Source : RA Forum
Introduction de Victor Garcia [1]
Dans le numéro hors série de Terre et Liberté de
Mexico (n° 165-166, du 19 juillet 1957) paraît un article signé par B.
Cano Ruiz sous le titre de « La Génétique contre le concept classique
de justice », dans lequel le collaborateur de cette publication
anarchiste mexicaine défend ouvertement le déterminisme.
En octobre de la même année, dans le numéro 70 de Zénith, publication
elle aussi libertaire qui est éditée à Toulouse en France, José Peirats
réplique à Cano Ruiz dans son article intitulé « Le procès de la
justice – Réflexion sur la condition humaine », en défendant une
position volontariste.
Dans trois autres textes, cette fois dans Zénith, Cano Ruiz revient sur ses thèses, et dans autant d’autres textes toujours dans Zénith, Peirats offre à ses lecteurs de nouveaux arguments en faveur du volontarisme.
Cette polémique sur le déterminisme et le volontarisme
dans les milieux libertaires n’est pas la première. Régulièrement a
surgi dans nos publications des discussions sur ce thème et les
citations que B.Cano Ruiz et José Peirats font de Kropotkine
, de Bakounine , de Malatesta , de Han Ryner , de Rocker , de Fabbri et d’autres
théoriciens anarchistes montrent que cela a toujours été un sujet de
débat entre nous.
Nous estimons, néanmoins, que peu de fois elles ont été
aussi prolongées et didactiques comme celle qui a motivé cette
publication, et c’est pour cette raison que nous l’offrons à la
réflexion, convaincu que la lecture de la pensée de Cano Ruiz et
Peirats doit enrichir le patrimoine idéologique de celui qui s’y plonge.
Les décisions, d’un point de vue déterministe, sont le
résultat de coutumes, de chromosomes, du milieu ambiant, de
l’éducation, des circonstances extérieures…La volonté n’existe pas
comme facteur indépendant, capable de s’exprimer en opposition à la loi
de l’hérédité et du milieu. Ce que l’on appelle volonté ne serait rien
d’autre que l’effet de causes déterminées. Selon le déterminisme, rien
dans le monde, rien dans la vie, n’échapperait à la loi selon laquelle
il n’y a pas d’effets sans causes. C’est le principe de causalité. La
volonté des volontaristes, pour les déterministes, serait une action
sans causes, c’est à dire une absurdité.
Pour les volontaristes, les décisions, les volitions
sont libres et indépendantes. Ils rejettent toute continuité entre
l’immuabilité des lois physiques et les idées ou les sentiments. Il n’y
a pas de règles qui peuvent mesurer l’intensité des sentiments ou le
pouvoir de la volonté de l’être humain avec la même rigidité avec
laquelle on pèse les poids ou avec laquelle on mesure les hauteurs avec
un altimètre ou la résistance des métaux. La volonté se transforme
continuellement et assume différentes intensités selon l’objectif, le
caractère.
Sauf exceptions, les anarchistes sont partisans de la
morale. Une morale rationaliste que Guyau qualifie de « sans
obligations, ni sanctions. », morale qui impose des obligations, des
devoirs, tout ce qui n’aurait pas de sens, selon les volontaristes, si
dans l’être humain, il n’existait pas la faculté de décider l’action en
fonction de la volonté.
Malatesta a transformé Kropotkine
en champion du
déterminisme, sans que celui-ci ne l’ait jamais désiré. La foi aveugle
que l’anarchiste slave avait dans la science l’amenait à s’appuyer
exclusivement sur elle pour présager de l’avènement de l’anarchisme
comme fait inévitable auquel devrait conduire inexorablement la
science. Malatesta qui considérait Kropotkine
comme un poète de la
science, a attaqué à diverses reprises le scientisme de Kropotkine
et
il a écrit des textes entièrement consacrés à ce personnage, comme ceux
qu’il a publiés dans Volonté , le 22 novembre 1913
( « Déterminisme et volonté »), le 27 décembre de la même année (
« Science et reforme sociale ») et le 3 janvier 1914 ( « La volonté »).
Suivirent de nombreux autres textes dont certains dans lesquels il
s’exprime durement : « l’idée ( de Kropotkine
, exprimée dans une
conférence datée du 6 mars 1896), pour moi arbitraire et absurde, que
l’anarchie est une conception de l’univers basée sur une interprétation
mécaniste des phénomènes » ( « Penser et Volonté », 1er septembre
1925), et plusieurs années après la mort de Kropotkine
, Malatesta
reprend encore le thème dans un article intitulé : « Pierre Kropotkine
-
souvenirs et critiques d’un vieil ami » ( Etudes sociales, Montevideo, 15 avril 1931) :
« Kropotkine
, qui était très sévère
avec le fatalisme des marxistes, est tombé dans le fatalisme mécaniste
qui est beaucoup plus paralysant… Il s’accroche à sa conviction que
toutes les récentes découvertes, dans toutes les sciences, de
l’astronomie à la biologie, de la biologie à la sociologie, concourent
à démontrer chaque fois davantage que l’anarchie est le mode
d’organisation social qui est imposé par les lois naturelles ».
