Il y a une dizaine de jours, Manu, un Camerounais de 45 ans ,
découvrait avec stupeur le reportage d'Envoyé Spécial sur les
expulsions. Il souhaitait alors ne jamais subir le même sort, lui qui
demeurait sans-papier sur notre territoire depuis 15 ans. Dès le
lendemain matin, il était arrêté pour la première fois. Après 48 H de
garde à vue, il était conduit au CRA de Rennes.
C'est un agent qui le fit venir en France en 1993 avec un visa d'un
an pour jouer au football au FC Créteil. Malheureusement, une blessure
au genou l'éloigna rapidement des terrains et son contrat comme son
visa ne fut jamais renouvelé. Toute sa famille étant déjà installée en
région parisienne, il resta en France et reprit le foot dans d'autres
clubs tout en participant à l'encadrement des jeunes.
Sa passion pour le ballon rond le conduit en 2006 en Bretagne, où il
rencontre L. , sa compagne actuellement enceinte de 7.5 mois. Cette
future paternité le comblait de joie et il pensait sincèrement être
rapidement libéré pour assister à la naissance de son enfant. Il était
bien crédule et sous-estimait l'efficacité de la machine à expulser qui
piétine les droits les plus élémentaires.
Possédant un passeport , il n'aura fallu qu'une semaine à la France
pour reconduire au Cameroun ce futur papa dans des conditions dignes du
plus répressif des régimes. Humilié, frappé, attaché, trainé par les
pieds, ils se mettront à quatre pour contraindre par la force cet homme
à rentrer chez lui. Quatre gendarmes du CRA de Rennes capables de se
tranformer en de vulgaires geôliers haineux sans état d'âme frappant
celui qui disait vouloir résister pacifiquement à l'expulsion en
connaissant les conséquences : la prison en attendant la naissance de
son enfant.
Il hurlera son désespoir et son envie de rester en France réveillant
les autres retenus impuissants devant ce lynchage et sommer de regagner
expressément leur chambre en attendant leur tour ! "Ce n'est pas TON
pays !" lui martèlera le chef des bourreaux en lui assénant des coups
de poing et des coups de pieds dans l'abdomen avant de le traîner
jusqu'à la voiture où l'attendait l'escorte pour le conduire à Roissy.
Une fois à l'aéroport, il appellera lui même sa compagne pour lui
annoncer qu'il ne peut plus lutter, qu'il préfère monter "docilement"
dans l'avion que de recevoir une deuxième salve de coups sur des zones
déjà endolories. La violence a eu raison de la détermination d'un homme
qui avait peur d'être "déporté" (ce sont ses mots laissés sur une
messagerie comme une bouteille à la mer).
Nous ne verrez jamais de telles scènes de violence dans Envoyé
Spécial mais sachez qu'elles existent et que les images mises en scène
que l'on veut bien nous montrer sont toujours bien en dessous de la
vérité.
Quel est ce pays qui enferme les bébés, comme le petit M., 15 mois,
actuellement au CRA de Rennes avec sa maman (Cf pétition) et qui traite
comme un chien galleux un futur papa d'enfant français ? Comment
expliquer à cet enfant qui va ouvrir les yeux en France, ce beau pays
démocratique, qui à décider à quelques jours de sa naissance,
d'expulser son père qui vivait ici depuis 15 ans juste pour un bout de
papier ! Honte à notre pays qui donne volontiers des leçons de droits
de l'homme à la terre entière et qui aime tant condamner les conditions
de détention dans le reste du monde. Comment de tels actes peuvent-ils
être commis sur notre territoire en toute impunité en étant cautionner
et encourager par un gouvernement qui se plait à nous répéter les
objectifs de 26 000 expulsions pour 2008 comme pour satisfaire les
derniers électeurs les plus extrêmistes qui le soutiennent encore.
Inutile de rappeler que les objectifs de 25000 pour 2007 n'ont pas été
atteints malgré tous les efforts de B.Hortefeux, le "porte-flingue", le
bon petit soldat droit dans ses bottes à la tête d'un ministère
nauséabond.
Manu ne pouvait imaginer en regardant les scènes d'expulsion devant
sa télé, qu'une semaine plus tard il serait à son tour la victime de
cette politique du chiffre totalement déshumanisée.
Sachez Monsieur Hortefeux que notre détermination à vous empêcher de
réaliser vos objectifs est plus que jamais aussi forte que les coups
portés par vos gendarmes sur Manu !
Aujourd'hui Manu est de retour dans un pays où personne ne
l'attendait plus, les poches vides, le corps brisé et le coeur meurtri
de laisser en France une femme enceinte inconsolable.