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Post� le mercredi 02 janvier 2008 @ 02:57:46 by blackcat Contributed by: blackcat
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 San Cristobal de Las Casas. Les cr�ches de No�l abondent dans cette ville coloniale des hautes terres de l'�tat du Chiapas. Mais celle qui accueille les visiteurs � l'entr�e du centre culturel TierrAdentro [1] a sa propre touche locale : les figurines � dos d'�ne portent des passe-montagnes et des armes en bois.
C'est la haute saison du "zapatourisme", l'industrie des voyageurs internationaux qui s'est d�velopp�e autour du soul�vement zapatiste [depuis 1994, ndlr] et TierrAdentro est le point de rencontre. Les affiches, la bijouterie et les textiles r�alis�s par les zapatistes se vendent rapidement. Dans le restaurant, dans la cour, o�, � 10 heures du soir, l'atmosph�re est � la f�te, les �tudiants universitaires boivent de la bi�re Sol. Un jeune montre une photographie du sous-commandant Marcos, avec un passe-montagne et une pipe comme toujours, et lui donne un baiser. Ses amis prennent une photo de plus de ce mouvement sur lequel fourmillent les documents.
On m'emm�ne au milieu de ceux qui font la f�te, vers une pi�ce ferm�e au public, � l'arri�re du centre. Ici, la sombre atmosph�re semble nous faire plonger dans un monde � part. Ernesto Ledesma Arronte, un chercheur de quarante ans, avec une queue de cheval, est pench� sur des cartes militaires et des rapports de droits humains. "Tu as compris ce qu'a dit Marcos ?" me demande-t-il. "C'�tait tr�s fort. Il n'arien dit de semblable depuis de nombreuses ann�es."
Arronte fait r�f�rence � un discours qu'a prononc� Marcos la nuit pass�e (le 16 d�cembre) au cours du "Premier Colloque international Plan�te Terre : mouvements anti syst�miques". Le discours s'intitulait : "Sentir le rouge. Le calendrier et la g�ographie de la guerre" ("Sentir el rojo. El calendario y la geograf�a de la guerra"). Comme il s'agit de Marcos, c'�tait po�tique et l�g�rement elliptique. Mais pour les oreilles d'Arronte, c'�tait une alerte rouge. "Ceux qui ont fait la guerre savent reconna�tre les chemins par lesquels elle se pr�pare et se rapproche", a dit Marcos. "Les signaux de guerre � l'horizon sont clairs. La guerre, comme la peur, a aussi une odeur. Et maintenant on commence d�j� � respirer son odeur f�tide sur nos terres."
L'�valuation de Marcos appuie ce qu'Arronte et ses coll�gues du Centre d'analyse politique et de recherches sociales et �conomiques (Centro de An�lisis Pol�tico e Investigaciones Sociales y Econ�micas, CAPISE) ont suivi � la trace avec leurs cartes et leurs graphiques. Il y a eu une augmentation significative de l'activit� dans les 56 bases militaires permanentes que l'�tat mexicain a en territoire indig�ne au Chiapas. Ils sont en train de moderniser les armes et l'�quipement, de nouveaux bataillons entrent, dont des forces sp�ciales. Tous ces �l�ments sont des signes de l'escalade militaire.
Les zapatistes �tant devenus un symbole mondial pour un nouveau mod�le de r�sistance, il �tait possible d'oublier que la guerre au Chiapas n'a jamais pris fin. Marcos, malgr� son identit� clandestine, provocante, a jou� ouvertement un r�le dans la politique mexicaine, surtout aux cours de l'�lection pr�sidentielle tr�s serr�e de 2006. Plut�t que de soutenir le candidat de centre gauche, Andr�s Manuel Lopez Obrador, il a �t� le fer de lance d'une campagne parall�le, l'"Autre campagne". Il a organis� des concentrations o� l'attention s'est port�e sur des affaires ignor�es par les candidats principaux.
