 La strat�gie d'ensemble, au niveau des gouvernements, pour le Sommet Europe - Afrique, de 7 et 8 d�cembre, pr�sente un aspect tr�s clair : la franche cooptation des ONG, soit internationale, soit de pays europ�ens ou africains, dans une s�rie de partenariats strat�giques.
Il s'agit, en fin de compte, du d�veloppement logique du mod�le d'assistanat pour l'Afrique, une politique qui omet les promesses d'aides des �tats de l'Union europ�enne (UE) par rapport � l'Afrique dans d'innombrables sommets, qui omet d'�liminer le protectionnisme europ�en, les plus qu'�vidents obstacles � l'expansion des produits agricoles africains dans le march� europ�en, qui omet le pardon de la dette, la r�alisation des dits �objectifs du mill�naire��. C'est une strat�gie qui a pour but que quelques pays europ�ens de plus grand poids (beaucoup sont des ex-puissances coloniales) puissent continuer � b�n�ficier de parts de march�, presque en r�gime de monopole. M�me le d�bile capitalisme portugais � d'importants int�r�ts �conomiques et des groupes qui parient dans des partenariats strat�giques, par exemple en Angola, dans la construction civile, le p�trole et maintenant aussi dans la banque priv�e. Cette strat�gie permet que les structures des ONG soient la face visible d'une d�pendance accrue des pays d'Afrique, au capitalisme de l'Union europ�enne. Ceci, apr�s que les infrastructures de sant� publique, d'�ducation, etc. furent d�mantel�es, dans les ann�es 90, par le truchement de politiques criminelles du FMI et de la Banque Mondiale, avec le plein accord des pouvoirs europ�ens, pour rembourser la dette, les tristement fameux �plans d'ajustement structurel�. Elle permet aussi l'enr�lement des institutions de la soci�t� civile � la logique des �tats, pour �uvrer aux objectifs que les gouvernements �acceptent g�n�reusement� de leur assigner.
Il faut souligner l'importance dans la pr�paration du sommet Europe�Afrique, de la rencontre des syndicats tenue, � huis clos, le 26 -27 octobre � Lisbonne. Cette rencontre se r�alisa sous les auspices conjointement de la CES (Conf�d�ration europ�enne de syndicats) et de la pr�sidence de l'UE (le gouvernement portugais), avec la CIS (Conf�d�ration internationale syndicale) et les syndicats africains. Les syndicats de la CES (o� si�gent les conf�d�rations portugaises UGT et CGTP) ont l'habitude de faire une s�rie de �recommandations� � ces sommets. Mais, d'autre part, il y aura un ancrage (encore plus fort) de ces syndicats aux objectifs des gouvernements et instances intergouvernementales respectives, la Commission europ�enne d'un c�t� et des associations d'�tats africains, de l'autre. Pratiquement la m�me chose peut se dire de la rencontre �para officielle� des ONG, qui se d�roulera � Lisbonne, durant la seconde moiti� de novembre. Les propositions et recommandations pr�sent�es par les ONG et syndicats, que les gouvernements retiendront, seront seulement celles qu'ils voudront bien, pendant le sommet de d�cembre. Mais, par contraste, les institutions de la soci�t� civile, elles, seront coopt�es pour r�aliser les politiques que les gouvernements jugent int�ressantes. Soit dans les rencontres ou forums informels, soit dans le sommet des chefs d'�tat et de gouvernement, il n'y aura pas de r�el engagement de r�aliser quoi que ce soit, tant au niveau des questions �conomiques, comme sociales et humanitaires. Certains iront se montrer "concern�s" par les constantes violations des droits humains, dans les divers pays africains, comme dans l'�Europe forteresse�, o� les immigrants sont extrad�s, poursuivis, humili�s, exploit�s par tous les moyens. Il est bien connu que la majorit� de ceux-ci provient des pays d'Afrique. Cependant, les moyens efficaces de pression pour obliger les �tats � remplir leurs obligations ne seront pas mises en jeu.
Ce sera un th��tre de plus pour l'exhibition des acteurs institutionnels: ils feront semblant de faire quelque chose. Certaines figures viendront seulement pour faire la promotion de leur image personnelle et pour faire passer leur politique. Ces sommets sont des c�r�monies, avec peu d'effet concret au niveau des conversations, puisque les vraies n�gociations ont lieu des mois avant la signature des protocoles. Les sommets ne sont importants qu'au niveau du �marketing politique�, en perp�tuant l'illusion que quelque chose est en train de se faire, �pour en finir avec la faim en Afrique�. Des mensonges r�p�t�s et que les gens finissent par accepter comme des v�rit�s, malgr� les �vidences de que rien de significatif n'a �t� fait! Au-del� de la d�nonciation de cette farce, il est temps de renforcer les liens de collaboration entre les militants sociaux des deux continents.
R�cemment, en avril/mai, � paris eut lieu la Conf�rence internationale I-07, avec la pr�sence de syndicats alternatifs et de collectifs de plusieurs continents, don't un grand nombre d'organisations d'Afrique. Les 16-18 septembre dernier, ce f�t l'occasion d'une rencontre de syndicats alternatifs et de groupes d'intervention sociale des deux rives de la M�diterran�e, Alg�rie et Maroc, et Europe (Espagne, France, Italie, Portugal). En coop�ration ouverte et fraternelle avec tous les collectifs et groupes d'intervention sociale qui le d�sire et dans la continuit� du travail r�alis�, il serait du plus grand int�r�t de r�aliser une rencontre ou conf�rence pour coordonner les strat�gies, face � l'attaque n�olib�rale et n�ocoloniale dans nos pays et pour le respect des droits des travailleurs immigrants et leurs familles. Une rencontre qui ait un suivi et qui puisse atteindre, soit au niveau des organisations du Portugal, soit des autres pays participants, les objectifs suivants: - Une �valuation et accompagnement des flagrantes - Une �valuation et accompagnement des politiques men�es par l'UE et ses �tats membres, notamment, les violations des droits humains en sol europ�en ou africain. -La programmation de rencontres r�guli�res entre militants sociaux de nos pays. Ceci suppose des �changes fr�quents d'information et une coordination r�guli�re entre nos organisations. -La cr�ation de structures d'appui aux immigrants africains et la dynamisation de celles-ci, l� o� elles existent d�j�.
Les organisations (syndicats, associations, collectifs, etc.) pr�sentes dans le terrain social, notamment, � l'appui des immigrants et d'autres situations de pr�carit�, devraient unir leurs efforts, mais en se conservant hors de l'h�g�monie politique n�olib�rale. Si elles se laissent coopter, elles seront bient�t neutralis�es, bureaucratis�es, et perdront, tout � fait, leur raison d'�tre.
Manuel Baptista
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