Chronologie des protestations et révoltes dans les centres italiens (juillet-octobre 2009)
ET
Chronologie des protestations et révoltes dans les centres de rétention italiens (novembre-décembre 2009)
Chronologie des protestations et révoltes dans les centres italiens (juillet-octobre 2009)
Le
8 août 2009 est entrée en vigueur la nouvelle loi sur la « Sécurité »
du ministre de l’Intérieur Maroni. Cette loi allonge notamment de 2 à 6
mois la durée de rétention dans les 13 centres et pénalise un peu plus
l’aide aux sans-papiers (hébergement, soins médicaux,...). L’Italie a
également conclu des accords avec certains pays comme la Libye, où des
milliers de sans-papiers croupissent dans des camps en plein désert.
Depuis l’an dernier dans une dizaine de villes, ce sont par ailleurs
des soldats qui patrouillent avec la police dans la rue, en plus d’être
chargés de la surveillance des centres de rétention. Enfin, l’acronyme
de ces derniers a changé : de CPT, il est devenu CIE (Centro di
identificazione ed espulsione : centre d’identification et d’expulsion).
Mi-juillet 2009, Rovereto :
Des inconnus défoncent les vitres du siège de la Croix-Rouge, laissant
sur le mur d’à côté : « Dissociez-vous des centres de rétention ».
20 juillet, Bologne :
Tentative d’expulsion de trois sans-papiers, mais lorsque les gardiens
essayent d’emmener un Marocain de 32 ans, la révolte explose. Près de
40 retenus tentent de bloquer son expulsion, mais aussi celle d’un
second, âgé de 40 ans. Les flics blessés sont au nombre de cinq et
souffrent de diverses contusions et blessures légères. Deux
sans-papiers sont incarcérés.
4 août, Rome :
Un groupe d’une quinzaine de sans-papiers algériens du CIE de Ponte
Galeria qui protestait contre le tabassage d’un retenu est mis à
l’isolement. Des témoins de la scène seront expulsés le lendemain.
6 août, Milan : Vers 17h, début d’une grève de la faim des retenus du CIE de via Corelli, très suivie, également par la section « femmes ».
6 août, Turin :
un groupe de sportifs lance des tracts dans toutes les langues insérés
dans des balles de tennis, afin d’inviter les reclus du CIE à résister
au nouveau « Paquet sécurité ».
7 août, Rome : Les retenus du CIE de Ponte Galeria entament à leur tour une grève de la faim.
9 août, Gradisca d’Isonzo :
Une centaine de sans-papiers montent sur le toit vers 22h et résistent
aux flics jusqu’à 2h : objets variés, bouteilles et morceaux de portes
contre lacrymogènes. Les dégâts dans le centre sont importants, faisant
passer ses capacités de 248 à 194 places. Une trentaine de retenus
seront par la suite transférés à Milan, et 40 soldats de la brigade
« Pozzuolo del Friuli » viendront renforcer les 40 autres de l’unité
« Genova Cavalleria » pour remplacer les flics à l’intérieur...
12 août, Milan :
Les sans-papiers sont au cinquième jour de grève de la faim, dont trois
de grève de la soif. 34 retenus du CIE de Gradisca viennent d’arriver.
Un rassemblement s’est tenu devant le centre, et plusieurs sans-papiers
ont battu longtemps les barreaux, mais sont aussi parvenus à dégonder
plusieurs portes.
13 août, Milan :
Une émeute éclate le soir, où tout ce qui peut l’être est brûlé. La
police et les militaires interviennent et ont besoin de deux charges
successives pour mater tout le monde. Deux modules sur cinq sont
détruits. Nombreux tabassages et nombreuses fractures. 14 sans-papiers
-5 nigérianes et 7 hommes de diverses nationalité- sont incarcérés pour
« incendie volontaire ». Les compagnons qui tentaient d’empêcher dehors
le transfert au commissariat sont repoussés par les flics en nombre.
13 août, Turin :
Les sans-papiers du CIE de corso brunelleschi commencent une grève de
la faim. La police intervient en force pour tenter de les en dissuader,
et parce qu’elle craint un début d’émeute.
14 août, Turin :
Rassemblement devant le CIE, vite cerné de flics et de
Chasseurs-Alpins. A l’intérieur, les retenus dégondent les portes et
résisteront à trois charges avant d’être tabassés. Vers 22h30, un
retenu monte seul sur le toit et y reste une demie-heure.
