source : http://endehors.org/news/5319.shtml
Cette question devrait être considérée comme saugrenue dans un régime
démocratique. Pourtant, elle se pose avec de plus en plus d’acuité et
d’insistance à toute citoyenne et citoyen qui regarde avec un minimum
d’attention le fonctionnement de notre société. Comment en est-on
arrivé là? Que le pouvoir soit corrupteur est une évidence
soulignée et prouvée à toutes les époques de l’Histoire. La mise en
place d’un système démocratique pouvait laisser espérer un changement
qualitatif quand aux rapports au pouvoir et quant à la forme d’exercice
du pouvoir: la République. Il faut se rendre à l’évidence, après deux
siècles d’existence le système politique dans lequel nous vivons
reproduit bien des tares des systèmes précédents.
DU POLITIQUE AU… «POLITICIEN»
A
l’origine, groupes et clubs de réflexion, regroupant des hommes et des
femmes (rarement au début) particulièrement engagé-e-s…ont
incontestablement fait avancer la réflexion politique. Les «clubs»,
comme l’on disait, produisaient de la réflexion, discutaient sur les
valeurs et faisaient des propositions d’action. La Révolution Française
a été particulièrement gourmande de ce genre d’activité… au point de
l’institutionnaliser. La condition politique de «citoyen» se
développant, l’alphabétisation progressant, et les moyens de
communication se perfectionnant (la presse d’abord… puis les médias
actuels), la réflexion, l’échange, devinrent une pratique politique
largement partagée par toutes les classes sociales.
On a pourtant
assisté peu à peu une véritable dérive bureaucratico-totalitaire des
partis politiques. De groupes dynamiques, ouverts, pertinents dans
leurs analyses, permettant d’ouvrir des perspectives politiques, il
sont devenus des officines qui n’ont plus pour objectif que conquérir
le pouvoir pour gérer le système marchand et défendre les intérêts de
leurs membres. Aujourd’hui, les partis politiques ne produisent
plus rien, ils ne font que gérer, leurs affaires et celles de leurs
membres. Ils n’ont aucune intention de changer quoi que ce soit (sinon
dans leurs discours) aux principes du système marchand dont ils
profitent et font profiter leurs proches. Ils tentent d’accumuler un
maximum de fonctions tissant une véritable toile d’araignée dans
laquelle ils enserrent et contrôlent l’ensemble de la société. Ils
modifient régulièrement et systématiquement les modes d’élections
(charcutages des circonscriptions) afin de s’assurer un maximum de
postes et éliminer celles et ceux qui les gênent dans leur entreprise. L’homme
politique pédagogue, défenseur d’une cause, de valeurs, l’homme de
confiance est devenu souvent un affairiste de la politique. Il est
devenu un individu tout disposé à se vendre pour être élu, prêt à
promettre tout et n’importe quoi pour séduire l’électeur. Utilisant
toutes les techniques du marketing commercial, son seul objectif: le
pouvoir et ses privilèges. Il est capable pour cela de braver les lois
qu’il a lui-même voté et dont il est le garant, se déconsidérant ainsi
aux yeux des citoyens qui voient devant leurs yeux non plus un individu
exemplaire, se dévouant, voire se sacrifiant pour le bien commun, mais
un arriviste sans scrupule n’hésitant pas à avoir recours au népotisme
pour accroître son influence.. Cette situation explique la
multitude des scandales politiques, les fameuses «affaires» qui
concernent les plus hautes sphères du pouvoir. (voir pour les cas
concrets LE CANARD ENCHAINE-journal satirique paraissant le Mercredi). La
situation est aggravée par le fait que, détenant le Pouvoir et en
abusant, les «politiciens», ont tout loisir de manipuler et/ou faire
pression sur les institutions publiques (la police, la justice,
l’administration fiscale,…) pour cacher, étouffer et amnistier leurs
pratiques illégales, parfois maffieuses. La soit disante séparation des
pouvoirs n’est qu’un leurre pour citoyen naïf. Il faut cependant
noter que ceci touche essentiellement les fonctions électives les plus
«prestigieuses», (présidence de la république, députés, sénateurs,
conseils municipaux des grandes villes, conseils généraux, régionaux).
Toute une multitude de «petits élus» (comme les appellent certains avec
un brin de condescendance), souvent au niveau des petites municipalités
échappent à cette dérive et remplissent leurs fonctions avec conscience
et dévouement. Le problème c’est que ces «petits élus» dépendent, sont
dominés, influencés, parfois contraints, par ces grands profiteurs
politiques qui font pression sur eux soit par l’intermédiaire des
partis politiques, soit des institutions qu’ils phagocytent. De plus
aux yeux de l’opinion publique, la méfiance qu’inspirent les
«politiciens» rejaillie injustement sur celles et ceux qui font
honnêtement leur travail d’élu. Ainsi le politique, homme
respectable et respecté est devenu le «politicien», individu démagogue
et qui n’inspire plus la moindre confiance…. C’est souvent
«négativement» que l’électeur vote pour quelqu’un… souvenez vous du
«Votez escroc, pas facho» lors des présidentielles en mai 2001 DE LA DEMISSION CITOYENNE…
Cette
situation extrêmement dégradée du fonctionnement démocratique de la
société n’est cependant pas due qu’aux simples acteurs dont il vient
d’être question. Si ces acteurs ont pris tout l’espace scénique c’est
que le reste de la population s’est prêté à ce petit jeu. D’acteurs les
citoyens sont devenu spectateurs . Le spectacle de la politique
n’existe que s’il y a des spectateurs.
