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  Post� le vendredi 11 novembre 2005 @ 00:05:55 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
ReligionPublications des �Temps Nouveaux� n� 18



La conduite de l'anarchiste envers l'homme d'Eglise est trac�e d'avance. Aussi longtemps que les pr�tres, moines et tous les d�tenteurs d'un pouvoir pr�tendu divin seront constitu�s en ligue de domination, il faut les combattre sans r�pit de toute l'�nergie de sa volont� et de toutes les ressources de son intelligence et de sa force. D'ailleurs, cette lutte acharn�e ne doit emp�cher nullement que nous gardions le respect personnel et toute la sympathie humaine pour chaque individu chr�tien, bouddhiste ou f�tichiste d�s que sa puissance d'attaque et de domination aura �t� rompue. Nous commencerons par nous affranchir, puis nous travaillerons � l'affranchissement du ci-devant adversaire.

Ce que nous avons � craindre de l'Eglise ou des �glises est clairement enseign� par l'histoire. A cet �gard, toute m�prise, toute confusion sont impossibles. Nous sommes ha�s, ex�cr�s, maudits : on nous voue non seulement aux supplices de l'enfer, - ce qui n'a pas de sens pour nous, - mais on nous signale � la vindicte des lois temporelles, � la vengeance sp�ciale des rois, des ge�liers et des bourreaux, m�me � l'ing�niosit� des tortureurs que la Sainte Inquisition, toujours vivante, entretient dans les cachots. Le langage officiel des papes, fulmin� dans leurs bulles r�centes, dirige express�ment la campagne contre les " novateurs insens�s et diaboliques, les orgueilleux disciples d'une science pr�tendue, les gens en d�lire qui vantent la libert� de conscience, les corrupteurs de toutes choses sacr�es, les odieux corrupteurs de la jeunesse, les ouvriers de crime et d'iniquit� " . Ces maudits, ces anath�mes, ce sont, en premier lieu, ceux qui se disent hommes de r�volution, anarchistes ou libertaires.

C'est bien ! Il est juste, il est l�gitime que des gens se disant et se croyant m�me sacr�s pour exercer la domination absolue sur le genre humain, s'imaginent qu'ils sont les possesseurs des clefs du ciel et de l'enfer, concentrent toute la force de leur haine contre les r�prouv�s qui contestent leurs droits au pouvoir et condamnent toutes les manifestations de ce pouvoir : " Exterminez ! Exterminez ! " telle est la devise de l'Eglise, comme aux temps de Saint Dominique et d'Innocent III.

A l'intransigeance catholique, nous opposons �gale intransigeance,mais en hommes et en hommes nourris de la science contemporaine, non en thaumaturges et en bourreaux. Nous repoussons absolument la doctrine catholique, de m�me que celle de toutes les religions connexes, amies ou ennemies; nous combattons leurs institutions et leurs oeuvres; nous travaillons � d�truire les effets de tous leurs actes. Mais cela sans haine de leurs personnes, car nous n'ignorons point que tous les hommes sont d�termin�s par le milieu dans lequel leurs m�res les ont berc�s et la soci�t� les a nourris; nous savons qu'une autre �ducation, des circonstances moins favorables auraient pu nous ab�tir aussi, et ce que nous cherchons par dessus tout, c'est pr�cis�ment de faire na�tre pour eux, - s'il en est encore temps - et pour toutes les g�n�rations � venir, des conditions nouvelles qui gu�riront enfin les hommes de la " folie de la croix " et autres hallucinations religieuses.

Nous ne songeons point � nous venger quand viendra le jour o� nous serons les plus forts : les �chafauds et les b�chers n'ysuffiraient point, tant les Eglises ont massacr� d'infid�les au nom de leurs dieux respectifs, tant l'Eglise chr�tienne tout sp�cialement a fait de victimes pendant quinze cent ann�es de domination. La vengeance n'est point dans nos principes, car la haine appelle la haine et nous avons h�te d'entrer dans une �re nouvelle de paix sociale. Le ferme propos que voulons r�aliser n'est point d'employer " les boyaux du dernier pr�tre � tordre le cou du dernier roi ! " , mais de faire en sorte que ni pr�tres ni rois ne puissent na�tre dans l'atmosph�re purifi�e de notre soci�t� nouvelle.

