Il y a présentement un mouvement très fort au sein du gouvernement conservateur, appuyé par "l'opposition" libérale
pour fortement resserrer les lois sur la surveillance téléphonique et
informatique. En bref: vous allez être surveillés par votre police
locale, provinciale, fédérale ou étrangère sans mandat et sans être
averti. En tant qu'administrateur système pour le Réseau Koumbit
où ma tâche est justement de m'assurer de la confidentialité et de la
sécurité de vos données, ceci m'inquiète au plus haut point. Le Canada,
jusqu'à maintenant épargné par cette folie, était considéré comme un
symbole international de la liberté sur internet. Il rejoindrait
maintenant la tendance internationale (en fait, américaine, européenne
et chinoise) et embarquerait dans le bateau de la surveillance globale,
style 1984.
Un projet de surveillance globale et arbitraire
Le gouvernement Canadien complote présentement à forcer les
fournisseurs d'accès et de services Internet (les FAI/FSI, par exemple
Koumbit, Bell Canada, Vidéotron, Google, Hotmail, etc) à vous
surveiller sans mandat et sans vous avertir. Ces fournisseurs seront
forcés par la loi de garder trace (les "journaux" ou "logs" en anglais)
de toute activité de votre part. Voici les informations que les
fournisseurs seront forcés de fournir, par la loi, à tout officier de
police, ou "personne autorisée" par la loi, qui en fera la demande:
Toutes ces informations devront être livrées à une personne
autorisée, sans qu'elle ait besoin de demander un mandat à un juge.
Simplement sur demande, un "agent de la paix" qui donne son nom, numéro
de badge, son rang et l'organisation pour laquelle il travaille pourra
librement obtenir ces informations. De la façon dont la loi est
phrasée, c'est la personne autorisée qui décide si sa demande est
légitime ou non, et l'opérateur réseau est un simple intermédiaire qui
doit donner diligemment vos informations privées.
Les fournisseurs de service devront conserver non seulement trace
des communications mais également du contenu des communications (loi
C47, article 6), ce qui imposera une charge supplémentaire énorme aux
réseaux et opérateurs déjà fragiles.
Il faut donc ici distinguer la trace des communications (ie. de qui à
qui, quand, où, comment) du contenu des communications (ie. "quoi"),
qui devra faire l'objet d'un mandat. Dans les deux cas, le FAI pourrait
être tenu de garder le silence et ne pas vous aviser que vos
communications et vos informations privées seront divulguées au
gouvernement.
La loi indique aussi que le service d'espionnage que leur donnera
les fournisseurs de services sera payé en bonne et dûe forme. Ceci
assurera de la complicité des gros fournisseurs, pour lesquels de tels
services imposeront des frais supplémentaires qui seraient difficiles à
faire digérer à leurs utilisateurs. En France et au Royaume-Uni, des
lois similaires ont fait face à une levée de boucliers de la part des
FAI justement pour des questions de coûts. La question a été réglée
quand le gouvernement a assuré les frais. Ici, on évite la question
avant même qu'elle soit posée.
Finalement, la loi indique que les communications encryptés (par
exemple avec votre banque) devront être conservées comme décryptées par
votre fournisseur. Ceci pourrait rendre inopérants certains services
d'encryption (ou au moins non-pertinents) tels que Hushmail
ou d'autres services de communication sécurisés, en les forçant à
conserver et communiquer aux autorités des versions lisibles des
communications (loi C47, article 3.6). De la même façon, un juge pourra
vous ordonner de divulguer votre mot de passe afin d'accéder à vos
données confidentielles (mais ceci est le cas depuis 1993).
Comme opérateur réseau, devenir l'espion du gouvernement de le cadre
de mon travail pour une entreprise privée va à l'encontre de mon code d'éthique.
Ceci remet en question mon travail, qui consiste à permettre aux gens
de communiquer entre eux et publier leurs idées, non pas d'imposer une
surveillance globale étatique. Koumbit a déjà eu affaire à la justice
dans des circonstances similaires, et nous avons collaboré dans
l'étendue prescrite par la loi d'alors. Ces nouvelles lois, telle
qu'elles sont rédigées, n'auraient en rien amélioré la situation pour
l'enquête et permettront simplement une surveillance accrue et abusive
qui n'est pas nécessaire.
L'excuse politique
Toute cette intrusion sur notre vie privée est faite au nom d'une
démagogie de bas étage, sous le prétexte de la refonte de la loi sur le
droit d'auteur et de la protection des enfants contre la pédophilie.
"Il faut protéger les enfants attirés sur internet", selon les
conservateurs, comme si l'internet était nécessairement,
intrinsèquement, une menace à l'intégrité physique et psychologique des
enfants. Alors que la télévision nous ressasse sans cesse les mêmes
scènes de violence débridées et une image de la sexualité juvénile et
abusive; alors que les lois actuellement en place permettent amplement
à la police de faire son travail librement, c'est l'internet au complet
et surtout ses utilisateurs qui seront cible de surveillance et de
contrôle. Les objectifs de ces projets de loi sont beaucoup plus
pernicieux et malhonnêtes qu'il n'en paraît dans le discours officiel
et les députés peu au courant de enjeux techniques, collaborent
tacitement ou, s'ils comprennent les enjeux, malicieusement.
L'objectif premier est de permettre au lobby du cinéma et de la musique (c'est à dire le CRIA,
soit les incarnations Canadiennes de Warner Music, Sony BMG Music, EMI
Music, and Universal Music) de continuer à faire des profits record à
poursuivre les utilisateurs qui téléchargent présentement librement et
légalement de la musique et des films sur internet. On parle depuis des
années de la refonte du droit d'auteur et la réponse est du copinage
direct avec les lobbys internationaux.
Le deuxième objectif est de pouvoir contrôler la population et
identifier facilement les agitateurs politiques, quoiqu'ils disent et
où qu'ils soient, ce qui demande pour l'instant l'accord d'un juge et
d'ennuyeuses procédures légales. Ces procédures constituent des
protections fondamentales dans l'état de droit et ont bien fonctionné
par le passé. L'état veut maintenant avoir un accès direct et sans
contraintes à ces informations et se défaire de ces contraintes. Ceci
mettra directement en danger les discours politiques divergents ou
simplement toute personne qui tient encore à sa vie privée et la
confidentialité de ses informations personnelles. Ceci constitue une
menace claire aux mouvements sociaux et à la sécurité de ce qui reste
de notre démocratie qu'il faudra combattre à tous les niveaux.
Pour plus d'informations ces projets de loi:
http://anarcat.koumbit.org/2009-12-07-lois-c46-et-c47-vers-la-fin-de-la-vie-priv%C3%A9e-au-canada
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