Les exégètes de l’anarchisme, qui ignorant les nuances
qui existent en faveur de Kropotkine
, se sont chargés de le lapider sur
la roche tarpéienne de l’exagération, se sont nourris, avec difficulté
la plupart du temps, des attaques menées à leur terme par Malatesta
contre la panacée scientifique de Kropotkine
. Et ainsi, de la même
manière que Malatesta s’est qualifié de volontariste à outrance, même
s’il a reconnu à de nombreuses occasions le déterminisme des lois
naturelles, comme la logique l’exige :
« Les choses étant considérées ainsi,
c’est une tâche de la science de découvrir ce qui est fatal ( les lois
naturelles) et d’établir les limites où terminent la nécessité et où
commence la liberté ; et sa meilleure utilité consiste à libérer
l’homme de l’illusion de pouvoir faire tout ce qu’il veut et
d’amplifier toujours plus sa liberté effective » [2] ;
De la même manière ces exégètes remaniaient les
importantes nuances volontaristes que Kropotkine
charriait avec lui et
que Malatesta lui aussi mettait en évidence :
« Kropotkine
oubliait sa conception
mécaniste et se lançait dans la lutte avec le brio, l’enthousiasme et
la confiance de quelqu’un qui croit en l’efficacité de sa volonté et
espère gagner avec son activité, obtenir ou contribuer à obtenir ce
qu’il désir. » [3]
Peirats, lui-même, paraît s’ajouter à ce courant
« d’arrangeurs » quand il dit dans son dernier article « que tant Godwin que Kropotkine
sont … des scientifiques, des matérialistes et
des déterministes enragés ». Cependant Malatesta a raison quand il
signale que Kropotkine
crée avec l’efficience de sa volonté et qu’il y
a des œuvres, parmi celles de Kropotkine
, qui sont plus volontaristes
que déterministes. Une d’elles, La Morale anarchiste, parue dans La Révolte
à Paris dans les numéros compris entre le 1er mars et le 9 décembre
1891, et publié la même année en feuillet de 74 pages, nous découvre un
homme qui croit en la responsabilité et dans le libre arbitre :
« La moralité, qui se dégage de
l’observation de tout l’ensemble du règne animal, supérieure de
beaucoup à la précédente, peut se résumer ainsi : « Fais aux autres ce
que tu voudrais qu’ils te fassent dans les mêmes circonstances ». […]
L’idée du bien et du mal existe dans l’humanité. L’homme quelques
degrés de développement intellectuel qu’il ait atteint, quelques
obscurcies que soient ses idées par les préjugées, considère
généralement comme bon ce qui est utile à la société dans laquelle il vit, comme mauvais ce qui lui est nuisible [4]. »
Dans cette petite œuvre, malheureusement travestie par
beaucoup, Kropotkine
se dresse en avocat de Sofia Perovskaya et de ceux
qui avec elle intervinrent dans l’attentat qui tua le Tzar :
« Ce droit d’user de la force,
l’humanité ne le refuse jamais à ceux qui l’ont conquis- que ce droit
soit usé sur les barricades ou dans l’ombre d’un carrefour. Mais, pour
qu’un tel acte produise une impression profonde sur les esprits, il
faut conquérir ce droit. [5] »
Les derniers paragraphes terminent en beauté le volontarisme de Kropotkine
:
« Mais si tu sens en toi la force de la
jeunesse, si tu veux vivre, si tu veux jouir de la vie entière, pleine,
débordante […] sois fort, sois grand, sois énergique dans tout ce que
tu feras. [6] »
« Sème la vie autour de toi […]Révolte-toi contre
l’iniquité, le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte, c’est la vie,
d’autant plus intense que la lutte sera d’autant plus vive. […] Lutte
pour permettre à tous de vivre de cette vie riche et débordante, et
sois sûr que tu trouveras dans cette lutte des joies si grandes que tu
n’en trouveras pas de pareilles dans aucune autre activité [7]. »
« C’est tout ce que peut te dire la science de la morale. A toi de choisir. [8] »
Un autre grand anarchiste contradictoire, plus encore
que Kropotkine
dans ce dédale du déterminisme et du volontarisme dans
lequel se sont mis les anarchistes, c’est Bakounine . Il sert d’appui
indistinctement à Cano Ruiz et à Peirats, le premier dans sa défense du
déterminisme, le second pour soutenir le volontarisme. Cela provient du
fait que Bakounine représente un point de transition d’une période bien
précise du socialisme européen : d’abord il est profondément marqué par
le matérialisme scientifique de Marx, à qui il reconnaît le statut de
maître, –il va jusqu’à traduire Le Capital en russe, – et ensuite quand il suit sa propre voie et que Marx est tombé de son piédestal où il l’avait placé auparavant.
