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  Post� le lundi 29 octobre 2007 @ 12:41:17 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Éthique anarchisteSource : RA Forum

Introduction de Victor Garcia [1]

Dans le numéro hors série de Terre et Liberté de Mexico (n° 165-166, du 19 juillet 1957) paraît un article signé par B. Cano Ruiz sous le titre de « La Génétique contre le concept classique de justice », dans lequel le collaborateur de cette publication anarchiste mexicaine défend ouvertement le déterminisme.

En octobre de la même année, dans le numéro 70 de Zénith, publication elle aussi libertaire qui est éditée à Toulouse en France, José Peirats réplique à Cano Ruiz dans son article intitulé « Le procès de la justice – Réflexion sur la condition humaine », en défendant une position volontariste.

Dans trois autres textes, cette fois dans Zénith, Cano Ruiz revient sur ses thèses, et dans autant d’autres textes toujours dans Zénith, Peirats offre à ses lecteurs de nouveaux arguments en faveur du volontarisme.

Cette polémique sur le déterminisme et le volontarisme dans les milieux libertaires n’est pas la première. Régulièrement a surgi dans nos publications des discussions sur ce thème et les citations que B.Cano Ruiz et José Peirats font de Kropotkine , de Bakounine , de Malatesta , de Han Ryner , de Rocker , de Fabbri et d’autres théoriciens anarchistes montrent que cela a toujours été un sujet de débat entre nous.

Nous estimons, néanmoins, que peu de fois elles ont été aussi prolongées et didactiques comme celle qui a motivé cette publication, et c’est pour cette raison que nous l’offrons à la réflexion, convaincu que la lecture de la pensée de Cano Ruiz et Peirats doit enrichir le patrimoine idéologique de celui qui s’y plonge.

Les décisions, d’un point de vue déterministe, sont le résultat de coutumes, de chromosomes, du milieu ambiant, de l’éducation, des circonstances extérieures…La volonté n’existe pas comme facteur indépendant, capable de s’exprimer en opposition à la loi de l’hérédité et du milieu. Ce que l’on appelle volonté ne serait rien d’autre que l’effet de causes déterminées. Selon le déterminisme, rien dans le monde, rien dans la vie, n’échapperait à la loi selon laquelle il n’y a pas d’effets sans causes. C’est le principe de causalité. La volonté des volontaristes, pour les déterministes, serait une action sans causes, c’est à dire une absurdité.

Pour les volontaristes, les décisions, les volitions sont libres et indépendantes. Ils rejettent toute continuité entre l’immuabilité des lois physiques et les idées ou les sentiments. Il n’y a pas de règles qui peuvent mesurer l’intensité des sentiments ou le pouvoir de la volonté de l’être humain avec la même rigidité avec laquelle on pèse les poids ou avec laquelle on mesure les hauteurs avec un altimètre ou la résistance des métaux. La volonté se transforme continuellement et assume différentes intensités selon l’objectif, le caractère.

Sauf exceptions, les anarchistes sont partisans de la morale. Une morale rationaliste que Guyau qualifie de « sans obligations, ni sanctions. », morale qui impose des obligations, des devoirs, tout ce qui n’aurait pas de sens, selon les volontaristes, si dans l’être humain, il n’existait pas la faculté de décider l’action en fonction de la volonté.

Malatesta a transformé Kropotkine en champion du déterminisme, sans que celui-ci ne l’ait jamais désiré. La foi aveugle que l’anarchiste slave avait dans la science l’amenait à s’appuyer exclusivement sur elle pour présager de l’avènement de l’anarchisme comme fait inévitable auquel devrait conduire inexorablement la science. Malatesta qui considérait Kropotkine comme un poète de la science, a attaqué à diverses reprises le scientisme de Kropotkine et il a écrit des textes entièrement consacrés à ce personnage, comme ceux qu’il a publiés dans Volonté , le 22 novembre 1913 ( « Déterminisme et volonté »), le 27 décembre de la même année ( « Science et reforme sociale ») et le 3 janvier 1914 ( « La volonté »). Suivirent de nombreux autres textes dont certains dans lesquels il s’exprime durement : « l’idée ( de Kropotkine , exprimée dans une conférence datée du 6 mars 1896), pour moi arbitraire et absurde, que l’anarchie est une conception de l’univers basée sur une interprétation mécaniste des phénomènes » ( « Penser et Volonté », 1er septembre 1925), et plusieurs années après la mort de Kropotkine , Malatesta reprend encore le thème dans un article intitulé : « Pierre Kropotkine - souvenirs et critiques d’un vieil ami » ( Etudes sociales, Montevideo, 15 avril 1931) :

 

« Kropotkine , qui était très sévère avec le fatalisme des marxistes, est tombé dans le fatalisme mécaniste qui est beaucoup plus paralysant… Il s’accroche à sa conviction que toutes les récentes découvertes, dans toutes les sciences, de l’astronomie à la biologie, de la biologie à la sociologie, concourent à démontrer chaque fois davantage que l’anarchie est le mode d’organisation social qui est imposé par les lois naturelles ».