Logiquement, notre oeuvre r�volutionnaire contre l'Eglise commence par �tre destructive avant qu'elle puisse devenir constructive, bien que les deux phases de l'action soient interd�pendantes et s'accomplissent en m�me temps, mais sous divers aspects, suivant les diff�rents milieux. Certes, nous savons que la force st inapplicable pour d�truire les croyances sinc�res, les na�ves et b�ates illusions; nous nechercherons point � entrer dans les consciences pour en expulser les troubles et les r�ves, mais nous pouvons travailler de toutes nos �nergies � �carter du fonctionnement social tout ce qui ne s'accorde pas avec des v�rit�s scientifiques reconnues; nous pouvons combattre incessamment l'erreur de tous ceux qui pr�tendent avoir trouv� en dehors de l'humanit� et du monde un point d'appui divin, permettant � des castes parasites de se grimer en interm�diaires d�votieux entre le cr�ateur fictif et ses cr�atures.

Puisque la crainte et l'�pouvante furent de tout temps les mobiles qui asservirent les hommes, - ainsi que rois, pr�tres, magiciens et p�dagogues l'ont eux-m�mes r�p�t� sous tant de formes diverses, - combattons incessamment cette terreur des dieux et de leurs interpr�tes par l'�tude et par l'exposition de la sereine clart� des choses. Faisons la chasse � tous les mensonges que les b�n�ficiaires de l'antique sottise th�ologique ont r�pandus dans l'enseignement, dans les livres, dans les arts. Et n'oublions pas d'enrayer le vil paiement des imp�ts directs que le clerg� nous extorque, d'arr�ter la construction des chapelles, des reposoirs, des �glises, des croix, des statues votives et autres laideurs qui d�shonorent nos villes et nos campagnes. Tarissons la source de ces millions qui, de toutes parts, affluent vers le grand mendiant de Rome et vers les sous-mendiants innombrables de ses congr�gations. Enfin, par la propagande de chaque jour, enlevons aux pr�tres les enfants qu'on leur donne � baptiser, les gar�ons et les filles qu'ils " confirment dans la foi " par l'ingestion d'une hostie, les jeunes gens qu'ils pr�tendent conjoindre, les malheureux qu'ils souillent en faisant na�tre le p�ch� dans leur �me par la confession, les mourants qu'ils terrorisent encore au dernier moment de la vie. D�christianisons le peuple !

Mais les �coles, m�me celles qui se disent la�ques, christianisent leurs �l�ves, c'est-�-dire toute la g�n�ration pensante, nous est-il r�pondu. Et ces �coles comment les fermerons-nous, puisque nous trouvons devant elles des p�res de famille revendiquant la " libert� " de l'�ducation choisie par eux ? A nous qui parlons sans cesse de libert� et qui ne comprenons l'individu digne de ce nom que dans la pl�nitude de sa fi�re ind�pendance, voici qu'on oppose aussi la " libert� " ! Si ce mot r�pondait � une id�e juste, nous n'aurions qu'� nous incliner en tout respect afin de rester fid�les � nous-m�mes; mais cette libert� du p�re de famille est-elle autre chose que le rapt, l'appropriation pure et simple d'un enfant qui devrait s'appartenir et que l'on remet � l'Eglise ou � l'Etat, pourqu'ils le d�forment � souhait ? N'est-ce pas une libert� semblable � celle du manufacturier qui dispose de centaines ou de milliers de " bras " et qui les emploie comme il veut � concasser des m�taux ou � croiser des fils; une libert� comme celle du g�n�ral qui fait manoeuvrer � sa guise des " unit�s tactiques " de " ba�onnettes " et de " sabres " ?