Indubitablement Bakounine s’inclina, jusqu’au dernier
jour de sa vie, devant les lois naturelles et leur autorité : « qui
régissent tous nos mouvements, toutes nos pensées, tous nos actes »
comme le fait remarquer intelligemment Cano Ruiz en citant quelques
paragraphes de Dieu et l’Etat, qui est un large extrait tiré de L’Empire Knouto-germanique et la Révolution Sociale, 2ème édition (1871),
par EliséeReclus et Cafiero sans le consentement de Bakounine . Mais
cela est loin de représenter uniformément la pensée du grand
révolutionnaire russe. Dans Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme,
écrit deux ans avant, en 1869, il nous avertit déjà qu’ « Il est
nécessaire de reconnaître les limites de la science et de se souvenir
que ce n’est pas le tout mais une partie et que le tout c’est la vie ».
Dans les considérations philosophiques qui sont un appendice à L’Empire Knouto-Germanique, (1870), il nous affirme que :
« L’homme veut seulement sa véritable
condition d’homme et il conquiert la possibilité de son émancipation
intérieure quand il arrive à rompre les chaînes de l’esclavage que la
nature extérieure fait peser sur tous les êtres vivants ».
En réalité, et malgré l’influence inégalable du
déterminisme scientifique de Marx, Bakounine se révèle être plus
souvent volontariste dans ses écrits que déterministe :
« Cette tendance » - la satisfaction
des nécessités propres- « manifestation essentielle et suprême de la
vie, constitue la base même de ce que nous appelons volonté : fatale et
irrésistible dans tous les animaux, y compris dans l’homme le plus
civilisé, instinctive, nous pourrions presque dire mécanique, dans les
organismes inférieurs ; mais intelligente dans les espèces supérieures,
elle atteint la pleine conscience d’elle-même dans l’homme qui, grâce à
son intelligence qui l’élève au-dessus des mouvements instinctifs et
qui lui permet de comparer, de critiquer et d’ordonner ses nécessités,
est le seul, entre tous les animaux de la Terre à posséder une
conscience consciente d’elle-même, une volonté libre. » ( Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme)
De fait, en outre, tous les révolutionnaires se sont
inclinés devant les lois naturelles bien que dans le camp des
anarchistes ceux qui ont voulu embrasser le déterminisme ont toujours
été minoritaires.
B. Cano Ruiz ne savait que trop que son audace allait
appeler une réponse de la part de l’orthodoxie anarchiste, mais il a
démontré en de nombreuses occasions qu’il ne craignait pas la polémique
( récemment il lança un grand défi dans les colonnes de Terre et liberté
en publiant un travail intitulé « Inutilité du Syndicalisme »), qu’il
sait maintenir dans les bornes de la courtoisie et pour laquelle il a
des arguments. Le lecteur se rendra compte que malgré les brillantes
objections de Peirats, l’exposé de Benjamin Cano Ruiz se tient
élégamment jusqu’à la fin et que, comme dans de nombreuses autres
occasions, la controverse déterminisme-volontarisme
n’a pu aboutir à un vaincu ou un vainqueur. Malgré cela, la lecture des
pages qui suivent offrira un moment de philosophie caustique que tout
le monde saura apprécier.
Pour finir, les déclarations des prix Nobels Taung Dao
et Chen Ning Yang, « Nous devons être préparés avant l’apparition d’un
phénomène déterminé à reconsidérer les dites lois naturelles », que
cite Peirats à la fin de son œuvre, met en relief qu’il n’est pas
superflu de revoir tout l’échafaudage philosophique des idées sociales,
et dans notre cas à nous anarchistes, la science, cette déesse adorée
par Kropotkine
et par B. Cano Ruiz, conquiert de manière vertigineuse
le monde ; et il y a beaucoup de scientifiques : 99% des hommes de
science de l’humanité vivent aujourd’hui, selon Oppenheimer, et ils
remuent les secrets du monde pour nous offrir des surprises chaque
matin.
L’impact des quanta, mis à jour par Planck sur la table
de travail des scientifiques, élément important qu’utilisa Einstein
lui-même pour sa Théorie de la Relativité, a
contraint à mettre au grenier les lois de Newton. La mécanique
quantique est en train d’expulser le déterminisme de la science en
faveur de la probabilité. Un des scientifiques qui armé des concepts de
Planck a donné une grande impulsion à la Mécanique Quantique, Werner
Heisenberg, en est arrivé à affirmer que : « Le déterminisme est
mort ». Les causes ne provoquent pas, irrésistiblement, des effets
déterminés. La science préfère s’appuyer de plus en plus sur la
statistique qui nourrit les lois de la probabilité.
Victor Garcia.