Les exégètes de l’anarchisme, qui ignorant les nuances qui existent en faveur de Kropotkine , se sont chargés de le lapider sur la roche tarpéienne de l’exagération, se sont nourris, avec difficulté la plupart du temps, des attaques menées à leur terme par Malatesta contre la panacée scientifique de Kropotkine . Et ainsi, de la même manière que Malatesta s’est qualifié de volontariste à outrance, même s’il a reconnu à de nombreuses occasions le déterminisme des lois naturelles, comme la logique l’exige :

 

« Les choses étant considérées ainsi, c’est une tâche de la science de découvrir ce qui est fatal ( les lois naturelles) et d’établir les limites où terminent la nécessité et où commence la liberté ; et sa meilleure utilité consiste à libérer l’homme de l’illusion de pouvoir faire tout ce qu’il veut et d’amplifier toujours plus sa liberté effective » [2] ;

De la même manière ces exégètes remaniaient les importantes nuances volontaristes que Kropotkine charriait avec lui et que Malatesta lui aussi mettait en évidence :

 

« Kropotkine oubliait sa conception mécaniste et se lançait dans la lutte avec le brio, l’enthousiasme et la confiance de quelqu’un qui croit en l’efficacité de sa volonté et espère gagner avec son activité, obtenir ou contribuer à obtenir ce qu’il désir. » [3]

Peirats, lui-même, paraît s’ajouter à ce courant « d’arrangeurs » quand il dit dans son dernier article « que tant Godwin que Kropotkine sont … des scientifiques, des matérialistes et des déterministes enragés ». Cependant Malatesta a raison quand il signale que Kropotkine crée avec l’efficience de sa volonté et qu’il y a des œuvres, parmi celles de Kropotkine , qui sont plus volontaristes que déterministes. Une d’elles, La Morale anarchiste, parue dans La Révolte à Paris dans les numéros compris entre le 1er mars et le 9 décembre 1891, et publié la même année en feuillet de 74 pages, nous découvre un homme qui croit en la responsabilité et dans le libre arbitre :

 

« La moralité, qui se dégage de l’observation de tout l’ensemble du règne animal, supérieure de beaucoup à la précédente, peut se résumer ainsi : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent dans les mêmes circonstances ». […] L’idée du bien et du mal existe dans l’humanité. L’homme quelques degrés de développement intellectuel qu’il ait atteint, quelques obscurcies que soient ses idées par les préjugées, considère généralement comme bon ce qui est utile à la société dans laquelle il vit, comme mauvais ce qui lui est nuisible [4]. »

Dans cette petite œuvre, malheureusement travestie par beaucoup, Kropotkine se dresse en avocat de Sofia Perovskaya et de ceux qui avec elle intervinrent dans l’attentat qui tua le Tzar :

 

« Ce droit d’user de la force, l’humanité ne le refuse jamais à ceux qui l’ont conquis- que ce droit soit usé sur les barricades ou dans l’ombre d’un carrefour. Mais, pour qu’un tel acte produise une impression profonde sur les esprits, il faut conquérir ce droit. [5] »

Les derniers paragraphes terminent en beauté le volontarisme de Kropotkine :

 

« Mais si tu sens en toi la force de la jeunesse, si tu veux vivre, si tu veux jouir de la vie entière, pleine, débordante […] sois fort, sois grand, sois énergique dans tout ce que tu feras. [6] »

 

« Sème la vie autour de toi […]Révolte-toi contre l’iniquité, le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte, c’est la vie, d’autant plus intense que la lutte sera d’autant plus vive. […] Lutte pour permettre à tous de vivre de cette vie riche et débordante, et sois sûr que tu trouveras dans cette lutte des joies si grandes que tu n’en trouveras pas de pareilles dans aucune autre activité [7]. »

« C’est tout ce que peut te dire la science de la morale. A toi de choisir. [8] »

Un autre grand anarchiste contradictoire, plus encore que Kropotkine dans ce dédale du déterminisme et du volontarisme dans lequel se sont mis les anarchistes, c’est Bakounine . Il sert d’appui indistinctement à Cano Ruiz et à Peirats, le premier dans sa défense du déterminisme, le second pour soutenir le volontarisme. Cela provient du fait que Bakounine représente un point de transition d’une période bien précise du socialisme européen : d’abord il est profondément marqué par le matérialisme scientifique de Marx, à qui il reconnaît le statut de maître, –il va jusqu’à traduire Le Capital en russe, – et ensuite quand il suit sa propre voie et que Marx est tombé de son piédestal où il l’avait placé auparavant.

