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Post� le mardi 19 avril 2005 @ 18:49:04 by littlepunky Contributed by: littlepunky
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Petites consid�rations sur l'antisexisme en milieu libertaire
Nous publions ici ce texte re�u d'un collectif f�ministe libertaire Fran�ais
non-mixte, le Klito.
Quoi de neuf sous le drapeau noir ?
Petites consid�rations sur l'antisexisme en milieu libertaire
Nous publions ici ce texte re�u d'un collectif f�ministe libertaire
non-mixte, le Klito.
Il reste beaucoup de choses � faire pour une r�elle lutte contre le
patriarcat dans les groupes libertaires. Le collectif non-mixte de femmes Klito pointe quelques probl�mes et propose des pistes d'actions. Nous, femmes f�ministes libertaires, voulons tirer un signal d'alarme. Nous d�non�ons la double journ�e des travailleuses qui, une fois rentr�es au foyer, se coltinent les t�ches m�nag�res, mais dans le cadre militant, on pourrait parler d'une " double lutte ". La lutte contre le patriarcat requiert en effet deux fois plus d'�nergie que d'autres combats, car elle exige de se battre non seulement sur le front social, mais aussi � l'int�rieur m�me des groupes politiques. En effet, qui colle les �tiquettes sur les enveloppes ? Passe le balai dans les salles de r�union ? Le plus souvent, des femmes. Qui coordonne les manifs ? Parle le plus fort en r�union ? Le plus souvent, des hommes.
Dans les groupes libertaires de l'Hexagone, la th�matique des femmes est certes prise en compte, mais de mani�re peu satisfaisante. Si quelques groupes se mobilisent pour le 8 mars ou contre les anti-IVG, on peut se demander quelle est la place r�elle de la lutte antipatriarcale dans les pratiques et les r�flexions des groupes libertaires en France.
Ne nous faisons pas d'illusions : les libertaires, reproduisent les
dominations li�es au genre et � la sexualit�... comme tout le monde. Sauf que, lorsqu'on pr�tend combattre les dominations, il serait bon de se pencher sur celles que l'on entretient. Ne pas y pr�ter attention est la meilleure fa�on de renforcer ce ph�nom�ne.
Un peu d'histoire
Le mouvement anar n'a pas souvent hiss� le f�minisme au rang de ses
pr�occupations majeures ; un coup d'oeil sur l'histoire nous le confirme.
Bakounine qui pr�nait l'�galit� compl�te entre les femmes et les hommes, a d�nonc� la contradiction de beaucoup de militants m�les : en lutte pour l'�galit� et la libert� sur le terrain �conomique et social, ils se
comportent comme des tyrans dans leur foyer. Par contre, Proudhon , un
pilier du mouvement libertaire, fait figure de misogyne notoire. L'auteur
d'une phrase comme " la femme est un joli animal, mais c'est un animal.
Elle est avide de baisers comme la ch�vre de sel ", est encore le ma�tre � penser de beaucoup. M�me chose pour l'homophobie, longtemps assum�e par de nombreux anarchistes. Leur argument �tant que l'homosexualit� repr�sentait
une " perversion bourgeoise ". Emma Goldman ne rapporte-t-elle pas les obstacles auxquels elle se heurtait quand elle abordait cette question ? "
La censure vint de mes propres rangs parce que je traitais de sujets aussi " peu naturels " que l'homosexualit� " raconte-t-elle en 1912. L'id�e de lib�ration sexuelle a souvent �t� r�cup�r�e et vid�e de son sens antipatriarcal. Pour la plupart des militants, en 1936 comme en 1970, elle signifiait avant tout une disponibilit� sexuelle des militantes et des f�ministes aux d�sirs masculins.
