L'institut économique de Montréal
publia en 2000 un excellent petit livre intitulé : "Ce que les
Québécois devraient savoir sur l'économie." Il s'agit en fait d'une
traducteur de l'œuvre de Gwartney et Stroup. C'est un excellent livre
non pour sa justesse scientifique, mais parce qu'il est un bref mais
précis résumé de la pensée dominante chez les économistes. Dans ce
texte très bien structuré, les principes de bases de la science
économique moderne y sont présentés, avec ses vérités et ses
illogismes. Je profiterai donc de la structure du livre pour faire une
critique de ces idées. Je présenterai un résumé du chapitre, puis
j'ajouterai mes commentaires et critiques. Je ne m'attarderai toutefois
qu'à la première partie du livre, la seconde partie ne traitant que des
conséquences pratiques de ces dix éléments clés de l'économique. Si la
théorie est erronée, les techniques en découlant sont automatiquement
douteuses.
Dix éléments clés de l'économique
Les incitations comptent
"Toute théorie économique est basée sur
le postulat que les motivations et leurs changements influencent le
comportement humain de façon prévisible." De ce postulat, on en vient à
la constatation que les individus, dans leurs choix, évaluent toujours
les coûts et les bénéfices de chaque options. Ils choisiront donc
l'option possédant le meilleur rapport gain/coût. De cette évidence,
les économistes arrivent à la loi de l'offre et de la demande. Plus le
prix d'un article est faible, plus il se vendra, en autant que le
public y voit une utilité quelconque. Par contre, une plus grande
quantité de cet article sera offerte si le prix de vente est élevé. Il
est dans l'intérêt de l'acheteur d'acheter au plus bas prix, et pour le
producteur de vendre le plus cher possible. Le choc de ces deux
volontés opposées mène à un point d'équilibre où tous sont satisfaits.
C'est le prix du marché. �videmment, ce processus n'est pas instantané,
il demande du temps. Avec le progrès de la technologie, le prix du
marché variera constamment vers un nouvel équilibre afin de s'adapter à
la nouvelle situation économique.
Le postulat de base est une évidence.
Un individu choisira toujours ce qui lui semble le plus profitable, que
ce soit par égoïsme ou par altruisme. Par contre, la loi de l'offre et
de la demande qui en découle n'est vrai qu'à certaines conditions. Il
faut tout d'abord que l'échange soit volontaire, c'est-à-dire issu de
la volonté seule des échangistes. Il faut également que le nombre de
producteurs et de consommateurs soit assez grands pour permettre une
vraie compétition. Je rappelle à la mémoire du lecteur que la loi de
l'offre et de la demande établit une relation entre le prix demandé
pour un article et la quantité vendue. Ce détail aura son importance
dans le paragraphe suivant.
La loi ne s'applique donc que lorsque
les achats sont volontaires. Cette condition exclue donc les cas où le
consommateur DOIT clore un marché avec le vendeur. C'est le cas pour le
logement et la nourriture par exemple, ou même le marché de l'emploi
jusqu'à une certaine limite. Au moment où le consommateur va sur le
marché pour satisfaire un besoin de ce genre, il doit trouver ce qu'il
cherche à ce moment là, et prendre ce qu'il y a. Le marché a besoin de
temps pour réagir, c'est une évidence. Donc, l'acheteur ne peut
attendre un mouvement à la baisse des prix avant d'acheter, c'est
maintenant que le besoin est présent et doit être satisfait. Le cas du
logement est le plus évident. Si je déménage dans une autre ville pour
diverses raisons, je ne peux attendre l'année suivante avant de louer
un logement et vivre dans la rue en attendant! Pour la même raison, on
ne peut dire que le nombre d'unités loués dépendra du prix de location,
comme on peut le faire quand la loi s'applique. Chaque personne a
besoin d'un toit, et il est inutile la plupart du temps d'en avoir plus
d'un, du fait que nous n'avons qu'une tête à abriter! Le nombre
d'unités loués devient pratiquement une constante, peut importe le prix
du loyer. Du fait que la transaction se fait sous la contrainte de la
nécessité, la dynamique économique ne peut être considéré la même que
dans le cas de l'achat d'un DVD ou autre bien ou service non essentiel,
quoique utile ou agréable. Un rapport de force en faveur d'une des
parties peut se créer à partir de cette nécessité. Adam Smith discute
d'ailleurs de l'effet de tels rapports de force en prenant l'exemple du
marché du travail, où le travailleur, sans aide extérieure, ne peut
subsister très longtemps, alors que le riche peut attendre plus
longtemps avant de sentir la nécessité de trouver un nouveau revenu.
L'économiste conclut donc que dans un contexte de libre marché, les
salaires auront tendance à être inférieurs à la valeur de la force de
travail.
De même, il est facile de comprendre
que la loi de l'offre et la demande ne peut s'appliquer intégralement
face à un oligopole ou même un monopole. L'absence de diversité et la
faible concurrence résultant du faible nombre de producteurs rendra
beaucoup plus lourd le mouvement des prix. �galement, le producteur a
un avantage lors de la négociation, du fait qu'il est à peu près le
seul à offrir le service en question, d'où son arrogance. Plutôt que
d'avoir un échange entre égaux, l'un des joueurs a désormais un
avantage. On peut toujours protester que de nouveaux joueurs peuvent
amener une correction de cette irrégularité, mais il ne faut pas
oublier que la présence d'un oligopole résulte de l'évolution d'une
industrie. Avec le temps, le nombre de compétiteur diminue sans cesse
(dans toute compétition, il y a des perdants!), et l'augmentation
constante de la productivité requiert un capital technique toujours
plus gros. La mise de départ devient astronomique, rendant
virtuellement impossible la venue d'un nouveau joueur.