Indubitablement Bakounine s’inclina, jusqu’au dernier jour de sa vie, devant les lois naturelles et leur autorité : « qui régissent tous nos mouvements, toutes nos pensées, tous nos actes » comme le fait remarquer intelligemment Cano Ruiz en citant quelques paragraphes de Dieu et l’Etat, qui est un large extrait tiré de L’Empire Knouto-germanique et la Révolution Sociale, 2ème édition (1871), par EliséeReclus et Cafiero sans le consentement de Bakounine . Mais cela est loin de représenter uniformément la pensée du grand révolutionnaire russe. Dans Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme, écrit deux ans avant, en 1869, il nous avertit déjà qu’ « Il est nécessaire de reconnaître les limites de la science et de se souvenir que ce n’est pas le tout mais une partie et que le tout c’est la vie ». Dans les considérations philosophiques qui sont un appendice à L’Empire Knouto-Germanique, (1870), il nous affirme que :

 

« L’homme veut seulement sa véritable condition d’homme et il conquiert la possibilité de son émancipation intérieure quand il arrive à rompre les chaînes de l’esclavage que la nature extérieure fait peser sur tous les êtres vivants ».

En réalité, et malgré l’influence inégalable du déterminisme scientifique de Marx, Bakounine se révèle être plus souvent volontariste dans ses écrits que déterministe :

 

« Cette tendance » - la satisfaction des nécessités propres- « manifestation essentielle et suprême de la vie, constitue la base même de ce que nous appelons volonté : fatale et irrésistible dans tous les animaux, y compris dans l’homme le plus civilisé, instinctive, nous pourrions presque dire mécanique, dans les organismes inférieurs ; mais intelligente dans les espèces supérieures, elle atteint la pleine conscience d’elle-même dans l’homme qui, grâce à son intelligence qui l’élève au-dessus des mouvements instinctifs et qui lui permet de comparer, de critiquer et d’ordonner ses nécessités, est le seul, entre tous les animaux de la Terre à posséder une conscience consciente d’elle-même, une volonté libre. » ( Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme)

De fait, en outre, tous les révolutionnaires se sont inclinés devant les lois naturelles bien que dans le camp des anarchistes ceux qui ont voulu embrasser le déterminisme ont toujours été minoritaires.

B. Cano Ruiz ne savait que trop que son audace allait appeler une réponse de la part de l’orthodoxie anarchiste, mais il a démontré en de nombreuses occasions qu’il ne craignait pas la polémique ( récemment il lança un grand défi dans les colonnes de Terre et liberté en publiant un travail intitulé « Inutilité du Syndicalisme »), qu’il sait maintenir dans les bornes de la courtoisie et pour laquelle il a des arguments. Le lecteur se rendra compte que malgré les brillantes objections de Peirats, l’exposé de Benjamin Cano Ruiz se tient élégamment jusqu’à la fin et que, comme dans de nombreuses autres occasions, la controverse déterminisme-volontarisme n’a pu aboutir à un vaincu ou un vainqueur. Malgré cela, la lecture des pages qui suivent offrira un moment de philosophie caustique que tout le monde saura apprécier.

Pour finir, les déclarations des prix Nobels Taung Dao et Chen Ning Yang, « Nous devons être préparés avant l’apparition d’un phénomène déterminé à reconsidérer les dites lois naturelles », que cite Peirats à la fin de son œuvre, met en relief qu’il n’est pas superflu de revoir tout l’échafaudage philosophique des idées sociales, et dans notre cas à nous anarchistes, la science, cette déesse adorée par Kropotkine et par B. Cano Ruiz, conquiert de manière vertigineuse le monde ; et il y a beaucoup de scientifiques : 99% des hommes de science de l’humanité vivent aujourd’hui, selon Oppenheimer, et ils remuent les secrets du monde pour nous offrir des surprises chaque matin.

L’impact des quanta, mis à jour par Planck sur la table de travail des scientifiques, élément important qu’utilisa Einstein lui-même pour sa Théorie de la Relativité, a contraint à mettre au grenier les lois de Newton. La mécanique quantique est en train d’expulser le déterminisme de la science en faveur de la probabilité. Un des scientifiques qui armé des concepts de Planck a donné une grande impulsion à la Mécanique Quantique, Werner Heisenberg, en est arrivé à affirmer que : « Le déterminisme est mort ». Les causes ne provoquent pas, irrésistiblement, des effets déterminés. La science préfère s’appuyer de plus en plus sur la statistique qui nourrit les lois de la probabilité.

Victor Garcia.