Le p�re, h�ritier convaincu du pater familias romain, dispose �galement de ses fils et de ses filles, pour les tuer moralement ou, pis encore, pour les avilir. De ces deux individus, le p�re et l'enfant, virtuellement �gaux � nos yeux, c'est le plus faible que nous avons � soutenir de notre force; c'est de lui que nous avons � nous d�clarer solidaires, lui que nous t�cherons de d�fendre contre tous ceux qui lui font tort, f�t-ce le p�re m�me ou celui qui se dit tel, f�t-ce la m�re qui le porta dans son sein ! Si, par une loi sp�ciale qu'imposa l'opinion publique, l'Etat refuse au p�re de famille le droit de condamner son fils � l'ignorance, nous qui sommes de coeur avec la g�n�ration nouvelle, nous mettrons tout en oeuvre, et sans lois, par la ligue de nos volont�s, pour prot�ger la jeunesse contre une �ducation mauvaise. Que l'enfant soit frapp�, battu, tortur� par des parents, qu'il soit m�me doucement empoisonn� de g�teaux, de confitures ou de mensonges, ou bien qu'il soit cat�chis�, d�prav� par des fr�res ignorantins, qu'il apprenne chez les j�suites une histoire perfide, une fausse morale faite de bassesse et de cruaut�, le crime nous semble �tre le m�me et nous le combattrons avec �nergie, toujours �prement, solidaires de l'�tre auquel on a fait tort.

Certes, aussi longtemps que la famille se maintiendra sous sa forme monarchique, mod�le des Etats qui nous gouvernent, l'exercice de notre volont� ferme d'intervention envers l'enfant contre les parents et lespr�tres restera d'un accomplissement difficile; mais ce n'en est pas moins dans ce sens que doit se porter tout notre effort. Etre le d�fenseur de la justice ou le complice du crime, il n'y a point de milieu.

En cette mati�re se pose encore, comme dans toutes les autres questions sociales, le grand probl�me qui se discute entre Tolsto� et les autres anarchistes, celui de la non-r�sistance ou de la r�sistance au mal. Pour notre part nous sommes d'avis que l'offens� qui ne r�siste pas livre d'avance les humbles et les pauvres aux oppresseurs et aux riches. R�sistons sans haine, sans esprit de rancune ni de vengeance, avec toute la douceur sereine du philosophe qui se poss�de et reproduit exactement sa pens�e profonde et son vouloir intime en chacun de ses actes, mais r�sistons ! L'�cole actuelle, qu'elle soit dirig�e par le pr�tre religieux ou par le pr�tre la�que est nettement, absolument dirig�e contre les hommes libres, autant que le serait une �p�e ou plut�t des millions d'�p�es, car il s'agit de dresser contre les novateurs les enfants de la g�n�ration nouvelle. Nous comprenons l'�cole comme la soci�t� " sans Dieu ni ma�tre " et nous consid�rons par cons�quences comme des lieux funestes tous ces antres o� l'on enseigne l'ob�issance � Dieu et surtout � ses repr�sentants, les ma�tres de toute esp�ce, p�res et moines, rois et fonctionnaires, symboles et lois. Nous r�prouvons autant les �coles o� l'on enseigne les pr�tendus devoirs civiques - c'est-�-dire l'accomplissement des ordres d'en haut et la haine des peuples �trangers - que les �coles o� l'on enjoint aux enfants de n'�tre plus que " des b�tons dans les mains des pr�tres " . Nous savons qu'elles sont �galement mauvaises, et quand nous aurons la force, nous fermerons les unes et les autres comme les casernes et les lupanars.