[1] Caracas, édition FIJL, 1966
[2] « Pensée et volonté », 1er février 1926
[3] ( Etudes Sociales, op.cit)
[4] Pierre Kropotkine
, La morale anarchiste, édition Mille et une nuits, 2004, p.35-36 (N.D.T)
[5] Ibid, p.52
[6] Ibid, p.79
[7] Ibid, p.79
[8] Ibid, p.79
Première intervention de Benjamin Cano Ruiz
Dans sa genèse et dans son essence même, l’idée que
l’humanité s’est toujours faite de la justice est restée identique dans
le temps et l’espace. Le concept de justice s’est toujours uni à celui
de responsabilité et de libre détermination. Si nous n’avions pas
considéré l’être humain comme possesseur de cette liberté de se
conduire, en bien ou en mal, selon que cela plaise à sa volonté
totalement libre, on n’aurait pas considéré comme dignes de récompenses
ou de punitions les actions humaines, alors que seul peut être digne de
récompense l’homme qui, mis dans l’alternative d’agir bien ou mal dans
certaines circonstances, sans aucune autre force qui l’incline, est
induit par sa volonté vers la bonne action. Et dans les mêmes
circonstances, seul mérite la punition, l’être humain qui, mis dans la
même alternative, sans autre force, néanmoins, qui l’incline vers le
mal, est porté par sa volonté vers la mauvaise action. Sans cette idée
racine, tout l’arbre de la justice historique s’abat. Et il est très
intéressant et curieux de signaler le fait permanent dans le discours
de l’histoire que dans tous les codes de tous les lieux et de toutes
les époques, cette idée racine sert de base et d’essence a tout
l’engrenage des concepts juridiques et encore à ceux régissent la
justice des civilisations modernes.
Dans le même ordre d’idée, les pays tombés sous la
férule du marxisme, qui avaient parus être ceux appelés à donner une
interprétation différente de cette conception spiritualiste, et en
définitive de l’essence même de l’idée de justice, ont suivi les traces
de la conception classique de la justice en rétrogradant vers les
applications les plus bestiales, les plus dogmatiques et inhumaines des
temps modernes.
L’idée, selon laquelle l’être humain a une volonté
absolument libre qui dirige tous ses actes, qui est supérieure et
détachée de la vie physique de ce même être est indissolublement unie à
l’idée du dualisme du corps et de l’esprit dans l’espèce humaine. La
conception spiritualiste est un élément permanent dans toutes les
religions. Il n’y a pas de libre détermination sans volonté, pas de
volonté sans esprit, pas d’esprit sans religion. D’où l’on peut déduire
que l’idée classique de la justice est essentiellement religieuse.
Or est-ce que cette conception de la justice,
sous-tendue par le libre arbitre, se concilie avec les réalités
scientifiques sur la nature humaine ?
Durant les dernières décennies, les sciences de la vie
ont progressé de manières étonnantes, et l’une d’entre elles, la
génétique, a ouvert de larges horizons sur la nature humaine. Depuis
que Mendel a posé les bases de la génétique moderne jusqu’à nos jours,
on a ouvert de larges perspectives sur les fondements biologiques de l’Homo sapiens,
fondements qui auparavant étaient toujours restés mystérieusement
obscurs. Et ces perspectives, largement ouvertes désormais et presque
complètement connues, concordent peu avec l’idée classique de la
justice basée sur le volontarisme.
L’observation a démontré que dans les organismes
supérieurs, y compris l’homme, l’existence de l’individu commence avec
deux éléments distincts provenant de deux individus que nous appelons
géniteurs, et sa vie débute quand ces deux morceaux s’unissent pour
former une cellule. Durant cette première phase, le nouvel individu est
une seule cellule, avec un seul noyau, l’œuf fertilisé. Cette cellule
se divise et se subdivise jusqu’à former le corps entier composé de
millions de cellules.
Par des expériences, on a pu vérifier que la cellule
originale contient un grand nombre de substances différentes et
séparables qui apparaissent au microscope comme de minuscules
particules. Nous savons que les individus commencent leur existence
avec une combinaison déterminée de ces substances et que leurs
développements, ce qu’ils deviennent, les caractéristiques qu’ils
acquièrent, les particularités qu’ils présentent, dépendent, à égales
conditions, de la série de ces substances avec laquelle on commence son
existence. Cela est ce que l’on considère en biologie comme son
hérédité. Actuellement, grâce à Morgan et son école et à C.D.
Darlington et la sienne, on en sait déjà beaucoup sur les résultats que
l’on obtient quand on altère une seule ou quelques unes ou une grande
partie de l’infinité des différentes substances présentes dans la
cellule originale. Certaines combinaisons de ces substances donnent des
individus imparfaits, débiles mentaux ou monstres. D’autres
combinaisons donnent des individus normaux et d’autres des individus
qui dépassent le niveau normal de leur genre. Il a été prouvé
expérimentalement que les différentes combinaisons de ces substances
produisent des différences physiologiques de tout ordre, y compris des
différences dans le comportement de ce que nous appelons la mentalité.
Cette multitude de substances différentes, que l’on trouve dans l’individu quand son développement commence, s’appellent les gènes.