On observe donc que la loi de l'offre
et de la demande n'est utilisable comme tel que lorsqu'il y a relation
d'égal à égal entre les échangistes. Du moment que la nécessité ou que
la faible concurrence donne un avantage à l'un ou l'autre, les prix ne
trouveront pas un équilibre naturel, mais un équilibre forcé. La
marchandise vendue ne le sera pas à son juste prix, mais sera sur ou
sous-évaluée. Mais, le produit ne pouvant être vendu en dessous de son
prix coûtant de façon constante, le producteur est toujours satisfait
lors de la vente du produit, car il entre dans ses frais. C'est alors
le consommateur qui doit se plier à cette exigence. En conséquent, le
rapport de force se fera toujours contre l'acheteur, le vendeur ne
pouvant vendre à perte (il est préférable de fermer boutique que de
s'endetter à vendre en dessous du prix coûtant!). Dans la situation de
la vente d'un produit de première nécessité, le producteur peut
profiter de cette urgence pour obtenir plus du consommateur. Face à un
monopole ou à un oligopole qui a toutes les chances de virer au cartel,
la captivité de la clientèle (elle ne peut aller voir ailleurs, puisque
ailleurs n'existe pas!) la rend plus facilement exploitable. Si les
deux situations coïncident, on se retrouve dans le cas du cartel du
béton de il y a quelques années : une hausse généralisée des prix.
Pour la suite, on supposera que nous
sommes dans une situation où la loi de l'offre et de la demande
s'applique afin d'éviter des complications inutiles. Cette hypothèse
permet de se concentrer pleinement sur les concepts en jeu, plutôt que
de s'attarder à des détails extérieurs.
On n'a jamais rien pour rien
"Les ressources productives sont
limités, alors que les désirs humains pour les biens et services sont
quasiment illimités." Lorsque des ressources sont utilisées pour
produire une marchandise X, elle ne peuvent plus l'être pour une
marchandise Y. Par conséquent, on doit faire des choix. Les
consommateurs préfèrent les marchandises possédant le meilleur rapport
utilité/prix, les producteurs préfèrent celles ayant le meilleur
rapport coût de production/prix. Les lois du marché feront en sorte que
le producteur aura tendance "à offrir les biens qui, par rapport aux
coûts de production, sont les plus valorisés par les consommateurs."
C'est ainsi les ressources seront le mieux utilisées. �videmment, cela
implique aussi que rien n'est gratuit, qu'il y a un coût à tout, peut
importe qui en fait les frais. L'éducation gratuite implique un coût
pour la société afin de payer pour l'immobilier, les professeurs, le
matériel scolaire,... Les échantillons donnés dans les épiceries
représentent un coût pour la compagnie les produisant ou les revendant,
soit pour les produire ou les acheter.
Quoique les désirs soient illimités
puisque du domaine de l'imaginaire, les besoins réels tendent à
atteindre un point de saturation. Une fois qu'ils sont comblés, ils
sont comblés. Une fois que j'ai un toit au-dessus de ma tête, pourquoi
en avoir un deuxième? Je n'ai qu'une tête après tout, et elle ne peut
être qu'à une seule place à la fois! Une fois que j'ai mangé, je n'ai
plus faim. Sans oublier la saturation de la consommation dû à la simple
incapacité physique de dépensé individuellement de grandes quantité
d'argent. Un revenu très important place l'individu dans cette
situation "déplaisante" où il est impossible pour lui de profiter de
tout son argent. Sa consommation atteint donc son niveau de saturation
de façon mécanique pourrait-on dire. Mais hormis ce détail, il est vrai
que le marché exerce un contrôle sur le flux des ressources via les
choix que font les consommateurs et les producteurs. Cet équilibre
n'est pas nécessairement pour le mieux, mais une autorégulation a en
effet lieu. Ce mécanisme d'autorégulation est plus amplement étudié
dans la section sur la "main invisible".
L'échange volontaire encourage le progrès économique
"L'échange est productif; il permet à
chacun des associés commerciaux d'obtenir plus de ce qu'il veut." En ce
sens, l'échange accroît la richesse des échangistes et ce pour trois
raisons. 1) L'échange canalise les biens et services vers ceux qui leur
accordent le plus de valeur. Les choses matérielles ne devenant
richesses que lorsqu'elles sont dans les mains d'un individu y voyant
un intérêt, une utilité, les échanges feront en sorte de déplacer les
choses des mains de ceux qui n'en veulent pas vers celles de ceux qui
les veulent. 2) L'échange permets aux deux partis d'augmenter leurs
profits en se spécialisant dans la production d'un nombre restreint de
marchandises, voire d'une seule. Les échangistes produiront donc plus
efficacement des choses qui serviront à acheter ce qu'ils ne peuvent
produire eux-mêmes. Globalement, la productivité est augmentée, de même
que le profit qui en découle. 3) Les échanges stimulent les efforts
coopératifs, augmentant ainsi la productivité. L'auteur considère que
sans les échanges, l'activité productive se réduirait aux ménages
individuels.
