ne peuvent que se d�clarer r�solument antimilitaristes. Mais l'antimilitarisme a g�n�ralement une autre signification: il appara�t comme une sorte de racisme � l'encontre de la personne des militaires. Certes, tous les militaires ne sont pas anim�s par le seul id�al de d�fendre la libert� contre toute menace totalitaire. il arrive que certains d'entre eux poursuivent des int�r�ts qui ne sont pas ceux de la nation, voire se fassent complices de ce qu'il est convenu d'appeler des " crimes de guerre ". Mais les accusations qui doivent �tre port�es contre ceux-l� ne peuvent pas �tre �tendues � l'ensemble de ceux qui ont partie li�e avec l'arm�e. Le racisme consiste pr�cis�ment dans cette g�n�ralisation abusive.
La guerre est toujours meurtri�re, et c'est la raison pour laquelle la non-violence refuse de l�gitimer ses moyens, mais les militaires ne sont pas pour autant des assassins ; la non-violence r�cuse l'antimilitarisme qui se fonde sur une pareille condamnation.
Les militants de la non-violence se refusent � instruire un quelconque proc�s d'intention � l'encontre de ceux qui estiment n�cessaire de pr�parer la guerre pour avoir la paix. Ils proposent, au contraire, d'�tablir avec les militaires un dialogue contradictoire portant � la fois sur les dangers d'une course aux armements qui se justifierait par elle-m�me et pour elle-m�me et sur les possibilit�s offertes par les strat�gies de d�fense civile non-violente.
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D�fense civile non-violente
Tout syst�me de d�fense repose sur l'articulation de la menace et de l'emploi des moyens choisis pour faire face aux �ventuelles agressions. La menace a pour fonction de dissuader tout agresseur potentiel en le convainquant que les co�ts de son agression seraient sup�rieurs aux profits qu'il pourrait en retirer.
Aujourd'hui, la r�volution technologique a donn� aux armes une telle capacit� de destruction que leur emploi d�truirait probablement la soci�t� m�me que nous voulons d�fendre. Certes, l'intention dissuasive des syst�mes d'armes con�us par les Etats industriels est plus que jamais affich�e. Mais le plus probable, si nous entrions dans une crise internationale o� notre soci�t� se trouverait directement menac�e d'une agression militaire, c'est que nous ne puissions employer pour nous d�fendre ni les armes nucl�aires, ni les armes classiques. La menace d'emploi de ces armes a pour fonction de dissuader le d�cideur adverse de nous 'agresser; mais, d�s lors que celui-ci aurait d�cid� de contourner nos dissuasions, l'emploi de nos armes ne pourrait plus nous d�fendre puisqu'il provoquerait notre destruction.
D�s lors que nos instruments militaires se trouveraient paralys�s par ceux de notre agresseur, c'est la soci�t� civile qui serait confront�e directement � l'agression et qui devrait supporter enti�rement le choc de l'affrontement. Il importe donc de concevoir, de pr�parer et d'organiser la d�fense civile de la soci�t� civile par les civils eux-m�mes.
Les objectifs les plus probables qu'un adversaire chercherait � atteindre en occupant un territoire seraient :
- l'influence id�ologique,
- la domination politique,
- l'exploitation �conomique.
D�s lors, l'invasion et l'occupation d'un territoire ne constituent pas les buts de l'agression ; elles ne sont que des moyens pour �tablir le contr�le et la domination de la soci�t� civile. C'est pourquoi une politique de d�stabilisation et de domination vise � obtenir par la conjugaison des moyens de persuasion, de pression, de contrainte et de r�pression, la collaboration de la population civile adverse. Cette complicit� objective est donc l'ultime objectif de l'agression.
L'axe central d'une strat�gie civile de d�fense est donc l'organisation du refus g�n�ralis�, mais s�lectif et parfaitement cibl�, de cette collaboration. On peut alors d�finir ainsi la d�fense civile : une politique de d�fense contre toute tentative de d�stabilisation, de contr�le ou d'occupation de notre soci�t�, conjuguant de mani�re pr�par�e et organis�e des actions non-violentes collectives de non-coop�ration et de confrontation avec l'adversaire, en sorte que celui-ci soit mis dans l'incapacit� d'atteindre les objectifs id�ologiques, politiques et �conomiques qui justifient son agression.
La d�fense civile doit s'organiser principalement sur deux fronts : le front institutionnel et le front populaire. Face � une agression �trang�re, d�fendre la soci�t� c'est aussi d�fendre l'Etat d�mocratique, c'est-�-dire d�fendre les institutions qui permettent le libre exercice des pouvoirs ex�cutif, l�gislatif et judiciaire qui garantissent le droit. Pour cela, il importe que les pouvoirs publics reconnaissent eux-m�mes la place que la d�fense civile doit prendre dans l'organisation de notre soci�t� afin qu'elle puisse se d�velopper dans les espaces institutionnels.
Mais, en m�me temps, la d�fense civile exige une grande capacit� d'initiative des diff�rents acteurs sociaux. La r�sistance ne pourra s'organiser efficacement que si elle r�sulte de la conjugaison de deux mouvements, l'un �tant impuls� d'en haut par les pouvoirs publics et l'autre d'en bas par les citoyens conscients de leurs propres responsabilit�s et d�cid�s � les assumer. La pr�paration de la d�fense civile devra �galement se faire dans le cadre des organisations sociales et politiques au sein desquelles s'expriment concr�tement la solidarit� des citoyens. Les partis politiques, les syndicats, les mouvements associatifs, les entreprises et les �glises constituent les relais sociaux � travers lesquels la soci�t� civile doit pr�parer et organiser sa propre d�fense.
Ainsi existe-t-il un lien organique entre la d�mocratie et la d�fense civile non-violente. Tout ce qui renforce l'une concourt �. renforcer l'autre. Le meilleur moyen de pr�parer la d�fense de la d�mocratie pour les temps de crise est de la renforcer et de la rendre plus effective en temps de paix.