Vaine menace, dira-t-on avec ironie. Vous n'�tes pas les plus forts, et nous commandons encore aux rois et aux militaires, aux magistrats et aux bourreaux. Oui, cela semble vrai; mais tout cet appareil de r�pression ne nous effraie point, car c'est aussi une grande force d'avoir la v�rit� pour alli�e et de r�pandre la lumi�re devant soi. L'histoire se d�roule en notre faveur, car si la science a " fait faillite " pour nos adversaires, elle est rest�e notre guide et notre soutien. La diff�rence essentielle entre les supp�ts de l'Eglise et ses ennemis, entre les asservis et les hommes libres, c'est que les premiers, priv�s d'initiative propre, n'existant que par la masse, non par la valeur individuelle, s'affaiblissent peu � peu et meurent, tandis que le renouveau de la vie se fait en nous par l'agissement spontan� des forces anarchiques. Notre soci�t� naissante d'hommes libres, qui cherche p�niblement � se d�gager de la chrysalide bourgeoise, ne pourrait avoir aucune esp�rance de triompher un jour, elle ne pourrait m�me pas na�tre, si elle avait devant elle de vrais hommes avec un vouloir et une �nergie propres, mais l'immense arm�e de d�vots et des d�votes, fl�trie par le prosternement et l'ob�issance, reste condamn�e � l'ataxie intellectuelle. Quelle que soit, au point de vue sp�cial de son m�tier, de son art ou de sa profession, la valeur du catholique croyant et pratiquant, quelles que soient aussi ses qualit�s d'homme, il n'est au point de vue de la pens�e qu'une mati�re amorphe et sans consistance, puisqu'il a complaisamment abdiqu� son jugement et par l'aveugle foi, s'est plac� lui-m�me en dehors de l'humanit� qui raisonne.

Toutefois l'arm�e des catholiques a pour elle la puissance de la routine, le fonctionnement de toutes les survivances, continuant d'agir en vertu de la force d'inertie. Spontan�ment, les genoux de millions d'individus fl�chissent devant le pr�tre resplendissant d'or et de soie; c'est port�e par une s�rie de mouvements r�flexes que la foule s'amasse dans les nefs aux jours de f�tes patronales; elle c�l�bre la No�l et la P�ques parce que les g�n�rations ant�rieures ont c�l�br� ces f�tes. L'image de la Vierge Marie etcelle du Bambin sacr� restent grav�es dans les imaginations; le sceptique v�n�re sans savoir pourquoi le morceau de cuivre ou d'ivoire taill� en crucifix; il s'incline en parlant de la " morale de l'Evangile " , et quand il montre les �toiles � son fils, il ne manque pas de glorifier le divin horloger. Oui, toutes ces cr�atures de l'habitude, toutes ces porte-voix de la routine constituent une arm�e d�j� redoutable par sa masse : c'est la mati�re humaine qui constitue les �crasantes majorit�s, et dont les cris sans pens�e retentissent comme s'ils repr�sentaient une opinion. Qu'importe ! Cette masse elle-m�me finit par ne plus ob�ir aux impulsions ataviques : on la voit rapidement devenir indiff�rente � ce jargon religieux qu'elle ne comprend plus; elle ne croit plus que le pr�tre soit un interpr�te aupr�s de Dieu pour remettre les p�ch�s, ni un interpr�te aupr�s du diable pour ensorceler les b�tes et les gens; le paysan, de m�me que l'ouvrier, n'a plus peur de son cur�. Il a quelque id�e de la science, sans la conna�tre encore et en attendant il redevient pa�en en se confiant vaguement aux forces de la nature.

Certes, la r�volution silencieuse qui d�christianise lentement les masses populaires est un �v�nement capital, mais il ne faut pas oublier que les adversaires les plus � craindre, parce qu'ils n'ont aucune sinc�rit�, ne sont pas les pauvres roturiers du peuple, ni surtout les croyants, suicid�s de l'esprit, que l'on voit se prosterner dans les chapelles comme s�par�s par un voile �pais du monde r�el. Les hypocrites ambitieux qui les m�nent et les indiff�rents qui, sans �tre catholiques, se sont ralli�s officiellement � l'Eglise, ceux qui font argent de la foi, sont autrement dangereux que les chr�tiens. Par un ph�nom�ne contradictoire en apparence, l'arm�e cl�ricale devient plus nombreuse � mesure que la croyance s'�vanouit. C'est que les forces ennemies se massent de part et d'autre. L'Eglise a group� derri�re elle tous ses complices naturels auxquels il faut des esclaves � commander, rois, militaires, fonctionnaires de tout accabit, voltairiens repentis et jusqu'aux honn�tes p�res de famille qui veulent qu'on leur �l�ve des enfants bien sages, styl�s, gracieux, polis, de belles mani�res, se gardant avec prudence de tout ce qui pourrait ressembler � une pens�e.

