1.Être anticapitaliste, c’est simple, cohérent et moralement juste.
Commençons par le commencement, que signifie être anticapitaliste ? Selon le dictionnaire, est anticapitaliste celui « qui s’oppose au capitalisme » |1|.
Mais qu’est ce que le capitalisme ? C’est un modèle économique et
social dont les valeurs fondamentales sont le profit, la propriété
privée des moyens de production, la concurrence et la croissance
économique.
En fait, être anticapitaliste, c’est très simple : cela
signifie tout simplement qu’on est contre le fait que le profit, la
propriété privée des moyens de production, la concurrence, l’égoïsme et
la croissance économique constituent les valeurs fondamentales qui
déterminent les choix de nos sociétés humaines.
Être anticapitaliste, ce n’est donc pas du tout la même
chose qu’être communiste, léniniste, staliniste, trotskiste,
anarchiste, ou autres noms exotiques de ce genre. Être anticapitaliste,
cela ne signifie pas « défendre » les régimes tels que la Russie de
Staline, le Cambodge de Pol Pot, la Chine de Mao, ni celle
d’aujourd’hui d’ailleurs. Être anticapitaliste, cela ne signifie pas
non plus refuser le « progrès » et vivre de manière
misérable en refusant catégoriquement tout ce qui provient de cette
société. Vivre dans un système et être contre celui-ci, ce n’est ni la
même chose, ni incompatible.
Etre anticapitaliste, c’est penser que ces valeurs
(profit, propriété privée, concurrence et croissance) ne doivent pas et
ne peuvent pas constituer la base d’une société socialement juste,
respectueuse de la nature, solidaire et émancipatrice pour l’humanité.
2.Le système capitaliste n’a pas réussi à améliorer la vie des gens
Du côté des défenseurs du capitalisme, on entend souvent des affirmations du genre : « bien
sûr que le capitalisme n’est pas parfait. Aucun système n’est parfait.
Mais il ne faut quand même pas oublier que le capitalisme a permis une
amélioration des conditions de vie pour des millions de gens. Par
exemple, les gens n’ont jamais vécu aussi vieux. N’oublions pas non
plus que c’est grâce au capitalisme que nous avons rendu accessible à
des millions de gens la technologie tels que la télé, les avions, la
voiture, les GSM, Internet. »
C’est vrai, il y a une part de vérité dans cette
affirmation, mais cette part est très petite, voire minuscule.
Pourquoi ? Il faut commencer par se rappeler que la plupart des
richesses dont certains de nous bénéficient ont été créées en se basant
sur l’exploitation des peuples et le pillage des ressources naturelles.
Quel a été le « prix » à payer pour permettre à une minorité d’être humains de « profiter » ou « jouir » d’un niveau de vie élevé et du soi-disant « progrès ». Combien a-t-il fallu de guerres, de crimes contre l’humanité, de catastrophes humaines et écologiques pour arriver à ce « progrès » ?
Par ailleurs, le capitalisme est en place dans quasiment tous les économies du monde et celui-ci est « mondialisé »,
ce qui signifie que toutes ces économies sont interconnectées. Cela
implique qu’un bilan sérieux du capitalisme ne peut être dressé qu’à
une échelle globale en se posant la question de savoir combien d’êtres
humains ont profité et profitent réellement de ce système ? Rappelons
ici que selon la Banque mondiale, plus de la moitié de l’humanité vit
dans la pauvreté. Pour ces trois milliards de personnes, il n’est pas
question de télé, d’internet ou autres biens technologiques. Il est
question de travailler 12H par jour, 7 jours sur 7, pour trouver
suffisamment de ressources pour faire survivre sa famille, tout
simplement pour ne pas mourir. Et quand on parle de « vivre vieux »,
il ne faut pas oublier que tous les rapports de Nations Unies montrent
que l’espérance de vie a diminué dans de nombreux pays, pour atteindre
par exemple 41 ans en RDC !
Au Nord et au Sud, la plupart des citoyens, mouvements
sociaux, gouvernements et institutions internationales l’admettent : la
situation actuelle est inhumaine, intolérable. Des milliards d’êtres
humains se voient privés de leurs droits fondamentaux. Privés d’eau
potable, de nourriture en quantité suffisante et de logements décents.