La d�fense civile non-violente peut �tre consid�r�e comme une alternative aux d�fenses militaires. Mais cela pr�suppose qu'un pays d�cide de renoncer � toute forme de d�fense arm�e pour ne faire reposer sa s�curit� et son ind�pendance que sur la pr�paration et, le cas �ch�ant, sur la mise en oeuvre de la d�fense civile. Compte tenu de l'ampleur des changements culturels et politiques que ce choix implique n�cessairement, une telle hypoth�se ne peut �tre envisag�e � court ni m�me � moyen terme.
La valeur d'une alternative se juge aussi � sa capacit� � rendre possible un processus coh�rent de transition et une dynamique de changement. Dans ce processus de transition que nous appelons "transarmement ", les diff�rentes formes de d�fense militaire et la d�fense civile devront coexister, m�me si cette coexistence peut appara�tre conflictuelle. La pr�paration et l'organisation d'une d�fense civile non-violente constitueraient alors une valeur ajout�e � la dissuasion globale de notre pays. Tout ce qui renforce l'affirmation de notre volont� de d�fense et tout ce qui augmente notre capacit� de r�sister contre une �ventuelle agression prolonge et amplifie l'effet dissuasif de notre d�fense.
Dans l'hypoth�se o� nos forces de dissuasion seraient contourn�es et o�, par cons�quent, nous devrions nous d�fendre contre une agression, la d�fense civile non-violente pourrait �tre consid�r�e, par rapport aux diff�rentes formes de d�fense militaire, comme un compl�ment, un recours ou une autre option.
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D�sarmement
L'acc�l�ration quantitative et qualitative de la course aux armements augmente le risque de voir une guerre se d�clencher. La sophistication de plus en plus pouss�e des armes modernes est de nature � favoriser le d�rapage d'une crise politique vers un conflit militaire. Par ailleurs, le risque est r�el que ces armes soient employ�es par erreur, que celle-ci soit technique ou humaine. Aujourd'hui, la course aux armements constitue davantage une menace qu'une garantie pour la s�curit� des peuples. Le document final de la session extraordinaire de l'assembl�e g�n�rale des Nations Unies consacr�e au d�sarmement, qui s'est tenue en 1978, affirmait: "L'homme se trouve plac� devant l'alternative suivante : mettre fin � la course aux armements et progresser vers le d�sarmement, ou p�rir ".
Etant donn� le surarmement des grandes puissances, celles-ci peuvent, sans porter atteinte � leur s�curit� respective, prendre des mesures partielles de d�sarmement qui att�nuent la dangerosit� de l'�quilibre des terreurs. L'accord intervenu en d�cembre 1987 entre les Etats-Unis et l'Union Sovi�tique, portant sur les armes nucl�aires de port�e interm�diaire, peut constituer un pas important vers une politique internationale de d�tente.
Mais, au-del� de telles mesures ponctuelles, une politique de d�sarmement vient se heurter � de nombreuses difficult�s qu'il serait vain de minimiser. Ce sont les conflits, et non les armes, qui sont les causes premi�res des crises et des guerres qui peuvent s'ensuivre. D�s lors, pour supprimer les guerres, il est vain de proposer de commencer par d�truire les armes. Il est �galement illusoire d'imaginer un monde sans conflits. La seule voie qui puisse nous conduire vers une soci�t� internationale pacifi�e est donc de chercher � r�soudre les conflits par d'autres moyens que les armes de la violence.
Voyant dans les armements la cause principale des guerres, le pacifisme a propos� le d�sarmement unilat�ral imm�diat comme une contribution d�cisive � la paix. Un tel projet �tait n�cessairement vou� � l'�chec. La s�curit� est un besoin fondamental de toute collectivit� humaine. Dans la mesure o� les membres d'une soci�t� ont le sentiment que leur s�curit� exige la possession d'armes capables de s'opposer efficacement � une agression de leur territoire, le d�sarmement unilat�ral ne pourrait engendrer chezeux qu'une profonde ins�curit�. De ce fait, il est rigoureusement impossible.
Par ailleurs, les propositions de d�sarmement g�n�ral, simultan� et contr�l� ne semblent pas davantage op�rationnelles. Elles posent �galement r�solus de nombreux probl�mes de tous ordres auxquels, par elles-m�mes, elles n'apportent aucune solution. Il convient d'abord de r�soudre ces probl�mes et de cr�er ainsi les conditions qui rendent possible un tel d�sarmement.
Dans cette perspective, la t�che prioritaire est de concevoir et de pr�parer des " �quivalents fonctionnels " de la guerre qui permettent aux peuples et aux nations d'assurer leur s�curit�. Nous appellerons " transarmement " le projet qui vise � mettre en oeuvre progressivement une politique alternative de d�fense fon�6e sur la strat�gie de l'action non-violente.
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Dissuasion civile
Comme toute politique de d�fense, l'organisation de la d�fense civile non-violente doit avoir pour finalit� premi�re de dissuader un agresseur potentiel d'engager les hostilit�s. La cr�dibilit� de la dissuasion civile est effective lorsque l'adversaire a d� se convaincre qu'il exposerait son propre pouvoir � de r�els dangers s'il d�cidait d'intervenir au-del� de ses fronti�res. Ses agents pourraient certes p�n�trer sur le territoire convoit� sans qu'ils subissent de pertes et sans que sa population se trouve expos�e � des repr�sailles, mais ses soldats, ses fonctionnaires et tous ses charg�s de mission se heurteraient � l'hostilit� organis�e des pouvoirs publics, des institutions et des citoyens qui leur refuseraient toute collaboration. Ils courraient alors le risque de se trouver emp�tr�s dans les r�seaux d'un " maquis politique ", en subissant l'inconv�nient majeur de ne pas avoir l'avantage du terrain. Ils auraient alors les plus grandes difficult�s � contr�ler ce maquis et ne pourraient gu�re esp�rer le r�duire dans un d�lai raisonnable. La dissuasion est effective d�s lors que les risques encourus apparaissent disproportionn�s par rapport � l'enjeu de la crise et les co�ts pr�visibles plus importants que les profits esp�r�s.
