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  Post� le vendredi 14 d�cembre 2007 @ 16:47:05 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
ÉtatPlus de 20 000 zapatistes ont occup� San Cristobal de las Casas le 1er janvier 2003, ils n'avaient cette fois que leurs machettes ou b�tons de paysan en main. Apr�s les prises de parole de Fidelia, Omar, Mister, Brus Li, Esther, Tacho et David, commandants de l'EZLN, ils ont quitt� la principale ville du Chiapas le lendemain matin, non sans avoir d�montr� leur capacit� d'organisation et leur esprit de r�sistance. "Nous connaissons le monde (�) parce que nous connaissons tous ces hommes et femmes de tous les pays qui sont arriv�s dans nos villages, ils nous ont parl� de leurs luttes, de leurs mondes et de tout ce qu'ils font. � travers leurs paroles nous avons voyag� et nous avons vu et connu plus de terres que n'importe quel intellectuel", a expliqu� Mister. En France, les m�dias ont ignor� la manifestation.



Apr�s vingt et un mois de silence, l'arm�e zapatiste (EZLN) s'est-elle isol�e, affaiblie ou renforc�e ?

Le plus remarquable est sans doute que l'EZLN soit parvenue � franchir sans sombrer une passe tr�s p�rilleuse et ait pu surmonter l'�norme d�ception des lendemains de la Marche de la dignit� indig�ne, il y a tout juste deux ans : une marche qui a �t� un succ�s par l'ampleur des rencontres et des mobilisations qu'elle a suscit�es, mais qui n'a eu aucun r�sultat en termes l�gislatifs. Il y a eu l� un moment de d�couragement qui a sans doute �t� tr�s difficile � surmonter, mais qui l'a �t�. Je crois que c'est le principal acquis de cette p�riode. Par ailleurs, il y a sans doute une usure qui continue � se faire sentir, qui n'a pas commenc� avec la marche mais qui a continu� malgr� la marche. Une difficult� � maintenir l'esprit de r�sistance des communaut�s dans des conditions mat�rielles tr�s pr�caires. Il y a s�rement des gens qui ont quitt� l'organisation, mais le fait d'avoir surmont� cette �preuve est le signe d'une force ind�niable. On aurait pu penser qu'apr�s une �preuve de cette sorte l'EZLN allait tomber en d�liquescence, se dissoudre. C'�tait l'une des hypoth�ses possibles. Cela n'a pas �t� le cas, l'organisation a r�sist�, elle a fait la preuve de sa capacit� de mobilisation lors de la manifestation du 1er janvier de cette ann�e, tr�s importante par son ampleur mais aussi par le degr� d'organisation qu'elle a d�montr�. Donc, malgr� le r�tr�cissement de l'espace des communaut�s zapatistes, il y a un acquis, une d�monstration de r�sistance tr�s importante.

Avec la r�apparition des zapatistes et la fin du silence de leur commandement, y a-t-il un durcissement de leurs positions vis-�-vis des partis politiques, particuli�rement du Parti de la r�volution d�mocratique (PRD, gauche) ?

R�apparition, oui, ind�niablement ; fin du silence, c'est le moins qu'on puisse dire, puisque nous sommes maintenant soumis � une rafale de communiqu�s, au rythme d'un tous les deux ou trois jours, � peu pr�s. R�apparition publique lors de cette manifestation du 1er janvier, avec son caract�re impressionnant et symboliquement tr�s fort, c'est clair. Mais je ne vois gu�re de durcissement de la position de l'EZLN et pas d'inflexion tr�s sensible. L'attitude tr�s dure � l'�gard des partis politiques en g�n�ral et en particulier du PRD n'est pas vraiment nouvelle. Il y a beaucoup d'ant�c�dents � cette attitude qui a certes un peu vari� au gr� de la conjoncture politique, notamment aux moments o� le PRD appuyait les demandes zapatistes et indig�nes en g�n�ral. Cette posture des zapatistes est logique, compte tenu de la participation du PRD et en particulier de ses s�nateurs au vote de la contre-r�forme indig�ne. Ce vote du PRD a �t� d�nonc� tr�s clairement au lendemain de l'approbation de la contre-r�forme, fin avril 2001, et l'EZLN a alors lanc� des mots tr�s durs contre la "trinit� infernale" qui incluait aussi bien les politiciens du PRD que du PAN ou du PRI. C'est aujourd'hui la m�me chose qui ne fait que s'amplifier. Les zapatistes ont toutes raisons d'�tre furieux � l'�gard d'un parti qui se dit de gauche et qui a vot� avec les autres forces politiques repr�sent�es au Parlement cette loi tout � fait contraire aux demandes des zapatistes et des indig�nes en g�n�ral. C'est assez logique.