Privés d’accès à la santé et à l’éducation. Le système capitaliste n’a
donc pas réussi à améliorer la vie des gens. Il n’a pas réussi à
résoudre les grands fléaux qui touchent l’humanité. Pire, au cours de
ces 30 dernières années, c’est-à-dire depuis la mise en place du
capitalisme néolibéral, la situation s’est dégradée, tant au Nord qu’au
Sud de la planète. D’un point de vue global, le bilan du capitalisme
est donc extrêmement négatif.
3.La crise à laquelle nous devons faire face est bel et bien une crise du système capitaliste
La situation (sociale, économique, écologique,…)
actuelle est très mauvaise et s’est détériorée au cours de ces 30
dernières années, voilà le constat qui doit être posé. Ensuite, une
autre question fondamentale doit être posée : comment la situation
va-t-elle évoluer à court et moyen terme ? Dans quelle direction
allons-nous ? Vers un « mieux » ou vers un « pire » ?
Sans être devin, la réponse à cette question est assez claire. Elle est
douloureuse, mais il faut l’accepter, avec honnêteté et sans tomber
dans le catastrophisme : Non seulement la situation risque de continuer
à se dégrader mais elle risque de se dégrader à un tel point que la
survie même de l’humanité est en danger. L’humanité doit en effet faire
face à plusieurs crises planétaires sans précédents : crise
alimentaire, crise financière, crise économique, crise climatique,
crise migratoire, crise écologique, crise énergétique, crise de
civilisation.
Lorsqu’on s’intéresse aux tenants et aboutissants de ces crises, on remarque très vite qu’elles ne sont pas le résultat d’une « mauvaise gestion »
ou d’absence de règles. Ces crises sont le produit de la nature et de
la logique propre du capitalisme, système qui a pour seul objectif le
profit maximal à court terme, quelles que soient les conséquences
sociales et environnementales. Cette analyse nous donne donc une raison
supplémentaire d’être anticapitaliste, et de chercher, trouver et
mettre en place des solutions qui s’inscrivent résolument en rupture
avec ce système et qui mettent la satisfaction des droits humains
fondamentaux au cœur des choix politiques et économiques .
4.On ne peut pas donner un visage humain au capitalisme
Une autre question très importante est de savoir si le
capitalisme est capable d’inverser la tendance. Selon les discours
dominants, nous serions face à un capitalisme devenu fou qu’il
s’agirait de raisonner. La crise financière serait le résultat d’un
comportement inacceptable de quelques capitalistes et il faudrait donc
« sauver le capitalisme des capitalistes ». Pour inverser la tendance
actuelle et sortir de la crise, il s’agirait de refonder le
capitalisme, de lui donner un visage humain, en revenant à plus de
régulation.
Il y a, à l’heure actuelle, un changement par rapport
aux discours néolibéraux de ces trente dernières années. Mais il ne
faut pas confondre discours et réalité. Les interventions de l’Etat
dans l’économie, comme les plans de sauvetage du secteur financier par
exemple, ne sont pas là pour défendre les classes populaires, mais bien
pour sauver le système capitaliste, tenter de retrouver de la
croissance et par là, restaurer les profits des capitalistes. Il s’agit
de gérer la crise en régulant le système provisoirement, pour éviter la
faillite totale, puis, repartir sur les mêmes bases qu’auparavant. Il
est possible qu’ils arrivent à retrouver la croissance, mais il y a peu
de chance. Tous les chiffres et tous les rapports des institutions
internationales indiquent que, sans changement radical, nous rentrons
dans une crise profonde et longue. La crise bancaire et financière
continue. La crise économique s’est généralisée. La crise est mondiale.
Dans tous les cas, dans le cadre des rapports de force
actuels, il ne s’agit en aucun cas pour les gouvernements de mettre à
l’ordre du jour la sortie de ce système. Ils ne l’ont pas fait jusqu’à
présent et ne s’apprêtent pas à le faire. Ce qu’ils s’apprêtent à faire
(et ont déjà commencé à faire), c’est de faire payer la crise aux
travailleurs et aux peuples. Il s’agit d’appliquer la recette
habituelle, à savoir socialiser les pertes et privatiser les profits.