Pour renforcer la cr�dibilit� de la dissuasion civile, il faut � la fois augmenter les co�ts et r�duire les profits. Il importe donc que le d�cideur adverse per�oive l'importance des co�ts qu'il devrait payer : il s'agit de co�ts id�ologiques, politiques, sociaux, �conomiques et diplomatiques dont l'addition risquerait de d�stabiliser son propre pouvoir et son propre r�gime. Par ailleurs, dans la mesure o� il ne peut esp�rer aucune complicit� significative au sein de la population adverse, il risquerait d'�tre frustr� des profits qu'il voudrait retirer de son agression. Le rapport entre ces co�ts et ces profits est de nature � l'amener � renoncer � toute intervention sur le territoire d'une soci�t� ayant mis en place les moyens d'une d�fense civile.
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Esprit de d�fense
L'un des effets les plus pervers de la priorit� absolue donn�e � la dissuasion nucl�aire dans la doctrine de d�fense de la France a �t� de d�responsabiliser et de d�mobiliser les Fran�ais par rapport au r�le essentiel qui devrait �tre le leur dans la sauvegarde de la d�mocratie dans le cadre de la " d�fense globale " de notre pays. En s'effor�ant de convaincre les citoyen(ne)s que la dissuasion nucl�aire rendait pratiquement impossible une agression �trang�re, les gouvernements successifs de la France les ont surtout persuad�s qu'en tout �tat de cause ils n'avaient aucun r�le actif � jouer dans la d�fense de notre soci�t�.
Certes, la rh�torique officielle ne manque jamais d'affirmer que la d�fense doit �tre " l'affaire de tous ", et que la dissuasion nucl�aire elle-m�me n'a de cr�dibilit� que dans la mesure o� elle b�n�ficie de l'assentiment populaire. Mais " l'esprit de d�fense "qui est ainsi requis de la part des citoyen(ne)s s'apparente � l'acceptation passive des choix op�r�s par les �tats-majors politiques et militaires, non � l'exercice d'une responsabilit� directe dans l'organisation de la d�fense de notre soci�t�. Si le chef de l'Etat peut dire � la t�l�vision : " La dissuasion, c'est moi ", les citoyens t�l�spectateurs doivent bien en conclure : " La dissuasion, c'est pas nous"...
En r�alit�, la plus grande part des propos tenus officiellement sur l'esprit de d�fense des citoyen(ne)s ont pour vis�e essentielle de venir renforcer les liens entre l'Arm�e et la Nation. La sensibilisation des civils aux imp�ratifs de la d�fense se situe dans le cadre �troit et inappropri� de l'organisation militaire. Cette restriction � la fois th�orique et pratique est de nature � entraver gravement le d�veloppement de l'esprit de d�fense. Pour pouvoir r�ellement responsabiliser les citoyen(ne)s � leurs devoirs de d�fense, il serait certainement plus op�rationnel de concevoir et d'organiser leur mobilisation dans le cadre des institutions civiles qui assurent le fonctionnement d�mocratique de la soci�t�. Pour stimuler l'esprit de d�fense des citoyen(ne)s, il faut civiliser la d�fense et non pas militariser les civils. Il ne convient pas d'organiser la d�fense civile � travers une d�centralisation de l'organisation militaire, mais � travers une " d�centration " par rapport � elle et un " recentrage " par rapport aux institutions civiles.
Il convient de corriger le langage d'id�alisme moral qui tend � r�duire le devoir de d�fense des citoyens � un " esprit ", c'est-�-dire un " attachement aux valeurs " qui fondent la civilisation et la " volont� " de les d�fendre le jour hypoth�tique o� elles seraient menac�es. Concr�tement, il s'agit de d�fendre les institutions politiques qui incarnent et historicisent ces valeurs, c'est-�-dire les institutions de la d�mocratie qui garantissent les libert�s individuelles et collectives. En outre, il est vain d'attendre des citoyens qu'ils affirment leur volont� de d�fense si la soci�t� ne leur offre pas concr�tement les moyens de se d�fendre civilement. La population doit pouvoir se pr�parer d�s maintenant � mettre en oeuvre une strat�gie civile de d�fense face � un �ventuel agresseur en sorte que celui-ci se trouve dissuad� de mettre son projet � ex�cution.
L'esprit de d�fense pourra d'autant mieux mobiliser les volont�s que les t�ches propos�es aux civils le seront dans le cadre des structures administratives, sociales, �conomiques et politiques dans lesquelles ils travaillent quotidiennement. La pr�paration de la d�fense civile s'inscrit ainsi en totale continuit� et en parfaite homog�n�it� avec la vie des citoyen(ne)s dans les institutions o� ils exercent leurs responsabilit�s civiques. L'esprit de d�fense qui est requis d'eux s'enracine directement dans l'esprit civique qui anime leurs activit�s quotidiennes.
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Guerre
" La guerre, affirme Clausewitz, n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens ". En affirmant cela, le g�n�ral prussien ne voulait pas signifier, comme on le laisse entendre parfois, que la politique �tait d�j� la guerre, mais que la guerre devait �tre encore une action politique. " Si l'on songe, �crit-il, que la guerre r�sulte d'un dessein politique, il est naturel que ce motif central dont elle est issue demeure la consid�ration premi�re qui dictera sa conduite ". " L'intention politique, pr�cise-t-il encore, est la fin tandis que la guerre est le moyen, et l'on ne peut concevoir le moyen ind�pendamment de la fin ".
Nagu�re, dans le cadre des strat�gies classiques, la guerre �tait cruelle mais, g�n�ralement, elle n'�tait pas mortelle pour les peuples qui s'y livraient. Les nations pouvaient alors esp�rer que la guerre apporterait au conflit qui les opposait une solution politique sauvegardant leurs int�r�ts vitaux. Tant bien que mal, c'est ainsi que, jusqu'� pr�sent, les peuples ont v�cu et surv�cu.
Aujourd'hui, la r�volution technologique a donn� aux armes une telle capacit� de destruction que leur emploi d�truirait probablement la soci�t� que nous voulons d�fendre. La guerre moderne, qu'elle soit classique, chimique ou nucl�aire, serait une guerre totale. Autrefois, en combattant pour la libert�, les hommes prenaient le risque de " mourir pour la patrie " ; aujourd'hui, en faisant la guerre, ils prendraient le risque de tuer la patrie.