Les gènes existent dans les deux morceaux, provenant des deux
géniteurs, qui s’unissent pour former le nouvel individu. Ceux-ci, à
savoir les gènes, existent dans la cellule œuf sous la forme d’infimes
particules qui se regroupent formant ainsi des structures visibles au
microscope et connues sous le nom de chromosomes. Les chromosomes, avec les gènes qui y sont contenus, forment une vésicule, appelée noyau, à l’intérieur de la cellule. La cellule œuf est constituée par une pâte de matière, semblable à de la gelée, appelée le cytoplasme, dans
laquelle se trouve le noyau avec ses chromosomes et ses gènes. On a
confirmé, que dans les noyaux, les gènes en viennent à former quelque
chose comme les maillons d’une chaîne très longue composée de paires
successives de maillons.
Nous savons que chacun de nos géniteurs nous donne une
série complète de gènes sous la forme d’une chaîne comprenant de
nombreux maillons. Par conséquent, nous avons dans chaque cellule deux
de ces chaînes de gènes, chacune d’elle étant complète par elle-même.
Pour autant, en ce qui concerne nos gènes, nous sommes doubles. Chacune
des deux séries, dans une cellule, contient tout la matière nécessaire
pour produire un individu ; par conséquent, nous commençons notre vie
comme des individus doubles. Cette double individualité s’applique à
chacune des milliers de substances différentes ou gènes, avec
lesquelles nous commençons notre vie. Chaque type est présent dans
chaque cellule en deux exemplaires formant ainsi une paire de gène. Un
gène de chaque paire provient du père et un autre de la mère. Cela
fait, la combinaison par paire des gènes, est la clef pour comprendre
l’hérédité, la nature de l’être humain et presque tous les problèmes de
la biologie.
Chaque paire de gène a une fonction distincte dans le
développement de l’être humain et les deux gènes de chaque paire ont la
même fonction dans ce développement : si l’un à un rôle dans la couleur
des cheveux, par exemple, l’autre aussi. Cependant, bien que les deux
gènes d’une paire doivent effectuer une tache de même nature, chacun
d’eux peut avoir une tendance à le réaliser de manière différente. L’un
d’eux, que ce soit celui du père ou de la mère, peut être défectueux et
provoquer une déficience. Si l’on parle de la couleur des cheveux, il
peut avoir tendance à produire un albinos, avec la peau et les cheveux
blancs. Si l’autre gène est normal, il peut réaliser un travail sans
aucun défaut parce que le gène normal suppléer aux déficiences du gène
défectueux, mais s’il se trouve que les deux gènes de la paire ont le
même défaut, infailliblement, l’individu souffrira du même défaut dont
souffrent les deux gènes.
Cette double individualité des gènes, néanmoins, agit
comme une sécurité qui réduit au minimum les conséquences des défauts
des gènes ; en effet ces défauts sont tellement communs que la société
serait pleine d’individus défectueux, que l’humanité aurait peut être
déjà périt ou que nous nous ne serions peut être pas, sans cette double
ration de gènes dont nous sommes dotés lors de notre conception.
Par ailleurs, avec ces principes, la génétique
expérimentale a démontré que toutes les caractéristiques de
l’individu : structurelles, internes et externes, les couleurs, les
formes, les tailles, les propriétés chimiques, les fonctions
physiologiques jusqu’au comportement peuvent changer lorsque l’on
modifie les gènes.
On a aussi démontré que l’environnement ou le milieu
ambiant dans lequel se développe la cellule influe également de manière
identique sur les caractéristiques selon les conditions dans lesquelles
elle se développe. Un individu qui, dans les conditions normales,
serait femelle peut en grande partie se transformer en mâle si l’on
fait circuler dans son corps l’hormone masculine ou si on enlève les
ovaires et que l’on transplante à sa place un testicule. Un individu
destiner à être un imbécile ou un crétin peut se transformer en une
personne normale si on l’alimente adéquatement avec de la thyroïde.
La génétique, en effet, a démontré que l’individu est
le produit des matériaux de base qui orientent son développement, à
savoir les gènes, ainsi que du milieu dans lequel ce développement se
produit ; toute sa nature obéit à ces deux facteurs.
Donc la conduite de l’individu, conformément à ce qui a
été établi par la génétique, est toujours déterminée par l’hérédité et
le milieu.
Ceci étant admis, que devient la volonté ? Qu’est ce
que la volonté en définitive ? L’individu a-t-il, comme l’affirme
l’idée classique de justice, la liberté de déterminer par une volonté
absolument libre ses propres actions ? La génétique répond à ces
questions de manière absolument négative.