Il s’agit de tenir bon en espérant que la crise s’arrêtera et que les
affaires reprendront. Est-ce cela refonder le capitalisme ? Est-ce cela
que nous voulons ? Un peu de règles, un zest d’interventions, des
discours sur la nécessité de supprimer les paradis fiscaux mais aucune
vraie mesure contraignante, pour éviter le pire aujourd’hui, mais
retomber dans une crise encore plus profonde dans quelques années ? Non.
Dans une perspective de long terme, il n’est donc pas
possible d’humaniser, de rationaliser le capitalisme. Il n’y a pas de
« bon » ou de « mauvais » capitalisme. La recherche du profit maximum à
court terme, la propriété privée des grands moyens de production,
l’exploitation sans limite des travailleurs et de la nature, la
spéculation, la compétition, la promotion de l’intérêt privé individuel
au détriment de l’intérêt collectif, l’accumulation frénétique de
richesse par une poignée d’individus ou encore les guerres sont des
caractéristiques inhérentes du système capitaliste. Le capitalisme n’a
pas de visage humain. Il a le visage de la barbarie. Pour le capital,
peu importe la destruction la planète. Peu lui importe de mettre les
enfants au travail. Peu lui importe que les gens mangent ou ne mangent
pas, qu’ils aient un logement ou non, qu’ils aient des médicaments
quand ils tombent malades, ou une retraite quand ils deviennent vieux.
Non. Rien de cela n’importe au capitalisme. Pour faire face à la crise,
il est donc nécessaire d’aller à la racine du problème et de mettre en
place le plus rapidement possible des alternatives radicales qui en
finissent avec le système capitaliste.
5.L’utopie n’est pas celle qu’on croit
Le capitalisme n’est pas capable de réaliser
l’Alternative. Il n’est pas capable de garantir universellement la
satisfaction des droits humains fondamentaux. Le capitalisme ne peut
pas et ne veut pas s’attaquer aux grands défis sociaux et écologiques
de notre temps. Une fois que l’on a accepté cette idée, la sortie du
capitalisme et la construction d’un autre modèle se posent logiquement.
Et c’est à cet instant que le « combat » contre l’idéologie capitaliste
commence réellement. En effet, la grande victoire du capitalisme est
d’avoir réussi à mettre dans la majorité des têtes l’idée selon
laquelle un autre modèle est non seulement impossible mais aussi et
surtout très dangereux.
« Il ne faut pas rêver. Le capitalisme
a toujours existé et existera toujours. Il y a toujours eu des guerres
et il y en aura toujours. Il y a toujours eu de la pauvreté et des
inégalités et il y en aura toujours ! Et ceux qui prétendent le
contraire sont des utopistes. Il faut regarder la vérité en face :
l’homme est fondamentalement égoïste et, depuis la nuit des temps, a
toujours recherché le profit, et le capitalisme intègre ce constat. Le
capitalisme est donc l’ordre naturel des sociétés humaines. Créer un
autre modèle, où on partagerait tout, est non seulement impensable,
mais mènera automatiquement à une catastrophe. Il suffit de regarder
s’est passé en Russie, avec ses 100 millions de morts, pour en être
convaincus. »
Il n’est pas facile de lutter contre ces idéologies
tant elles ont à première vue une cohérence d’ensemble et tant elles
sont prégnantes dans notre vie quotidienne. Ce n’est pas facile mais
c’est possible, et il faut le faire.
Premièrement, il faut rappeler que, sous sa forme
actuelle, le capitalisme a à peine trois siècles d’existence. Des
civilisations se sont développées au cours des précédents millénaires
sur tous les continents sans connaître le capitalisme. Le capitalisme
n’a pas toujours existé. Il est né dans les pores de la société féodale
il y a une dizaine de siècles et ne domine la scène occidentale sous sa
forme industrielle que depuis deux siècles. Ailleurs, il ne s’est
imposé que plus tard. Il ne représente donc qu’une infime part dans
l’histoire de notre humanité. Le capitalisme n’a pas toujours existé et
n’existera pas toujours. Il en va d’ailleurs de la survie de
l’humanité. L’humanité peut s’organiser d’une autre manière que le
capitalisme.