Que penser de l'incompr�hension que rencontre aujourd'hui le mouvement zapatiste dans les m�dias (1) en France ? De la charge contre Marcos et l'EZLN pratiqu�e par les magazines de la "gauche cathodique" (Les Inrockuptibles (2), T�l�rama, etc.) au sujet de la correspondance sur la question basque comme de leur silence total apr�s la manifestation du 1er janvier ?

Il me semble que ce n'est pas un ph�nom�ne nouveau. On le constate depuis 1994, et plus encore depuis la rencontre "intergalactique" de 1996. Le discours de la presse fran�aise en particulier, mais aussi d'autres pays europ�ens, est catastrophique. J'ai l'impression que, dans le cas r�cent de la pol�mique autour des �changes de Marcos sur la question basque, on assiste en fait � la reprise des arch�types que les m�dias ont construits sur les zapatistes et sur le personnage de Marcos depuis 1994 : un mouvement anecdotique, anachronique, r�ductible � la dimension m�diatique de son porte-parole (par parenth�se, l'id�e d'un Marcos omnipr�sent dans les m�dias fait un peu sourire, surtout en France) et � son r�pertoire exigu de symboles qui deviennent des obsessions pour les journalistes fran�ais comme le fameux passe-montagne. Il y a peu, un hebdomadaire faisait encore une fois sa une sur le passe-montagne de Marcos, mais d�j�, en d�cembre 2000, Le Monde passait par pertes et profits l'essentiel d'une conf�rence de presse de Marcos et focalisait l'attention sur l'annonce suppos�e d'un renoncement audit passe-montagne. Ce sont les m�mes st�r�otypes qui fonctionnent, qui sont repris inlassablement d'article en article avec, dans certains cas, une intention de nuisance �vidente, une malveillance qui utilise tout ce qui peut servir � d�consid�rer les zapatistes et Marcos en particulier, avec la plus �vidente mauvaise foi. Parler, par exemple, du "soutien ahurissant (de Marcos) aux terroristes de l'ETA" (T�l�rama du 8 janvier 2003) est un mensonge pur et simple, puisque de tout ce dossier on peut ne retenir qu'une seule chose, c'est que, dans ses deux lettres � l'ETA, Marcos d�nonce tr�s clairement les m�thodes et les principes d'une organisation qui "a fait de la mort de la parole son n�goce" (avant-garde autoproclam�e qui pr�tend agir en repr�sentation de tout le peuple basque, certitude de d�tenir la v�rit� absolue qui conduit � "tuer tous ceux qui ne souscrivent pas � cette v�rit�", recours au crime, attentat contre la vie de civils, r�ponse aux mots par des balles). C'est aux antipodes de tels principes que se situe l'EZLN et il suffit de lire ces deux textes pour voir qu'il n'y a pas d'effort minimal d'information dans presque tous les articles parus sur ce th�me.

De jeunes Tzotziles, Tzeltales, Choles, Tojolabales� n�s, comme l'EZLN, en 1983, vont avoir vingt ans. Cette nouvelle g�n�ration s'est-elle transform�e avec ce mouvement ?