" Que nous racontez-vous l� ! " dira sans doute quelque politicien que passionne la lutte actuelle entre les congr�gations et le " bloc r�publicain " du Parlement fran�ais. " Ne savez-vous pas que l'�tat et l'Eglise sont d�finitivement brouill�s, que les crucifix, les images des Sacr�s Coeurs de J�sus et de Marie vont �tre enlev�s des �coles et remplac�s par de beaux portraits du Pr�sident de la R�publique ? Ne savez-vous pas que les enfants sont d�sormais soigneusement pr�serv�s de la l�pre et des superstitions antiques et que des instituteurs civils leur dispenseront une �ducation fond�e sur la science, d�barrass�e de tout mensonge, toujours respectueux de la libert� ? " H�las ! nous savons bien qu'on se dispute l�-haut parmi les d�tenteurs du pouvoir; nous savons que les gens du clerg�, les s�culiers et les r�guliers sont en d�saccord sur la distribution des pr�bendes et du casuel; nous savons que la vieille querelle des " investitudes " se continue de si�cle en si�cle entre le pape et les Etats la�ques; mais cela n'emp�chepas que les deux d�tenteurs de la domination, religieux et politiciens, ne soient au fondd'accord, m�me dans leurs excommunications r�ciproques, et qu'ilscomprennent de la m�me mani�re leur mission divine � l'�gard dupeuple gouvern�. Les uns et les autres donneront aux enfants le m�me enseignement,celui de l'ob�issance. Du moins, parmi ces �ducateurs � rebours,les pr�tres sont-ils les plus logiques, puisqu'ils pr�tendentrepr�senter Dieu, le Cr�ateur et Ma�tre Universel. Hier encore, sous la haute protection de la R�publique, ils ont �t� les ma�tres absolus, incontest�s.

Tous les �l�ments de la r�action �taient alors unis sous le m�me labarum symbolique, le " signe de la Croix " ; il e�t �t� na�f de se laisser tromper par la devise de ce drapeau; il ne s'agissait plus ici de la foi religieuse, mais de la domination, la croyance intime n'�tait qu'un pr�texte pour la majorit� de ceux qui veulent garder le monopole des pouvoirs et des richesses ; pour eux le but unique �tait d'emp�cher � tout prix la r�alisation de l'id�al moderne, le pain pour tous, la libert�, le travail et le loisir pour tous. Nos ennemis, quoique se ha�ssant et se m�prisant les uns les autres, avaient d� pourtant se grouper en un seul parti. Isol�es, les causes respectives des classes dirigeantes �taient trop pauvres d'arguments, trop illogiques pour qu'elles pussent essayer de se d�fendre avec succ�s ; il leur �tait indispensable de se rattacher � une cause sup�rieure, � Dieu lui-m�me, le " principe de toutes choses " , le " grand ordonnateur de l'Univers ". Ainsi, dans une bataille, les corps de troupes expos�s abandonnent les ouvrages ext�rieurs nouvellement construits pour se masser au centre de la position ,dans la citadelle antique accommod�e par les ing�nieurs � la guerre moderne.