Deuxièmement, dans le sens où il a été créé par
l’homme, on peut dire que le capitalisme est un modèle humain. Mais on
doit surtout dire que le capitalisme est inhumain dans le sens où il
nourrit tout ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme : compétition,
égoïsme, individualisme, etc. Ne nous trompons pas, la compétition et
l’égoïsme à un niveau individuel et à « faible dose », cela n’a rien de
désastreux et peut même avoir des côtés positifs. Il y a de l’égoïsme
en chacun de nous, personne ne peut le nier, mais il y a aussi de la
solidarité et de l’altruisme en chacun de nous. Et c’est bien cela qui
est important : vivons-nous dans une société qui nourrit et renforce la
compétition et l’égoïsme ou dans une société qui nourrit et renforce la
solidarité et la coopération ? Plus globalement, il faut se demander si
l’égoïsme et la recherche du profit, qui sont à la base du système
capitaliste, peuvent être les moteurs de la construction d’une société
socialement juste, respectueuse de la nature, solidaire et
émancipatrice pour l’humanité ? Évidemment que non.
Troisièmement, il faut affirmer avec force que la
société que nous devons construire ne doit en aucun cas ressembler aux
expériences du 20ème siècle dites socialistes. Si les régimes
staliniens de l’époque soviétique, de Pol Pot au Cambodge ou de la
Chine de Mao sont des expériences traumatisantes qu’il faut critiquer
avec force et sérieux, il ne faut pas oublier qu’on a systématiquement
sous estimé les facteurs externes dans l’explication des échecs des
expériences socialistes antérieures. C’est très clair, un système
socialiste, c’est-à-dire un système qui met les besoins sociaux avant
les besoins du capital, rentrent en contradiction directe avec les
intérêts des capitalistes. Si on était si sûr qu’un modèle basé sur la
coopération et l’échange ne puisse pas fonctionner, pourquoi les
puissances capitalistes ont-elles dépensés autant d’énergie, de temps
et d’argent, pour combattre idéologiquement, déstabiliser
politiquement, étouffer financièrement, ou renverser militairement les
régimes qui voulaient avancer dans cette voie ? Pourquoi Patrice
Lumumba au Congo, Allende au Chili, Mossadegh en Iran, Thomas Sankara
au Burkina, ont –ils assassinés par les puissances du Nord ? Parce
qu’ils voulaient appliquer des politiques qui allaient à l’encontre de
la logique du profit. Pourquoi Mobutu, Pinochet, le Shah d’Iran ou
Compaoré ont-ils été soutenu techniquement et financièrement pendant
plus de trente ans ? Parce qu’ils acceptaient de maintenir un système
basé sur le transfert de richesses des classes laborieuses vers les
classes capitalistes.
Et Adolf Hitler, Benito Mussolini, le régime
expansionniste et militariste japonais avant et pendant la seconde
guerre mondiale, le général Franco, le général Salazar, le régime de
l’apartheid, n’étaient-ils pas des adeptes enthousiastes du
capitalisme ? Ils sont responsables de dizaines de millions de morts.
Enfin, à ceux qui affirment que penser un autre modèle
et agir pour le mettre en place est irréaliste, il faut tout simplement
répondre que ce qui est irréaliste, c’est de penser que l’humanité va
pouvoir continuer à vivre dans ce modèle. Rappelons-le, le bilan du
capitalisme parle de lui-même : plus de pauvreté, plus d’inégalités et
une planète qui n’en peut plus. Il est donc nécessaire et urgent de
sortir de ce modèle et d’en inventer un autre. Un autre modèle est
possible et nous devons réfléchir collectivement à la façon de le
mettre en place. C’est faire honte à la créativité humaine que de
penser que nous n’en sommes pas capable. L’utopie, l’humanité en a
besoin, mais plutôt que d’être un frein, elle doit être un moteur, pour
rompre avec la logique de la fatalité et proposer des mesures concrètes
ici et maintenant, tout en donnant des perspectives intéressantes pour
la collectivité humaine.
6.Il faut réinventer le socialisme au XXIème siècle
Face aux expériences dramatiques du socialisme réel du
siècle passé, la société à construire, que l’on pourrait appeler
socialisme du 21e siècle ou écosocialisme, doit constituer une réponse
profondément démocratique et autogérée aux expériences négatives du
passé. Il s’agit, face à cette crise globale du système capitaliste, de
mettre en place des politiques anti-capitalistes, socialistes et
révolutionnaires qui intègrent obligatoirement une dimension féministe,
écologiste, internationaliste, anti-raciste. Il faut que ces
différentes dimensions soient articulées de manière cohérente et
intégralement prises en compte dans les projets du socialisme du 21e
siècle.
