Un journal purement révolutionnaire  
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  Post� le vendredi 25 janvier 2008 @ 13:58:41 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
IndividualismeParmi les membres de New Harmony se trouvait un bostonien descendant d'une vieille famille puritaine, Josiah Warren (1798-1874), qui, sous l'influence des conférences de Robert Owen à Cincinnati, liquida une petite fabrique de lampes qu'il exploitait dans cette ville et rejoignit Owen. L'expérience communiste de celui-ci déçut profondément Warren, qui s'en fut vers l'extrême opposé et adopta la conception de la Souveraineté de l'Individu et du Commerce équitable. Revenu à Cincinnati en novembre 1827 il ouvrit une petite boutique qu'il appela Time Store et où, pour se procurer les utilités en vente les acheteurs devaient fournir le produit d'un temps de leur travail (temps représenté par des « bons de travail » d'une heure ou subdivision d'une heure) équivalent à celui qu'avait nécessité la confection des dites utilités. Les marchandises étaient offertes à prix coûtant, plus une majoration de 4 %, représentant les frais d'exploitation. Ces utilités étaient échangées contre d'autres, s'il le fallait, toujours sur le même principe.


Chaque consommateur fixait lui-même le prix qu'il évaluait son heure de travail et celui des femmes était égal ou à peu prés à celui des hommes. Le temps employé à servir un consommateur était déduit du bon qu'il présentait et l'un des ornements les plus curieux du magasin était l'horloge faisant face au client. En 1833, il lança à Cincinnati le premier journal anarchiste qui ait jamais vu le jour The Peaceful Revolutionist (le révolutionnaire pacifique), une feuille hebdomadaire de 4 pages, qu'il rédigeait, composait, stéréotypait et imprimait lui-même. Elle vécut un an. En 1835, il essaya de créer une colonie à Tuscaramas, dans l'�tat d'Ohio, mais la malaria l'obligea de renoncer à son entreprise au bout de deux ans. Pendant ce temps New Harmony était devenu une ville prospère. Après un nouvel essai infructueux à Mount Vernon, dans l'Indianja, Warren se rendit à New Harmony, où il fit des conférences et ouvrit un nouveau magasin The New Harmont Time Store. Macdonald, qui lui rendit visite en 1842 vit en sa possession de nombreuses labor notes - bons de travail horaires - représentant toutes sortes de genres et de quantités de travail, émises par des ouvriers et des artisans de New Harmony et des environs.

Après la dissolution de la Clermont Phalanx, association fouriériste et de la Cincinnati Brotherhood, à qui elle devait d'avoir vu le jour, Warren se rendit sur les lieux du désastre et découvrit 4 familles disposées à faire l'essai du Commerce �quitable. Avec elles, il créa un village appelé Utopia, où tout était conduit sur la base individuelle à en croire The Peaceful Revolutionist qui avait sans doute reparu. Pas d'assemblée ou l'on discutait d'une constitution, pas de réunion, pas de délégation de pouvoir, pas de réglementations, pas de fonctionnaires, de prêtres, de prophètes. Des soirées ayant pour but de converser amicalement ensemble, de faire de la musique, de la danse ou de passer le temps agréablement. Tout ce qui concerne les différences d'opinion quant au goût, à l'opportunité, à la question économique à légalité, à ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais, raisonnable ou insensé, laissé à la décision suprême de chaque individu, chaque fois qu'il lui était possible de prendre à sa charge le coût de ses décisions. Tout le contre-pied de l'owenisme.

En 1846 ou de bonne heure en 1847, paraissait Equitable Commerce, l'oeuvre maîtresse de Warren, plusieurs fois réimprimée, en 1852 Practical Details in �quitable Commerce; les deux ouvrages parurent réunis en 1863, à Boston; sous le titre True Civilisation - La Véritable Civilisation. En 1851, Stephen Peel Andrews (1812- 1886) publiait sa fameuse Science of Society, qui fit plus d'impression encore que les publications de Warren. C'est là où se trouve énoncé non seulement le principe de la souveraineté de l'individu mais aussi celui du coût comme limite du prix : les efforts qu'ont coûté un produit, c'est ce qu'il vaut.