C'est une pr�occupation �vidente des zapatistes. L'attention qu'ils portent � la mise en place de projets �ducatifs, qui sont devenus maintenant r�alit�, montre bien qu'ils ont ce souci de former de nouvelles g�n�rations, zapatistes ou non, mais en tout cas engag�es dans la r�sistance et la lutte. Ces jeunes sont l�, on sent leur enthousiasme et leur �nergie. Mais en m�me temps que va-t-il advenir du mouvement zapatiste et, de mani�re plus g�n�rale, de la lutte indig�ne dans un contexte qui est tr�s difficile ? Ces acquis et ces germes d'avenir sont l�, mais encore faut-il que les conditions permettent que cette r�sistance se d�veloppe et ne s'�puise pas. Le risque d'affaiblissement est toujours pr�sent, et tout cela conditionne la possibilit� pour ces germes d'esp�rance de se d�velopper vraiment.

On a parl�, au sujet des origines du zapatisme, des "matrices" dont ce courant serait issu, comme la th�ologie de la lib�ration, certaines tendances du marxisme ou de l'anarchisme (Flores Mag�n) au Mexique. Une recherche sociale comme celle de John Holloway (3) semble � son tour influenc�e par l'exp�rience du mouvement indig�ne au Chiapas. Le zapatisme est-il devenu lui-m�me une matrice ?

Une matrice, je ne sais pas. Le terme correspond peut-�tre mal � l'ind�finition revendiqu�e par les zapatistes. Qu'il y ait des traces tr�s fortes, des empreintes, sur les gens, sur les jeunes dans les communaut�s indiennes, c'est certain. On sent chez eux une possibilit� de parler, une r�cup�ration de leur histoire en m�me temps qu'une ouverture sur le monde, une r�flexion politique et morale en train de se fortifier, mais j'insiste sur la fragilit� de tous ces projets, de toutes ces r�alisations en cours, parce qu'elles se font toujours dans des situations d'urgence, de difficult�s tr�s grandes et qu'elles peuvent �tre interrompues du jour au lendemain. Il n'y a pas de garantie absolue que tout ce qui est en train de se d�velopper puisse r�ellement cro�tre comme on le souhaiterait. Par ailleurs, vers l'ext�rieur, l'�cho du zapatisme me semble ind�niable. Il marque la pens�e critique. Ce n'est peut-�tre pas tr�s sensible en France, mais �a l'est dans d'autres pays, et certainement au Mexique. Il y a un apport du zapatisme � la pens�e critique qui se fait sentir dans un livre comme celui de John Holloway, Cambiar el mundo sin tomar el poder (el significado de la revolucion hoy), dont le titre - "Changer le monde sans prendre le pouvoir (le sens de la r�volution aujourd'hui)" - est la reprise directe de l'un des th�mes principaux des zapatistes. La formule semble destin�e � circuler amplement � travers le monde, de cercles de r�flexion en publications et de publications en manifestations ; elle am�ne certainement � reformuler les apports du marxisme et les traditions libertaires. Cette part toujours active du zapatisme est bien l�, je crois.

(1) La d�sinformation et le confusionnisme culminent avec les �ditions Mille et une nuits, qui publient "Marcos, le ma�tre des miroirs", essai de Vazquez Montalban, et vont jusqu'� annoncer, en "quatri�me de couverture", qu'apr�s avoir "march� sur Mexico en 2001" Marcos a sign� un accord avec le gouvernement et, bien s�r, "�t� son fameux passe-montagne", r�v�lant son identit�.

(2) Un certain Marc Saint-Up�ry �crit dans l'hebdomadaire des BBB (bourgeois, blancs, branch�s) une m�chante diatribe contre "le sous-commandant en dessous de tout", accus� d'�tre "solidaire des tueurs d'ETA", et exige des "repr�sentants de l'EZLN (�) une rectification de leur position". Tout s'�claire si on lit, dans "Le Monde diplomatique" de janvier, du m�me Saint-Up�ry, journaliste � Quito, un �loge de l'organisation indienne d'�quateur qui a "su combiner lutte sociale et pratique institutionnelle".

(3) Irlandais install� au Mexique, chercheur en sciences sociales de l'universit� de Puebla.

Entretien publi� � Paris dans Le Monde libertaire n� 1308, du 20 au 26 f�vrier 2003, rediffus� par le Comit� de solidarit� avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) http://cspcl.ouvaton.org


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