Ainsi la guerre moderne ne peut plus �tre la continuation de la politique par d'autres moyens. Elle ne peut plus r�sulter d'aucun " dessein politique " ; elle signifierait la fin de toute politique. La guerre est entr�e en crise. Litt�ralement, nous ne pouvons plus penser la guerre ; elle est devenue impensable. Les soci�t�s industrielles sont entr�es d�finitivement dans le temps de l'apr�s-guerre.
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Intervention civile
Lorsque les sanctions �conomiques s'av�rent insuffisantes pour faire c�der l'adversaire, il convient d'�tudier la possibilit� d'une intervention directe sur les lieux du conflit. Avant m�me d'envisager une quelconque intervention militaire, il importe de savoir si des forces d'intervention civiles, non arm�es, ne seraient pas susceptibles d'apporter une contribution � la r�solution pacifique du conflit en cours. En d'autres termes, est-il possible d'envisager une "projection de forces non militaires" qui puisse peser sur le rapport des forces en pr�sence ? Existe-t-il des interventions civiles qui soient des �quivalents fonctionnels des interventions militaires ? Nous pouvons proposer la d�finition suivante d'une intervention civile : une intervention non arm�e, sur le terrain d'un conflit local, d'une mission ext�rieure, mandat�e par une organisation intergouvernementale, gouvernementale ou non gouvernementale, venant accomplir des actions d'observation, d'information, d'interposition, de m�diation et/ou de coop�ration en vue de pr�venir ou faire cesser la violence et de cr�er les conditions d'une solution politique du conflit qui reconnaisse et garantisse les droits fondamentaux de chacune des parties en pr�sence, et leur permette de d�finir les r�gles d'une coexistence pacifique.
Une intervention civile est un moyen tactique : il ne peut �tre optionnel que s'il est mis en oeuvre dans le cadre clairement d�fini d'une strat�gie globale qui vise � faire aboutir un projet politique cr�ant conditions d'un retour � la paix. Ce projet et cette strat�gie doivent �tre d�finis dans le cadre d'un processus de n�gociations diplomatiques auxquelles participent les diff�rentes parties engag�es dans le conflit, le plus souvent � travers la m�diation d'une autorit� ext�rieure. Les diff�rentes modalit�s d'une intervention civile ont pour fonction de concr�tiser sur le terrain, au contact des populations civiles et des dirigeants locaux, les d�cisions politiques prises dans le cadre de ces n�gociations. Cependant, certaines formes d'intervention civile peuvent �tre mises en oeuvre avant m�me que ce processus de n�gociation ait pu commencer. Elles ont alors pour finalit� de cr�er des conditions qui favorisent un tel processus.
Les missions d'une intervention civile ne sauraient pr�tendre faire preuve de "neutralit�", du moins si l'on donne � ce mot, selon son �tymologie, le sens de "ni l'un ni l'autre, aucun des deux". Les membres d'une mission de paix qui vise, sinon � la r�conciliation, du moins � la conciliation des deux parties engag�es dans un conflit, n'ont pas pour mandat de ne prendre parti pour "aucun des deux" adversaires, mais de prendre parti pour "tous les deux". Il s'engagent aux c�t�s de l'un et de l'autre : ils s'engagent deux fois, ils prennent deux fois parti. Mais ce double parti pris n'est jamais inconditionnel : il est � chaque fois un parti pris de discernement et d'�quit�. Il fait toujours r�f�rence � la n�cessit� de respecter les droits de l'Homme et les conditions de la d�mocratie.
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Objection de conscience
Dans le sens le plus usuel, mais restrictif, l'objection de conscience consiste � refuser d'accomplir le service militaire. Par elle-m�me, l'expression sugg�re que ce refus se fonde essentiellement sur des convictions personnelles qui mettent en avant l'exigence morale et/ou religieuse qui prescrit le respect inconditionnel de la vie humaine et interdit de verser le sang. Pendant longtemps, l'attitude des objecteurs de conscience a �t� s�v�rement condamn�e comme un d�lit d'incivisme, contraire au devoir de la solidarit� nationale qui s'impose � tout citoyen. Les r�fractaires �taient alors accus�s de faire preuve de l�chet� en refusant d'assumer leurs responsabilit�s civiques.
Ce n'est que tout r�cemment que l'objection de conscience a �t� reconnue par les soci�t�s d�mocratiques comme un droit de l'homme que l'Etat devait respecter en faisant b�n�ficier d'un statut l�gal ceux qui s'en r�clamaient. Pour autant, les objecteurs sont encore souvent suspect�s de n'�tre pas des citoyens � part enti�re et se heurtent toujours � un certain ostracisme social.
Aujourd'hui, m�me si nombre d'objecteurs se r�f�rent � des convictions �thiques et philosophiques, ils entendent g�n�ralement donner � leur engagement une signification ouvertement politique. D'abord, leur contestation de la militarisation des syst�mes de d�fense mis en oeuvre par les Etats ne s'appuie pas seulement sur des arguments d'ordre moral, mais aussi sur une analyse et une critique rationnelles de la course aux armements de destruction massive. Ils consid�rent que celle-ci constitue davantage une menace qu'une garantie pour la s�curit� des peuples et des nations. Ensuite, ils ne veulent pas s'en tenir � cette contestation : beaucoup mettent en avant la proposition d'une d�fense civile non-violente et acceptent de faire un service civil, dont la dur�e devrait �tre �gale � celle du service militaire. Ils y font un travail d'utilit� sociale et certains d'entre eux �tudient th�oriquement les principes et les m�thodes de la strat�gie de l'action non-violente et se pr�parent � les mettre en oeuvre pratiquement.
Ceux qui ont d�j� accompli leur service militaire sont �galement en droit de revendiquer le b�n�fice du statut l�gal de l'objection de conscience. Si la loi le leur refuse (c'est actuellement le cas en France pendant le temps dit de " disponibilit� ", c'est-�-dire pendant les quatre ann�es qui suivent le service militaire), ils n'ont plus d'autre recours que de s'engager dans une action de d�sob�issance civile en renvoyant leur livret militaire au ministre de la D�fense. Ils sont alors passibles d'une condamnation devant les tribunaux.