15 août, Turin :
La nuit dernière vers 2h30, une vingtaine de retenus montent sur le
toit, et n’y redescendent qu’une heure et demie après, sous la menace.
La grève de la faim s’étiole.
16 août, Bari :
Une révolte éclate dans la nuit. Des retenus Marocains et Tunisiens
lancent une guérilla pendant cinq heures, provoquant des dizaines de
milliers d’euros de dégâts. Cette fois encore, ils ont dévasté les
lits, brisé les robinets et les conduites d’eau, les utilisant comme
barres pour dévaster tout ce qu’ils ont pu, avant de grimper aux murs
et sur les toits. Deux sans-papiers sont incarcérés à cause des images
des caméras, un Tunisien de 25 ans et un Marocain de 30 ans. Les
soldats du « Bataillon San Marco », chargés de garder le centre, n’ont
rien pu faire.
17 août, Modène :
Révoltes dans le CIE situé via Lamarmora à Modène. La protestation a
commencé la veille dans l’après-midi par une grève de la faim lancée
par une trentaine de retenus. Certains brûlent plusieurs matelas le
soir, provoquant un incendie que les pompiers mettront près de trois
heures à éteindre. Le feu de rage des révoltés a sérieusement endommagé
quatre chambres. 12 femmes sont transférées dans un autre centre, 4
Chinois sont relâchés, la police ne sachant plus où les mettre.
Quelques jours après, un groupe d’inconnus lancera à l’intérieur du
centre des balles de tennis et du citron contenant des billets de
solidarité avec les reclus.
17 août, Bari :
Deux sans-papiers sont incarcérés en rétorsion de la protestation de la
nuit précédente, accusés de « dévastation » et de « saccage ». Selon la
police, la protestation de la nuit du 15/16 août aurait causé des
milliers d’euros de dégâts et aurait été une tentative d’évasion
collective.
18 août, Milan :
Après les manifestations de protestation et le battage des barreaux du
12 août dans le CIE, puis la révolte du lendemain contre la décision
punitive de prolonger la rétention de 60 jours supplémentaires contre
les sans-papiers en grève de la faim, la répression policière et
judiciaire s’est abattue avec violence. Ses effets se résument par ces
chiffres : 14 incarcérés (9 hommes et 5 femmes), 29 sans-papiers
transférés dans le centre de Bari-Palese (un des plus grands du pays),
19 transférés à Brindisi (où vient d’ouvrir un nouveau centre).
18 août, Turin :
Des tags (“Cie lager” et “No Cie”) apparaissent entre la veille dans
l’après-midi et la nuit. Ce sont les murs extérieurs du siège de
l’entreprise Camst qui ont été pris pour cible, soit « la plus grande
entreprise à capital italien de restauration collective » qui fournit
les repas à l’intérieur.
19 août, Bari :
« Solidarité avec les immigrés enfermés dans le CIE. Solidarité avec
les révoltés. Liberté pour tous » est ce qu’il y avait écrit sur une
gigantesque banderole fixée avec des chaînes entre deux feux rouges de
la ville, bloquant la circulation corso Benedetto Croce.
19 août, Taranto : Enorme tag sur le siège de la Croix-Rouge.
20 août, Gradisca di Isonzo :
Au matin, malgré le régime de sécurité maximale imposé par le préfet de
Gorizia suite à la dernière révolte, 7 reclus du CIE réussissent à
s’évader en forçant les barreaux des cellules. Deux autres sont
capturés sur les toits.
21 août, Milan :
Début du procès des 14 incarcérés suite à la révolte du CIE de via
Corelli. Beaucoup de personnes solidaires au tribunal, et un grand
bordel entre les protestations des reclus et les cris du public.
Prochaine audience le 25 août.
23 août, Turin :
Nouveau rassemblement sous le CIE. Une cinquantaine de participants,
trois heures de musique, de cris et de tags dans toutes les langues sur
les murs du centre. Un contre-rassemblement de la Ligue du Nord en
solidarité avec les flics et la Croix-Rouge restera à distance pendant
une demie-heure.
23 août, Otranto :
Des inconnus balancent de la viande bien avariée sur les tables d’un
prestigieux restaurant, laissant un tract : « L’indifférence pue la
mort ! Gavez-vous, seigneurs et bien-pensants ! Nous sommes là pour
vous rappeler et vous renvoyer la puanteur et la pourriture de cette
société basée sur l’exploitation de trop de personnes qui perdent leur
vie dans les lagers (Cie), les camps, les usines et la mer de ce beau
pays ! (...) Bon appétit ! Solidarité avec ceux qui se rebellent et
luttent ! Feu aux C.i.e. ».
