Cette nuit au centre d’identification et d’expulsion de Ponte Galeria à
Rome
Dans
la nuit du lundi au mardi 30 mars, les sans-papiers enfermés au centre
d’identification et d’expulsion de Ponte Galeria à Rome se sont
révoltés, dénonçant entre autres la façon dont ils sont traités, «comme
des chiens». Départs de feu, destructions, occupation des toits,
affrontements avec les forces de l’ordre présentes en masse et en tenue
anti-émeute, la révolte a duré toute une partie de la nuit. Les
journaux parlent de milliers d’euros de dégâts, la prison serait
aujourd’hui sans eau ni électricité. Plusieurs détonations, notamment
des tirs, ont été entendus mais le directeur du CIE, lui, nie toute
intervention des forces de l’ordre et parle de tentative d’évasion…
Ce
matin les prisonniers ont été divisés en deux groupes, les «méchants»
et les «gentils». Parmi les méchants, une quinzaine d’hommes ont été
choisis, qui auraient été filmés par les caméras de surveillance. Ils
ont apparemment été conduits dans une autre prison que celle pour les
étrangers dits clandestins, c’est-à-dire dans l’une des nombreuses
autres catégories de prisons qui existent en Italie, celle pour tous
les exploités dira-t-on pour simplifier. Leur jugement pourrait avoir
lieu très rapidement.
Pendant
ce temps, cet après-midi, dans le secteur des femmes où il semble que
les prisonnières soient complètement assomées par les somnifères et
autres camisoles chimiques qu’on mélange à leur nourriture et où, de
fait, la situation la nuit dernière est restée calme, la énième
déportation par charter pour le Nigéria a commencé et plusieurs
retenues nigériannes ont été emmenées.
Pour en savoir plus, à lire et à écouter (témoignages de
retenus) en italien.
Solidarité sans frontières et liberté pour toutes et tous avec ou sans papiers !
Liste Rétention, 30 mars 2010.
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Dernières nouvelles des centres de rétention italiens
Version traduite en français :
Le texte ci-dessous est la traduction du compte-rendu de
Macerie, le site d’un collectif d’anti-racistes
italiens (c’est ainsi que
l’on désigne en Italie les mouvements qui
travaillent en général sur les questions liées à l’immigration,
discriminations, rafles, rétention, expulsions…), qui ont des contacts
téléphoniques quotidiens avec les retenus dans les différents centres,
et animent régulièrement des actions de solidarité. J’ai
ajouté des précisions en ce qui concerne les dates et les expressions italiennes qui sont ici en italique.
La journée d’hier (le lundi 29 mars) semblait être une journée
ordinaire dans le CIE de Ponte Galeria (le Centre d’Identification et d’Expulsion
de Rome, l’équivalent italien de nos
CRA), avec la majorité des retenus maintenus sous sédatifs, qui dorment jusqu’à
midi et passent leur journée au lit. Dans le centre il y en a «de
toutes les couleurs», des immigrés qui travaillent en Italie depuis 20
ans aux toxicomanes, en passant par les acooliques, les diabétiques,
les asthmatiques, et les malades d’hépatite.
«Ici on nous traite comme des
chiens»
Le quotidien à l’intérieur
des centres ne change pas, nous entendons toujours les mêmes histoires.
Il y a quelques jours, de désespoir, un retenu se frappait violemment
la tête contre le mur, et un autre qui protestait a été frappé si fort (par les gardes
d’Auxilium, qui gèrent le
centre depuis début mars) qu’ils lui ont
cassé les dents. Tabassé come ces garçons qui avaient tenté de s’échapper en montant sur les toits du centre (il s’agit probablement de la trentaine de retenus qui ont gagné les toits de Ponte Galeria le samedi 13 mars dernier, à l’occasion de la manifestation de soutien en face du centre ; ils
ont été sévèrement réprimés). À tout ça s’ajoutent les cas d’automutilation
quotidiens : presque tous les soirs il y a un retenu qui avale une lame
de rasoir (par protestation, et/ou pour ralentir voire empêcher leur
expulsion). Si tu te plains, ils menacent d’appeler la police,
l’armée et les gendarmes. Si tu demandes des
soins, ou d’être emmené à
l’hôpital, ils te disent que tu fais semblant
parce que tu cherches à t’enfuir. Ils
confisquent tous les shampoings, savons et après-rasage, parce qu’on n’a le droit d’utiliser
que les produits fournis par les gestionnaires du centre, la
Cooperativa Auxilium. Ils confisquent tout, surtout les briquets : les
gardes ne veulent pas d’incendies, comme celui qui est parti le 13 mars dernier, lors de la
révolte qui a secoué le centre. Mais il y a une épicerie dans le centre, et ils vendent des allumettes ; peut-être qu’ils n’ont pas réalisé que l’on peut aussi allumer un feu avec des allumettes…
«Un bordel monstre !»