Cette section contient la navrante mais
classique confusion entre deux phénomènes tout à fait différents : la
valeur d'usage et la valeur d'échange. C'est pourtant une distinction
que Adam Smith a fait en 1776 dans son célèbre bouquin sur la richesse
des nations, distinction reprise entre autres par Marx pour son étude
du fonctionnement du capitalisme (Le Capital). La valeur d'usage est
l'utilité d'une chose. La valeur d'usage d'une fourchette est d'être un
ustensile de cuisine. Elle a donc de la valeur pour quelqu'un qui
souhaite manger avec une fourchette, mais ne présente aucun intérêt
pour quelqu'un qui souhaite manger avec des baguettes. Il faut ajouter
qu'il s'agit qu'une personne trouve l'objet utile pour qu'il ait une
valeur d'usage, et cette personne n'a pas besoin d'être le propriétaire
de la chose. La personne mangeant avec des baguettes pourrait être
propriétaire de la fourchette malgré qu'elle n'y verrait aucun intérêt,
elle aurait tout de même une valeur d'usage, car la personne mangeant
avec une fourchette serait tentée de la lui acheter si le prix de vente
est raisonnable. La valeur d'échange est la valeur qu'on peut avoir en
échange de cet objet. Par exemple, je peux échanger cette bouteille de
vin contre un billet de 10$. Cette valeur reflète la quantité de
travail qui est inclus dans la marchandise, donc son coût de production
socialement déterminé, par la loi de l'offre et de la demande par
exemple. L'argent sert d'étalon universel pour mesurer la valeur
d'échange des biens, mais toute autre marchandise peut également servir
d'unité de mesure (fourchettes, coquillages, lave-vaisselles,...). Il
va sans dire qu'il ne peut y avoir de valeur d'échange s'il n'y a pas
de valeur d'usage. Personne n'achèterait un produit qui n'est d'aucune
utilité!
Cette distinction faite, on peut
aisément voir où réside la confusion dans l'esprit de l'économiste. Il
est dit que l'échange augmente la richesse des échangistes, car ils
échangent un objet en leur possession n'ayant aucune valeur d'usage
pour eux contre un objet en ayant une. L'agriculteur échange son blé
contre le vin du viticulteur. Du point de vue de la valeur d'usage, les
deux partis profitent de l'échange : l'un voulait du blé, l'autre du
vin. Mais, dans l'économie capitaliste, qu'est-ce qui permet de mesurer
la richesse? L'argent! La valeur d'échange! La richesse se mesure donc
en fonction de la valeur d'échange des possessions, non en fonction de
leur utilité, qui est subjective. En conséquent, est-ce que la richesse
des échangistes a augmenté? Il est évident que des valeurs équivalentes
sont échangés. Si j'achète une bouteille de vin 10$, c'est que sa
valeur d'échange est justement de 10$. J'échange donc 10$ contre 10$.
Ma richesse était de 10$ avant, elle est de 10$ après (tant que je n'ai
pas consommé le vin, évidemment!). L'agriculteur échange pour 50$ de
blé contre 50$ de vin. Les deux échangistes, du point de vue de la
richesse, sont restés au même point. Mais si le futé agriculteur,
profitant de l'alcoolisme du viticulteur, échangeait 40$ de blé contre
50$ de vin, sa fortune s'élève ainsi de 10$. Y aurait-il création de
richesse? Malheureusement non, puisque la valeur totale des biens
échangés est toujours la même, 90$. Donc, lors des échanges, aucune
valeur n'est produite. Des valeurs d'usage sont échangées contre
d'autres valeurs d'usage possédant la même valeur d'échange. Il y a
donc un déplacement de valeurs, mais pas de création.
Par contre, nul ne peut nier les
avantages de la spécialisation. Historiquement, il est évident que ce
sont les échanges croissants qui ont incités les hommes à coopérer de
façon plus efficace afin de produire des biens destinés à la vente. Il
est un peu réducteur de limiter l'activité autarcique à des ménages
individuels. Cet individualisme contraste même avec la nature sociale
de l'homme, qui vit toujours en groupes. Reprenons l'évolution
historique des échanges. D'abord, il y a des groupes autarcique vivant
des ressources locales. Lors de contacts avec d'autres groupes ayant
accès à d'autres ressources, de petits échanges ont lieu. Puis les
échanges deviennent de plus en plus fréquent, jusqu'à ce que les hommes
voient un avantage à produire dans le but explicite de l'échange. Par
après, le développement des modes de productions nous mènera au
capitalisme actuel. Hormis peut-être la confusion qui règne encore
autour du mot profit, les bienfaits des échanges sont assez bien
présentés dans le livre.
Les auteurs semblent peut-être
confondre les notions de prix et valeur. Quoique les auteurs en
pensent, je crois qu'il est pertinent d'en parler ici. La valeur est ce
qu'une marchandise vaut. Le prix, c'est le chiffre inscrit sur
l'étiquette. Derrière ces apparentes trivialités ce cache un fait
primordial en économie : le prix ne correspond pas nécessairement à la
valeur d'un bien ou d'un service. Une variation dans l'offre et la
demande ferra varier le prix, mais la valeur du produit restera la même
à moins d'un changement radical du marché ou des techniques de
production (les deux vont ensemble bien souvent). Intuitivement, on
fait une telle différence lorsqu'on magasine. Il peut nous arriver de
trouver qu'un prix est trop élevé - par rapport à la valeur du produit
- ou qu'à notre grand plaisir il soit plus bas que ce que nous étions
prêt à payer - prix correspondant à la valeur du produit - compte tenu
du marché. Par conséquent, le prix ne peut être considéré a priori
comme correspondant à la valeur d'une marchandise.