L'objection de conscience peut �galement �tre le moyen de s'opposer, non � toute guerre, mais � telle guerre en particulier dont on estime qu'elle est injuste. Elle peut encore �tre le moyen de refuser toute coop�ration avec l'arm�e lorsque celle-ci est utilis�e comme moyen de r�pression contre une minorit� nationale ou contre une classe sociale en lutte pour la revendication de ses droits.
D'une mani�re plus g�n�rale, on parle d'objection de conscience pour tout refus d'ob�issance � une loi ou � un ordre dont l'ex�cution serait contraire � ce que l'on estime injuste ou immoral. Dans un certain nombre de domaines, la loi pr�voit ainsi des " clauses de conscience ".
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Pacifisme
Les mots " pacifisme " et " pacifiste " ont dans notre langue, dans notre culture et dans notre histoire une connotation essentiellement p�jorative. Le pacifiste est r�put� vouloir la paix " � tout prix ", fut-ce au prix de la justice. C'est pourquoi il est accus� de pr�f�rer n'importe quelle paix � n'importe quelle guerre et, donc, d'�tre pr�t � se soumettre � l'oppression plut�t qu'� se battre pour la libert�. La collectivit� nationale, au nom de l'id�ologie dominante, va donc jeter l'anath�me sur les pacifistes en les accusant d'�tre tra�tres et parjures.
Il est vrai que la paix peut �tre honteuse et que le refus de la guerre peut �tre l�che. Ce n'est pas la paix qui est le plus important mais la justice qui permet la dignit� et la libert�. Si le choix n'�tait qu'entre la paix dans l'injustice et la guerre pour la justice, alors, en effet, mieux vaudrait choisir la guerre. " Je pr�f�rerais mille fois, affirmait Gandhi, prendre le risque de recourir � la violence plut�t que de voir �masculer toute une race ".
La th�se centrale du pacifisme, tel qu'il s'est exprim� � diff�rents moments de notre histoire, peut se r�sumer ainsi: la guerre est le mal absolu parce que les maux qu'elle engendre sont n�cessairement plus grands que ceux auxquels elle pr�tend rem�dier. Certes, les moyens de la guerre, c'est-�-dire ceux de la violence destructrice et meurtri�re, sont par eux-m�mes en contradiction avec la fin qu'elle pr�tend poursuivre : la coexistence pacifique des hommes et des peuples. La v�rit� de l'intuition pacifiste est de proclamer l'inhumanit� de la guerre et de r�cuser toutes les id�ologies qui justifient, honorent et sacralisent la guerre. Mais l'er reur du pacifisme est de d�noncer " les horreurs de la guerre "sans proposer des moyens r�alistes pour mettre un terme aux " horreurs de la paix ". La guerre, en effet, ne m�rite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative. La guerre est une m�thode d'action et sa finalit� est juste lorsqu'elle vise effectivement � d�fendre ou � r�tablir les droits de l'homme. La m�thode de la guerre est s�rement d�testable mais l'action n'en demeure pas moins n�cessaire. Si la condamnation de la m�thode entra�ne l'inaction, c'est qu'il y a quelque part un vice dans la d�marche. Le pacifisme rel�ve en r�alit� d'une morale de conviction et il se trouve incapable de fonder une morale de responsabilit� face aux d�fis de l'histoire. Lorsqu'il a tent� de proposer d'autres moyens que la guerre pour faire la paix, ils �taient largement illusoires. Il fait alors appel � des vertus en un temps o� seule la force conditionne les rapports entre les hommes et les peuples. Le pacifisme proc�de d'une vision id�aliste et moraliste de l'histoire.
Le discours pacifiste se discr�dite quand il laisse croire que les arm�es et les armements sont les causes des guerres et qu'il pr�sente leur suppression comme la condition n�cessaire et suffisante de la paix. Pour promouvoir une politique de d�sarmement, il importe de concevoir des " �quivalents fonctionnels de la guerre " qui offrent aux nations les moyens de se d�fendre contre une �ventuelle agression.
Pr�cis�ment parce qu'il est per�u de mani�re n�gative par l'opinion publique, le mot " pacifisme " est souvent utilis� par les discours dominants pour d�signer les mouvements de paix qui s'opposent � tel ou tel aspect de la politique militaire des Etats (ceux, par exemple, qui d�noncent l'engrenage de la course aux armements). L'un des plus s�rs moyens, en effet, de discr�diter un mouvement est de le disqualifier en le nommant. Le plus souvent, cette appellation, qui veut �tre une accusation, concerne des mouvements qui d�veloppent des analyses et choisissent des objectifs qui diff�rent fondamentalement de ceux du " pacifisme ".
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Reconversion
Une politique de reconversion a pour objectif global de r�orienter l'�conomie d'un pays en transf�rant les investissements militaires vers des investissements civils. Une telle politique est l'un des �l�ments essentiels du processus de transarmement qui vise � civiliser la d�fense et � d�militariser la soci�t�.
Les complexes militaro-industriels qui se sont cr��s au sein des soci�t�s modernes, en d�tournant de tr�s importantes ressources � leur seul profit - il ne semble pas exag�r� de parler d'un v�ritable gaspillage -, ont de nombreux effets pervers sur l'�conomie des pays industrialis�s. C'est un fait d�ment �tabli que la recherche � des fins militaires occupe une place pr�pond�rante dans les budgets de recherche scientifique des Etats modernes. La priorit� accord�e aux cr�dits de la recherche militaire oblige souvent la soci�t� � faire la qu�te sur la place publique pour financer la recherche n�cessaire dans le domaine de la sant�. De telles pratiques impliquent un v�ritable " choix de soci�t� "... Les scientifiques tentent parfois de justifier leur collaboration � des projets militaires en affirmant qu'il en r�sulte de nombreuses " retomb�es civiles ". En r�alit�, il s'av�re qu'elles sont beaucoup plus limit�es qu'ils veulent bien le pr�tendre. Au demeurant, il serait certainement plus op�rationnel d'investir directement dans la recherche civile.