Stephen Pearl Andrews essaya de créer une association d' « individus souverains » à New-York et parmi ses amis se trouvait un certain Dr Thomas L. Nichols, qui publia en 1853 son Esoteric Anthropology et édita son fameux catalogue de noms imprimés à l'usage de tous les chercheurs d'affinités des �tats-Unis, qu'on considère comme le début de la réalisation pratique de l'amour libre ou souveraineté individuelle en matière de relations sexuelles (idée dominant alors chez les spiritualistes à tendance avancée). A en juger d'après un numéro de The New-York Tribune, il existait alors à New-York une Ligue de l'Amour libre, à cause de laquelle un débat s'engagea entre Henry James, Horace Greeley et Stephen Pearl Andrews. Tout le monde sait que Benj. R. Tucker a toujours regardé Josiah Warren comme son initiateur.

En 1851, ce dernier s'était établi à Long Island,. aujourd'hui faubourg de New-York, et y avait créé une colonie individualiste célèbre MODERN Times - « les Temps modernes ».

Qu'était « Modern Times », que fréquenta Stephen Pearl Andrews, Thomas Nichols, et où résida Henry Edger, l'un des dix apôtres de propaganda fide nommés par Auguste Comte et que Noyes appelle « la Mère » de l'amour libre ?

Dans son History of American Soclalisms John H. Noyes cite sous le titre « Un coup d'oeil dans Modem Times » un article de journal datant probablement de 1853 et inséré dans la collection de Macdonald. Cet article est désigné comme une conversation entre « un résident et un reporter »

« Nous ne sommes pas fouriéristes. Nous ne croyons pas à l'association. L'association aura à rendre compte d'un grand nombre des maux dont l'humanité souffre actuellement. Nous ne sommes pas des Communistes; nous ne sommes pas des Mormons, nous ne sommes pas des Non-Résistants. Si quelqu'un vole ce qui m'appartient ou me frappe, je prendrai bien soin de régler la question avec lui. Nous sommes des Protestants, nous sommes des Libéraux. Nous croyons à la souveraineté de l'Individu. Nous protestons contre toutes les lois qui s'immiscent dans les droits individuels - c'est pourquoi nous sommes des Protestants. Nous croyons à la parfaite liberté de volonté et d'action - c'est pourquoi nous sommes des Libéraux. Nous n'avons conclu aucun pacte les uns avec les autres, sauf le pacte du bonheur individuel; nous affirmons que chaque homme et que chaque femme possède un droit absolu et inaliénable de faire et d'accomplir, pour l'ensemble comme pour le particulier, exactement ce qui lui convient, maintenant et dorénavant.

Mais cette liberté d'action ne peut être exercée qu'aux dépens absolus des individus qui la pratiquent: ils n'ont pas le droit de mettre à contribution la communauté pour la conséquence de leurs gestes.

« - Vous retournez à peu près aux principes primaires du gouvernement et reconnaissez la nécessité de quelque pouvoir contrôlant autre que celui de la volonté individuelle?

« - Pas trop ! Pas trop ! Dans l'état dépravé où se trouve actuellement la société, pourun petit nombre d'entre nous, nous sommes forcés par les circonstances de faire des gestes qui ne sont pas précisément d'accord avec nos principes ou avec le but de notre organisation. Nous sommes une colonie à son début; nous ne pouvons pas produire tout ce que nous consommons et nombreux sont ceux d'entre nous forcés d'aller à d'extérieur gagner ce qu'on appelle de l'argent, de manière à nous procurer de l'épicerie, etc. Nous sommes pour la plupart des artisans et des ouvriers - de l'est des Etats-Unis. La consommation de la colonie n'est pas suffisante pour employer toute notre main-d'oeuvre. Lorsque nous serons plus nombreux, nos ferblantiers, nos cordonniers, nos chapeliers et autres producteurs non seulement auront assez de travail mais travailleront pour la vente au dehors. Cela nous procurera de l'argent. Nous créerons une bourse d'échange, de sorte que si mon voisin le serrurier, demande mon aide et qu'à mon tour je désire ses services, il y aura une échelle pour fixer les conditions de l'échange.