Les femmes " invisibilis�es "
La probl�matique du genre est rarement int�gr�e dans les discours et les luttes anticapitalistes ou antiracistes. Partant du bon vieux principe sexiste que le masculin l'emporte sur le f�minin, on d�fend les ch�meurs sans prendre en compte qu'ils sont surtout des ch�meuses, et que les femmes sont deux fois plus exploit�es que leurs coll�gues dans le monde du
travail. En ce qui concerne le soutien aux sans-papiers, on retrouve les
m�mes travers : les femmes sont " invisibilis�es " alors que leur
situation est toujours pire que celle des hommes. On justifie parfois
l'absence de cette th�matique par le fait que le genre rel�verait d'une
th�orie bourgeoise pr�nant l'interclassisme. Alors qu'il s'agit d'un outil d'analyse pr�cieux pour comprendre les in�galit�s, entre hommes et femmes, entre les h�t�rosexuels et les autres. La non-prise en compte de cette
question se produit de plusieurs mani�res. Cette invisibilit� de
l'oppression des femmes, en particulier, vient notamment du fait que de nombreux libertaires (hommes et femmes) poss�dent une vision cloisonn�e des luttes. Comme si les probl�mes rencontr�s par les femmes pouvaient se
r�duire � un seul espace de lutte. Alors que dans les luttes contre le
patronat, la mis�re et la pr�carit�, ou pour la libert� de circulation et
les droits des immigr�(e)s, les femmes sont les premi�res atteintes, il est rarement fait mention, dans les tracts par exemple, de ce qu'elles
subissent � cause de leur sexe. La question du genre est transversale et pr�sente dans toutes les luttes ! Croire, comme beaucoup, que ce th�me est r�serv� aux femmes (femmes dont on va dire, dans le meilleur des cas, qu'on les " soutient dans leur lutte ") permet de se d�douaner de ne pas participer � la lutte contre le patriarcat. L'intitul� " Commission femmes " utilis� par certains groupes libertaires, comme par des partis sociaux-d�mocrates, r�v�le bien le d�sengagement implicite des hommes. Le mouvement Mujeres libres (Femmes libres) pendant la Guerre d'Espagne
constitue un exemple unique de lutte massive de femmes anarchistes. Mais il ne faut pas oublier que ce groupe de f�ministes prol�taires, rassemblant jusqu'� 20 000 femmes, a rencontr� de nombreuses r�sistances
chez les hommes du m�me bord. Ces derniers qui pensaient que les ouvri�res volaient leur place aux hommes, n'ont pas accept�, en particulier, que les Mujeres Libres critiquent la glorification de la maternit�. Vous avez dit
" non-hi�rarchie des luttes " ?
Patriarcat et capitalisme
Une autre fa�on, plus subtile, de ne pas int�grer le f�minisme aux luttes
en cours, est, paradoxalement, d'inclure " naturellement " le th�me
patriarcal � la lutte des classes. Pour certain-e-s, il suffit de se
r�clamer de l'anarchisme pour �tre automatiquement f�ministe. Consid�rer le patriarcat comme un avatar ou une cons�quence du capitalisme, c'est refuser de voir la sp�cificit� de ce syst�me fond� sur le genre. C'est bien utile de penser qu'en menant une lutte des classes, on lutte contre toutes les dominations ! Le capitalisme ne totalise pas l'ensemble des
oppressions (cela serait bien simple). La lutte contre le patriarcat est une lutte � part enti�re. Et si les effets du patriarcat et du capitalisme
se renforcent et s'interp�n�trent, il faut bien admettre qu'il s'agit de
deux syst�mes autonomes (certaines soci�t�s patriarcales sont b�ties sur une �conomie qui n'a rien de capitaliste). Et qu'il y a donc deux luttes (au moins) � mener parall�lement. Parmi les femmes militantes libertaires, peu d�noncent ces carences. Sans doute parce que comme toutes les autres femmes elles ont int�rioris� l'invisibilit� du patriarcat. Il y a de fait plus d'hommes que de femmes dans les groupes anarchistes. Le fait que les
femmes s'investissent peu dans la politique est un ph�nom�ne social, mais l'image violente et guerri�re qui colle encore � la peau de ceux qui brandissent le drapeau noir y est sans doute pour quelque chose.
Entretenir ce " folklore " viriliste a-t-il vraiment un sens ? Par ailleurs, pour de nombreuses femmes il est difficile de se reconna�tre comme faisant partie du groupe des femmes. Se persuader que nous vivons les choses de mani�re identique aux hommes dans la r�alit� sociale permet de se fondre dans le groupe des militants au nom de la coh�sion du groupe.
On les comprend : les femmes qui tentent de pointer ces questions
d'oppression en interne se voient affubl�es de l'�tiquette " f�ministe ",
qui signifie pour beaucoup " emmerdeuse chronique ". Ce m�pris pour la question du patriarcat traduit la difficult� � regarder en face les mythes sur lesquels reposent de nombreux groupes politiques, tels que : " la question du pouvoir n'existe pas au sein du groupe ", " il n'y a pas de domination entre les militant(e)s ", etc. Il est temps de reconna�tre qu'un groupe militant n'est pas coup� du reste de la soci�t� et ne fonctionne pas en vase clos.
Le genre ? Connais pas...
