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  Post� le lundi 31 d�cembre 2007 @ 16:13:13 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Non-violenceBIEN QUE L'�TAT D'ISRA�L soit tenu de geler son expansion coloniale et de d�manteler ses colonies, ill�gales, en application du droit humanitaire international, bien que le trac� du mur ait �t� d�clar� ill�gal par la d�cision du 9 juillet 2004 de la Cour internationale de justice, le mur du village de Bil'in (1 500 habitants), � l'ouest de Ramallah, a �t� sp�cifiquement pens� pour incorporer la nouvelle colonie de Menorah, et l'extension de la colonie ultraorthodoxe existante de Kiryat Sefer et de celles de Matityahu Misrah et de Modi'in Ilit que les gouvernements isra�liens veulent annexer � Isra�l. Le Mur fr�le les maisons du village et a d�j� permis la confiscation de 150 hectares de terres cultiv�es (les trois quarts des terres du village), principalement des oliveraies, des amanderaies et des plantations de figuiers qui restaient le seul moyen de subsistance de ses habitants depuis qu'ils ne peuvent plus aller travailler en Isra�l.



Ce n'est, h�las, pas la premi�re fois que les habitants de Bil'in sont confront�s � une telle spoliation: il y a dix ans, d�j�, que des oliveraies ont �t� vol�es et d�truites par des bulldozers pour permettre la construction de colonies.

Depuis le mois de f�vrier 2005, apr�s que la Cour supr�me eut rejet� le recours des habitants de Bil'in et que le gouvernement eut arr�t� le trac� du mur, pratiquement chaque jour, hommes et femmes ont march� vers le site de construction pour tenter de bloquer le travail des bulldozers qui arrachent les oliviers et les s�parent de leur terre. En r�torsion, l'arm�e envahit le village, de jour comme de nuit, les soldats entrent dans les maisons et frappent leurs habitants. Des dizaines d'entre eux ont �t� bless�s par le tir de balles en caoutchouc (en r�alit� en m�tal, recouvertes d'une fine couche de caoutchouc), de bombes assourdissantes et grenades lacrymog�nes, armes non mortelles, en principe, mais qui peuvent s'av�rer tr�s dangereuses par un tir � courte distance. Une maison de Bil'in a d�j� pris feu apr�s le tir d'une bombe sonore par les gardes-fronti�res.

Un comit� de village a �t� constitu� qui comprend cinq membres repr�sentatifs des partis et des associations du village, responsable de toutes les d�cisions d'urgence. Le comit� est devenu officiellement actif au mois de janvier 2005, mais il avait d�j� consult� d'autres villages qui avaient �t� impliqu�s dans la lutte l�gale et pacifique contre la construction du mur d'annexion. Le village de Budrus, notamment, a �t� une source puissante d'inspiration et d'influence puisque, apr�s 53 manifestations non violentes, Budrus est parvenu � d�placer le trajet du mur.

� la demande des habitants de Bil'in, les mouvements isra�liens Gush Shalom, Anarchists against the Wall, Ta'ayush et The women's coalition for peace ont d�cid� d'une manifestation pacifique commune sur les lieux tous les veridredis. Une centaine d'Isra�liens se rendent ainsi sur les lieux, formant un lien r�el et significatif avec � l'autre c�t� �. Des militants du monde entier se joignent �galement r�guli�rement � cette manifestation. Au mois de septembre 2007, pendant 135 semaines, sans exception, une manifestation ainsi tripartite et non violente a �t� r�alis�e.

Abdullah Rameh, membre du comit�, parle de la pr�sence des militants isra�liens: � Au d�but, c'�tait difficile pour les gens de Bil'in de comprendre pourquoi les Isra�liens venaient, et ce qu'ils faisaient. Mais quand les soldats commenc�rent � venir la nuit dans le village, les militants isra�liens leur disaient de partir.Tout le monde au village a r�agi positivement et ils comprennent que les militants sont dans le village pour les prot�ger. On ne peut nier leurs efforts et leur activit�. On travaille, dort et mange ensemble, on est comme dans une famille et l'on combat ensemble pacifiquement. On doit travailler ensemble, pas seulement pour les manifs, mais parce que c'est si important d'agir vers la population isra�lienne. �

De l'autre c�t�, Laser, militant isra�lien, consid�re que, s'il n'y avait pas de participation isra�lienne, � l'arm�e isra�lienne commencerait � tirer. Une fois, ils nous ont arr�t�s � un check-point mobile et ils ont donn� l'ordre aux soldats isra�liens de tirer sur les manifestants mais une vingtaine d'entre nous a pu traverser, alors ils ont annul� l'ordre. Pourquoi? Parce qu'ils sont racistes �.