23 août, Florence : Banderole accrochée à un pont en solidarité avec les enfermés des prisons et des centres de rétention.
24 août, Gradisca : Tentative d’évasion éventée, et la police découvre le trou encore frais creusé dans le plafond d’une cellule.
24 août, Bari :
Un sans-papier parvient à s’évader de l’hôpital où il avait été porté,
après avoir ingéré trois vis démontées d’une table du CIE.
26 août, Gradisca :
Un groupe est surpris entrain d’élargir un des trous laissés par la
révolte du 9 août, après avoir fait sauter auparavant la serrure de
leur chambre.
28 août, Turin :
Malgré la présence rapide de la Digos et la fréquence des patrouilles,
un groupe réussit à s’approcher des murs du CIE et à crier sa
solidarité avec les reclus. De l’autre côté du centre éclatent des
pétards et des feux d’artifice.
29 août, Restinco (Brindisi) :
Douze jours après l’inauguration de ce CIE (qui était auparavant un
centre pour demandeurs d’asile et où ont été transféré les révoltés du
CIE de Milan), vingt sans-papiers parviennent à s’évader, un seul est
repris.
31 août, Turin :
La cathédrale est couverte de slogans contre les flics, tandis
qu’apparaissent des tags contre les CIE dans les rues voisines.
2 septembre, Gradisca : Six sans-papiers sont capturés sur les toits dans la nuit lors d’une tentative d’évasion. Idem à Bari.
8 septembre, Lamezia Terme (Catanzano) :
Evasion de six sans-papiers du CIE, qui ont réussi à franchir les
grillages. Seuls trois seront repris par les nombreuses patrouilles
dans la campagne environnante.
9 septembre, Rovereto/Trento :
Quatre stations-essence Agip sont sabotées : une quarantaine de tuyaux
des pompes sont coupés, des distributeurs cassés. Une revendication
parviendra aux journaux locaux : « Stations Agip sabotées. L’Italie
fait du fric avec la Libye : les deux massacrent des immigrés. Vos
mains sont tâchées de sang : maintenant ça suffit ».
13 septembre, Turin : Feu d’artifice sous le CIE.
14 septembre, Bologne :
Tentative d’évasion de 25 sans-papiers, arrivés jusqu’au toit et
repris. Les quatre qui ont tenté de sauter se sont tous fracturés des
membres.
19 septembre, Turin :
Un groupe se rend au siège de la Croix-Rouge de via Moncalieri. Il
tente d’y instaurer le dialogue avec les membres de l’institution
présents, diffusant les témoignages enregistrés de reclus et proposant
un contact téléphonique en direct. Sans succès. Le ton monte au milieu
des affiches collées et des banderoles déployées, puis la douzaine
d’individus s’en va comme il était venu.
19 septembre, Rome :
Un groupe d’anarchistes interrompt les courses tranquilles du centre
commercial de Parco Leonardo. Des tracts sont distribués et des
banderoles accrochées au milieu de la stupeur et de l’intérêt (parfois)
de la foule, généralement habituée à travailler pour dépenser et
acheter. Cette action démonstrative est réalisée pour mettre au jour ce
qui arrive à deux pas du centre commercial, dans le lager de Ponte
Galeria. Un tract précisait aussi que « l’action d’aujourd’hui au
centre commercial a été réalisée par rapport à la reprise le 21
septembre du procès contre les 14 révoltés du centre de rétention, via
Corelli, à Milan ».
21 septembre, Gradisca :
Révolte collective suite à la tentative d’évasion éventée de 35
sans-papiers. Tous les autres montent ensuite sur les toits et y
restent la nuit. Un retenu de 21 ans sera incarcéré le 12 octobre,
accusé d’avoir en cette occasion fait tomber un flic d’une échelle. Une
vingtaine de d’autres sont massacrés par les flics lors de la
perquisition des chambres après la reddition des toits..
22 septembre, Bologne :
Révolte collective de 13h à 17h suite à un auto-mutilé que les gardiens
laissaient se vider de son sang. Matelas brûlés et casse. Des
compagnons soutiennent les révoltés à l’extérieur, et un groupe
d’inconnus se rend au siège de la Misericordia à Modène (qui gère le
CIE de Bologne) avec tracts et peinture rouge.
22 septembre, Trofarelo : Des anarchistes perturbent l’ouverture du Musée de la Croix-Rouge.