« - Mais ceci attente au principe de la souveraineté Individuelle.

« Je ne vois pas pourquoi. Personne ne sera forcé d'échanger son travail pour celui d'autrui. Si les conditions ne plaisent pas aux parties, ils font comme il leur plaît. Le chemin traverse un champ de blé de trois acres - bon blé, bonne récolte il m'appartient. Vous voyez cet homme à l'oeuvre le coupant et l'entassant. Son travail de cultivateur n'a pas autant de valeur que le mien comme maçon. Nous échangeons et il en résulte un bénéfice mutuel. Le blé est aussi bon étalon que l'argent .....

« - Avez-vous des écoles ?

« Des écoles ? Nous n'avons qu'une espèce d'école primaire pour les petits enfants, défrayée par des cotisations individuelles. Chaque parent paie sa quote-part.

« - Et les femmes ?

« Les dames ? Nous les laissons faire à leur convenance et en général elles s'en tirent fort bien. Oui l'idée de la souveraineté individuelle leur plaît. La colonie leur fournit une masse de divertissements; nous avons des soirées, de la musique, de la danse, d'autres récréations. Elles ne sont pas du tout coquettes ; elles s'habillent comme il leur plaît, pourvu qu'elles puissent le faire.

« - Et elles portent parfois la culotte, je suppose ?

« Certainement, si ça leur plaît, elle peuvent porter la culotte ».

« - Maintenez-vous le mariage ?

« Oh le mariage ! Eh bien on ne discute pas de cette question-là entre nous. Nous, du moins plusieurs d'entre nous, - ne croyons pas aux unions à vie, si les partenaires ne peuvent pas vivre heureusement. Nous supposons que chacun ou chacune ici connaît ses intérêts mieux que tous les autres. Nous ne nous immisçons pas dans ces choses; chez nous pas d'oreilles aux portes ni de cancanages. Nous sommes de braves gens, laborieux, et ne nous occupons que de ce qui nous regarde. Ici l'individu est maître et indépendant et on considère toute loi tendant à restreindre la liberté dont l'homme ou la femme doit jouir comme basée sur une erreur et ne méritant pas d'être prise en considération ».

En 1904, M. Daniel Conway fit éditer chez Houghton, Mifflin and C°, à Chicago trois volumes de Mémoires, où se trouve décrite une visite de cet écrivain à Modern Times, aux environs de 1860. Malgré quelques inexactitudes de détail comme pour ce qui concerne Tuscarawas (1) ce récit confirme le précédent. En 1860, Modern. Times brillait de tout son éclat. « ...Parmi les nombreuses lettres que je recevais de gens et de lieux de toutes sortes - raconte M. Conway - une missive datée de « Modern Times », Etat de New York, attira mon attention. Elle semblait émaner d'un pays féérique. Je m'adressai à l'un de mes amis à New-York pour lui demander s'il avait connaissance de cet endroit ; « certes », nie répondit-il, « c'est un village sis à Long-Island, basé sur ce principe que chacun s'occupe de ses propres affaires ». « Modern Times » m'en paraissait plus fantastique encore et certain soir que je parlais parmi des ouvriers sur les relations entre le capital et le travail, un inconnu d'aspect sympathique se leva, s'approcha de moi et me dit : « Si jamais vous visitez Modern Times vous vous apercevrez que toutes les difficultés du travail proviennent de l'existence de l'argent ». Et ce disant, il disparut.