Mais hier à minuit (toujours le lundi 29 mars) nous recevons un sms d’un
des retenus du CIE de Ponte Galeria. Une révolte a éclaté autour de 23
heures : les retenus ont mis feu à leurs matelas, et il y a deux gros
départs de feu distincts dans le centre, qui grandissent jusqu’à toucher l’infirmerie.
Certains retenus sont montés sur le toit, et d’autres ont fracassé trois ou quatre portes blindées et ont presque atteint le mur d’enceinte. Le centre est désormais envahi par les flics : ils sont partout, en tenue anti-émeutes, avec
matraques, casques et boucliers. Autour d’1h20
du matin on entend même des coups de feu.
Les derniers contacts téléphoniques que nous avons pu avoir avec les retenus à l’intérieur du centre ont eu lieu à 3 heures du matin. À ce moment-là, il y avait encore des retenus sur les toits, et les flammes
n’avaient pas encore été éteintes.
Depuis ce matin (mardi 30 mars) il nous est impossible d’entrer en contact avec les retenus, personne ne répond plus au téléphone, et nous ne pouvons donc pas avoir d’informations de première main. Pourtant, il y a quelques heures, la
conseillère regionale Anna Pizzo a cherché d’entrer dans le centre de Ponte Galeria pour évaluer la situation. Comme il fallait s’y attendre, étant donné qu’elle n’avait pas fourni de préavis écrit, on ne l’a pas laissée entrer. Le directeur du centre a tout de même admis qu’il y avait eu une tentative d’évasion dans la nuit, suivie d’une révolte, mais il a nié une quelconque intervention de la police. À
l’écouter, il s’agirait d’un événement mineur, alors qu’il a lui-même déclaré que pendant la révolte l’installation électrique et la plomberie du centre ont subi des dommages graves, à tel point
qu’aujourd’hui l’électricité et l’eau courante ne sont pas encore rétablies à Ponte Galeria.
Mise à jour de 13h00 : Les retenus du
secteur réservé aux hommes ont été enfermés dans la cantine, et divisés en deux groupes : d’un coté les «gentils» et de l’autre
les «méchants». Cette distinction serait faite au regard des
enregistrements vidéos des caméras de surveillance, qui auraient filmé
toute la révolte. Il va sans dire que les retenus classés dans le
groupe des «méchants» — une quinzaine apparemment — sont mis de coté en
vue de leur arrestation. Dans la partie du centre réservée aux femmes,
au contraire, personne ne s’est
aperçu de rien ; au cours des derniers jours, en effet, les médicaments
administrés aux retenues, ouvertement ou dissimulés dans la nourriture
par exemple, sont particulièrement lourds. Selon différentes sources,
les retenues passent leur temps à dormir, ou à pleurer. Plusieurs
retenues nigerianes ont été emmenées ce matin, ce qui veut dire qu’il pourrait y avoir une nouvelle expulsion en
préparation.
Mise à jour de 13h45 : Il y a bien eu 15
arrestations parmi les retenus masculins, qui ont été transférés probablement à Regina Coeli (la principale prison de Rome). Ils pourraient passer en comparution immédiate dès
demain.
D’autres mises à jour suivront.
macerie, 30 mars.
Traduction en français par Au fond près du radiateur, émission d’actualité sociale tous les mardi de 19h à 20h30 sur FPP (106.3 FM en région parisienne).