22 septembre, Rome :
Une dizaine de personnes masquées fait irruption le matin devant siège
du Comité régional de la Croix-Rouge, dégradant sa façade de copieux
jets de peinture rouge, laissant aussi sur place des tracts dénonçant
la complicité de la Croix-Rouge dans la gestion des centres de
rétention (CIE). Dans un journal local, il est reporté que les vitres
du local de la Croix-Rouge de Trento ont aussi été cassées.
26 septembre, Turin : Les bureaux de Kairos, qui collabore à la gestion du CIE de Gradisca, sont tagués.
26 septembre, Gradisca :
Deux tentatives d’évasion le matin, trois l’après-midi. Tous ont été
repris (l’un après avoir brisé une fenêtre, l’autre entrain de grimper
sur le mur d’enceinte, l’un dans le camp pour demandeurs d’asile situé
à côté,...).
27 septembre, Turin :
Tentative d’évasion collective : profitant de l’ouverture de la porte
d’entrée, les sans-papiers ont affronté les gardiens et quatre ont
réussi à passer. Là, ils ont dû escalader le mur du chantier qui
construit un second mur d’enceinte. Un seul est passé vers la liberté,
aidé par les trois autres qui lui ont fait la courte-échelle. Ces
derniers ont été arrêtés et tabassés.
28 septembre, Rome :
Début d’une grève de la faim massive qui durera quatre jours. Suite à
cela, 12 reclus sont transférés disciplinairement dans d’autres CIE,
tandis qu’arriveront en échange 30 Algériens du CIE Bari.
29 septembre, Crotone : Deux reclus montent sur les toits, menaçant de se jeter dans le vide, et deux autres grimpent en haut des grillages.
2 octobre, Rome :
Tentative d’évasion de trois sans-papiers à partir des toits. L’un se
fracture une jambe en sautant, le second fait marche arrière sans être
vu et le dernier est repris avant : il sera durement tabassé et placé
en isolement.
4 octobre, Brindisi :
Huit sans-papiers parviennent à s’échapper du centre vers 5h du matin,
15 autres poursuivent une grève de la faim depuis une semaine.
4 octobre, Crotone : Protestations au CIE, puis mobilier brisé et jeté contre les flics lors de leur intervention.
5 octobre, Cormano (Milan) :
Une dizaine de personnes se rendent devant le siège de la Croix-Rouge,
où se déroule l’inscription à ses cours du soir. Pendant une heure, il
est discuté avec les gens du rôle de cette organisation et des tracts
sont distribués, bien que son responsable ait comme d’habitude appelé
les flics.
9 octobre, Turin :
Un groupe se rend au siège de la Camst, qui gère la bouffe du CIE.
Mégaphone, un bref tour des bureaux avec des tracts et ciao !
9 octobre, Turin :
Un groupe de réfugiés somaliens bloque pendant des heures l’entrée de
l’autoroute Turin-Milan pour protester contre les conditions du centre
d’accueil (ouvert) de la Croix-Rouge où ils ont été parqués après leur
expulsion d’un immeuble squatté.
12 octobre, Milan :
Une poignée d’individus s’invite à la cantine d’une entreprise gérée
par la Sodexo. Un tract est distribué et lu, tandis qu’une banderole
explique « Sodexo se fait du fric sur les prisonniers du lager de via
Corelli ».
Dans les CIE de Milan et Gradisca, cinquante et trente sans-papiers
observent un jour de grève de la faim en solidarité avec les 14
inculpés de la révolte du 13 août.
13 octobre, Milan :
verdict du procès des 14 sans-papiers. 13 se prennent de 6 à 9 mois de
prison, un est acquitté (le procureur avait demandé deux ans et demi
pour tous). La veille à Bologne s’est déroulé un rassemblement
itinérant sur la ligne de bus 14/a qui mène au CIE de via Mattei, et
qui s’est terminé avec banderole et feu d’artifice devant le centre. A
Rivoli, un groupe de compagnons a diffé au siège de la Sodexo,
rappelant leur colère contre cette boîte qui fournit la bouffe des CIE
de Milan et de Rome.
17 octobre, Rome :
Grosse manifestation de gauche, les reclus du CIE de Ponte Galeria
mettent quatre banderoles aux fenêtres : « Nous voulons la liberté » et
« Nous refusons les 6 mois ».
