Après le buzz médiatique autour du black bloc, il faut apprécier à
sa juste mesure l’impact et les limites de ce mode d’action, et
rappeler quelques principes de base de la solidarité face à la
répression.
Comme à Gênes en 2001, le black
bloc a fait le buzz médiatique du contre-sommet de l’Otan à Strasbourg.
La presse a écrit tout et n’importe quoi à ce sujet, aussi faut-il
donner quelques points de repère.
En premier lieu, le black bloc n’est pas un courant
politique : c’est un mode d’action. Si beaucoup des gens qui s’y
retrouvent se revendiquent de l’anarchisme, on y trouve aussi des
léninistes de diverses obédiences, ou tout simplement des gens qui
veulent en découdre avec la police, sans projet social plus précis. Le
black bloc est avant tout né d’une pratique, celle de la mouvance
squatter et autonome allemande des années 1980.
Le concept de départ est simple : pour mener au mieux
les combats de rue contre l’extrême droite ou la police, il faut former
un bloc (solidarité) où chacun est habillé en noir et masqué
(anonymat). Comme souvent, la pratique a précédé la théorie, et n’a
rencontré qu’a posteriori une philosophie produite parallèlement, comme
notamment la fameuse (et fumeuse) Zone autonome temporaire
d’Hakim Bey, publié aux États-Unis en 1991. Certains ont également vu
dans le black bloc une tactique révolutionnaire, réactivant la vieille
conception émeutière de la révolution (l’enchaînement
émeute-insurrection-révolution).
Une conception émeutière
de la révolution
En réalité, cette violence a-t-elle une valeur révolutionnaire ? En soi, non. Elle est un épiphénomène. Elle peut accompagner, mais nullement se substituer
à l’affrontement central avec le capitalisme qui, lui, se joue dans la
sphère économique : grèves, occupations, séquestrations de PDG, etc.
La seule chose capable de paralyser l’État et le
capitalisme, c’est un mouvement de grève générale avec occupation et
réquisition des moyens de production. C’est la conception
« grève-généraliste » de la révolution à laquelle adhère par exemple
Alternative libertaire et que, jusqu’à présent, aucune conception
nouvelle n’a supplanté.
La diversité des tactiques
Dès lors que l’on a conscience de cela, on peut ramener
la violence de rue lors des contre-sommets à sa juste valeur :
symbolique et spectaculaire. Car, de fait, les médias parlent plus
volontiers des actions radicales que d’une manifestation pacifique de
30 000 personnes.
L’enjeu crucial, pour ne pas que ces actions radicales
tournent au spectacle rituel, est qu’elles ne soient pas politiquement
déconnectées de la manifestation de masse. L’État cherche à opposer les
« bons » et les « mauvais » manifestants. Des deux côtés, certains
tombent dans le panneau. Il faut au contraire maintenir la solidarité
entre l’action radicale et la protestation de masse pacifique. Il doit
y avoir de la place pour tout le monde. Mais il faut que les
« pacifiques » restent solidaires des « radicaux » face à la répression
et vice-versa.
C’est jouable, à condition de respecter quelques
principes de base et, en premier lieu, celui de la « diversité des
tactiques », qui s’est imposé notamment après le contre-sommet de la
ZLÉA à Québec et à Prague en 2001. Que les personnes prêtes à en
découdre se regroupent pour passer à l’action à un endroit différent de
la manifestation pacifique. De cette façon, les « pacifiques » ne se
sentent pas pris en otage par les « radicaux » et sont plus solidaires.
Évidemment, il peut toujours arriver que certains se
planquent cagoulés dans les cortèges pacifiques pour canarder la
police. C’est soit de la maladresse, soit de l’instrumentalisation
cynique, soit une provocation policière. À Strasbourg en l’occurrence,
l’importance du bouclage policier interdisait toute diversité et c’est
l’ensemble de la manifestation, black bloc et « pacifiques » qui se
sont retrouvés coincés dans une souricière où ils ont dû subir l’assaut
des forces de répression.
Des camarades d’AL (Montpellier, Alsace, Paris, Bordeaux,
Rouen, Orléans, Reims) présent-e-s
à Strasbourg
http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article2914
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