Dommage que les analyses de certains libertaires se limitent au statut des femmes sans prendre en compte la construction sociale des genres f�minins et masculins. La plupart des libertaires n'arrivent pas � d�passer les th�ories essentialistes selon lesquelles nos comportements reposent sur
des diff�rences biologiques, diff�rences qui sembleraient expliquer (sans la justifier) la domination masculine. Or, la nature seule ne peut fabriquer les cat�gories hommes/ femmes telles qu'elles existent. On ne
na�t ni homme ni femme ; on devient l'un ou l'autre. D�s notre enfance, la famille, l'�cole et la soci�t� en g�n�ral nous inculquent des r�les diff�rents selon notre sexe biologique. Aux filles, sont enseign�es les valeurs de douceur, de compr�hension, de soumission et de passivit�. Aux gar�ons sont transmises celles de la violence, du courage, de l'affirmation de soi. La prise en compte de ce conditionnement qui forge
chacun-e d'entre nous permet de d�passer la th�se d'un d�terminisme
biologique et de qualit�s " naturellement " f�minines et masculines. La construction du genre que le milieu f�ministe s'est largement appropri�, y compris chez les r�formistes, ne parvient pas � faire sa place dans les milieux libertaires. En effet, il est plus facile de s'unir sur la base d'un ennemi commun ext�rieur (les religions, les fachos qui bafouent les droits des femmes et les patrons qui les exploitent) que de se remettre en
cause individuellement pour tenter d'entrevoir les rapports de pouvoir qui existent au sein des organisations libertaires. C'est ainsi que la majorit� des groupes libertaires non seulement ne remet pas en question les fondements du patriarcat mais l'entretient.
La sexualit� est politique
Cette lacune dans la r�flexion des libertaires en mati�re de f�minisme
entra�ne, outre une discrimination � l'�gard des femmes, une n�gation des lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Ces derniers existent-ils/elles dans
les milieux libertaires ? Bien s�r, comme partout dans la soci�t�.
N�anmoins, on est en droit de se poser la question tant elles et ils sont " invisibilis�(e)s ". Sous couvert de respect de la libert� individuelle,
on d�clare que le priv� n'est pas politique et on impose un tabou sur les discussions autour des sexualit�s, quelles qu'elles soient. On refuse de consid�rer que la sexualit� est construite culturellement, une donn�e
essentielle issue des luttes des ann�es soixante-dix. Refuser de parler des enjeux de certains comportements sexuels, rel�ve d'une pudeur qui fr�le parfois le puritanisme. Certains d�cr�tent ainsi que chacun-e fait ce qu'elle/il veut dans son lit, mais qu'il est pr�f�rable de ne pas en parler, car �a n'a rien � voir avec la politique.
Pourtant, chansons paillardes, blagues sexistes et lesbo-gay-bi-transphobes sont encore monnaie courante chez certains anarchistes, renfor�ant ainsi l'h�t�rocentrisme r�gnant. On nie certains comportements sexuels et on entretient la lesbo-gay-bi-transphobie
ambiante qui repose sur le seul mod�le de l'h�t�rosexualit�. Aujourd'hui, s'affirmer lesbienne, trans, bi ou gay, dans une orga libertaire rel�ve d'un acte courageux (exactement comme sur son lieu de travail ou dans sa famille) que beaucoup n'osent accomplir. Ce que l'on observe aujourd'huin'est donc pas nouveau dans l'histoire des luttes libertaires. Les mouvements f�ministes, les luttes lesbiennes, homo et queer ont fait bouger des choses, mais il faut poursuivre les remises en question. Rien
n'�voluera sans la mise en place d'outils efficaces en particulier la
cr�ation de groupes non-mixtes de femmes et d'hommes qui soient des
espaces de r�flexions politiques sur les rapports de domination, en
particulier hommes/ femmes et h�t�ros/LGBT.
Il ne suffit pas de vouloir abattre le capitalisme et le patriarcat �
travers les patrons et l'ordre moral, encore faut-il tenter de changer les
comportements ici et maintenant. Dans le mouvement libertaire, comme ailleurs, rien ne changera sans la mobilisation des principaux
int�ress�-e-s: les femmes, les lesbiennes, les gays, les bisexuels, les transgenres, l'engagement des hommes et des h�t�ros est imp�ratif si ceux-ci veulent �tre coh�rents avec la pens�e libertaire.
Klito
Femmes libertaires en Ile-de-France
[ texte paru dans Alternative libertaire # 138 et repris du site
http://www.alternativelibertaire.org/ ]
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