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  Post� le mercredi 16 novembre 2005 @ 16:04:44 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Éthique anarchisteLe Libertaire� Mai 1936
Repris dans Increvables anarchistes,vol. 1, pp. 32-34, 1998.
�ditions du Monde Libertaire (Paris) � Alternative Libertaire (Bruxelles)


Le premier rai de soleil du jour de mai naissant para�t sur les tombes silencieuses de Waldheim et d�couvre lentement le modeste monument des cinq anarchistes qui succomb�rent en novembre 1887 entre les mains du bourreau. C'est de la tombe commune de ces cinq militants que surgit l'id�e universelle du Premier Mai.

Le terrible assassinat de Chicago fut l'�pilogue sinistre de ce grand mouvement qui se produisit le premier mai 1886 dans tous les centres industriels des �tats-Unis afin d'obtenir pour le prol�tariat am�ricain, avec l'arme de la gr�ve g�n�rale, la journ�e de huit heures. Ces cinq anarchistes, dont les restes reposent sous la verte pelouse de Waldheim, furent les porte-voix les plus vaillants et les plus audacieux dans la grande lutte entre le capital et le travail et durent payer de leur vie leur fid�lit� � leurs fr�res de combat.

Inspir� de l'esprit des cinq pendus, le Congr�s international de Paris, en 1889, con�ut la r�solution de proclamer le premier mai jour f�ri� du prol�tariat universel et jamais une r�solution n'a trouv� un �cho aussi puissant et enthousiaste au sein du grand peuple des d�sh�rit�s. On vit dans la r�alisation pratique de cette r�solution un symbole de l'�mancipation prochaine.

Ni la rage aveugle des exploiteurs, ni les mis�rables tentatives des politiciens socialistes ne furent capables de changer le sens profond de cette manifestation caract�ristique ou de la faire d�g�n�rer. Comme une lueur ardente, l'id�e v�cut dans le coeur immense du peuple travailleur de tous les pays et ne put en �tre extirp�e, m�me durant les temps de dure r�action. Car c'�tait une id�e surgie des profondeurs et qui devait maintenir solidement dans l'esprit des masses un espoir luttant pour une expression vivante et faisant appel � la vigoureuse conscience des opprim�s. Comme une pens�e nouvelle, l'id�e resurgit du plus profond : ce n'est pas d'en haut que fleurira notre salut, c'est d'en bas que doit venir la force qui brisera nos cha�nes et donnera des ailes � notre aspiration.

Le premier Mai est pour nous un symbole, un symbole de la lib�ration sociale par la voie de l'action directe qui trouve sa forme la plus achev�e dans la gr�ve g�n�rale. Tous ceux qui souffrent la servitude et que la pr�occupation quotidienne de l'existence marque de son empreinte, l'�norme arm�e de tous ceux qui extirpent les tr�sors de la terre, travaillent sur les hauts-fourneaux ou dirigent la charrue par les champs, tous ces millions d'�tres qui doivent satisfaire le capital, dans d'innombrables usines et ateliers, par un tribut de sang, les travailleurs manuels et intellectuels de tous les continents, tous seront partie de cette immense et invincible association du sein de laquelle jaillira un futur nouveau d�s que la connaissance de sa d�solante existence s'encrera fortement dans la conscience de chacun de ses membres. Sur ses �paules, un monde entier repose, elle tient le destin de toute la soci�t� entre ses mains et sans sa force cr�atrice, toute vie humaine est condamn�e � mort.

La vente de son travail et de son esprit est la cause occulte de sa servitude et de sa d�pendance : le refus d'effectuer ce travail pour les monopolistes doit par cons�quent se transformer en l'instrument de son �mancipation. Le jour o� cette �vidence illuminera l'esprit des opprim�s, ce jour sonnera le grand cr�puscule des dieux de la soci�t� capitaliste.