L'exp�rience des nombreuses reconversions qui furent n�cessaires � la fin de la Seconde Guerre mondiale, aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis, montre qu'elles sont techniquement possibles et qu'elles peuvent s'effectuer dans des conditions satisfaisantes � la fois pour les hommes et pour l'�conomie.
La difficult� majeure g�n�ralement mise en avant est que la reconversion des industries d'armement aurait pour effet assur� d'accro�tre le nombre des ch�meurs. " De telles conceptions, affirment pourtant les experts des Nations-Unies, sont totalement fausses ". " S'il est �vident, pr�cisent-ils, que les d�penses militaires cr�ent des emplois dans les industries o� s'approvisionnent les forces arm�es, la part croissante des d�penses militaires qui est consacr�e aux techniques de pointe r�duit leur capacit� directe et g�n�rale de cr�ation d'emplois. Actuellement, on a de plus en plus de preuves que les budgets militaires �lev�s contribuent pour une large part � aggraver le ch�mage global au lieu de le r�duire ". (Les cons�quences �conomiques et sociales de la course aux armements et des d�penses militaires, Nations-Unies, New York, 1978). La raison principale pour laquelle les d�penses militaires sont peu cr�atrices d'emploi est que la production des armements modernes exige une technologie extr�mement sophistiqu�e qui demande de tr�s importants investissements en capital fixe. D�s lors, � investissement �gal, la proportion d'emplois cr��s est moindre que dans la plupart des industries civiles. Dans d'autres secteurs que ceux de l'industrie, des investissements civils cr�ent �galement plus d'emplois que des investissements militaires comparables. Ainsi, les enqu�tes r�alis�es jusqu'ici ont-elles montr� que les d�penses consacr�es � l'�ducation cr�ent deux fois plus d'emplois que les m�mes d�penses militaires.
Une politique de reconversion des industries d'armement exige une planification rigoureuse qui d�finisse les diff�rents objectifs � atteindre dans le court, le moyen et le long terme. La r�ussit-- d'un tel programme n�cessite une large concertation entre tous les partenaires sociaux directement concern�s, tout particuli�rement entre les pouvoirs publics, les organisations professionnelles et les syndicats de travailleurs de l'armement. Dans le cadre de cette planification d�mocratique, il s'agira de d�finir � la fois les finalit�s et les modalit�s du red�ploiement des ressources lib�r�es par la r�duction des d�penses d'armements afin de les r�orienter vers la production de biens socialement utiles.
Dans un premier temps, il faudra conduire une �tude de march� pour d�terminer quelles productions alternatives doivent �tre retenues en fonction des besoins sociaux non satisfaits. Les enqu�tes d�j� r�alis�es font g�n�ralement appara�tre que la reconversion pourrait �tre orient�e vers un meilleur �quipement de plusieurs domaines sociaux d�ficitaires : les transports (notamment les transports en commun), les machines-outils, les �quipements m�dicaux, la protection de l'environnement, l'exp�rimentation d'�nergies nouvelles...
Pour chaque entreprise industrielle concern�e, un plan de reconversion devra �tre �tabli en fonction de ses capacit�s technologiques sp�cifiques et des qualifications des travailleurs. Compte tenu de la flexibilit� relative de l'�quipement de nombreuses usines, la plus grande partie de la force de travail pourrait �tre r�employ�e dans des activit�s exigeant des qualifications comparables, voire identiques. Cependant, pour certains cat�gories de travailleurs, un recyclage professionnel de plus ou moins longue dur�e sera n�cessaire.
Ainsi, la faisabilit� �conomique et technique d'une politique de reconversion des industries d'armement semble �tablie. Reste � en �tudier et exp�rimenter les modalit�s concr�tes en fonction de la situation sp�cifique de chaque pays. Cela d�pend en premier et en dernier ressort de la volont� des d�cideurs politiques. Jusqu'� pr�sent, c'est pr�cis�ment cette volont� politique qui a manqu� le plus.
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S�curit� commune
Les dissuasions militaires classiques, chimiques et nucl�aires sur lesquelles nos soci�t�s pr�tendent fonder leur d�fense peuvent �tre per�ues comme une menace permanente par les arm�es et les populations civiles de l'adversaire potentiel. Elles se pr�sentent donc comme des dissuasions agressives. Certes, l'intention d�clar�e qui les justifie, les fonde et les anime est d�fensive, mais les moyens mis en oeuvre pour les pr�parer, les organiser et les rendre cr�dibles ont pour fonction de donner au d�cideur politique la capacit� d'infliger � l'adversaire des dommages suffisamment importants pour qu'ils lui apparaissent inacceptables. Ainsi, le d�cideur se place-t-il d�lib�r�ment dans une "posture agressive", afin de bien faire comprendre au d�cideur adverse qu'il a non seulement les moyens mais �galement la volont� de lui faire subir des destructions irr�parables d�s lors que ses int�r�ts vitaux seraient menac�s. Et l'adversaire entend proc�der de m�me.
C'est ainsi que la paix, ou du moins ce qu'il est convenu d'appeler la paix, repose depuis bient�t trente ans sur la menace d'une "destruction mutuelle". Mais cet �quilibre des terreurs militaires est fragile ; il pourrait �tre d�stabilis� soit par un simple incident technologique, soit par une crise politique majeure. Car, alors, chacun des deux adversaires pourrait craindre une action pr�ventive de l'autre. Cette crainte r�ciproque est de nature � pr�cipiter un affrontement arm� entre les Etats rivaux.
Face � ce risque d�raisonnable et d�mesur�, les peuples et les nations sont mis au d�fi de construire la paix non par la menace d'une "destruction mutuelle" mais par la recherche d'une "s�curit� commune". Celle-ci n'est pas fond�e sur la confiance r�ciproque ; elle ne consiste pas � pr�tendre d�j� faire de l'ennemi un ami. Elle prend appui sur le fait que notre adversaire a autant besoin d'�tre en s�curit� que nous-m�mes et que, par-del� nos d�fiances r�ciproques, nous avons le m�me int�r�t vital � assurer notre d�fense par des moyens qui n'impliquent pas le risque de nous d�truire ensemble.