Il est tout à fait possible de garantir la justice
sociale, en Belgique, en Europe et partout dans le monde. Il est tout à
fait possible d’avancer vers un modèle un modèle qui, tout en
respectant la nature, permet chaque personne d’avoir droit à un
logement correct, à une alimentation de qualité, un travail décent et
bien rémunéré, une protection sociale, un accès à la santé et à
l’éducation et aux transports. Il faut cependant aller plus loin que
cela. Il s’agit de mettre en place une véritable démocratie. Démocratie
politique bien sûr, où les citoyens prennent part concrètement aux
grands choix qui déterminent la nature et le fonctionnement de nos
sociétés. Mais il faut aussi une démocratie économique, où une autre
répartition de la richesse se combine avec un contrôle de ces richesses
par ceux et celles qui les produisent, à savoir les travailleurs et
travailleuses des villes et des campagnes.
Mais cela n’arrivera pas tout seul, il faudra que ce
soit un choix conscient et collectif. A l’heure actuelle il n’y a pas
de forces sociales suffisantes pour renverser le capitalisme, c’est
vrai. Mais partout sur la planète et à différentes échelles, des
alternatives sociales, économiques, démocratiques, originales et
autogestionnaires sont mises en place. De plus en plus de personnes
pensent que nous avons le droit de vivre dans un autre système que
l’ordre capitaliste. De plus en plus de personnes pensent qu’un autre
monde est non seulement possible, mais qu’il est nécessaire et urgent
de le construire, ici et maintenant. Notre tâche, en tant que citoyens
du monde, est donc de nous servir de ces expériences concrètes, et de
lutter du mieux que nous pouvons pour construire et organiser toutes
les forces anticapitalistes.
Il s’agit de construire un modèle où ce sont les
besoins des gens qui sont au cœur des choix politiques. Un monde où la
coopération, l’entraide, le partage et la solidarité priment sur la
concurrence et la compétition. Un monde où il y a de la place pour le
débat et où on arrête de prendre les citoyens pour des ignares. Si on
ne peut aucunement se réjouir de la crise car elle va toucher (et
touche déjà) durement des centaines de millions de personnes, tant au
Nord qu’au Sud de la planète, celle-ci a cependant un avantage : elle
bat en brèche toutes les idéologies néolibérales, et montre le vrai
visage des gouvernements, qui agissent systématiquement dans l’intérêt
des riches. Il faut regarder autour de nous et se réapproprier la
politique. La politique, ce n’est pas les gouvernements. La politique,
ce n’est pas compliqué, ce n’est pas une affaire de spécialistes. La
politique, c’est nous, avec nos différences, nos connaissances, notre
énergie, notre créativité et notre poésie.
7.La lutte ne rend pas triste. Au contraire
Parce que les injustices sont si grandes et que nous
sommes si faibles par rapport aux forces en présence, on entend souvent
dire, en particulier au sein de la jeunesse, que d’essayer de changer
le cours des choses est impossible et donc nous rendra forcément
tristes. C’est faux. Analyser le monde dans lequel nous vivons, prendre
conscience de son caractère profondément injuste, et prendre la
décision de lutter du mieux que nous pouvons contre cette injustice,
c’est comprendre la place que nous devons avoir dans la société et le
rôle que nous pouvons humblement jouer. Cela, au contraire de nous
rendre triste, doit nous permettre de prendre confiance en soi, et de
donner du sens à notre passage sur terre.
Il va falloir lutter. Revendiquer collectivement des
mesures qui vont à l’encontre des intérêts des capitalistes et de ceux
qui les soutiennent. Il va falloir se mobiliser et descendre dans la
rue. Il va falloir que les peuples reprennent le contrôle de leur
avenir. La révolution se fera dans la rue et dans les urnes. Comme le
rappelle Marx, c’est aux peuples de se libérer, par eux-mêmes et pour
eux-mêmes. Le chemin sera long et parsemé d’obstacles. Ce modèle que
nous voulons restera un processus inachevé, remplit de contradictions,
mais aussi d’échecs. Mais le chemin est tout aussi important que
l’idéal à atteindre. Et ce n’est pas parce que l’on va à contre courant
que l’on va dans la mauvaise direction. Comme le rappelle Marx,
l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes.
Nul n’a besoin de la certitude de la victoire pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.