Les coûts de transaction
présentent un obstacle à l'échange; la réduction de cet obstacle aidera
à promouvoir le progrès économique.
"Le temps, l'effort, et toutes les
autres ressources nécessaires pour rechercher, négocier et conclure un
échange s'appellent des coûts de transaction." Ces coûts représentent
évidemment des obstacles aux échanges, puisque les coûts peuvent
dépasser les bénéfices et empêcher la transaction d'avoir tout
simplement lieu. Les obstacles peuvent être naturels (montagnes,
rivières, océans,...) ou d'origine humaine (taxes, réglementations,
contingentements,...). La construction d'infrastructures permet de
réduire les coûts reliés aux obstacles naturels. Un lobby puissant
permet d'éliminer les obstacles d'origine humaine. Bien souvent,
l'action d'un intermédiaire devient utile, voir nécessaire, afin de
faciliter les échanges. Il est bien plus facile d'aller à l'épicerie
que de faire le tour des producteurs maraîchers et des éleveurs pour
acheter directement sa nourriture. L'épicier se charge de faire ce
mouvement à notre place, et rend disponible à tous et au même endroit
tous ces produits. "Ces services augmentent le volume des échanges
commerciaux et ainsi encouragent le progrès économique." Les
intermédiaires ne sont donc pas tous inutiles. Encore une fois, on
observe les avantages de la spécialisation du travail.
Quoique le débat concernant le
bien-fondé des obstacles d'origine humaine ne soit pas, et ne sera
probablement jamais terminé, cela n'affecte en rien la constatation de
l'existence d'obstacles au commerce. Pour une fois, les économistes ont
vu juste!
Les augmentations de revenu réel dépendent des augmentations réelles de la production.
"Un plus grand revenu et un niveau de
vie plus élevé dépendent d'une plus grande activité et d'une plus
grande production. Il existe une relation directe entre le revenu par
habitant d'un pays et la production par habitant. La production et le
revenu sont en réalité deux façons de voir la même chose. La production
est la valeur des biens et services produits, mesurée par les prix
payés par les acheteurs. Le revenu est ce qui est payé aux gens (ce qui
inclut le revenu résiduel de l'entrepreneur) qui offrent les ressources
(facteurs de production) générant la production. Cela aussi doit être
égal au prix de vente des biens."
Définis ainsi, il est en effet logique
de dire que production et revenu traitent de la même chose. L'un se
mesure selon le prix de vente, l'autre selon l'argent reçu lors de la
vente, dont la somme est égale au prix de vente. On a en effet une
égalité selon ces définitions. La production totale d'un pays permet
ensuite de connaître la production par habitant (ça frise la
trivialité!).
On peut par contre se questionner quant
à la pertinence de calculer le revenu par habitant. La concentration du
capital fait en sorte que la richesse se concentre entre les mains
d'une minorité riche. Puisqu'il faut de l'argent pour faire de
l'argent, les plus riches font donc plus d'argent, en moyenne, que les
plus pauvres. Simple logique dans le contexte d'une économie
capitaliste. Conséquence sur la moyenne? Une hausse importante du
revenu moyen du citoyen. Cette disproportion fait en sorte que la
médiane est beaucoup plus basse que la moyenne, et donne
malheureusement une meilleure idée du revenu du citoyen moyen. L'indice
du PIB par habitant donne donc une idée très imprécise de l'état réel
d'une économie, où une minorité peut faire croire à un confort matériel
généralisé. La confusion entre revenus par habitant et salaire moyen
est facile dans ces conditions. Les auteurs semblent d'ailleurs tomber
dans le piège, en intervertissant salaire et revenu par habitant lors
de leur discussion sur les effets du syndicalisme et des lois sur le
salaire minimum. On en arrive aux situations contradictoires où une
hausse des salaires dû au syndicalisme signifie une baisse de revenu
pour les citoyens, et l'effet contraire avec la baisse du salaire
minimum qui engendrerait une hausse des revenus. Sachant que la vaste
majorité des gens sont des salariés, ces conclusions sont difficiles à
expliquer à moins d'un parti pris en faveur des entrepreneurs qui
verraient peut-être leurs profits diminués par des pressions
populaires.
Quand vient le temps d'analyser une
éventuelle politique économique, il faut se fixer des priorités qui
guideront nos choix. Doit-on privilégier la hausse de la production par
habitant, ou faire profiter au plus grand nombre les bénéfices du
progrès économique? Les conséquences sont très importantes. L'abolition
du salaire minimum peut faire augmenter le PIB par habitant, mais qui
en profitera? De nombreux travailleur gagneront maintenant moins, et ne
profiteront visiblement pas de la situation. Les bénéfices iront donc à
leurs employeurs. La lutte au syndicalisme donnera potentiellement le
même résultat en laissant plus d'argent dans les poches des
entrepreneurs. Mais, encore une fois, seule une minorité restreinte
profitera du progrès économique. Selon les auteurs, même la création
d'emplois n'est pas vraiment nécessaire : "nous n'avons pas besoins de
plus d'emplois, comme tel. Nous avons plutôt besoin de travailleurs
plus productifs (...) afin que nous puissions produire plus par
habitant." Que deviennent les chômeurs? Leur parler de croissance
économique tient de l'arrogance crasse.