[1] Caracas, édition FIJL, 1966

[2] « Pensée et volonté », 1er février 1926

[3] ( Etudes Sociales, op.cit)

[4] Pierre Kropotkine , La morale anarchiste, édition Mille et une nuits, 2004, p.35-36 (N.D.T)

[5] Ibid, p.52

[6] Ibid, p.79

[7] Ibid, p.79

[8] Ibid, p.79


Première intervention de Benjamin Cano Ruiz

Dans sa genèse et dans son essence même, l’idée que l’humanité s’est toujours faite de la justice est restée identique dans le temps et l’espace. Le concept de justice s’est toujours uni à celui de responsabilité et de libre détermination. Si nous n’avions pas considéré l’être humain comme possesseur de cette liberté de se conduire, en bien ou en mal, selon que cela plaise à sa volonté totalement libre, on n’aurait pas considéré comme dignes de récompenses ou de punitions les actions humaines, alors que seul peut être digne de récompense l’homme qui, mis dans l’alternative d’agir bien ou mal dans certaines circonstances, sans aucune autre force qui l’incline, est induit par sa volonté vers la bonne action. Et dans les mêmes circonstances, seul mérite la punition, l’être humain qui, mis dans la même alternative, sans autre force, néanmoins, qui l’incline vers le mal, est porté par sa volonté vers la mauvaise action. Sans cette idée racine, tout l’arbre de la justice historique s’abat. Et il est très intéressant et curieux de signaler le fait permanent dans le discours de l’histoire que dans tous les codes de tous les lieux et de toutes les époques, cette idée racine sert de base et d’essence a tout l’engrenage des concepts juridiques et encore à ceux régissent la justice des civilisations modernes.

Dans le même ordre d’idée, les pays tombés sous la férule du marxisme, qui avaient parus être ceux appelés à donner une interprétation différente de cette conception spiritualiste, et en définitive de l’essence même de l’idée de justice, ont suivi les traces de la conception classique de la justice en rétrogradant vers les applications les plus bestiales, les plus dogmatiques et inhumaines des temps modernes.

L’idée, selon laquelle l’être humain a une volonté absolument libre qui dirige tous ses actes, qui est supérieure et détachée de la vie physique de ce même être est indissolublement unie à l’idée du dualisme du corps et de l’esprit dans l’espèce humaine. La conception spiritualiste est un élément permanent dans toutes les religions. Il n’y a pas de libre détermination sans volonté, pas de volonté sans esprit, pas d’esprit sans religion. D’où l’on peut déduire que l’idée classique de la justice est essentiellement religieuse.

Or est-ce que cette conception de la justice, sous-tendue par le libre arbitre, se concilie avec les réalités scientifiques sur la nature humaine ?

Durant les dernières décennies, les sciences de la vie ont progressé de manières étonnantes, et l’une d’entre elles, la génétique, a ouvert de larges horizons sur la nature humaine. Depuis que Mendel a posé les bases de la génétique moderne jusqu’à nos jours, on a ouvert de larges perspectives sur les fondements biologiques de l’Homo sapiens, fondements qui auparavant étaient toujours restés mystérieusement obscurs. Et ces perspectives, largement ouvertes désormais et presque complètement connues, concordent peu avec l’idée classique de la justice basée sur le volontarisme.

L’observation a démontré que dans les organismes supérieurs, y compris l’homme, l’existence de l’individu commence avec deux éléments distincts provenant de deux individus que nous appelons géniteurs, et sa vie débute quand ces deux morceaux s’unissent pour former une cellule. Durant cette première phase, le nouvel individu est une seule cellule, avec un seul noyau, l’œuf fertilisé. Cette cellule se divise et se subdivise jusqu’à former le corps entier composé de millions de cellules.

Par des expériences, on a pu vérifier que la cellule originale contient un grand nombre de substances différentes et séparables qui apparaissent au microscope comme de minuscules particules. Nous savons que les individus commencent leur existence avec une combinaison déterminée de ces substances et que leurs développements, ce qu’ils deviennent, les caractéristiques qu’ils acquièrent, les particularités qu’ils présentent, dépendent, à égales conditions, de la série de ces substances avec laquelle on commence son existence. Cela est ce que l’on considère en biologie comme son hérédité. Actuellement, grâce à Morgan et son école et à C.D. Darlington et la sienne, on en sait déjà beaucoup sur les résultats que l’on obtient quand on altère une seule ou quelques unes ou une grande partie de l’infinité des différentes substances présentes dans la cellule originale. Certaines combinaisons de ces substances donnent des individus imparfaits, débiles mentaux ou monstres. D’autres combinaisons donnent des individus normaux et d’autres des individus qui dépassent le niveau normal de leur genre. Il a été prouvé expérimentalement que les différentes combinaisons de ces substances produisent des différences physiologiques de tout ordre, y compris des différences dans le comportement de ce que nous appelons la mentalité.

