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  Post� le dimanche 30 d�cembre 2007 @ 08:07:48 by blackcat
Contributed by: blackcat
ÉtatDans une Russie en proie, d'une part, � une r�pression �tatique qui n'a rien � envier � celle de L�Union sovi�tique et, d'autre part, � un capitalisme d�chain� qui plonge la majorit� dans la mis�re, des groupes d'activistes et de libertaires luttent contre le racisme, le fascisme, la guerre en Tch�tch�nie, contre le sexisme.

Le 2 juin 1962, il y a tout juste 45 ans, 23 ouvriers d'une usine de Novotcherkassk payaient de leur vie leur contestation d'une d�cision du pouvoir central. Trois jours durant, ils et elles lui ont tenu t�te, occupant leur usine pour signifier au pouvoir leur refus d�une s�rie de mesures d'aust�rit�.

Pr�s d'un demi-si�cle plus tard, le quotidien des militants et militantes libertaires postsovi�tiques tient front simultan�ment aux attributs d�un �tat totalitaire et aux effets d�un capitalisme destructeur des derni�res solidarit�s.


Le r�gne de la terreur

� la chute de L�Union sovi�tique, l'espoir de libert� n'aura pas v�cu bien longtemps. D�s 1993, avec l'�crasement d�un parlement rebelle et surtout en 1994, avec le d�clenchement de la premi�re guerre en Tch�tch�nie, l'�tat de guerre permanent et la violence institutionnalis�e sont les deux piliers du r�gime. Le FSB (ex-KGB) et ses satellites, entrent en sc�ne � intervalles r�guliers, pour rappeler au peuple cette triste r�alit�. Ainsi chaque nouvelle p�riode �lectorale de l'�re poutininenne est-elle l'occasion de faire exploser quelques bombes : plusieurs centaines de vies humaines ont �t� sacrifi�es lors des deux derni�res �lections pr�sidentielles en 2000 et 2004. Beaucoup de Russes sont conscients que derri�re ces actes terroristes, on retrouve la main de l'�tat et de ses services sp�ciaux, toujours prompts � d�signer l'ennemi (tch�tch�nes, cinqui�me colonne pro-occidentale). Mais aucune force politique [1], en dehors du courant r�volutionnaire et libertaire, n'est porteuse d�une alternative au pouvoir en place.


Un paysage social d�vast�

Le caract�re liberticide du r�gime russe se double d�une offensive antisociale sans �quivalent dans le monde. Celle-ci a conduit une majorit� de russes � subir, au cours des ann�es 90, une effroyable d�gradation de leurs conditions d'existence : perte d'emploi et de raison d'�tre, ravages de l'alcoolisme, chute dramatique de l'esp�rance de vie [2], destruction des syst�mes publics d'�ducation et de sant�. La privatisation des entreprises op�r�e en 1992/1993 par les ultralib�raux alors aux commandes, fut pr�sent�e sous le vocable de populaire. Elle l'�tait effectivement puisque la propri�t� industrielle fut, dans un premier temps, int�gralement distribu�e aux travailleurs et travailleuses sous la forme de millions de � vouchers � (des titres de propri�t�). Du jour au lendemain, de grands trusts industriels sovi�tiques devenaient en quelque sorte des coop�ratives ouvri�res dont les seuls travailleurs et travailleuses d�tenaient la propri�t�. Mais en l'absence totale de culture de l'autogestion d�une part, dans un contexte d'inflation galopante d'autre part, g�n�r�e par la lib�ralisation des prix [3], la reconcentration du capital s'est faite tr�s rapidement. Des fonds d'investissement autoris�s par l'�tat, faisant la part belle � l'ancienne direction du parti et de la jeunesse communiste (le Komsomol), se sont charg�s de racheter les vouchers d�une population au bord de la famine. En quelques mois, la propri�t� industrielle a chang� de mains pour une bouch�e de pain, cr�ant au passage la caste d'oligarques qui d�fraie, aujourd�hui, la chronique.


Noire et rouge Russie

C'est dans ce contexte que le mouvement libertaire russe s�est reconstruit. Rappelons la part importante que les anarchistes et communistes libertaires ont pris dans les derni�res ann�es de L�Union sovi�tique et les premiers mois de la transition : de nombreux militants et militantes libertaires �taient alors � l'animation des luttes, notamment sociales et environnementales. Aujourd�hui, les luttes les plus importantes se tissent autour de la question du logement. La plupart des Russes sont propri�taires du fait d�une � privatisation � automatique des appartements au b�n�fice de leurs occupants en 1992-1993. Apr�s une quinzaine d'ann�es de capitalisme, les ma�tres de la Russie ne tol�rent plus cette unique concession faite au petit peuple qui se voit aujourd�hui massivement chass� des centres villes, pour le plus grand profit des promoteurs immobiliers. Les luttes antifascistes, l'organisation de la d�fense contre les crimes racistes et politiques [4], les luttes LGBT et anti-guerre en Tch�tch�nie captent �galement une part importante de l'activit� militante. La principale organisation libertaire actuelle, � Avtovo � (http://www.avtonom.org), est en pointe sur toutes ces luttes et anime un comit� contre l�organisation des jeux olympiques d'hiver � Sotchi en 2010, dans un contexte de r�pression permanente mais paradoxale : le pouvoir ne tol�re aucune forme d'opposition surtout lorsqu'elle s'affiche r�volutionnaire, mais son bras arm� policier, fortement corrompu, laisse parfois une marge de man�uvre aux militants et militantes radicaux, qu�il estime non solvables. Sera-t-elle suffisante pour rallumer l'�tincelle de 1962 ?

[Pierre Chamechaude (AL Paris Nord-Est)]


Notes

[1] Le parti communiste rouge brun s'accommode fort bien des relents sovi�tiques de Poutine et l'opposition dite d�mocrate ne fait que r�ver d�une r�volution orange � la russe, financ�e par l'occident.

[2] Avec 59 ans d'esp�rance de vie pour les hommes en 2005 contre 64 ans dans les ann�es 60 (cet indice est m�me tomb� � 57 ans � la fin des ann�es 90). Source Goskomstat.

[3] Pr�s de 1200 % d�inflation en 1992, 900 % en 1993.

[4] Depuis 2000, une dizaine d'�trangers (notamment des �tudiants africains, latino-am�ricains ou des r�sidents d'origine caucasienne), de m�me qu'une dizaine de militants politiques anarchistes et d'extr�me gauche ont �t� assassin�s (Nikolai Guirenko en 2004, Timour Katcharava en 2005, Alexandre Roukhin en 2006, Stanislav Korepanov en 2007, ?).

Texte repris du site http://www.avoixautre.be


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