Mes vacances d'été revenues, je visitai New-York. A Brooklyn j'appris qu'en une à deux heures, le chemin de fer qui descend à Long-Island m'amènerait à Thompson's-Station dont Modern Times, se trouvait distant de cinq à six milles. J'atteignis Thompson's au déclin du jour et je ne trouvai pas d'autre moyen de poursuivre mon trajet qu'à pied. Ma valise était légère, mais la route, solitaire, croisait plusieurs chemins; la forêt s'épaississait et, à la fin, la nuit tomba tout-à-fait. J'atteignis pourtant une clairière, inondée par la clarté de la lune et je rencontrai une femme qui me dit que le village était tout proche. Je lui demandai s'il n'y avait pas d'hôtel. - « Pas que je sache », répondit-elle, en passant vivement son chemin et son attitude me fit penser qu'à certains moments il ne serait pas à dédaigner qu'on s'occupât un peu plus des affaires d'autrui. Il était neuf heures, mais la rue où je pénétrai était silencieuse. J'avais sur moi la lettre reçue jadis de Modern Times et, après enquête, réussis à découvrir le fondateur du village, Josiah Warren. Il me souhaita la bienvenue. Comme il n'y avait pas d'hôtel dans la localité et que l'argent n'y avait pas cours, on me conduisit dans une demeure, où on m'octroya généreusement le couvert et le gîte dont j'avais grand besoin. La femme était fort belle et l'allusion qu'elle fit à un village utopique des contes de Zschokke me fit tressaillir. « Vous ne rencontrerez pas ici un Goldenthal, me dit-elle, nous sommes pauvres, mais si nos idées vous intéressent, vous pourrez nous trouver dignes d'une visite ». J'ai idéalisé cette aimable femme, ainsi que le village, dans mon roman Pine and Palm mais sa réelle histoire était beaucoup plus émouvante que celle de Maria Shelton, et quand je rassemble mes souvenirs, le village m'apparaît beaucoup plus romantique que le « Bonheur » du même roman.

Josiah Warren avait alors une cinquantaine d'années. Il était de petite taille, trapu, l'aspect sévère mais l'oeil quelque peu remuant. Le crâne était large, le front élevé. La partie inférieure du visage n'indiquait pas autant de fermeté, mais elle présentait les signes de ce doux enthousiasme, que plus tard je reconnus caractéristique des militants anglais de l'ancienne génération. Warren appartenait à ce type. Je crois qu'il avait fait partie de la « communauté » de Robert Owen, à Lanark. Sa sociologie, cependant, était tout entière marquée au coin de l'originalité. Convaincu que la disproportion existant entre le salaire, d'une part, et le temps et le travail consacré à la production, d'autre part, est la cause du surmenage, du paupérisme, du luxe et de l'oisiveté, il résolut d'inaugurer un système de « commerce équitable », où le prix de chaque produit serait déterminé par ce qu'il aurait coûté. Prenons par exemple un soulier : si l'on additionnait le coût du cuir, des pointes, du fil, etc., et qu'on y ajoutât le temps passé pour la façon et l'assemblage, la somme obtenue représentait la valeur relative du soulier, valeur en autres articles dont le cordonnier pouvait avoir besoin. Dominé par cette idée, il consacra son capital à ouvrir un magasin à Cincinnati, où il vendit toutes sortes d'objets, un peu au-dessous du prix de vente courant. Les marchands de la ville le ruinèrent en faisant courir le bruit qu'il vendait des produits avariés. II en conclut que son plan ne pourrait réussir que dans une société où les autres marchands l'adopteraient, et quelques années après il créa une petite « communauté » à Tuscarawas, dans l'Ohio, qui ne put subsister, peut-être par défaut de maturité dans les idées de Warren. Vingt ans plus tard, en effet, quand il fonda Modern Times, d'autres éléments y furent introduits.

La base commerciale, à Modern Times, était que le coût détermine le prix et que le temps fixe la valeur. Cette détermination variait avec le blé. Un autre principe c'est que le travail le plus désagréable recevait la rémunération la plus élevée.

La base sociale s'exprimait en deux mots : « souveraineté individuelle ». Le principe de la non intervention dans la liberté personnelle était poussé à un point qui aurait transporté de joie Stuart Mill et Herbert Spencer. On encourageait vivement l'autonomie de l'individu. Rien n'était plus voué au discrédit que l'uniformité, rien n'était plus applaudi que la variété, nulle faute n'était moins censurée que l'excentricité.