Cette multitude de substances différentes, que l’on trouve dans l’individu quand son développement commence, s’appellent les gènes. Les gènes existent dans les deux morceaux, provenant des deux géniteurs, qui s’unissent pour former le nouvel individu. Ceux-ci, à savoir les gènes, existent dans la cellule œuf sous la forme d’infimes particules qui se regroupent formant ainsi des structures visibles au microscope et connues sous le nom de chromosomes. Les chromosomes, avec les gènes qui y sont contenus, forment une vésicule, appelée noyau, à l’intérieur de la cellule. La cellule œuf est constituée par une pâte de matière, semblable à de la gelée, appelée le cytoplasme, dans laquelle se trouve le noyau avec ses chromosomes et ses gènes. On a confirmé, que dans les noyaux, les gènes en viennent à former quelque chose comme les maillons d’une chaîne très longue composée de paires successives de maillons.

Nous savons que chacun de nos géniteurs nous donne une série complète de gènes sous la forme d’une chaîne comprenant de nombreux maillons. Par conséquent, nous avons dans chaque cellule deux de ces chaînes de gènes, chacune d’elle étant complète par elle-même. Pour autant, en ce qui concerne nos gènes, nous sommes doubles. Chacune des deux séries, dans une cellule, contient tout la matière nécessaire pour produire un individu ; par conséquent, nous commençons notre vie comme des individus doubles. Cette double individualité s’applique à chacune des milliers de substances différentes ou gènes, avec lesquelles nous commençons notre vie. Chaque type est présent dans chaque cellule en deux exemplaires formant ainsi une paire de gène. Un gène de chaque paire provient du père et un autre de la mère. Cela fait, la combinaison par paire des gènes, est la clef pour comprendre l’hérédité, la nature de l’être humain et presque tous les problèmes de la biologie.

Chaque paire de gène a une fonction distincte dans le développement de l’être humain et les deux gènes de chaque paire ont la même fonction dans ce développement : si l’un à un rôle dans la couleur des cheveux, par exemple, l’autre aussi. Cependant, bien que les deux gènes d’une paire doivent effectuer une tache de même nature, chacun d’eux peut avoir une tendance à le réaliser de manière différente. L’un d’eux, que ce soit celui du père ou de la mère, peut être défectueux et provoquer une déficience. Si l’on parle de la couleur des cheveux, il peut avoir tendance à produire un albinos, avec la peau et les cheveux blancs. Si l’autre gène est normal, il peut réaliser un travail sans aucun défaut parce que le gène normal suppléer aux déficiences du gène défectueux, mais s’il se trouve que les deux gènes de la paire ont le même défaut, infailliblement, l’individu souffrira du même défaut dont souffrent les deux gènes.

Cette double individualité des gènes, néanmoins, agit comme une sécurité qui réduit au minimum les conséquences des défauts des gènes ; en effet ces défauts sont tellement communs que la société serait pleine d’individus défectueux, que l’humanité aurait peut être déjà périt ou que nous nous ne serions peut être pas, sans cette double ration de gènes dont nous sommes dotés lors de notre conception.

Par ailleurs, avec ces principes, la génétique expérimentale a démontré que toutes les caractéristiques de l’individu : structurelles, internes et externes, les couleurs, les formes, les tailles, les propriétés chimiques, les fonctions physiologiques jusqu’au comportement peuvent changer lorsque l’on modifie les gènes.

On a aussi démontré que l’environnement ou le milieu ambiant dans lequel se développe la cellule influe également de manière identique sur les caractéristiques selon les conditions dans lesquelles elle se développe. Un individu qui, dans les conditions normales, serait femelle peut en grande partie se transformer en mâle si l’on fait circuler dans son corps l’hormone masculine ou si on enlève les ovaires et que l’on transplante à sa place un testicule. Un individu destiner à être un imbécile ou un crétin peut se transformer en une personne normale si on l’alimente adéquatement avec de la thyroïde.

La génétique, en effet, a démontré que l’individu est le produit des matériaux de base qui orientent son développement, à savoir les gènes, ainsi que du milieu dans lequel ce développement se produit ; toute sa nature obéit à ces deux facteurs.

Donc la conduite de l’individu, conformément à ce qui a été établi par la génétique, est toujours déterminée par l’hérédité et le milieu.

Ceci étant admis, que devient la volonté ? Qu’est ce que la volonté en définitive ? L’individu a-t-il, comme l’affirme l’idée classique de justice, la liberté de déterminer par une volonté absolument libre ses propres actions ? La génétique répond à ces questions de manière absolument négative.