Dans cette perspective, la s�curit� commune nous am�ne � faire reposer notre d�fense non plus par des dissuasions "agressives" mais "d�fensives". Il ne s'agit plus de dissuader en mena�ant l'adversaire de destructions inacceptables mais en le persuadant que nos moyens de d�fense feraient �chouer toute tentative d'agression de sa part et que son entreprise aurait toute chance d'�tre largement d�ficitaire. Ainsi, une telle dissuasion permet-elle au d�cideur de se tenir dans une "posture d�fensive" qui ne peut susciter aucune crainte chez l'adversaire tant qu'il restera chez lui. D�s lors, si une crise survient, les Etats rivaux se trouvent dans une position strat�gique qui facilite grandement le maintien du conflit sur le terrain politique o� il doit trouver sa solution. Il est possible d'imaginer certaines formes de d�fense populaire arm�e qui permettraient d'organiser une force de dissuasion d�fensive. Mais c'est certainement la d�fense civile nonviolente qui est le mieux appropri�e � l'objectif d'une s�curit� commune.
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Transarmement
Face � la course aux armements, il ne s'agit pas tant de r�clamer le d�sarmement que de cr�er les conditions qui le rendent possible. Dans cette perspective, il semble pr�f�rable de se fixer un objectif qui tienne compte de la r�alit� et de la n�cessit� de cr�er une dynamique capable de la changer. Le concept de transarmement semble le mieux appropri� pour d�signer cet objectif. Il exprime la n�cessit� d'une transition au cours de laquelle doivent �tre pr�par�s les moyens d'une d�fense civile non-violente qui apportent des garanties analogues aux moyens militaires sans comporter les m�mes risques. Alors que le mot " d�sarmement "n'exprime qu'un rejet, celui de " transarmement " veut traduire un v�ritable projet. Alors que " d�sarmement " �voque une perspective n�gative, " transarmement " sugg�re une d�marche essentiellement constructive. Cependant, l'objectif du transarmement ne s'oppose pas � celui du d�sarmement. Car l'une des finalit�s du processus de transarmement est de rendre possibles des mesures de d�sarmement effectives. Le d�sarmement n'est que l'aspect n�gatif du transarmement. Son aspect positif est constitu� par un programme constructif qui permette � la soci�t� de g�rer et de ma�triser ses conflits internes et externes selon les principes et les m�thodes de la strat�gie de l'action non-violente.
Le transarmement vise � cr�er une v�ritable alternative � la d�fense militaire, c'est-�-dire � organiser une d�fense civile non-violente qui puisse se substituer � la d�fense arm�e. Mais il ne peut s'agir l� que d'un objectif � long terme, puisque les conditions concr�tes qui permettraient de l'atteindre �chappent aujourd'hui � notre appr�hension. Avant que la d�fense civile non-violente puisse �tre consid�r�e par la majorit� de la population et par les pouvoirs publics comme une alternative fonctionnelle � la d�fense arm�e, la premi�re t�che est d'�tablir sa faisabilit� et de lui faire acqu�rir une r�elle cr�dibilit�. Dans un premier temps, dont la dur�e ne saurait �tre fix�e � l'avance, il s'agira de pr�parer et d'organiser la d�fense civile alors que, dans le m�me temps, la d�fense arm�e sera maintenue.
Pendant cette p�riode, si l'on envisage des sc�narios concrets de d�fense contre une agression effective, apr�s �chec ou contournement de la dissuasion globale de notre pays, trois hypoth�ses sont th�oriquement possibles : la d�fense civile non-violente peut �tre consid�r�e, par rapport aux diff�rentes formes de d�fense militaire, comme un compl�ment, un recours ou une autre option.
1) Le compl�ment. Dans cette hypoth�se, la d�fense civile serait mise en oeuvre en m�me temps que la d�fense militaire. Mais cette compl�mentarit� ne peut pas �tre envisag�e de mani�re sym�trique. Dans une r�sistance globalement non-violente, des actions arm�es ponctue es seraient peu opportunes et m me contre-productives. Elles viendraient contrarier l'efficacit� de la r�sistance non-violente. Celle-ci a sa dynamique propre qui ne peut �tre pleinement efficiente que si elle est seule � s'exercer. En revanche, si la r�sistance est essentiellement militaire, l'adjonction de formes de r�sistance non-violente ne pourrait que renforcer l'efficacit� globale de la r�sistance.
2) Le recours. La d�fense civile serait alors mise en oeuvre apr�s l'�chec ou du moins l'arr�t de la d�fense militaire. Cette hypoth�se est �videmment tr�s d�favorable. Cependant, en toute hypoth�se, la r�sistance non-violente serait alors la seule possibilit� de faire �merger au sein de la population une nouvelle volont� de lutte avec l'espoir que " tout n'est pas perdu ".
3) L'option. La mise en oeuvre de la d�fense non-violente serait alors choisie � la place de la d�fense militaire. Apr�s l'�chec de la dissuasion globale, il appara�trait alors aux d�cideurs politiques que tout emploi des armes serait vain, voire suicidaire. D�s lors que la strat�gie de l'action militaire s'av�rerait impossible ou non souhaitable, la sagesse politique commanderait d'y renoncer afin de donner les plus grandes chances de succ�s � la d�fense non-violente. Compte tenu de la puissance destructrice des armements modernes, cette option serait probablement la plus raisonnable pour nous permettre de nous d�fendre sans nous d�truire.
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Ventes d'armes
L'une des cons�quences les plus lourdes de la militarisation de la d�fense nationale est la militarisation de la recherche, de l'industrie et de l'�conomie des soci�t�s modernes. La production d'armes entra�ne le commerce des armes, par un processus qui acquiert une logique m�canique d�s lors qu'il est laiss� � luim�me.
