Y a des types qui sont fiers d'�tre fran�ais. C'est pas moi, nom de Dieu ! Quand je vois les crimes que nous, le populo de France, nous laissons commettre par la sale bande de capitalistes et de gouvernants qui nous grugent � eh bien, l� franchement, �a me coupe tout orgueil !
Au Tonkin par exemple, dans ce bondieu de pays qu'on fume avec les carcasses de nos pauvres troubades, il se passe des atrocit�s.
Chacun sait que les Fran�ais sont all�s l�-bas pour civiliser les Tonkinois : les pauvres types se seraient bougrement bien pass�s de notre visite ! En r�alit�, on y est all� histoire de permettre � quelques gros bandits de la finance de barboter des millions, et � Constans de chiper la ceinture du roi Norodom.
Ah nom de dieu, il est chouette le syst�me qu'emploient les Fran�ais pour civiliser des peuples qui ne nous ont jamais cherch� des poux dans la t�te !
Primo, on pille et chaparde le plus possible ; deuxi�mo, on fout le feu un peu partout ; troisi�mo, on se paie de force, pas mal de gonzesses tonkinoises � toujours histoire de civiliser ce populo barbare, qui en bien des points pourrait nous en remontrer.
Ca c'�tait dans les premiers temps, quand on venait d'envahir le pays ; c'est chang� maintenant, mille bombes, tout est pacifi� et les Fran�ais se montrent doux comme des chiens enrag�s.
Pour preuve, que je vous raconte l'ex�cution du Doi Van, un chef de pirates, qui avait fait sa soumission � la France, puis avait repris les armes contre sa patrie, � la t�te de troupes rebelles.
Pas besoin de vous expliquer ce baragouin, vous avez compris, pas les aminches ? Les pirates, les rebelles, c'est des bons bougres qui ne veulent pas que les Fran�ais viennent dans leur pays s'installer comme des crapules ; c'est pas eux qui ont commenc� les m�chancet�s, ils ne font que rendre les coups qu'on leur a foutus.
Donc, Doi Van a �t� repinc� et on a d�cid� illico de lui couper le cou. Seulement au lieu de faire �a d'un coup, les rosses de chefs ont fait tra�ner les choses en longueur. Nom de dieu, c'�tait horrible ! Ils ont jou� avec Doi Van comme une chat avec une souris.
Une fois condamn� � mort, on lui fout le carcan au cou, puis on l'enferme dans une grande cage en bois, o� il ne pouvait se remuer. Sur la cage on colle comme inscription : Vuon-Vang-Yan, tra�tre et parjure. Apr�s quoi, huit soldats prennent la cage et la baladent dans les rues d'Hano�. A l'endroit le plus en vue on avait construit une plate-forme ; c'est l� qu'on a coup� le cou � Doi Van avec un sabre � apr�s avoir fait toutes sortes de simagr�es d�go�tantes.
L'aide du bourreau tire Doi Van par les cheveux, le sabre tombe comme un �clair, la t�te lui reste entre les mains, il la montre � la foule et la fait rouler par terre. On la ramasse car elle doit �tre expos�e au bout d'un piquet, afin de servir d'exemple aux rebelles.
Ah, nom de dieu, c'est du propre ! Sales r�publicains de pacotille, inf�mes richards, journaleux putassiers, vous tous qui rongez le populo plus que la vermine et l'abrutissez avec vos mensonges, venez donc encore nous d�biter vos ritournelles sur votre esprit d'humanit� ?
Vous avez organis� bougrement de f�tes pour le centenaire de 89 � la plus chouette, celle qui caract�rise le mieux votre crapulerie, c'est l'ex�cution du Doi Van. C'est pas sur un piquet, au fin fond de l'Asie, dans un village tonkinois, qu'elle aurait d� �tre plant�e, cette t�te.
Foutre non ! Mais c'est bien au bout de la tour Eiffel, afin que dominant vos crimes de 300 m�tres, elle dise, cette caboche, au monde entier, que sous votre r�publicanisme, il n'y a que de la barbarie salement badigeonn�e.
Qui �tes-vous, d'o� venez-vous, sales bonhommes, vous n'�tes pas n�s d'hier ? Je vous ai vus, il y a dix-huit ans, votre gueule n'a pas chang� : vous �tes rest�s Versaillais ! La f�rocit� de chats tigres que vous avez foutue � martyriser les Communeux, vous l'employez maintenant � faire des mistoufles aux Tonkinois.
Que venez-vous nous seriner sur les Prussiens, les pendules chapard�es, les villages br�l�s ? (...) Ils n'ont pas commis, nom de dieu, la centi�me partie de vos atrocit�s, Versaillais de malheur !
Ah, vous n'avez pas chang� ? Nous non plus : Versaillais vous �tes, Communeux nous restons !