Par conséquent, un concept scientifique de la justice doit être fondamentalement différent du concept classique que l’on a depuis toujours. Si on a vérifié que les actions humaines sont influencées et déterminées par une grande quantité de facteurs qui se polarisent dans l’action elle-même ; si d’une part, on a démontré que cette action n’a pas pu être autre que celle qu’elle fut et que d’autre part, en réalité, la volonté, la libre détermination sur laquelle s’appuie le fait de mériter la punition ou la récompense, selon la qualité de l’action ne cessent d’être des idées obscures nées de la mentalité religieuse primitive de l’homme, alors l’attitude de la société devant l’action de l’individu ne peut plus être la même. Dans son essence, l’origine primitive de la justice classique est la vengeance. En analysant le problème de la justice à la lumière de la science ; étant donné ce que l’on connaît aujourd’hui sur la nature humaine, le principe vindicatif de la justice doit disparaître si nous voulons être logiques avec nos propres connaissances actuelles.

Au moment où nous sommes parvenus de l’histoire humaine, il y a une crise générale des valeurs et une subversion générale des idées. Tout ce qui est considéré comme la base de la pensée humaine, aristotélicienne pour sa plus grande partie, et toutes les raisons pour lesquelles on en est venu à développer l’éthique et toutes les manifestations des relations humaines sont en train de s’effondrer devant les vérités indiscutables de la science. Le monde n’est pas comme le croyait Aristote et comme a continué à le croire la pensée officielle durant de nombreux siècles. Sur la nature de l’homme, la science est en train de démontrer chaque jour que l’on a toujours eu des idées fondamentalement fausses. Seuls quelques penseurs, qui ont eu peu d’influence sur la pensée officielle à travers les siècles, ont pressenti la véritable nature de l’homme et du monde, comme Démocrite, véritable précurseur des découvertes sur les atomes. Et les idées qui indéfectiblement surgissent des vérités que la science produit chaque jour, sont totalement antagoniques avec celles qui ont dirigé la vie sociale de l’humanité durant presque toute son histoire. C’est de là qu’est en train de surgir une morale complètement neuve et que les idées de bien et de mal sont en train d’être profondément révisées ; que les concepts de juste et d’injuste sont en train de céder le pas à des concepts nouveaux et scientifiques de la justice ; que les idées de base de l’équité sociale sont en train de s’effondrer devant les conceptions anarchistes de l’identité d’origine biologique, démontrée par la science ; qu’enfin s’est élevé un monde social complètement différent, édifié sur les sédiments de la science, surgit d’entre les décombres de ce monde qui s’effondre et qui était construit avec tous les matériaux de la religion.


Première intervention de Jose Peiratz

Dans ton travail, tu te proposes d’examiner la justice de la justice classique à la lumière des conclusions scientifiques contemporaines. Tu écris :

 

« Le concept de justice s’est toujours uni à celui de responsabilité et de libre détermination. Si nous n’avions pas considéré l’être humain comme possesseur de cette liberté de se conduire, en bien ou en mal, selon que cela plaise à sa volonté totalement libre, on n’aurait pas considéré comme dignes de récompenses ou de punitions les actions humaines, alors que seul peut être digne de récompense l’homme qui, mis dans l’alternative d’agir bien ou mal dans certaines circonstances, sans aucune autre force qui l’incline, est induit par sa volonté vers la bonne action. Et dans les mêmes circonstances, seul mérite la punition, l’être humain qui, mis dans la même alternative, sans autre force, néanmoins, qui l’incline vers le mal, est porté par sa volonté vers la mauvaise action. »

Cette prémisse étant posée, tu fais remarquer que c’est en cela que consiste la racine de la justice, sans laquelle « tout l’arbre de la justice historique s’abat » ; que dans le cours de l’histoire, dans les codes de toutes les époques, sans exclure les civilisations modernes, l’engrange des concepts juridiques s’appuie sur cette idée racine.

Il s’agit, cependant, de savoir si l’être humain possède une volonté totalement libre qui dirige tous ses actes. A cet effet, tu nous dis qu’une telle idée est d’origine religieuse : « Il n’y a pas de libre détermination sans volonté, pas de volonté sans esprit, pas d’esprit sans religion ».

Cette affirmation étant posée, tu essaies ensuite de l’appuyer sur une base ferme, non religieuse. Pour toi la meilleure garantie ne peut être que la science : « Or est-ce que cette conception de la justice, sous-tendue par le libre arbitre, se concilie avec les réalités scientifiques sur la nature humaine ? » A la ligne suivante, tu t’en remets aux expériences biologico-génétiques :

 

« Durant les dernières décennies, les sciences de la vie ont progressé de manières étonnantes, et une d’entre elles, la génétique, a ouvert de larges horizons sur la nature humaine. Depuis que Mendel a posé les bases de la génétique moderne jusqu’à nos jours, on a ouvert de larges perspectives sur les fondements biologiques de l’Homo sapiens, fondements qui avant étaient toujours restés dans une mystérieuse obscurité. Et ces perspectives, largement ouvertes désormais et presque complètement connues, concordent peu avec l’idée classique de la justice basée sur le volontarisme. »

