sources : http://endehors.org/news/4723.shtml, http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=18786
Ne nous méprenons pas, les élections n'ont aucune valeur en
elles-mêmes, elle ne sont qu'une manière de faire croire à la liberté
de choix des citoyens et à organiser par le conditionnement et la
manipulation la reproduction du système pour éviter tout changement.
Cela dit, elles sont tout de même un révélateur des stratégies des
partis politiques, et de leur puissance de mystification, elles sont
aussi un révélateur des croyances et fantasmes de courants politiques
qui, attirés par le spectacle de la « conquête pouvoir » croient être
en mesure, à travers elles, de réaliser leurs « rêves », elles sont
enfin un moyen de mesurer le degrès de conscience politique et d'esprit
d'initiative des citoyens-nes. Ce sont ces aspects dont il sera
question dans cet article.L'élection de mars 2004 est significative
du rôle régulateur et conservateur de l'élection dans notre système.
Elle révèle de manière éclatante l'extraordinaire pouvoir de
mystification de celle-ci à l'égard des citoyens. LA BANDE DES GESTIONNAIRES Ils
se partagent, en alternance, le pouvoir. Les enjeux ne sont nullement
politiques (au sens noble du terme), ils sont simplement gestionnaires
Qui gèrera le système ? Qui assurera sa pérennité ? quelle bureaucratie
, quel gang règnera et se prélassera dans les délices et les privilèges
du pouvoir ? La Droite et la Gauche, car il s'agit d'elles, ont
parfaitement joué la partition… pour la nième fois on assiste à un
changement fictif de politique qui n'a rigoureusement aucune
conséquence sur la réalité de la vie quotidienne de millions de
citoyens. Le désavoeu de l'un est immédiatement interprété, analysé et
entériné comme la victoire de l'autre… autrement dit la légitime colère
populaire est toujours et systématiquement confisquée par l'un ou
l'autre… aboutissant à un statut quo qui fait que tout continue comme
avant. Droite et Gauche, qui veulent nous faire croire que tout
les oppose, sont unanimes pour … réduire au maximum l'abstention et
faire voter tout le monde… comme si curieusement , avant même de savoir
« pour qui l'on vote », il « faille voter ». Un tel empressement est
tout à fait logique et explicable : il faut préserver la légitimité de
ce pouvoir, donner l'illusion que tout le monde joue le jeu et donc
accepte la règle du jeu… ce n'est qu'à cette condition que le mythe
démocratique peut fonctionner. Il sont les gagnants à tous les
coups, et ne peuvent que l'être, dans les élections. Ils apparaissent,
et sont d'une certaine manière, les seuls qui peuvent garantir que le «
changement se fera sans changement »… et comme on ne sait pas trop ce
qu'il pourrait être, on préfère s'en tenir à ce que l'on connaît… même
si l'on sait que ce n'est pas très bien. (« On » étant le
citoyen-électeur moyen… autrement dit la majorité). Cette
pratique politique de l'alternance, quintessence de l'expression
démocratique pour ses bénéficiaires, mais dans les faits totalement
stérile et conservatrice, ne peut profiter à terme qu'à une extrême
droite à l'affût des failles du système politique. UNE EXTREME DROITE, LE VENT EN POUPE On
est en droit de se demander comment se fait-il que le Front National «
rafle la mise du mécontentement », contrairement à l'extrême gauche qui
devrait logiquement profiter d'une telle conjoncture. Qu'est ce qui
fait que le Front National attire. Le FN présente deux avantages dont
il sait parfaitement tirer parti :
- il est une organisation
contestataire : dénonciation de la classe politique, outrances, appels
au soit disant « bon sens », bref tout ce qui peut attirer le citoyen
peu informé (paradoxalement la majorité) et pas trop regardant sur le
sens du discours ;
- il est une organisation qui ne remet pas en
question le système marchand dans son ensemble, ce qui est d'une
certaine manière rassurant,
Autrement dit, le Front National est
la synthèse parfaite de « on assure la stabilité en gardant l'essentiel
et on fait le ménage »… si l'on sort de son discours, les références
historiquement et politiquement douteuses et les dérapages verbaux du «
Duce », on a un produit médiatico-électoral qui peut trouver, et
trouve, preneur sur le marché électoral. D'ailleurs le FN l'a
parfaitement compris, c'est pour cela qu'il lisse son discours et se
donne un look respectable. Le FN n'apportera évidemment aucune
réponse aux questions qui se posent aujourd'hui, et il le sait, mais sa
bureaucratie veut aussi profiter du pouvoir et surfe démagogiquement
sur un mécontentement légitime. Le discours contre le FN est
important, mais pas essentiel. Le FN n'est que le produit du système
marchand et ne pas se donner les moyens de lutter efficacement contre
le système ne peut que le renforcer politiquement. La persistance, voire la montée du FN, n'est en creux, que l'expression du manque d'alternative au système marchand. EXTREME-GAUCHE : UNE STRATEGIE EN FAILLITE Elle
dénote aujourd'hui un fait devenu évident : elle n'a rien compris et
j'en ne prend pour preuve l'affirmation d'une incroyable naïveté « Si