23 octobre, Gradisca :
Tentative d’évasion à trois à partir des toits. Malheureusement, l’un
est arrêté juste avant et un second se brise une jambe en sautant, mais
le dernier réussit à disparaître dans la nature.
25 octobre, Turin :
Rassemblement d’une trentaine de personnes sous le CIE de corso
Brunelleschi, avec musique, pétards et mégaphone et une connection
radio en direct du CIE de Milan. Une révolte s’y déroule en effet suite
à plusieurs épisodes (tabassages, cas de grippe A sans soins,
déportation de deux Marocains et un Tunisien... en Algérie, 28 reclus
en grève de la faim depuis deux jours pour protester) : deux sections y
sortent les matelas des chambres et les incendient.
26 octobre, Milan :
Un prisonnier brûle des matelas après avoir parlé avec le consul du
pays où il doit être expulsé. Les grévistes de la faim ne sont plus que
trois.
[Traduit de l’italien. Publié dans Etrangers de partout n°1, novembre 2009, pp. 20-21]
Chronologie des protestations et révoltes dans les centres italiens (novembre-décembre 2009)
4 novembre 2009, Turin :
Alors que se tient une manifestation spontanée sous les murs du CIE,
les reclus démolissent plusieurs chambres, et jusqu’à la cloison
interne d’une salle commune, puis se barricadent dans l’une d’elles
pour affronter la charge d’une centaine de flics accourus sur place. La
révolte a duré six heures et le CIE de Turin compte un mur de moins.
6 novembre, Turin :
Un retenu rebelle (déjà auteur de tentative d’évasion), Adel, est mis à
l’isolement. Ses amis protestent en cassant toutes les vitres et en
sortant les matelas dans la cour. Adel et deux autres seront amenés à
la prison des Vallette mais reconduits au CIE le lendemain. Pendant la
révolte, rassemblement d’une cinquantaine de compagnons dehors, et au
tribunal le lendemain, avec banderole en fin d’audience.
7 novembre, Milan :
Les retenus refusent de rentrer dans les chambres à une heure plus
avancée que d’habitude. La police charge et les sans-papiers répondent.
La révolte gagne aussi la section femmes. Les flics utilisent matraques
et lacrymogènes, les reclus mettent le feu aux matelas et lancent ce
qu’ils peuvent. A la fin des affrontements, quatre sans-papiers sont
conduits en prison. Lors des audiences des 8 novembre et 1er décembre,
où ils sont jugés pour cette révolte, de nombreux compagnons solidaires
sont présents.
8 novembre, Milan : Feux d’artifices, torches et slogans sous les murs du CIE de via Corelli.
8 novembre, Brindisi Restinco :
Grande évasion collective précédée d’affrontements. Un groupe de
rebelles réussit à forcer les portes intérieures puis à se frayer un
chemin à coups de pierres et d’objets contondants, dont un extincteur,
engageant un corps à corps avec les gardes. Dix parviennent à s’enfuir,
quatre sont portés en prison et beaucoup sont massacrés par les flics.
10 novembre, Milan :
Nouveau rassemblement sous les murs du CIE avec pétards et feux
d’artifice. Cette fois une pluie de torches finit dans la cour
intérieure du centre.
11 novembre, Bologne : Projection vidéo, table de presse et exposition contre les CIE.
14 novembre, Turin :
Déambulation dans les quartiers de Borgo Dora et Porta Palazzo derrière
une banderole « CIE=lager. Briser les cages », accompagné de scénettes
théâtrales.
14 novembre, Turin :
De nombreux tags apparaissent dans l’après-midi contre les centres et
ceux qui les gèrent, notamment sur les murs de la Misericordia à
Collegno, de Kairòs et de la Croix-Rouge, via Bologna.
14 novembre, Milan :
Manifestation de 200 personnes sous les murs de la prison San Vittore
en solidarité avec les retenus de la révolte du 7 novembre enfermés là
et les étudiants incarcérés les jours précédents. Musique, mégaphone,
pétards et fumigènes. Le rassemblement bloque ensuite la circulation
et... finit en manifestation sauvage avec slogans, tags, chants...
15 novembre, Caltanissetta (Sicile) :
Une révolte explose dans le CIE de Pian del Lago après une tentative
d’évasion collective manquée (à coups de table en béton contre les
portes latérales du CIE), détruisant ensuite tout sur son passage et
provoquant plusieurs incendies dans les chambres. Les dégâts sont
énormes. Après leur tabassage par les flics et les militaires, les 94
sans-papiers seront transférés dans d’autres CIE, contribuant à libérer
d’autres reclus pour leur faire de la place. Le Préfet annoncera le 24
novembre que ce centre de rétention de 40 places restera définitivement
fermé.