Le méticuleux détail que la science met en évidence sur la nature dynamico-structurelle intime, tu la résumes dans cette conclusion finale :

 

« Il a été prouvé expérimentalement que les différentes combinaisons de ces substances produisent des différences physiologiques de tout ordre, y compris des différences dans le comportement de ce que nous appelons la mentalité »

ou dans cette autre phrase :

 

« La génétique, en effet, a démontré que l’individu est le produit des matériaux de base qui orientent son développement, à savoir les gènes et du milieu dans lequel ce développement se produit ; toute sa nature obéit à ses deux facteurs. Donc la conduite de l’individu, conformément à ce qui a été établit par la génétique, est toujours déterminée par l’hérédité et le milieu. Ceci étant admis, que devient la volonté ? Qu’est ce que la volonté en définitif ? L’individu a-t-il, comme l’affirme l’idée classique de justice, la liberté de déterminer par une volonté absolument libre ses propres actions ? La génétique répond à ces questions de manière absolument négative. »

Loin de moi l’idée de bouger une seule pièce du solide échafaudage sur lequel tu appuies ta négation de la justice historique. Mon intention se réduit à élargir le champ des conséquences qui résultent de cette même base scientifique. Ton travail n’embrasse pas, très certainement, ce large champ et en ne le faisant pas tu offres à la critique malveillante de larges flancs découverts. Et tu laisses le lecteur objectif avide de conclusions plus transcendantales.

Comme je l’ai dit au début, tu te proposes d’examiner la justice de la justice dans sa prétention à faire justice. Et moi je demande : Dans quelle mesure cette justice historique peut être détachée de la justice sans adjectifs ? Sur laquelle des diverses formes ou notions de justice peut en toute logique s’appuyer ton jugement tout à fait fondé ?

Nous avons vu que dans ton objectif restreint, tu as dû montrer l’individu sous tous ses aspects, chimique, physique et biologique ; et tu as dû nier l’existence de ces mêmes individus en tant qu’êtres de volonté et capables de se déterminer. Etant posée la conception non-volontariste de l’homme, nous assistons à la chute de la notion de responsabilité ; mais aussi à l’effondrement de toute idée de justice, classique ou non, de tout concept moral et par conséquent de tout dynamisme psychique conscient. C’est pourquoi les conclusions qui mettent un point final à ton travail aboutissent à une absurdité.

 

« C’est de là qu’est en train de surgir une morale complètement neuve et que les idées de bien et de mal sont en train d’être profondément révisée ; que les concepts de juste et d’injuste sont en train de céder le pas à des concepts nouveaux et scientifiques de la justice ; que les idées de base de l’équité sociale sont en train de s’effondrer devant les conceptions anarchistes de l’identité d’origine biologique, démontrée par la science ; qu’enfin s’est élevé un monde social complètement différent, édifié sur les sédiments de la science, surgit d’entre les décombres de ce monde qui s’effondre et qui était construit avec tous les matériaux de la religion. »

Quelle morale complètement neuve, quelle nouvelle idée du bon et du mauvais, quel nouveau concept du juste et de l’injuste, quelle nouvelle base de l’équité sociale sont-elle en train de s’élaborer au détriment et sur les ruines juridiquo-religieuses ? Avant tout, juridique ou non, religieuse ou non ; la morale, le bien, le mal, le juste et l’injuste, l’équité sociale existe-t-elle ?

Si nous nous conformons à tes prémisses, nous dirons que ce qui sert scientifiquement à nier tous ces concepts dans la religion et dans la justice historique, sert aussi pour tous les concepts de justice et de morale pris abstraitement qu’il soient juridiques et religieux ou non. Voyons : Est ce que la qualification de bien et de mal, de juste et d’injuste est propre au lois, aux commandements, aux codes, aux prêtres et aux juges ? Toi même tu n’as pas pu te soustraire aux préoccupations de justice et morale en analysant les formes et le fondements juridico-religieux. Il y a donc une notion non religieuse ou juridique de la justice et de la morale. Sans elle nous ne serions pas tombés dans la tentation de juger et de condamner ces mêmes notions qui sont néanmoins différentes quand tu les fais reposer sur le code de la Nature et de ses lois scientifiques.

En te retournant contre la justice historique au nom de nouveaux concepts de la justice, tu sens qu’il y a deux sortes de justice, une justice apocryphe et une autre authentique, une injuste et une autre juste. Comment as tu pu arriver à une telle conclusion étant donnée ta prémisse antérieure, à savoir : Que la notion de bien et de mal, de juste et d’injuste, est de racine religieuse ? En d’autre terme, en reprochant au juge sa prétention à juger et à condamner le présumé délinquant, sachant l’irresponsabilité innée de celui-ci, tu transformes automatiquement en responsable le juge et tu réclames pour celui-ci ce que tu n’admets pas pour le supposé délinquant. Le juge ne serait-il pas aussi sujet, en tant que créature humaine, au même déterminisme de l’hérédité et du milieu ? De là cette conséquence logique : si tu peux condamner le juge, tu dois admettre que, pour le moins la responsabilité du délinquant. Si tu ne peux pas l’admettre dans ce dernier, alors tu dois aussi absoudre le juge.