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Version originale (en italien) :
Quella
di ieri sembrava una giornata come tutte le altre nel Cie di Ponte
Galeria, con la maggior parte dei reclusi sedati che dormono fino a
mezzogiorno e passano la giornata a letto. Nel centro c’è gente “di
tutti i colori”: chi lavora in Italia da vent’anni, tossicodipendenti,
alcoolizzati, diabetici, asmatici e malati di epatite.
“Qui ci trattano come
cani”
Da
dentro sempre gli stessi racconti. Qualche giorno fa un recluso ha
sbattuto la testa contro il muro per la disperazione e un altro che
protestava è stato picchiato tanto forte che gli hanno rotto i denti.
Riempito di botte come quei ragazzi che avevano provato a scappare
salendo sui tetti. Poi ci sono i casi di autolesionismo: ogni sera
qualcuno ingoia una lametta. Se ti lamenti, minacciano di chiamare la
polizia, l’esercito e i carabinieri. Se chiedi di essere curato o
portato in ospedale, ti dicono che stai fingendo perchè vuoi scappare.
Sequestrano shampoo, sapone e dopobarba, perchè bisogna usare solo
quello che forniscono i gestori del centro, la Cooperativa Auxilium.
Sequestrano tutto, soprattutto gli accendini: le guardie non vogliono
incendi, come quelli della sommossa del 13 marzo scorso. Ma nello
spaccio vendono i cerini, e forse non hanno capito che anche con quelli
si può accendere un fuoco…
“Un casino della
madonna!”
A
mezzanotte di ieri arriva questo sms da uno dei reclusi del Centro. Da
un’ora è scoppiata una rivolta: i materassi bruciano e ci sono due
grossi fuochi che si alzano arrivando fino all’infermeria. Alcuni
reclusi sono saliti sul tetto e altri hanno spaccato tre o quattro
porte di ferro e hanno quasi raggiunto il muro di cinta. Tutto il
centro è pieno di polizia: sono dappertutto in tenuta antisommossa,
con manganelli, scudi e caschi. Intorno all’una e venti si sentono
anche degli spari.
Le
ultime telefonate coi reclusi risalgono alle tre di notte, e raccontano
di alcuni reclusi sono ancora sui tetti e di fiamme non ancora spente.
Da questa mattina
nessun recluso risponde più al telefono, quindi non possiamo avere
informazioni di prima mano. Ma qualche ora fa, la consigliera regionale
Anna Pizzo ha cercato di entrare nel Cie, per verificare la situazione.
Ovviamente, mancando il preavviso scritto, non l’hanno fatta entrare.
Il direttore ha però ammesso che nella notte c’è stata una tentata
evasione, seguita da una protesta, ma ha negato l’intervento della
polizia. Secondo il direttore è stata una cosa da poco. Talmente da
poco, che per sua stessa ammissione oggi nel centro mancano luce e
acqua perchè durante la rivolta sono stati danneggiati gravemente
l’impianto elettrico e quello idrico.
Aggiornamento ore 13.00.
I prigionieri del settore maschile sono stati rinchiusi nella sala
mensa e divisi in due gruppi: da una parte i “buoni” e dall’altra i
“cattivi”. Le telecamere di sicurezza avrebbero ripreso tutta la
rivolta ed è l’ora degli arresti. Da quel che si capisce, per ora i
fermati — i “cattivi”, appunto — sono una quindicina. Nel settore
femminile, invece, nessuna si è accorta di nulla: negli ultimi giorni,
infatti, le medicine somministrate apertamente o con l’inganno dalla
direzione sono particolarmente pesanti e, secondo alcuni racconti, le
recluse passano il proprio tempo a dormire o a piangere. Alcune
nigeriane questa mattina sono state portate via, e questo vuol dire che
si potrebbe essere in preparazione un’altra deportazione.
Aggiornamento ore 13.45.
In effetti gli arrestati sono 15, e sono stati portati probabilmente a
Regina Coeli. Potrebbero essere processati per direttissima già domani.
Seguiranno
aggiornamenti.
macerie, 30 marzo.
Tradotto in francese da Au fond près du radiateur, trasmissione di contro-informazione ogni martedì dalle 7 di sera alle 8 e mezza sur FPP (106.3 FM a Parigi).
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