Par conséquent, un concept scientifique de la justice
doit être fondamentalement différent du concept classique que l’on a
depuis toujours. Si on a vérifié que les actions humaines sont
influencées et déterminées par une grande quantité de facteurs qui se
polarisent dans l’action elle-même ; si d’une part, on a démontré que
cette action n’a pas pu être autre que celle qu’elle fut et que d’autre
part, en réalité, la volonté, la libre détermination sur laquelle
s’appuie le fait de mériter la punition ou la récompense, selon la
qualité de l’action ne cessent d’être des idées obscures nées de la
mentalité religieuse primitive de l’homme, alors l’attitude de la
société devant l’action de l’individu ne peut plus être la même. Dans
son essence, l’origine primitive de la justice classique est la
vengeance. En analysant le problème de la justice à la lumière de la
science ; étant donné ce que l’on connaît aujourd’hui sur la nature
humaine, le principe vindicatif de la justice doit disparaître si nous
voulons être logiques avec nos propres connaissances actuelles.
Au moment où nous sommes parvenus de l’histoire
humaine, il y a une crise générale des valeurs et une subversion
générale des idées. Tout ce qui est considéré comme la base de la
pensée humaine, aristotélicienne pour sa plus grande partie, et toutes
les raisons pour lesquelles on en est venu à développer l’éthique et
toutes les manifestations des relations humaines sont en train de
s’effondrer devant les vérités indiscutables de la science. Le monde
n’est pas comme le croyait Aristote et comme a continué à le croire la
pensée officielle durant de nombreux siècles. Sur la nature de l’homme,
la science est en train de démontrer chaque jour que l’on a toujours eu
des idées fondamentalement fausses. Seuls quelques penseurs, qui ont eu
peu d’influence sur la pensée officielle à travers les siècles, ont
pressenti la véritable nature de l’homme et du monde, comme Démocrite,
véritable précurseur des découvertes sur les atomes. Et les idées qui
indéfectiblement surgissent des vérités que la science produit chaque
jour, sont totalement antagoniques avec celles qui ont dirigé la vie
sociale de l’humanité durant presque toute son histoire. C’est de là
qu’est en train de surgir une morale complètement neuve et que les
idées de bien et de mal sont en train d’être profondément révisées ;
que les concepts de juste et d’injuste sont en train de céder le pas à
des concepts nouveaux et scientifiques de la justice ; que les idées de
base de l’équité sociale sont en train de s’effondrer devant les
conceptions anarchistes de l’identité d’origine biologique, démontrée
par la science ; qu’enfin s’est élevé un monde social complètement
différent, édifié sur les sédiments de la science, surgit d’entre les
décombres de ce monde qui s’effondre et qui était construit avec tous
les matériaux de la religion.
Première intervention de Jose Peiratz
Dans ton travail, tu te proposes d’examiner la justice
de la justice classique à la lumière des conclusions scientifiques
contemporaines. Tu écris :
« Le concept de justice s’est toujours
uni à celui de responsabilité et de libre détermination. Si nous
n’avions pas considéré l’être humain comme possesseur de cette liberté
de se conduire, en bien ou en mal, selon que cela plaise à sa volonté
totalement libre, on n’aurait pas considéré comme dignes de récompenses
ou de punitions les actions humaines, alors que seul peut être digne de
récompense l’homme qui, mis dans l’alternative d’agir bien ou mal dans
certaines circonstances, sans aucune autre force qui l’incline, est
induit par sa volonté vers la bonne action. Et dans les mêmes
circonstances, seul mérite la punition, l’être humain qui, mis dans la
même alternative, sans autre force, néanmoins, qui l’incline vers le
mal, est porté par sa volonté vers la mauvaise action. »
Cette prémisse étant posée, tu fais remarquer que c’est
en cela que consiste la racine de la justice, sans laquelle « tout
l’arbre de la justice historique s’abat » ; que dans le cours de
l’histoire, dans les codes de toutes les époques, sans exclure les
civilisations modernes, l’engrange des concepts juridiques s’appuie sur
cette idée racine.
Il s’agit, cependant, de savoir si l’être humain possède une volonté totalement libre qui dirige tous ses actes. A
cet effet, tu nous dis qu’une telle idée est d’origine religieuse :
« Il n’y a pas de libre détermination sans volonté, pas de volonté sans
esprit, pas d’esprit sans religion ».
Cette affirmation étant posée, tu essaies ensuite de
l’appuyer sur une base ferme, non religieuse. Pour toi la meilleure
garantie ne peut être que la science : « Or est-ce que cette conception
de la justice, sous-tendue par le libre arbitre, se concilie avec les
réalités scientifiques sur la nature humaine ? » A la ligne suivante,
tu t’en remets aux expériences biologico-génétiques :
« Durant les dernières décennies, les
sciences de la vie ont progressé de manières étonnantes, et une d’entre
elles, la génétique, a ouvert de larges horizons sur la nature humaine.