Une hausse des salaires, même au dépend
du revenu des capitalistes, a des effets bénéfiques sur l'économie.
Comme l'a montré Adam Smith, l'argent allant à la classe ouvrière a
pour conséquence d'augmenter le fond de consommation d'une nation. Une
hausse des salaires, suite aux luttes syndicales ou à des réformes
légales, augmente ce fond de consommation, et donc la demande en
produits et services. La classe ouvrière, plus pauvre, dépensera plus
si elle a plus d'argent. Les travailleurs de la classe moyenne
augmenteront également leurs dépenses, jusqu'à atteindre un point de
saturation. Le reste pourra être épargné puis investi. La classe
moyenne crée ainsi une pression pour augmenter la production et amène
l'argent pour moderniser les installations. La hausse générale de la
demande incitera les entrepreneurs à augmenter leur production pour
profiter de la situation. Si les entrepreneurs n'ont pas les yeux plus
gros que la panse, la croissance pourra être soutenue plusieurs années,
jusqu'à ce qu'inévitablement le cycle économique nous rattrape. Mais
même à ce moment, les travailleurs ayant plus les moyens de se faire
une réserve d'urgence, les impacts risquent d'être moins
catastrophiques. �galement, on peut ajouter qu'une meilleure
distribution de la richesse augmentant le fond de consommation,
l'investissement se trouve plus facilement justifié, ce qui évite une
surabondance de l'épargne. Keynes attribue la grande dépression des
années trente à ce surplus d'épargne. Tout le monde limitait sa
consommation pour épargner et jouer à la Bourse. Mais ce faisant, plus
aucun investissement n'était justifié, la consommation étant stagnante.
Le système s'écroula sous le poids de l'épargne et du crédit. On voit
ici que pour un même PIB par habitant, une meilleure répartition de la
richesse résultera en une économie plus robuste, plus stable.
Des auteurs comme Hobson ont avancé que
l'impérialisme de la fin du XIXe et du XXe siècle est la conséquence
d'une saturation de la consommation. Les grandes puissances durent se
tourner vers le reste du monde pour écouler leur surplus d'épargne et
trouver un marché pour leur surproduction. De réduire la cause de
l'impérialisme à une argumentation économique est très réductrice, mais
la motivation économique reste une réalité. Lénine considérait
l'impérialisme comme le stade ultime de dégénérescence du capital, où
il en est rendu à s'exporter pour pouvoir survivre. L'Histoire ne lui a
pas encore donné raison. Le capitalisme mourra-t-il pour des raisons
techniques tel que le prétendaient Marx, Lénine et cie, ou pour des
raisons sociologiques tel que l'avançait Schumpeter? L'argument
sociologique semble plus plausible.
[Petite parenthèse] The Guardian
rapporte que Londres (Inner London) a le revenu par habitant le plus
élevé d'Europe, alors que la moitié des enfants vivent dans la
pauvreté. Le revenu par tête dévoile une fausse opulence! Une étude
comparative
(http://www.maxwell.syr.edu/news/releases/child_poverty_table.html)
montre que malgré un revenu par habitant supérieur, le taux de pauvreté
chez les enfants est supérieur aux Etats-Unis qu'entre autres au
Canada, en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas. C'est donc dire que
la répartition de la richesse y est plus inégale chez les Américains.
Quoique le revenu par habitant soit plus haut, le salaire moyen serait
beaucoup plus bas que ce chiffre, comme le montrerait le taux plus
élevé de pauvreté. Un immigrant aurait peut-être avantage à aller dans
un autre pays afin d'assurer de meilleures conditions de vie pour sa
famille.
Les quatre sources de croissance
des revenus sont : a) l'amélioration des compétences des travailleurs,
b) l'augmentation des immobilisations, c) le progrès technologique, et
d) une meilleure organisation économique.
Il existe quatre facteurs faisant
augmenter la production (le terme revenu étant plus ambigu, je préfère
utilisé le terme production). L'amélioration des compétences des
travailleurs, via l'éducation, l'entraînement et l'expérience,
augmentera évidemment la productivité des entreprises. L'augmentation
des immobilisations, c'est-à-dire la machinerie, l'outillage, les
bâtiments, etc., aidera également en ce sens. Le progrès technologique,
en plus d'ouvrir de nouvelles avenues, améliore les méthodes de
production, et donc la productivité générale. Finalement, une meilleure
organisation économique facilite les échanges et le développement des
entreprises. Les auteurs citent les exemples du système des brevets et
de la reconnaissance de la corporation comme entité légale. On peut
ajouter qu'Adam Smith discuta longuement des bienfaits de la création
des premières banques à charte en Angleterre et en �cosse.
On ne peut nier que ces facteurs
augmentent réellement la production d'une nation. Mais encore, on peut
se demander à qui cela profite. Les auteurs parlent de l'augmentation
des revenus à la suite de ces améliorations. Les revenus de qui?
Sûrement pas celui des travailleurs, de la majorité des citoyens.
L'augmentation de la productivité a pour objectif de générer plus de
valeur, et conséquemment plus de profit, avec une moindre quantité de
travail. Le salaire du travailleur restera le même, mais il produira
désormais plus de produits à un coût unitaire inférieur. L'entrepreneur
pourra alors vendre son produit à un prix inférieur au prix du marché
pour être plus compétitif en plus d'augmenter sa part de profit s'il
calcule bien son affaire. Seul le capitaliste profite réellement de
l'augmentation de la productivité. Et le travailleur?