Trop ardents � la cur�e, les gens d'�glise ont commis aussi la maladresse, d'ailleurs in�vitable, de ne pas �voluer prestement avec le si�cle. Encombr�s par leur bagage de vieilleries, ils sont rest�s en route. Ils jargonnent en latin et cela suffit pour qu'ils ne sachent plus parler le fran�ais de Paris. Ils �nonnent la th�ologie de Saint-Thomas, mais cet antique verbiage ne leur sert plus � grand chose pour discuter avec les �l�ves de Berthelot. Sans doute, quelques uns d'entre-eux, surtout lespr�tres am�ricains, en lutte avec une jeune soci�t� d�mocratique, soustraite au pouvoir de Rome, ont essay� de rajeunir leurs arguments, refourbi quelque peu leurs v�n�rables flamberges, mais ces fa�ons nouvelles de contreverse ont �t� mal vues en haut lieu, et le mison�isme a triomph� : le clerg� se tient � l'arri�re-garde, avec toute l'affreuse bande des magistrats, des inquisiteurs et des bourreaux. En masse, ils se sont plac�s derri�re les rois, les princes et les riches, et pour les humbles ils ne savent demander que la charit�, non la justice, un coin modeste dans le Paradis futur, et non une large et belle place au bon soleil qui nous �claire aujourd'hui. Quelques enfants perdus du catholicisme ont suppli� le pape de se faire socialiste, d'entrer hardiment dans les rangs des niveleurs et des meurt de faim. Oh, que nenni ! Il s'en tient aux millions qu'on appelle le " denier de Saint-Pierre " et � cette " botte de paille " qui est le palais du Vatican.

Quel beau jour pour nous, penseurs libres et r�volutionnaires, que celui pendant lequel le pape s'est d�finitivement enferr� dans le dogme de son infaillibilit� ! Voil� notre bonhomme saisi comme dans une trappe d'acier ! Il ne faut pas se d�dire, se renouveler, vivre en un mot ! Il est ligott� dans les vieux dogmes, oblig� de s'en tenir au Syllabus, de maudire la soci�t� moderne avec toutes ses d�couvertes et ses progr�s. Il n'est plus d�sormais qu'un prisonnier volontaire encha�n� sur la rive et nous poursuivant de ses impr�cations vaines, tandis que nous cinglons librement sur les flots. Par un de ses sous-ordres, il proclame la " faillite de la science ! " Quelle joie pour nous ! C'est le triomphe d�finitif que l'Eglise ne veuille plus apprendre ni savoir, qu'elle reste � jamais ignorante, absurde, enferm�e dans ce que d�j� SaintPaul appelait sa folie !

Mais trop avides, les pr�tres et les moines ont manqu� de prudence; chefs de la conspiration, porteurs du mot d'ordre divin, ils ont voulu beaucoup plus que leur part. L'Eglise, toujours �pre � la rapine, ne manquait pas d'exiger un droit d'entr�e de tous ses nouveaux alli�s, r�publicains et autres; elle exigea des subventions pour toutes ses missions �trang�res, elle exigea m�me la guerre de Chine et le pillage des palais imp�riaux. C'est ainsi que les richesses du clerg� se sont prodigieusement accrues : dans la seule France, les biens eccl�siastiques ont beaucoup plus que doubl� dans les vingt derni�res ann�es du dix-neuvi�me si�cle; c'est par milliards que l'on �value les terres et les maisons qui appartiennent ouvertement aux pr�tres et aux moines, mais que de milliards encore ils poss�dent sous les noms de vieux messieurs et d'antiques douairi�res ! Des jacobins se r�jouissent presque de voir ces propri�t�s immenses s'accumuler dans les m�mes mains, esp�rant que d'un seul coup l'�tat pourra s'en emparer un jour : rem�de qui d�placerait la maladie mais ne la gu�rirait point ! Ces propri�t�s, produits du vol et du dol, il faut les reprendre pour la communaut� puisque jadis elles furent siennes. Elles font partie du grand avoir terrestre appartenant � l'ensemble de l'humanit�.