Absous, il l’est en effet à travers une anecdote évoquée, je crois par Malatesta. Il s’agit pour un avocat de démontrer l’irresponsabilité, et par conséquent, l’innocence de son client. Les arguments du lettré, pour ce cas, étaient les tiens : le déterminisme social était à la base du fait délictueux. Le délinquant était, donc, irresponsable ; et le juge qui le condamnerait serait coupable de monstruosité. La réaction du juge, en accord avec les arguments de la défense, furent tranchant : « Moi, créature humaine, socialement déterminée, je dois le condamner et je le condamne, et j’en suis automatiquement absous ».

Je n’essaie pas de sauver la mise à la justice historique. J’essaie de montrer qu’une même notion de base de justice ( en l’occurrence l’irresponsabilité génético-biologique) ne peut utiliser deux poids, deux mesures. En supprimant toute responsabilité pour absoudre tous les verdicts défavorables à un individu, la décision se retourne contre cet individu même.

Je n’essaie pas non plus, comme je l’ai dit de bouger une seule pièce de ton solide armature scientifique, seulement de réduire ton optimisme ou du moins celui auquel tu arrives à partir de ta base de départ. Je crois, cependant, que ta joie à nous parler d’une morale complètement neuve, de nouveaux concepts scientifiques de justice, de conceptions anarchistes de l’identité d’origine n’est pas en accord avec le pessimisme scientifique, sombre et désespéré de certains biologistes très réputés.

Je me suis déjà référé quelque part à une conférence du savant biologiste français Jean Rostand. Rostand va beaucoup plus loin que toi dans les conséquences des lois génétiques. Il ne s’agit pas, selon lui, seulement de l’influence spontanée de ces lois sur l’individu, mais qu’étant donnée la connaissance acquise sur ces lois, l’homme peut faire de l’homme la même chose que l’horticulteur le fait de certaines plantes. La génétique est aujourd’hui une science éminemment appliquée ( remarque, entre parenthèses, ce paradoxe : le biologiste qui comme individu est déterminé par les lois biologiques, comme le premier venu, peut à son tour déterminer les individus).

Selon Rostand, un biologiste a déjà évoqué l’hypothèse de la fabrication du génie. La procréation artificielle, avec des spermatozoïdes congelés, a permis d’engendrer trois enfants dans l’Université de Iowa. Rostand admet aussi qu’il ne sera pas impossible de déterminer le sexe, selon les désirs, des enfants engendrés artificiellement, en plus des autres qualités désirées ; en un mot : la fabrication du surhomme que le même Rostand se dit sur le point d’appeler infrahumain. Rostand est d’accord avec toi sur le fait que « l’idée de personnalité a été tournée en ridicule par la biologie. Le jour où la technique permet toutes les greffes ; où un enfant procrée artificiellement peut dire qu’il a été désiré mâle, grand et blond ; ou que au moyen de glandes d’embryons, on peut transformer en intelligent un jeune crétin, pouvez-vous me dire ce qu’il restera des notions de valeur, de mérite, y compris de responsabilité et des notions de je ou de personnalité ? Si on peut modifier la structure de la personne humaine, les valeurs traditionnelles ne se s’effondrent-elles pas ? »

Allons à ce qui, toi te réjouit, et horrifie Rostand, qui conclut ainsi :

 

« Depuis la mort de Dieu nous avons transféré à l’homme une part de la transcendance, c’est à dire que nous avons créé une sorte d’homme sacré. Or l’humanité se résignera-t-elle à perdre cette condition sacrée ? L’homme pourrait-il vivre en se sachant totalement déterminé ? Je me sens à la fois enthousiaste et horrifié. »

Comme tu peux le voir le problème que tu t’es mis sur le dos n’est pas si simple, ni si réjouissant. Dans les conclusions de Rostand, qui n’est pas un amateur, mais un technicien confirmé en la matière, aux constatations suivent les doutes, à l’horreur, la révolte. Je veux te faire participer à ma révolte face à l’impossibilité de vivre en me sachant totalement déterminé ; devant le nouveau et décisif pouvoir de l’Etat permettant la procréation d’esclaves en série ; devant la perspective de voir le précipice en contrebas, révolté par toutes les valeurs traditionnelles, par les principes moraux et révolutionnaires, par tout ce que toi et moi nous disons, pour ce à quoi nous aspirons et pour lequel nous luttons, pour lequel nous luttons.




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