En diminuant la demande de travail,
l'augmentation de la productivité aura plutôt tendance à diminuer les
salaires en augmentant la compétition entre les travailleurs. Le
développement d'une industrie peut finir par réduire le nombre absolu
de salariés y étant employés. Ce fut le cas entre autres de
l'agriculture, qui repoussa toujours plus de travailleurs vers les
villes. Marx a également montré, chiffres à l'appui, que dans certaines
branches de l'industrie l'augmentation de la production a engendré la
diminution du nombre absolu d'ouvriers y oeuvrant. Le surplus forme ce
qu'il appelle l'armée industrielle de réserve. C'est le tampon de
chômeurs qui permet l'expansion rapide de l'économie lors de sa période
de croissance. La croyance de certains économistes comme quoi la
population ouvrière s'ajuste aux mouvements de l'économie est
totalement farfelue, le développement de l'homme étant plus long que la
durée d'un cycle économique complet. L'économie ne peut attendre 16 ans
la main-d'œuvre qui lui permettra de saisir une opportunité se
présentant aujourd'hui. À moins de lutter pour avoir sa part du gâteau,
les lois du marché font en sorte que le travailleur se trouve appauvri
par l'augmentation de la productivité. Ironiquement, son revenu
individuel diminue alors que le revenu par habitant augmente.
Le revenu est une compensation qu'on obtient en rendant service aux autres. Les gens gagnent un revenu en aidant les autres.
"Le revenu est la compensation reçue en
échange des services offerts aux autres. Les gens qui gagnent
d'importants revenus apportent aux autres beaucoup de choses qu'ils
veulent. Sinon, personne ne serait prêt à les payer si généreusement.
Il y a une morale ici. Si l'on veut gagner un revenu élevé, il est
nécessaire de déterminer comment aider beaucoup les autres." En
conséquent, ceux qui jouissent d'un haut revenus ne le font pas en
exploitant les gens, mais en les aidant.
Donc, on peut comprendre de ce postulat
qu'un revenu va à la personne qui aide les autres en produisant les
biens et services qu'ils désirent. Soit. Les auteurs citent en exemple
Sam Walton (fondateur de Wal-Mart) et Bill Gates (fondateur de
Microsoft). Ils affirment que si ces deux hommes sont devenus si
riches, c'est en aidant les autres. Soit. Mais, chez Wal-Mart, qui
offre le service, Sam où les commis? Chez Microsoft, qui a écrit les
millions de lignes de commande de Windows, Bill où les informaticiens
qu'il a engagé? Dans les deux cas, ce sont les employés qui, en vérité,
produisent ce que les gens veulent. Selon leur logique, les milliards
devrait donc aller aux travailleurs, pas aux chefs d'entreprises. Ce
sont les travailleurs qui produisent la richesse, pas les actionnaires!
Et pourtant, ce sont ces derniers qui ramassent la galette.
Certains pourraient avancer que les
chefs d'entreprises travaillent beaucoup, et que ces milliards sont la
récompense pour leur travail. Ici, il faut bien faire la différence
entre deux concepts très différents : travailleur et capitaliste. Le
premier est l'agent économique qui produit un travail. Le deuxième est
le détenteur d'un capital. Ce dernier ne travail pas, ne produit pas
(c'est le rôle du travailleur), il se contente de posséder. La même
personne peut évidemment être travailleur ET capitaliste à la fois.
C'est justement le cas de Bill Gates. Il faut toutefois faire la
différence entre son revenu et tant que capitaliste et celui en tant
que travailleur. Attribuer tout cet argent à son seul travail est
ridicule. La plus grande partie de sa fortune provient de
l'accumulation de son capital, pas de son travail de gestionnaire.
Ridicule? Pour s'en convaincre, on n'a qu'à considérer le salaire d'un
gestionnaire moyen. Cela donne une bonne approximation de la valeur sur
le marché du travail d'un administrateur. Ce salaire ce situe-t-il dans
les milliards? Bien sûr que non! Même le salaire des chefs
d'entreprises actuel ne se situe que dans les millions, et de plus en
plus de gens sont d'avis qu'ils sont largement surestimés. Leur salaire
est donc supérieur à la valeur de leur travail. Le célébrissime Warren
Buffett, avec un salaire avoisinant les 300 000$, se trouve lui-même
déjà (trop) grassement rétribué pour son travail. On est très loin des
milliards de Bill, prouvant qu'il ne peuvent provenir de son travail,
mais plutôt de l'accumulation de son capital. Cet accumulation, de son
côté, est le résultat de l'activité de ce même capital, ce qui implique
l'équipement technique ET les travailleurs. Un bien matériel ne pouvant
rien produire de lui-même, il faut donc que cet accroissement provienne
du travail des employés. Le capitaliste se trouve-t-il à détourner en
sa faveur le revenu qui, selon le postulat de départ, devrait aller aux
travailleurs? Marx a bien pris soin de démontrer pourquoi le
capitaliste n'est pas un voleur, mais on peut se questionner
sérieusement quant aux avantages et à la valeur morale d'un tel mode de
production où, en fin de compte, les revenus ne vont pas en totalité à
ceux qui produisent la richesse. Le postulat présenté par les auteurs
ne se vérifie donc que partiellement dans l'économie actuelle.
