Le jeudi 28 août, une mutinerie a eu lieu dans la prison de
Saint-Gilles. Pendant le préau, des prisonniers ont commencé à casser
des murs, à dresser de petites barricades et à s’armer de pierres et de
barres de fer. Ils ont aussi réussi à prendre les clefs d’un des
gardiens. La police a été directement prévenue, s’est rendue sur place
avec des flics de divers corps bruxellois. Ces flics ont envahi la
prison et s’en sont pris aux prisonniers révoltés avec du gaz
lacrymogène, des matraques et des chiens.
Le tract ci-dessus
s’adresse aux mutinés et parle aussi des émeutes qui se sont produites
la semaine dernière entre des « jeunes » et la police à Molenbeek et
Anderlecht. Le tract a été distribué aux visiteurs ce mardi-ci.
Quelques heures plus tard, le tract a été envoyé par-delà les murs des
prisons de Saint-Gilles et de Forest, enroulé en forme de flèches, et à
l’aide des tubes. Aujourd’hui, ce même tract a été lancé une nouvelle
fois encore au-delà des murs de la prison de Saint-Gilles.
Une chronologie de quelques gestes de révolte de ces derniers temps accompagnait le tract.
AUX MUTINS...
Ce message est adressé à ceux qui ont
profondément perturbé le cours normal des choses à la prison de
Saint-Gilles vendredi passé en s’insurgeant contre les matons et la
direction de ces geôles.
Nous ne sommes pas un parti politique en nous ne voulons pas récolter des votes.
Nous ne vous connaissons pas, nous ne savons pas ce que vous voulez et
nous n’allons pas non plus prétendre de le savoir. Nous pouvons donc
seulement parler d’actes et de ce que nous voulons.
Nous vous
adressons ce message pour vous donner une idée de ce que nous
ressentons en apprenant que des prisonniers s’attaquent à la prison,
ses infrastructures et ses serviteurs. Nous nous sentons liés avec ces
actes parce que nous sommes contre la prison et contre la société qui
en garantit la continuité.
Car la prison n’est pas là sans
raison. La prison est un produit d'une réalité quotidienne de
l’oppression. Cette oppression est entre autre causée et maintenue par
l’État qui représente le contrôle organisé. L’État sera toujours un
obstacle qui nous empêche d’être libres. Mais, comme tout le monde,
nous ne sommes pas extérieur à cette oppression. Elle est confirmée et
renforcée par les rapports des gens entre eux et certains choix qu’ils
font. Celui qui fait le choix de devenir flic ou maton, tout comme le
patron ou le contre-maître au boulot, l’homme qui frappe sa partenaire,
la mère qui traite sa marmaille comme des prisonniers ou encore
l'assistant social qui voudrait nous faire accepter ce monde de merde,
cautionnent l’oppression en choisissant ce rôle. Les choix de ces rôles
sont les fondements de l’oppression et de l’enfermement. Tant que nous
arrivons pas à attaquer ces choix, tant que nous n’en ferons pas
d’autres, les prisons ne seront jamais définitivement rasées.
Dans les moments où les négociations cessent, où les rôles sont
attaqués et les personnes derrière ces rôles sont confrontés avec les
conséquences de leurs choix, nous poussons des cris de joie et nous
sommes renforcés dans notre désir ardent de quelque chose de
complètement différent.
Le même jour où vous avez tout
chamboulé dans la prison, des affrontements entre “jeunes” et policiers
ont eu lieu à Molenbeek. Auparavant, la police d’Anderlecht avait été
ciblée à plusieurs reprises. Peu de choses ont été dites à propos de
l'origine du désordre. Mais ce qui est clair, c'est que certains
affrontements ont eu lieu après que la police ait tenté de faire des
contrôles d’identités, et que d'autres affrontements étaient clairement
prémédités et préparés. Plusieurs guet-apens ont eu lieu: d’abord
appeler les flics pour ensuite les attendre avec de l’huile sur la
route, des pierres et des cocktails molotov.
On pourrait se
demander quels sont les liens entre tous ces événements. Il ne nous
intéresse pas de faire de grandes théories sur qui sont ces émeutiers
ou ce qu’ils désirent, nous ne sommes ni politiciens, ni assistants
sociaux, ni sociologues. Nous aussi, nous avons la rage et nous voulons
la diriger pleinement contre ceux qui font perdurer la misère de ce
monde. Et c’est pour cette raison que nous sommes du côté des rebelles
quand ils déchaînent leur rage contre des défenseurs de l’ordre et
leurs infrastructures.
Ces moments n’existent pas seulement
quand des personnes décident d’attaquer ensemble. Ils existent tout
aussi bien dans le refus d’un contrôle d’identité, dans le simple ‘non’
qu’on répond à un maton, dans le petit sabotage au boulot. Dans chaque
refus du jeu de rôles.
Mettons à profit tous ces moment pour
y puiser de la force et continuer. Que cela nous aide à créer un peu
d’espace pour respirer, pour pouvoir continuer à poser les bonnes
questions… et faire des choix!
VIVE LA RÉVOLTE,
INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE
QUAND NOUS RECONQUÉRONS NOTRE DIGNITÉ,
ET QUAND TOUT EXPLOSE !
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