15 novembre, Parme : Rassemblement de contre-information (tracts, exposition) contre les CIE pendant plusieurs heures.
15 novembre, Rome : Un retenu tunisien du CIE de Ponte Galeria est porté à l’hôpital Forlanini à cause de la grippe A. Là, il réussit à s’évader.
18 novembre, Turin :
Une douzaine de personnes se rassemblent en faisant du bruit sous le
siège de la coopérative Kairòs, impliquée dans Connecting People,
gérant de nombreux centres de rétention et centres d’accueils pour
réfugiés.
19 novembre, Lecce : le siège du Parti Démocrate (PD, gauche) est tagué de gigantesques « assassins » et « du fond des mers, on crie vengeance ».
20 novembre, Turin :
Des compagnons occupent le hall du consulat du Maroc, situé via
Belfiore, 27. Avec banderole, mégaphone, tracts, ils diffusent aussi
des témoignages enregistrés en arabe de sans-papiers enfermés en centre
de rétention.
21 novembre, Turin :
Des compagnons interrompent un débat ennuyeux sur les immigrés de la
seconde génération organisé par le Parti Démocrate (gauche) en
déployant une banderole en solidarité avec les reclus en lutte dans les
CIE.
21 novembre, Modène : Rassemblement sous la prison S. Anna puis sous le CIE adjacent.
25 novembre, Crotone (Calabre) :
Plusieurs dizaines de sans-papiers grimpent sur le toit du CIE et
lancent pierres et parties arrachées au mobilier sur les flics
rassemblés en bas. Au cours de la révolte, deux flics et deux
militaires seront blessés.
26 novembre, Milan :
« Dans les centres de rétention, la police viole et Sodexo exploite les
immigrés. Coups dans la rue, feu partout. 26/11 Sodexo incendiée rue
Bernina, Milan ».
26 novembre, Turin :
Dans la nuit, des inconnus allument un feu d’artifice sous le centre et
saluent les reclus. Un tag sur le mur d’enceinte précise : « A Turin
comme à Pian del Lago, feu aux CIE ».
26 novembre, Bologne : Rassemblement en ville (banderole, mégaphone, tracts, exposition) puis sous les murs du CIE de via Mattei.
27 novembre, Turin : Un sans-papiers se cache sur le toit du CIE pour éviter de prendre l’avion qui devait le déporter.
28 novembre, Trapani :
Une dizaine de retenus en attente d’expulsion tentent de s’évader du
CIE Serraino Vulpitta. Ils scient les barreaux puis descendent au
premier étage à l’aide de draps. Ils sont malheureusement interceptés
par les flics et les carabiniers.
30 novembre, Bari :
Une bagarre éclate entre un retenu et un fonctionnaire de l’Office de
l’immigration qui se mange une chaise. Lorsque les flics tentent
d’arrêter le lanceur, toute la section s’interpose : vitres brisées et
matelas en feu. Les militaires du Bataillon San Marco transféreront
deux retenus en prison et deux autres à l’hôpital. Cependant, trois
flics et deux militaires auraient aussi été blessés lors des
affrontements.
11 décembre, Modène : Tentative d’évasion en défonçant le plafond d’une chambre, malheureusement éventée trop tôt.
15 décembre, Bari :
Suite au tabassage d’un reclus dans le module 6 éclate une révolte.
Quelques matelas sont brûlés et les vitres de la structure sont
brisées. L’intervention des militaires parviendra à les isoler dans
leur module avant qu’elle ne parvienne à s’étendre.
Le lendemain se déroule une manifestation de solidarité dans la ville,
qui retransmettra en direct des coups de téléphone de l’intérieur.
20 décembre, Turin :
Rassemblement, comme tous les 3e dimanches du mois, sous les murs du
CIE de corso Brunelleschi avec slogans, pétards, feux d’artifice,
musique.
21 décembre, Bari :
Le siège de l’association OER, qui gère le CIE de la ville, est couvert
de peinture rouge et d’un tag : « complices d’un lager ». Des tracts
laissés sur place précisent « L’Oer... est complice de la gestion du
lager de Bari-Palese. Maintenant, le sang des migrants enfermés dans le
centre de rétention coule aussi sur vos murs ».
[Traduit de l’italien. Publié dans Etrangers de partout n°2, janvier 2010, p. 20]
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