Le mariage était une question absolument individuelle. On pouvait se marier cérémonieusement ou non, vivre sous le même toit ou dans des demeures séparées, faire connaître ses relations ou non. La séparation pouvait s'opérer sans la moindre formule. Certaines coutumes avaient surgi de cette absence de réglementation en matière d'union sexuelle : il n'était pas poli de demander quel était le père d'un enfant nouveau-né ou encore quel était le mari ou qu'elle était la femme de celle-ci ou de celui-là. Les personnes mariées et qui désiraient le faire connaître, portaient au doigt un ruban rouge. La disparition du ruban indiquait que la liaison avait pris fin.

Modern Times comprenait une cinquantaine de cottages, proprets et gais sous leur robe mi-blanche et mi-verte dont les habitants s'assemblèrent dans leur petite salle de réunions. Les hommes me désappointèrent quelque peu par l'absence d'individualité dans leurs vêtements, mais les dames déployèrent toute une variété de gracieux costumes. L'Assemblée demeura silencieuse pendant quelque temps, puis tout le inonde entonna There's a good time coming (voici un bon temps qui vient). Je lus quelques passages de la Bible, suivis par un des chants d'Emerson qui parle du grand jour attendu où La Force s'unira au Droit et à la Vérité.

Dès que j'eus achevé mon allocation qui traitait de l'esprit du siècle, on annonça pour l'après-midi une réunion de conversation.

La discussion roula sur l'éducation, sur la loi, la politique, le problème sexuel, le commerce, le mariage. Ces questions furent examinées avec beaucoup d'intelligence et, témoignage rendu à l'individualisme, pas un mot déplacé, pas une dispute ne s'éleva. Si toutes les vues exprimées étaient « hérétiques », chaque personne avait une opinion à elle, si franchement exprimée, qu'elle faisait entrevoir un horizon de rares expériences.

Josiah Warren me fit voir l'imprimerie et quelques autres bâtiments remarquables de l'endroit. Il me remit une des petites coupures employées comme monnaie entre eux. A une extrémité se trouve un ovale représentant le commerce accompagné d'un tonneau, d'une caisse et d'un vaisseau à l'ancre; à l'autre est gravé un atlas portant une sphère, à côté une montre et entre deux figurines les mots : Le temps c'est la Richesse : Time is wealth. Au centre, une Justice, avec l'épée et la balance ordinaires; à son côté, un génie dont le nom m'est inconnu portant une lance et une couronne. Un bouclier portant l'inscription « travail pour travail » sépare les deux figures. Au-dessus de tout cela, quelques inscriptions : « Non transférable ». « Limite d'émission : deux cents heures ». « Le travail le plus désagréable a droit à la rémunération la plus élevée ». - « .Dû à... cinq heures de services professionnels ou 80 livres de blé »; suit une signature écrite et le mot gravé « médecin ».

Le soir, tard, quelques personnes se réunirent sous le porche de la maison où en m'avait accueilli. Une conversation à bâtons rompus s'entremêlait de chants. A la clarté de la lune des confidences s'échangeaient dont les lambeaux seulement me parvenaient et m'apportaient l'écho de ces tempêtes qui ruinent les existences. C'étaient de foyers désolés que provenaient ces thélémites dont la devise était : « Fais ce que tu voudras ».

Quelques années plus tard, alors que la guerre de Sécession désolait le pays, je pensais à leur retraite non tant comme une nouvelle Thélème que comme un de ces jardins des environs de Florence où Boccace dépeint ces gentilshommes et ces grandes dames s'étourdissant les uns les autres du récit de contes charmants, cela tandis que la peste fait rage dans la ville. Mais Modern Times n'avait pas prévu la guerre. Ces braves gens avaient assez souffert dans les batailles de la vie pour ne pas désirer la paix. Mais où la trouver ? Je n'ai jamais revu Modern Times, mais j'ai entendu dire que dès que la guerre eut éclaté, la plupart de ceux que j'avais vus avait quitté Montauk-Point sur un petit bâtiment et s'en étaient allés fixer leur tente sur quelque rive paisible du Sud Amérique... »

1.De même au moment de la visite de M. Daniel Conway, Josiah Warren avait 62 ans et non 50.


l'en dehors #218-219 15 novembre 1931




Note : "Source : L'En Dehors
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