Depuis que Mendel a posé les bases de la génétique moderne jusqu’à nos
jours, on a ouvert de larges perspectives sur les fondements
biologiques de l’Homo sapiens, fondements qui avant étaient toujours
restés dans une mystérieuse obscurité. Et ces perspectives, largement
ouvertes désormais et presque complètement connues, concordent peu avec
l’idée classique de la justice basée sur le volontarisme. »
Le méticuleux détail que la science met en évidence
sur la nature dynamico-structurelle intime, tu la résumes dans cette
conclusion finale :
« Il a été prouvé expérimentalement que
les différentes combinaisons de ces substances produisent des
différences physiologiques de tout ordre, y compris des différences
dans le comportement de ce que nous appelons la mentalité »
ou dans cette autre phrase :
« La génétique, en effet, a démontré
que l’individu est le produit des matériaux de base qui orientent son
développement, à savoir les gènes et du milieu dans lequel ce
développement se produit ; toute sa nature obéit à ses deux facteurs.
Donc la conduite de l’individu, conformément à ce qui a été établit par
la génétique, est toujours déterminée par l’hérédité et le milieu. Ceci
étant admis, que devient la volonté ? Qu’est ce que la volonté en
définitif ? L’individu a-t-il, comme l’affirme l’idée classique de
justice, la liberté de déterminer par une volonté absolument libre ses
propres actions ? La génétique répond à ces questions de manière
absolument négative. »
Loin de moi l’idée de bouger une seule pièce du solide
échafaudage sur lequel tu appuies ta négation de la justice historique.
Mon intention se réduit à élargir le champ des conséquences qui
résultent de cette même base scientifique. Ton travail n’embrasse pas,
très certainement, ce large champ et en ne le faisant pas tu offres à
la critique malveillante de larges flancs découverts. Et tu laisses le
lecteur objectif avide de conclusions plus transcendantales.
Comme je l’ai dit au début, tu te proposes d’examiner
la justice de la justice dans sa prétention à faire justice. Et moi je
demande : Dans quelle mesure cette justice historique peut être
détachée de la justice sans adjectifs ? Sur laquelle des diverses
formes ou notions de justice peut en toute logique s’appuyer ton
jugement tout à fait fondé ?
Nous avons vu que dans ton objectif restreint, tu as dû
montrer l’individu sous tous ses aspects, chimique, physique et
biologique ; et tu as dû nier l’existence de ces mêmes individus en
tant qu’êtres de volonté et capables de se déterminer. Etant posée la
conception non-volontariste de l’homme, nous assistons à la chute de la
notion de responsabilité ; mais aussi à l’effondrement de toute idée de
justice, classique ou non, de tout concept moral et par conséquent de
tout dynamisme psychique conscient. C’est pourquoi les conclusions qui
mettent un point final à ton travail aboutissent à une absurdité.
« C’est de là qu’est en train de surgir
une morale complètement neuve et que les idées de bien et de mal sont
en train d’être profondément révisée ; que les concepts de juste et
d’injuste sont en train de céder le pas à des concepts nouveaux et
scientifiques de la justice ; que les idées de base de l’équité sociale
sont en train de s’effondrer devant les conceptions anarchistes de
l’identité d’origine biologique, démontrée par la science ; qu’enfin
s’est élevé un monde social complètement différent, édifié sur les
sédiments de la science, surgit d’entre les décombres de ce monde qui
s’effondre et qui était construit avec tous les matériaux de la
religion. »
Quelle morale complètement neuve, quelle nouvelle idée
du bon et du mauvais, quel nouveau concept du juste et de l’injuste,
quelle nouvelle base de l’équité sociale sont-elle
en train de s’élaborer au détriment et sur les ruines
juridiquo-religieuses ? Avant tout, juridique ou non, religieuse ou
non ; la morale, le bien, le mal, le juste et l’injuste, l’équité
sociale existe-t-elle ?
Si nous nous conformons à tes prémisses, nous dirons
que ce qui sert scientifiquement à nier tous ces concepts dans la
religion et dans la justice historique, sert aussi pour tous les
concepts de justice et de morale pris abstraitement qu’il soient
juridiques et religieux ou non. Voyons : Est ce que la qualification de
bien et de mal, de juste et d’injuste est propre au lois, aux
commandements, aux codes, aux prêtres et aux juges ? Toi même tu n’as
pas pu te soustraire aux préoccupations de justice et morale en
analysant les formes et le fondements juridico-religieux. Il y a donc
une notion non religieuse ou juridique de la justice et de la morale.
Sans elle nous ne serions pas tombés dans la tentation de juger et de
condamner ces mêmes notions qui sont néanmoins différentes quand tu les
fais reposer sur le code de la Nature et de ses lois scientifiques.
En te retournant contre la justice historique au nom de
nouveaux concepts de la justice, tu sens qu’il y a deux sortes de
justice, une justice apocryphe et une autre authentique, une injuste et
une autre juste. Comment as tu pu arriver à une telle conclusion étant
donnée ta prémisse antérieure, à savoir : Que la notion de bien et de
mal, de juste et d’injuste, est de racine religieuse ? En d’autre
terme, en reprochant au juge sa prétention à juger et à condamner le
présumé délinquant, sachant l’irresponsabilité innée de celui-ci, tu
transformes automatiquement en responsable le juge et tu réclames pour
celui-ci ce que tu n’admets pas pour le supposé délinquant. Le juge ne
serait-il pas aussi sujet, en tant que créature humaine, au même
déterminisme de l’hérédité et du milieu ? De là cette conséquence
logique : si tu peux condamner le juge, tu dois admettre que, pour le
moins la responsabilité du délinquant. Si tu ne peux pas l’admettre
dans ce dernier, alors tu dois aussi absoudre le juge.