Transportons-nous par l'imagination aux temps � venir de l'irr�ligion consciente et raisonn�e. Quelle sera dans ces conditions nouvelles l'oeuvre par excellence des hommes de bonne volont� ? Remplacer les hallucinations par des observations pr�cises, substituer aux illusions du paradis que l'on promettait aux fam�liques les r�alit�s d'une vie de justice sociale, de bien-�tre, de travail rythm�, trouver pour les fid�les de la religion humanitaire un bonheur plus substantiel et plus moral que celui dont les chr�tiens se contentent actuellement. Ce qu'il fallait � ceux-ci, c'�tait de n'avoir point le p�nible labeur de penser par eux-m�mes et de chercher en leur propre conscience le mobile de leurs actions ; n'ayant plus de f�tiche visible comme nos a�eux sauvages, ils tiennent � poss�der un f�tiche secret qui panse leurs blessures d'amour-propre, qui les console de leurs chagrins, qui leur rende les heures de maladie moins longues et leur assure m�me une vie immortelle, exempte de tout souci. Mais tout cela pour eux personnellement : leur religion n'a cure des malheureux qui continuent � leur p�ril la dure bataille de la vie; comme les spectateurs de la temp�te dont parle Lucr�ce, il leur est doux de voir, de la plage, les gestes des naufrag�s luttant contre les flots. Ils peuvent relire dans les Evangiles cette vilaine parabole de Lazare " couch� dans le sein d'Abraham " et refusant de tremper le bout de son doigt dans l'eau pour rafra�chir la langue des mauvais riches. (Luc XVI).

Notre id�al de bonheur n'est point cet �go�sme chr�tien del'homme qui se sauve en voyant p�rir son semblable et qui refuse une goutte d'eau � son ennemi. Nous, les anarchistes qui travaillons � l'�mancipation compl�te de notre individu, collaborons par cela m�me � la libert� de tous les autres, m�me � celle du mauvais riche quand nous l'aurons all�g� de ses richesses, et nous leur assurons le profit solidaire de chacun de nos efforts. Notre victoire personnelle ne se con�oit point sans qu'elle devienne du m�me coup une victoire collective; notre recherche du bonheur ne peut s'imaginer autrement que dans le bonheur de tous : la soci�t� anarchiste n'est point un corps de privil�gi�s, mais une communaut� d'�gaux, et ce sera pour tous un bonheur tr�s granddont nous n'avons aujourd'hui aucune id�e, de vivre dans un monde o� nous ne verrons point d'enfants battus de leurs m�res en r�citant le cat�chisme, point de fam�liques demandant un sou, point de prostitu�es se livrant pour avoir du pain, point d'hommes valides se faisant soldats ou m�me policiers, parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens de gagner leur vie. R�concili�s parce que les int�r�ts d'argent, de caste, de position, n'en feront pas des ennemis-n�s les uns des autres, les hommespourront �tudier ensemble, prendre part, suivant leurs affinit�s personnelles, aux oeuvres collectives de la transformation plan�taire, � la r�daction du grand livre des connaissances humaines, en un mot, vivre d'une vie libre, toujours plus ample, puissamment consciente et fraternelle, en �chappant ainsi aux hallucinations, � la religiosit� et � l'Eglise. Et par dessus tout, ils pourront travailler directement pour l'avenir en s'occupant des enfants, en jouissant avec eux de la nature, en les guidant avec m�thode dans l'�tude des sciences, des arts et de lavie.

Les catholiques ont beau s'�tre empar�s officiellement de la soci�t�, ils n'en sont point et n'en seront point les ma�tres,parce qu'ils ne savent qu'�touffer, comprimer, amoindrir : tout ce qu'est la vie leur �chappe. Chez la plupart, la foi m�me est morte : il ne leur reste plus que la gesticulation pieuse, les prosternements et les ornements, l'�grenage du chapelet, le ronronnement du br�viaire. Les meilleurs parmi les pr�tres sont oblig�s de fuir l'Eglise pour trouver un asile chez les profanes, c'est-�-dire chez les confesseurs de la foi nouvelle, chez nous, anarchistes etr�volutionnaires, qui marchons vers un id�al, et qui travaillons � le r�aliser. C'est en dehors de l'Eglise qui a fait faillite � tous les grands espoirs, que s'accomplit tout ce qui est grand et g�n�reux. Et c'est en dehors d'elle, malgr� elle, que les pauvres auxquels les pr�tres promettaient ironiquement toutes les richesses du Paradis, conquerront enfin le bien-�tre de la vie pr�sente : c'est malgr� l'Eglise que se fondera la vraie Commune, la soci�t� des hommes libres verslaquelle nous ont achemin�s tant de r�volutions ant�rieures contre le pr�tre et le roi.




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