Les profits dirigent les entreprises vers les activités qui font augmenter la richesse.
Si les coûts de production sont
inférieurs au prix de vente du produit, l'entreprise fera un profit. Si
les coûts de production sont plus élevés que le prix de vente du
produit, l'entreprise perdra de l'argent. Les entrepreneurs ont donc
intérêt à investir dans des domaines où la demande fait en sorte qu'il
pourra produire avec profit. L'entrepreneur reçoit donc une récompense
s'il produit un produit que les gens veulent, et est punit s'il
gaspillent les ressources à produire des marchandises qu'ils ne veulent
pas. En ce sens, les profits dirigent les entreprises vers les
activités qui font augmenter la richesse.
Si on fait abstraction de l'argument
douteux selon lequel le revenu d'un entrepreneur (en tant que
capitaliste, et non en tant que travailleur) est une récompense pour
avoir rendu service aux autres, ce principe est mieux développé dans le
chapitre suivant sur la main invisible. Pour éviter les redondances, je
poursuis immédiatement avec la suite.
Le principe de la "main
invisible" stipule que le système des prix permet d'harmoniser
l'intérêt de l'individu avec le bien-être général.
"Chaque individu s'efforce de trouver
l'emploi le plus avantageux pour le capital dont il dispose, quel qu'en
soit le montant. C'est dans son propre intérêt, évidemment, et non dans
l'intérêt de la société qu'il envisage la question. Mais la recherche
de son propre intérêt le conduit naturellement, ou plutôt par
nécessité, à choisir l'usage de son capital le plus avantageux pour la
société... Son intention est uniquement son propre profit et, en cela,
comme dans bien d'autres cas, il est conduit par une main invisible, à
favoriser un dessein qui n'était pas dans ses intentions." Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.
Le principe de la main invisible, tel
que présenté par Adam Smith, stipule qu'une autorité ou une quelconque
administration centralisée n'est pas nécessaire pour obtenir un ordre
social. Le mécanisme des prix fournit un indicateur quant aux besoins
de la société. La valeur d'une marchandise, bien ou service, est
déterminé selon la quantité de travail requise pour transformer des
ressources naturelles en un produit échangeable. Mais, le prix peut
varier aux alentours de cette valeur. Une offre surabondante fera
descendre les prix en dessous de la valeur du produit, décourageant les
entrepreneurs à en produire. Une demande trop forte par rapport à
l'offre fera monter les prix au-dessus de la valeur du produit,
encourageant cette fois les entrepreneurs à investir dans cette
industrie. La main invisible fera en sorte de ramener les prix vers le
prix naturel des marchandises, correspondant à leur valeur.
Ce beau principe repose sur des
conditions pour être valide. Smith, en écrivant son livre, faisait
l'observation d'une économie atomistique, c'est-à-dire où les agents
économiques sont nombreux et de petite taille. De grandes entreprises
comme General Motors, General Electric et Bombardier sont pratiquement
des hérésies selon l'économiste. Comment l'intérêt personnel peut-il
vraiment jouer s'il est noyé dans une telle masse d'actionnaires? La
concentration du capital et l'avènement du Grand Capital prédit par
Marx fait immanquablement diminuer le nombre de joueurs. Le
développement d'une industrie nous éloigne donc de cette condition
d'une économie atomistique.
Le principe repose aussi sur
l'hypothèse que l'intérêt personnel est d'ordre pécunier. Or, il n'en
est pas toujours ainsi. L'être humain peut être motivé par bien autre
chose que l'argent. Robert L. Heilbroner, dans son livre sur les grands
économistes, démontre en introduction qu'une économie basée sur
l'intérêt pécunier est un fait récent de l'histoire, et que l'intérêt
pour l'accumulation de l'argent était pratiquement inexistant par le
passé. Un entrepreneur ne se dirigera pas vers un domaine seulement
parce qu'il y a de l'argent à y faire. Bien souvent, son choix est
influencé par le fait que telle ou telle industrie le passionne. Je
pourrais vivre grassement comme soudeur en profitant de l'actuelle
pénurie, mais je ne le fais pas, simplement parce que mon goût
personnel m'attire ailleurs. La contribution historique de John Stuart
Mill fut justement de remarquer que l'économie étant un fait humain,
c'est donc aux gens de décider à quoi ressemblera l'économie, comment
la richesse sera distribuer et ainsi de suite. En faisant des êtres
humains des êtres avides de profit et des acteurs rationnels et
informés pouvant déterminer où est leur intérêt, les économistes
oublient que l'argent n'intéresse à ce point que certains d'entre eux,
et qu'ils sont, trop souvent, des acteurs émotif et ignorants.
L'existence même de ce livre, ce que tous les québécois devraient
savoir sur l'économie, prouve cette ignorance, son introduction
spécifiant qu'il a pour but de combler ces lacunes présentes dans la
population et même chez les étudiants en économie (!!!).
Ne pas tenir compte des effets
secondaires et des conséquences à long terme est une source d'erreur
parmi les plus communes en économie.
"Lorsqu'on analyse un propos
économique, on doit projeter non seulement les résultats immédiats mais
aussi les résultats à long terme, non seulement les conséquences
premières mais aussi les conséquences secondaires, et non seulement les
effets sur certains groupes spéciaux mais les effets sur tout le
monde."