Absous, il l’est en effet à travers une anecdote
évoquée, je crois par Malatesta . Il s’agit pour un avocat de démontrer
l’irresponsabilité, et par conséquent, l’innocence de son client. Les
arguments du lettré, pour ce cas, étaient les tiens : le déterminisme
social était à la base du fait délictueux. Le délinquant était, donc,
irresponsable ; et le juge qui le condamnerait serait coupable de
monstruosité. La réaction du juge, en accord avec les arguments de la
défense, furent tranchant : « Moi, créature humaine, socialement
déterminée, je dois le condamner et je le condamne, et j’en suis
automatiquement absous ».
Je n’essaie pas de sauver la mise à la justice
historique. J’essaie de montrer qu’une même notion de base de justice (
en l’occurrence l’irresponsabilité génético-biologique) ne peut
utiliser deux poids, deux mesures. En supprimant toute responsabilité
pour absoudre tous les verdicts défavorables à un individu, la décision
se retourne contre cet individu même.
Je n’essaie pas non plus, comme je l’ai dit de bouger
une seule pièce de ton solide armature scientifique, seulement de
réduire ton optimisme ou du moins celui auquel tu arrives à partir de
ta base de départ. Je crois, cependant, que ta joie à nous parler d’une morale complètement neuve, de nouveaux concepts scientifiques de justice, de conceptions anarchistes de l’identité d’origine n’est pas en accord avec le pessimisme scientifique, sombre et désespéré de certains biologistes très réputés.
Je me suis déjà référé quelque part à une conférence du
savant biologiste français Jean Rostand. Rostand va beaucoup plus loin
que toi dans les conséquences des lois génétiques. Il ne s’agit pas,
selon lui, seulement de l’influence spontanée de ces lois sur
l’individu, mais qu’étant donnée la connaissance acquise sur ces lois,
l’homme peut faire de l’homme la même chose que l’horticulteur le fait
de certaines plantes. La génétique est aujourd’hui une science
éminemment appliquée ( remarque, entre parenthèses, ce paradoxe : le
biologiste qui comme individu est déterminé par les lois biologiques,
comme le premier venu, peut à son tour déterminer les individus).
Selon Rostand, un biologiste a déjà évoqué l’hypothèse
de la fabrication du génie. La procréation artificielle, avec des
spermatozoïdes congelés, a permis d’engendrer trois enfants dans
l’Université de Iowa. Rostand admet aussi qu’il ne sera pas impossible
de déterminer le sexe, selon les désirs, des enfants engendrés
artificiellement, en plus des autres qualités désirées ; en un mot : la
fabrication du surhomme que le même Rostand se dit sur le point
d’appeler infrahumain. Rostand est d’accord avec
toi sur le fait que « l’idée de personnalité a été tournée en ridicule
par la biologie. Le jour où la technique permet toutes les greffes ; où
un enfant procrée artificiellement peut dire qu’il a été désiré mâle,
grand et blond ; ou que au moyen de glandes d’embryons, on peut
transformer en intelligent un jeune crétin, pouvez-vous me dire ce
qu’il restera des notions de valeur, de mérite, y compris de
responsabilité et des notions de je ou de personnalité ? Si on peut modifier la structure de la personne humaine, les valeurs traditionnelles ne se s’effondrent-elles pas ? »
Allons à ce qui, toi te réjouit, et horrifie Rostand, qui conclut ainsi :
« Depuis la mort de Dieu nous avons
transféré à l’homme une part de la transcendance, c’est à dire que nous
avons créé une sorte d’homme sacré. Or l’humanité se résignera-t-elle à
perdre cette condition sacrée ? L’homme pourrait-il vivre en se sachant
totalement déterminé ? Je me sens à la fois enthousiaste et horrifié. »
Comme tu peux le voir le problème que tu t’es mis sur
le dos n’est pas si simple, ni si réjouissant. Dans les conclusions de
Rostand, qui n’est pas un amateur,
mais un technicien confirmé en la matière, aux constatations suivent
les doutes, à l’horreur, la révolte. Je veux te faire participer à ma
révolte face à l’impossibilité de vivre en me sachant totalement
déterminé ; devant le nouveau et décisif pouvoir de l’Etat permettant
la procréation d’esclaves en série ; devant la perspective de voir le
précipice en contrebas, révolté par toutes les valeurs traditionnelles,
par les principes moraux et révolutionnaires, par tout ce que toi et
moi nous disons, pour ce à quoi nous aspirons et pour lequel nous
luttons, pour lequel nous luttons.
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