les résultats des listes de l'extrême gauche aux élections régionales
de 2004 peuvent être ressentis comme décevants, avec 4,58 % des
suffrages, ils n'en marquent pas moins la stabilité et la consolidation
d'un électorat de la gauche révolutionnaire. »( ? ? ? ?) ROUGE du
25/04/2004 ; et ne sait titrer aucune leçon de sa pratique politique. Sa
critique, que je crois sincère, des aberrations scandaleuses et
criminelles du système marchand, s'accompagne d'une stratégie en total
décalage avec la réalité historique d'un véritable changement. Je veux
dire par là que le changement, le vrai, celui qui abolit les anciens
rapports sociaux et en crée de nouveaux, ne se verbalise pas simplement
et uniquement dans des discours (ce qui est le cas aujourd'hui) mais se
construit concrètement par la mise en place de relations sociales
nouvelles. Nombreuses et nombreux partagent les critiques
formulées par ces organisations. Pourtant, quand il s'agit de «
concrétiser » ce choix par le bulletin de vote, beaucoup hésitent et
font un autre choix. Pourquoi ? Probablement pour deux raisons liées
entre elles. D'abord la question essentielle : « OK sur votre analyse,
mais vous proposez quoi ? » Malgré toutes les contorsions sémantiques
(et il sait faire !) du militant révolutionnaire, il n'y a pas
véritablement de réponse… et pour cause… il n'a qu'un discours qui se
fonde, prospectivement, sur aucune réalité. Le discours de
l'extrême gauche reste un discours et seulement un discours… et ce ne
sont pas des mots d'ordre du style « interdiction des licenciements »
qui va rassurer le citoyen… car ce dernier sait pertinemment que dans
l'état actuel des choses c'est un mot d'ordre, certes fort sympathique,
mais hélas purement propagandiste, sans aucun fondement concret, sans
l'ombre du moindre début d'un commencement de réalisation possible Au
final l'électeur, s'il n'y a pas de risque, il veut bien voter pour
l'extrême gauche, mais s'il y a un danger, style extrême-droite, alors
il vote « utile »… c'est exactement le « syndrome du 21 avril 2002 » et
qui a joué à plein cette fois ci. Le problème pour l'extrême
gauche, c'est qu'elle aussi s'est fait prendre au jeu des élections et
envisage l'action politique essentiellement dans ce domaine électoral.
Certes elle soutien des luttes, organise des manifs, participe à des
colloques, bref s'agite… mais c'est tout, elle a complètement oublié
les leçons de l'Histoire en matière de changement. Elle est condamnée
soit à rester un groupuscule contestataire, véritable caution
démocratique des grands partis, soit, peu à peu, à s'intégrer dans le
jeu classique en multipliant les élus qui vendront leurs promesses aux
électeurs. UN « ALTERMONDIALISME » EN PLEINE CONFUSION Le
problème des altermondialistes c'est qu'ils veulent jouer dans la cour
des grands, avec les moyens des grands, or ces grands ont des pratiques
de voyous (on a pu apprécier leurs méthodes en Midi Pyrénées) qui ont
pris toutes les bonnes places et sont prêts à briser les plus petits si
ceux-ci veulent se montrer… ils ne les accepteront que s'ils ont besoin
d'eux. L' « altermondialisme » n'est que l'ultime tentative pour
« trouver une issue » pour sortir de ce système. Le problème c'est que
ce mouvement hétérogène draine à la fois des citoyens-nes sincères,
mais aussi toute une faune de militants qui le considère comme un
vivier pour leurs organisations. Ca débat, ça manifeste, ça conteste,
ça interpelle… mais ça ne fait que ça. Cette « soupe aux idées », si
elle parait sympathique, n'en demeure pas moins un magma des plus
stériles. Aucune stratégie de mise en place de nouveaux rapports
sociaux, de nouvelles formes de luttes, de fédération des expériences…
rien de tout cela à la grande satisfaction des organisations
traditionnelles qui manipulent et rabattent les militants déçus dans
leurs rang et en font des cautions écolo-contestataires sur des listes
électorales … quand elles en ont besoin… sinon elle les méprisent
souverainement (voir l'expérience toulousaine des Alternatifs). Une
mention doit être cependant faite pour les VERTS , véritables caméléons
politiques, qui sont passés maîtres dans l'art du double discours et de
la double pratique… parfaitement opportunistes ils sont là où il faut,
quand il faut pour retirer les « marrons du feu ». Aujourd'hui,
aucune organisation politique (je parle d'organisations qui militent en
principe pour le changement) n'est capable de faire une analyse
critique de la situation. Aucune organisation politique n'est capable,
sinon dans le discours, d'articuler l'analyse, la théorie, avec une
pratique sociale… autrement dit d'avoir une praxis. Ces organisations
sont essentiellement conservatrices, dans leurs projets… qui n'existent
pas et qui donc renvoie à la réalité présente, et dans leur manière
d'être (bureaucratie, marketing politique, collaboration avec les
gestionnaires). Les élections sont devenues, avec le consentement
de toutes ces organisations, le centre de gravité de ce que l'on
appelle la vie politique… c'est pour cela que « le » politique est
mort.
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