On parle d'une évidence ici! Il est
également évident que plusieurs économistes et politiciens ne font pas
cette analyse, ou ne la font pas de façon rigoureuse. Les auteurs
citent une série d'exemples illustrant ce fait. Il ne sert à rien de
les regarder ici, puisqu'ils sont très souvent biaisés par une
idéologie ou basés sur des concepts erronés ou inadéquats. De toute
façon, le sujet de ce chapitre étant très évident, des exemples me
semblent superflus dans le cadre de ce texte.
Ce qu'il faut en conclure?
Si le livre est vraiment représentatif de la science économique d'aujourd'hui, de porter le mot de science est une honte.
Tout d'abord, dans toute science, une
loi ne s'applique seulement que lorsque certaines conditions sont
respectés. Sinon, c'est qu'on se trouve en face d'un autre phénomène,
et donc la loi est inapplicable. D'étendre la loi de l'offre et de la
demande à toute l'économie brise automatiquement cette règle, car les
caractéristiques de certains secteurs ne respectent pas les conditions
de bases : des échanges volontaires entre de nombreux acteurs
économiques. Certains échanges ne relèvent pas de la volonté, mais de
l'urgence de la nécessité. Le capitalisme, par son développement, tend
à réduire le nombre de joueurs. Dans les deux cas, les conditions
d'application de la loi ne sont pas respectées.
La confusion entre valeur d'usage et
valeur d'échange, quoique la différence soit facile à faire la première
étant d'ordre qualitative et l'autre d'ordre quantitative, continuent
de hanter la science économique. De conclure que les échanges
produisent la richesse est farfelue, puisque les marchandises échangées
existent déjà avant l'échange. Rien n'a donc pu être produit lors de
l'échange! À ce moment, seul le travail apparaît comme une source
productive de richesse. Le travail étant source de richesse, si on est
d'accord que le créateur de richesse doit être récompensé pour ses
bienfaits, il apparaît alors naturel de récompenser les travailleurs et
non les capitalistes. C'est pourtant le contraire qui se produit avec
le capitalisme, avec la bénédiction d'économistes manquant peut-être
volontairement de rigueur scientifique pour des raisons idéologiques.
La synonymie douteuse entre revenu et
production leur sauve le dur labeur de voir à qui va le revenu issu de
la production. Une augmentation de la production ne signifie pas
automatiquement une augmentation de revenu pour tous. Au contraire, la
structure du capitalisme fait plutôt en sorte que seule une minorité en
bénéficie. Quant une usine se modernise pour augmenter sa productivité
et donc ses profits, est-ce que les travailleurs ont une augmentation
de salaire? Il faut être naïf pour le croire. La modernisation a pour
but d'augmenter les profits, les actionnaires n'ont certes pas intérêt
à remettre cet argent aux travailleurs sous forme d'augmentation de
salaires! Cette synonymie entre revenu et production mène l'économiste
à utiliser des indicateurs aussi insignifiants que le revenu par
habitant pour juger du progrès d'une société. Si nous comparons le
revenu par habitant de l'Allemagne et des Etats-Unis en 2001
(http://sitecon.free.fr/Data/PDF/rdh2003.pdf statistiques de l'ONU), on
obtient respectivement 25320$ et 34320$. Les Etats-Unis semblent donc
avoir atteint un niveau de progrès économique plus élevé que les
Allemands. Par contre, si nous tenons compte du temps travaillé par les
habitants de ces pays, on s'aperçoit que les Allemands ont au moins un
mois de vacances par années, alors que les Américains, avec leurs
longues journées de travail et la quasi absence de vacances,
travaillent en moyenne 4 mois de plus que les européens
(http://www.worktolive.info). Donc, le rapport de temps travaillé est
de 11 mois pour 15 mois environ. Or, le rapport entre les revenus par
habitant des deux pays est pratiquement identique (avec même un léger
avantage en faveur de l'Allemagne). Quoique le revenu par habitant soit
plus bas en Allemagne, la productivité des travailleurs des deux pays
est pratiquement la même. Seul le temps de travail diffère. Donc, là où
le PIB par habitant laisse croire à une nette supériorité américaine en
terme de développement économique, les faits nous révèle plutôt la
supériorité allemande en terme de développement social et la folie
productiviste américaine.
Finalement, qu'en est-il maintenant de
la fameuse "main invisible"? Elle stipule que les variations des prix
causées par la variation de l'offre et de la demande sont des
indicateurs incitant les gens à produire ce que les gens veulent plutôt
que ce qu'ils ne veulent pas. Dès le départ, il est nécessaire que la
loi de l'offre et de la demande s'applique pour bénéficier des effets
autorégulateurs du libre marché. Or, le développement du capitalisme,
on l'a vu, tend à éliminer les conditions d'application de cette loi.
L'effet autorégulateur du marché disparaît en même temps. La régulation
doit alors provenir d'une entité extérieure, c'est-à-dire l'�tat dans
la situation actuelle. Pour pouvoir profiter des bienfaits du libre
marché, il faut donc utiliser un autre mode de production que le
capitalisme. Le mutualisme est une voie souvent proposée.
Si on ajoute à cela la fausse
conception de l'homme où s'abreuvent les économistes mainstream, on n'a
plus de doute qu'en à leur rigueur scientifique : elle est inexistante,
écrasée sous une idéologie irrationnelle.
Note : "Par : Theobalt"
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