Le Premier Mai doit �tre pour nous un enseignement qui apporte � la conscience des travailleurs et des opprim�s l'�norme �nergie qui est entre leur mains. Cette force prend racine dans l'�conomie, dans notre activit� comme producteurs. La soci�t� na�t chaque jour de cette force et re�oit � tout moment les possibilit�s de son existence m�me. En cela, le membre d'un parti ne compte pas, mais bien le mineur, le cheminot, le forgeron, le paysan, l'homme qui produit les valeurs sociales et dont l'�nergie cr�atrice maintient le monde sur ses rails. Le levier de notre force est l� ; dans ce foyer doit �tre forg�e l'arme qui blessera � mort le veau d'or. Nous ne parlons pas ici de la conqu�te du pouvoir, mais de la conqu�te de l'usine, du champ, de la mine. Car n'importe quel pouvoir politique n'a jamais �t� autre chose que la violence organis�e qui impose aux grandes masses du peuple la d�pendance �conomique envers des minorit�s privil�gi�es. L'oppression politique et l'exploitation �conomique vont de pair, elles se compl�tent et l'une ne peut exister sans l'appui de l'autre. Il est absurde de croire que de futures institutions gouvernementales constitueront un jour une exception. L'important n'est pas l'�tiquette ext�rieure, mais l'essence d'une institution ; et la pire forme des tyrannies fut toujours celle qui s'est exerc�e au nom du peuple ou d'une classe. Par cons�quent, toute v�ritable lutte contre le monopole de la possession est en m�me temps une lutte contre le pouvoir qui le prot�ge et de m�me que l'objectif du prol�tariat militant sur le terrain �conomique est l'abolition et la suppression du monopole priv� sous toutes ses formes, son objectif politique doit �tre aussi la suppression de toute institution du pouvoir. Celui qui utilise l'une de ces formes pour an�antir l'autre n'a pas compris la v�ritable signification du socialisme, et c'est toujours l'application du m�me principe d'autorit� qui a �t� jusqu'ici la pierre angulaire de joutes les tyrannies.

Le Premier Mai doit �tre un symbole de la solidarit� internationale, d'une solidarit� non limit�e aux cadres de l'�tat national qui correspond toujours aux int�r�ts des minorit�s privil�gi�es du pays. Entre les millions de salari�s qui supportent le joug de l'esclavage, il existe une unit� d'int�r�ts, quelle que soit la langue qu'ils parlent et la banni�re sous laquelle ils sont n�s. Mais entre les exploiteurs et les exploit�s d'un m�me pays, il existe une guerre ininterrompue qui ne peut �tre solutionn�e par aucun principe d'autorit� et qui prend ses racines dans les int�r�ts contradictoires des diverses classes.
Tout nationalisme est un d�guisement id�ologique des v�ritables faits : il peut dans un moment donn� entra�ner les grandes masses vers ses repr�sentants menteurs, mais il n'a jamais �t� capable d'abolir de ce monde la brutale r�alit� des choses. Les m�mes classes qui, � l'�poque de la Guerre mondiale, tent�rent d'�lever le patriotisme du peuple jusqu'� l'exaltation, envoient aujourd'hui les produits du travail du prol�tariat allemand � celui qui fut en d'autres temps "l'ennemi �tranger", tandis que les grandes masses manquent du plus n�cessaire dans leur propre pays. Les int�r�ts nationaux des classes dominantes sont mis en balance. Quand ils sont identiques aux int�r�ts de leur porte-monnaie et qu'ils produisent le pourcentage n�cessaire. Et si des millions de pauvres diables ont laiss� leur vie ou leurs membres dans cette folie des grandes tueries des peuples, ce ne fut jamais parce qu'ils voulaient payer telle ou telle dette de l'honneur national, mais parce que leurs cerveaux ont �t� maintenus dans les t�n�bres des pr�jug�s artificiellement cr��s.

Et cette sanglante trag�die se r�p�tera, � moins que les ouvriers ne prennent conscience des v�ritables ressorts de la guerre et des pantalonnades nationalistes. La lutte infatigable contre le militarisme, non les vulgarit�s pacifistes, nous est donc n�cessaire. Tant que les travailleurs seront dispos�s � produire les instruments de mort violente et du massacre des masses, la "soif de sang" des peuples ne dispara�tra pas ; pour les esclaves qui forgent eux-m�mes leurs cha�nes, la lib�ration n'arrivera jamais.

Ainsi le Premier Mai est pour nous une puissante manifestation contre tout militarisme et contre l'immense supercherie nationaliste derri�re lesquels se cachent les int�r�ts brutaux des classes poss�dantes.

Il faut cr�er un futur nouveau sur les bases du socialisme libertaire, sous le souffle ardent duquel les conceptions moribondes des temps pass�s et les institutions rong�es du pr�sent dispara�tront dans l'ab�me de ce qui a �t�, pour ouvrir l'�re de la v�ritable libert�, de la v�ritable �galit� et de l'amour humain.

Nous c�l�brons le Premier Mai dans ce sens, comme le symbole d'un avenir prochain qui germera au sein du peuple r�volutionnaire pour racheter le monde de la mal�diction des dominations de classes et de l'esclavage du salari�.




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