Le choix de la non-violence a, depuis l'origine, �t� fermement pos�. Mohammend AlKhatib, membre du comit� s'exprime ainsi: � Toutes nos manifestations sont non violentes, nous rappelons depuis le haut-parleur de la mosqu�e que nous sommes engag�s pour la non-violence et pour d�livrer ce message que nous voulons seulement d�fendre notre terre. �

Outre la non-violence, outre le caract�re unitaire de ces manifestations entre militants pour la paix, quelle que soit leur origine, ce qui les caract�rise est la cr�ativit� et l'inventivit� de ses militants. Les manifestants parfois ont �t� encha�n�s les uns aux autres, parfois ont d�fil� en portant les portraits du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, parfois ont �t� transport�s dans des cages ou pr�c�d�s de personnalit�s, mains en l'air. Ils ont manifest� avec des cercueils ou de fausses pierres tombales avec des inscriptions en h�breu, en arabe et en anglais. La marche a �t� pr�c�d�e aussi par des personnes rendues infirmes par les forces d'occupation et par d'autres personnes portant le nom des milliers de Palestiniens tu�s depuis le d�but de la deuxi�me Intifada en 2000. Un concert de piano a m�me eu lieu en plein air, donn� par Jacob Allegro Wegloop, survivant de l'Holocauste, offrant sa musique en symbole de paix.

Deux conf�rences internationales sur la lutte commune populaire et non violente ont d�j� �t� organis�es � Bil'in, afin de cr�er un r�seau pour am�liorer la coordination, partager les ressources, s'entraider dans le travail pour la justice, mettre en place des campagnes communes pour arr�ter le Mur d'apartheid et mettre un terme � l'occupation isra�lienne. La volont� est d'�changer les exp�riences pratiques, de partager les strat�gies et de construire en commun.

La premi�re s'est tenue les 20 et 21 f�vrier 2006 et a r�tine environ 400 participants palestiniens, isra�liens et internationaux. La seconde s'est tenue du 18 au 20 avril 2007 et a r�uni entre 500 et 600 participants, dont une cinquantaine de Fran�ais.

� quoi il convient d'ajouter qu'au mois de mars 2007 une conf�rence palestinienne a eu lieu afin d'�tendre le combat non violent populaire � travers la Palestine et offrir aux Isra�liens et aux internationaux la possibilit� de rejoindre leurs partenaires palestiniens en participant et en faisant conna�tre la r�sistance non violente des Palestiniens � l'injustice qui leur est faite, arrestations arbitraires, confiscation de terres, destructions de maisons, checkpoints et emprisonnement derri�re le mur. Actuellement, 35 villages ont rejoint Bil'in dans la forme non violente de sa r�sistance � la construction du mur.

Les efforts du village seront ils couronn�s de succ�s?
Mohammed al-Khatib, membre du comit� r�pond que � le mot succ�s a beaucoup de significations: si vous voulez dire d�placer le mur, je pense que ce n'est pas impossible mais c'est difficile [...], mais si vous parlez de succ�s sur d'autres aspects, je r�ponds oui. Nous r�ussissons � dire aux gens autour du monde que notre village a le droit d'�tre ici, sur notre terre, et c'est la v�rit�. Nous montrons que les menteurs, ce sont les occupants. L'occupation ne d�fend pas les Isra�liens contre nous, mais elle nous vole. Si j'avais dit, il y a un an que je suis de Bil'in, personne n'aurait su d'o� je parlais mais maintenant les gens savent et ils savent que nous r�sistons au Mur. Mais, c'est plus important, ils entendent que nous r�sistons par des moyens pacifiques et ils nous encouragent: Mais on ne peut pas seulement dire que notre r�sistance non violente appartient � Bil'in parce que maintenant, elle appartient aux Palestiniens �.