Il importe d'abord de d�sensabler le d�bat sur les ventes d'armes de l'impasse o� il se trouve in�vitablement conduit tant qu'on se compla�t � faire s'entrechoquer les contraintes du r�alisme politique avec les exigences de l'id�alisme moral. Cet affrontement vain et st�rile repose sur une conception erron�e du politique et de l'�thique. Aucune r�flexion n'est possible d�s lors que l'on s'en tient � l'un ou � l'autre de ces deux postulats id�ologiques : d'une part, la n�cessit� politique du commerce des armes et, d'autre part, son immoralit� intrins�que. Pour comprendre la r�alit� et tenter d'avoir prise sur elle, il faut la regarder autrement qu'� travers le prisme d�formant de ces deux principes absolus et abstraits. Alors, peut-�tre sera-t-il possible d'�laborer une politique r�aliste qui rejoigne les exigences de l'�thique.
Du strict point de vue de l'analyse des faits, une constatation s'impose : les ventes d'armes constituent un �l�ment d'un syst�me ferm� sur lui-m�me et dont la logique dominante est soumise aux imp�ratifs de la technologie beaucoup plus qu'aux besoins de la d�fense du pays exportateur. Leur n�cessit� est le plus souvent dict�e aux pouvoirs publics par le complexe militaro-industriel qui a acquis dans les soci�t�s modernes une large autonomie. La course aux armements - dont les ventes d'armes sont un �l�ment constitutif - s'auto-alimente en fonction de ses propres besoins. Elle se d�veloppe par elle-m�me et pour elle-m�me. La technologie commande ainsi la fabrication d'armes que l'on voudra rentabiliser par des exportations � l'�tranger. C'est ainsi que la logique commerciale finit par supplanter les consid�rations d'ordre politique, diplomatique ou strat�gique.
L'un des arguments majeurs invoqu�s pour justifier les ventes d'armes est de pr�tendre qu'elles permettent d'acqu�rir un outil industriel indispensable � la d�fense autonome du pays exportateur. Celui-ci pourrait �quiper au moindre co�t ses propres arm�es par l'allongement des s�ries industrielles qui permet l'amortissement des investissements. Ainsi, le commerce des armes auquel se livrent les Etats modernes serait-il une exigence de leur propre d�fense. D�s lors, mettre en cause la n�cessit� de celui-l� reviendrait � contester la l�gitimit� de celle-ci.
En r�alit�, la rentabilit� �conomique du commerce des armes n'est pas aussi s�re qu'on le pr�tend g�n�ralement. Ainsi, de nombreuses ventes d'armes � des pays du tiers monde sont financ�es par des pr�ts qui leur sont consentis par le gouvernement du pays exportateur. Il arrive m�me que ce pays doive emprunter pour pr�ter � des clients insolvables. Par ailleurs, de nombreux pays du tiers monde qui sont d�j� gravement endett�s exigent la pratique du troc: armements contre mati�res premi�res. Le plus souvent, un tel arrangement est d�favorable au pays exportateur d'armes car les prix des mati�res premi�res sont largement sur�valu�s. Les contrats qui reposent sur de tels trocs ne peuvent d�boucher que sur des op�rations blanches qui n'ont aucune incidence b�n�fique sur la balance commerciale. En outre, lorsque cela leur est possible, les Etats-clients imposent souvent des compensations industrielles : ils ach�tent des armes au pays qui veut bien acheter des �quipements de leur propre fabrication. De telles conditions r�duisent consid�rablement l'avantage financier qui r�sulte des ventes d'armes.
Un autre argument avanc� est que les exportations d'armements permettent aux Etats-clients d'assurer leur propre s�curit�. Ainsi les ventes d'armes seraient-elles un �l�ment de la politique �trang�re des pays exportateurs. En r�alit�, ce proc�d� de l�gitimation du commerce des armes repose sur le postulat selon lequel les conflits politiques qui surgissent entre les peuples, les nations et les Etats ne peuvent �tre ma�tris�s et r�solus que par le recours aux armes de la violence. L'efficacit� la plus r�elle des ventes d'armes est de provoquer l'acc�l�ration des courses r�gionales aux armements et, par ce fait m�me, d'encourager, de privil�gier et de favoriser la recherche des solutions violentes des conflits. Analysant les " cons�quences internationales de la course aux armements ", les experts de l'ONU soulignent ses effets pervers dans le d�veloppement des conflits: "D'abord et au premier rang par ordre d'importance, pr�cisent-ils, il faut consid�rer l'aspect strictement militaire : une s�rie sans fin de guerres, dont certaines sont extr�mement destructrices, rarement provoqu�es au sens strict par la course aux armements mais tr�s souvent enflamm�es par elle " (Les cons�quences �conomiques et sociales de la course aux armements, Nations Unies, New York, 1978).
Le plus souvent, plut�t que de vendre des armes, il serait plus utile pour la paix que les Etats-exportateurs se concertent pour mener une action diplomatique d'envergure visant � ouvrir la voie d'une v�ritable n�gociation entre les bellig�rants. Le r�alisme politique le plus attentif aux �v�nements ne devrait-il pas conduire � mettre de plus en plus en doute les capacit�s des armes de la violence destructrice et meurtri�re � apporter une solution politique aux in�vitables conflits qui opposent ici et l� les hommes et les peuples ? Vendre des armes, c'est exporter de la violence ; c'est injecter un peu plus de violence dans les interstices de la soci�t� internationale qui en regorge d�j� de partout. Point n'est besoin d'agiter le spectre de l'holocauste nucl�aire pour reconna�tre que les armes de la violence offrent davantage aux hommes la possibilit� de se d�truire que celle de se d�fendre. Ce doit �tre un imp�ratif cat�gorique de la diplomatie de tout Etat soucieux de promouvoir un ordre international fond� sur la justice et sur la paix de tout faire pour �viter que les conflits d�g�n�rent en violence.
Ainsi, la question centrale pos�e par les ventes d'armes, et elle est �minemment politique, est-elle de savoir s'il existe des m�thodes alternatives aux armes de la violence pour r�soudre les conflits. Cette question concerne � la fois la politique de d�fense du pays qui vend des armes et celle du pays qui en ach�te. Face aux impasses auxquelles la course aux armements risque de conduire tous les peuples, il est raisonnable de penser que la r�ponse � cette question doit �tre recherch�e dans l'exp�rimentation des strat�gies de l'action non-violente. L'urgence est donc d'investir dans cette recherche.
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