Au cours de cette p�riode, le r�le de Marcos comme dirigeant militaire de l'Arm�e zapatiste de lib�ration nationale (Ej�rcito Zapatista de Liberaci�n Nacional, EZLN) a sembl� se dissiper. Il �tait le "d�l�gu� Z�ro", l'anti-candidat. La nuit pass�e, il a annonc� lors d'une conf�rence que ce serait sa derni�re apparition dans des activit�s de ce type (rencontres, tables rondes, interviews). L'EZLN "est une arm�e, bien autre chose aussi bien s�r, mais c'est une arm�e", a-t-il rappel� au public, et lui, c'est le "chef militaire".
Cette arm�e affronte une nouvelle et grave menace, qui atteint le c�ur de la lutte zapatiste. Durant le soul�vement de 1994, l'EZLN a pris de grandes extensions de terre et les a collectivis�es, sa victoire la plus tangible. Dans les accords de San Andr�s, le droit des peuples indig�nes au territoire a �t� reconnu mais le gouvernement mexicain a refus� de respecter ces accords. Apr�s l'�chec � consacrer ces droits, les zapatistes ont d�cid� de les appliquer de fait. Ils ont form� leurs propres structures gouvernementales, connues sous le nom de "conseils de bon gouvernement" ("juntas de buen gobierno") et de redoubler d'efforts pour construire des �coles et des cliniques autonomes. Avec les zapatistes �tendant leur r�le de gouvernement de facto sur de grandes extensions du Chiapas, la d�termination des gouvernements des �tats f�d�ral et f�d�r�s pour les saper s'est intensifi�e.
"Maintenant, dit Arronte, ils ont leur m�thode." Celle qui consiste � utiliser le profond d�sir des paysans du Chiapas � avoir des terres contre celui des zapatistes. L'organisation d'Arronte a inform� que, dans une seule r�gion, le gouvernement a d�pens� pr�s de 16 millions de dollars pour exproprier des terres et les donner aux nombreuses familles li�es au notoirement corrompu Parti r�volutionnaire institutionnel (PRI). Souvent, la terre �tait d�j� occup�e par des familles zapatistes. Plus grave encore, nombreux sont les nouveaux "propri�taires" qui sont li�s aux groupes paramilitaires qui essaient d'expulser les zapatistes des terres sur lesquelles ils ont de nouveaux titres de propri�t�. On assiste depuis septembre � une escalade significative de la violence : tirs en l'air, coups, familles zapatistes faisant �tat de menaces de mort, viols et d�pe�ages. Les soldats, dans leurs casernes, auront bient�t l'excuse dont ils ont besoin pour sortir : restaurer la "paix" entre les groupes indig�nes qui se disputent entre eux. Durant des mois, les zapatistes ont r�sist� � cette violence et ont essay� de faire conna�tre ces provocations. Mais parce qu'ils n'ont pas choisi de soutenir Lopez Obrador lors des �lections de 2006, le mouvement s'est fait de puissants ennemis. Et maintenant, dit Marcos, leurs appels � l'aide se heurtent � un silence assourdissant.
Il y une d�cennie, le 22 d�cembre 1997, eut lieu le massacre d'Acteal. Dans le cadre de la campagne antizapatiste, un groupe de paramilitaires ouvrait le feu � l'int�rieur d'une petite �glise du hameau d'Acteal, tuant 45 indig�nes, dont 16 enfants et adolescents. Certains furent tu�s � la machette. La police de l'�tat entendit les tirs mais ne fit rien. Durant les presque trois derniers mois, le quotidien "La Jornada" a mis en relief, par une large couverture, le dixi�me anniversaire tragique du massacre.
Au Chiapas, toutefois, beaucoup de gens signalent que les conditions actuelles sont terriblement famili�res : les paramilitaires, les tensions croissantes, les activit�s myst�rieuses des soldats, le nouvel isolement du reste du pays. Ils ont d�j� une requ�te pour ceux qui les ont appuy�s dans le pass� : ne regardez pas seulement en arri�re, regardez vers l'avant et �vitez un autre massacre d'Acteal.
[1] http://www.tierradentro.org.mx/.
Source : "The Nation" (http://www.thenation.com), 20 d�cembre 2007 ; "La Jornada" (http://www.jornada.unam.mx), 24 d�cembre 2007.
Traduction : Fr�d�ric L�v�que, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net). http://risal.collectifs.net/spip.php?article2375
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