La responsabilité en
incombe incontestablement à l’ensemble des citoyens qui, par paresse
civique, étroitesse de compréhension des mécanismes sociaux, naïveté
dans les promesses du système marchand, mais aussi souvent par manque
de temps, se sont déchargé des affaires publiques sur celles et ceux
qui petit à petit sont devenus les spécialistes de la gestion publique.
Il faut dire que tout a été fait par la classe politique pour
déresponsabiliser le citoyen et, d’un être en principe actif, en faire
un assisté. Cette démission citoyenne est à la source de toutes
les dérives. Cette paresse qui consiste à confier, à abandonner le
fonctionnement démocratique à quelques personnes cumulardes et
manipulatrices a aboutit à la situation actuelle. La remarque
classique et largement partagée par une bonne partie de la population:
«Que voulez vous que l’on y fasse?» en dit long sur le degrés de
démission citoyenne. On comprend alors comment et pourquoi des
margoulins qui ont choisi la politique, comme d’autres choisissent la
contrebande, ou le trafic de drogue, se sont engouffrés dans la brèche
pour le plus grand bénéfice de leurs petites et grandes affaires. On
est donc en droit de se demander que ce signifie ce fameux«sens
civique» dont nous abreuvent les politiciens. Même si cette expression
a véritablement un sens honorable, prononcée par certains, elle inspire
la méfiance, voire le dégoût ou l’indifférence. Le sens civique dans
son expression concrète aurait pour première tâche d’éconduire cette
classe politique en grande partie parasite… au lieu de, au fils des
scrutins, lui donner une légitimité dont on sait au service de quoi
elle l’a met. Ce que les politiciens craignent par-dessus tout,
c’est l’abstention, autrement dit le fait pour le citoyen de signifier
que l’acte de voter n’a plus de sens, rendant ainsi caduque celle ou
celui qui l’incarne, l’élu-e. On comprend ainsi l’extraordinaire
énergie déployée pour la classe politique pour amener le citoyen à
l’urne… il y va de sa survie. (voir l’article «ELECTIONS: PARTICIPER OU
PAS?» et l’article «VOTER EST UN DROIT MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN
DEVOIR?») … ET DE SES CONSEQUENCES
Ce n’est
désormais plus le politicien qui doit respecter le citoyen c’est
l’inverse. Le politicien devient une sorte d’intouchable au service
duquel sont celles et ceux qui l’ont élu. Ceint de son immunité, qui à
l’origine devait le protéger contre les abus de pouvoir et la
répression, on en est arrivé au point que certains élus, et pas des
moindres, recherchent cette immunité pour échapper à la Justice (???).
Devant
le complet verrouillage de l’accès au pouvoir par la classe politique,
le citoyen n’a plus qu’une liberté formelle… non plus choisir celui ou
celle qu’il souhaite voir élu-e, mais voter pour l’autre afin que le
premier ne le soit pas… on inaugure ainsi la «démocratie en creux»… on
ne vote plus «pour», mais «contre»… sachant que la classe politique est
dans tous les cas gagnante: elle peut asseoir le pouvoir qu’elle
détient sur une légitimité exprimée par la participation. Le plus
grave c’est que les politiques ne sont pas là pour trouver des
solutions aux problèmes de notre société, mais pour faire en sorte
qu’ils soient supportables. Ils n’ont d’ailleurs aucune solution,(voir
l’article «DECADENCE») leur seul soucis étant la gestion du système
marchand. Les promesses, comme le disait justement un ministre de
l’intérieur à la recherche d’une immunité pour éviter les tribunaux,
n’engagent que ceux qui y croient et non celles et ceux qui les font.
On peut difficilement faire plus cynique. On ne peut bien
entendu faire aucune confiance aux hommes et femmes politiques qui
sollicitent nos voix. La séduction a remplacé l’explication. Ils font
plus appel à nos sentiments et nos instincts qu’à une réflexion
sérieuse sur les problèmes de notre société. Toutes les solutions
qu’ils proposent, les promesses qu’ils nous font ont maintes fois été
faites… elles n’ont aboutit à rien. C’est sur d’autres bases qu’il faut
poser les problèmes… et ce n’est pas avec eux que nous le ferons.
Patrick MIGNARD
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