Concr�tement, en mars 2006, l'administration civile de l'�tat d'Isra�l s'est trouv�e contrainte d'ordonner la cessation du travail de construction de l'extension de la colonie Matityahu Mizrah sur la terre de Bifin, � la suite de la saisine de la Cour supr�me par un repr�sentant de La Paix maintenant et de la r�v�lation qui en r�sultait et de l'ill�galit� de cette construction et, en outre, du scandale immobilier qu'elle constituait.
Surtout, par arr�t du 4 septembre 2007, la Cour supr�me a ordonn� le d�mant�lement d'une portion du mur construit sur le territoire de Bifin, concernant un tron�on de presque deux kilom�tres de long et permettant ainsi (si la d�cision est ex�cut�e. . . ) la restitution de 50
environ des terres spoli�es, de sorte que, s'il s'agit d'une victoire, celle-ci n'est que partielle.
Mais, comme le souligne Uri Avnery, journaliste et �crivain isra�lien, du mouvement Gush Shalom, dans un article du 8 septembre suivant, � dans ce combat d�sesp�r�, m�me une petite victoire est une grande victoire, sp�cialement concernant Bifin � .

Cet article souligne en quoi cette victoire n'est que partielle, d�s lors que:
I. Elle ne concerne qu'une partie des terres, le nouveau trac� �tant encore loin de la ligne verte;
2.Bil'in n'est que l'un des nombreux villages spoli�s par la construction du mur;
3.Le mur n'est que l'un des moyens de l'occupation qui empire chaque jour;
4.Dans beaucoup d'autres endroits, la Cour supr�me a confirm� le trac� du mur, m�me quand il d�poss�dait les Palestiniens de la m�me fa�on qu'� Bifin, de sorte que cette d�cision constitue pour cette cour, qui est un instrument de l'occupation, un alibi aux yeux du monde;

5.Cette d�cision a permis de l�gitimer les constructions ill�gales d�j� effectu�es sur les autres terres de Bifin.
Il para�t int�ressant de rapporter quelques extraits de cet article dans lequel Uri Avnery s'interroge sur ce que ce petit village isol�, dont le nom �tait, jusqu'� il y a peu, inconnu de tous, a de particulier et rel�ve les raisons pour lesquelles le combat de Bifin est devenu un symbole, � raison de la combinaison d'�l�ments inhabituels, la d�termination des villageois, la solidarit� active des Isra�liens et des internationaux et le caract�re non violent de la lutte.
La d�termination des villageois: Uri Avnery souligne leur courage devant la violence de la r�pression, en ces termes, notamment: � J'ai plus d'une fois �t� �mu au spectacle de la r�sistance de ce petit village. Je voyais les jeeps de l'arm�e monter � l'assaut, les sir�nes hurler hyst�riquement, les policiers lourdement arm�s en jaillir et jeter des grenades lacrymog�nes et assourdissantes dans toutes les directions et des jeunes gar�ons arr�ter les jeeps avec leur corps.

La solidarit� des Isra�liens et des internationaux: c'est une sorte de partenariat qui ne se manifeste pas dans des discours pompeux ou des r�unions st�riles tenues dans de luxueux h�tels �trangers, il s'est forg� sous les nuages des gaz, sous les jets des canons � eau, sous le feu des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc, dans les ambulances du Croissant rouge et dans les arrestations. Il a donn� naissance � une camaraderie et une confiance mutuelle qui paraissaient totalement perdues dans notre pays : les Isra�liens, conduits par les jeunes femmes et hommes des � Anarchistes contre le mur � ont prouv� aux Palestiniens qu'ils ont un partenaire isra�lien auquel ils peuvent faire confiance, et les gens de Bil'in ont prouv� � leurs amis isra�liens qu'ils ont des partenaires fiables et d�termin�s.

La non-violence: toujours et partout le Mahatma Gandhi et Martin Luther King pourraient �tre fiers de tels disciples. En sa qualit� de t�moin visuel, Uri Avnery atteste de la non-violence des manifestants n'en ayant vu aucun lever la main contre un policier ou un soldat tandis qu'une grande violence �tait exerc�e par les soldats et la police des fronti�res qui ne supportaient pas, suppose-t-il, le spectacle de Palestiniens et Isra�liens agissant ensemble.

Il en d�duit que la conjonction de la r�solution des habitants de Bil'in, du partenariat et de la non-violence ont fait de Bil'in un symbole de la lutte contre l'occupation, actuellement repris par de nombreux villages.

Jane Bernicat

Le Monde libertaire #1496 du 29 novembre 2007

Note : "Source : L'En Dehors"

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