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Post� le jeudi 18 octobre 2007 @ 18:17:09 by AnarchOi Contributed by: Jean23
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�L'importance du pass� tient en ce qu'il permet de tirer des le�ons de nature � �clairer l'avenir�
Anton Pannekoek
�Ce terrible enfantement est celui d'une r�volution�
Albert Camus, Combat, ao�t 1944
L�ann�e 1947 fut une ann�e d�cisive dans la formation du consensus capitaliste, dans le contexte de la sortie de guerre, de nouvelles notions ont remplac� les vieilles lois du lib�ralisme social du XIX�me si�cle. L'id�e s'impose que l'Etat est un arbitre social et qu'il lui appartient de corriger les in�galit�s par la redistribution des richesses. C'est sur cette id�ologie que s'est construite la l�gende du Welfare State et des � Trente Glorieuses �. C'est sur ces bases de d�veloppement que la soci�t� fran�aise va pouvoir entrer dans l'�re de la consommation de masse qui caract�risera le monde d�velopp� du XX�me si�cle. Mais cette transition ne s'est pas effectu�e sans heurts dix mois apr�s la mise en place des institutions de la IV R�publique, le pays est en proie � des gr�ves que le pr�sident du Conseil d'alors (V.Auriol) jugeait �insurrectionnelles�. Et ce sont le Parti Communiste et la CGT qui vont sauver la mise au gouvernement. Ces �pisodes qui tendent � s'estomper dans la m�moire collective constituent pourtant un tournant fondamental dans la vie �conomique, politique, et sociale de notre soci�t� et une s�rieuse le�on pour ceux qui aspirent � une transformation radicale de la soci�t�.
Reconstruction �conomique et paix sociale
En septembre 1944 au moment de la mise en place du gouvernement provisoire pr�sid� par De Gaulle, l'�conomie fran�aise sort exsangue de l'occupation. Manquant d'une main d'oeuvre encore retenue en Allemagne sans compter les morts et les bless�s, n'ayant ni combustible, ni mati�res premi�res, d�sorganis�e par les bombardements (destructions des quais portuaires, des voies ferr�es et gares, des routes etc.) la production industrielle ne repr�sente plus qu'un tiers de celle d'avant guerre. La production agricole � moins diminu�, mais la paralysie des transports entra�ne une p�nurie dramatique de ravitaillement pour les villes. L'inflation explose. Bref le pays semble au bord du naufrage d'autant plus que les ressources de l'Etat sont absorb�es dans la poursuite de la guerre et que la tension sociale est a son comble, le climat r�volutionnaire de la lib�ration se poursuit : �puration sauvage des p�tainistes et collabos, d�nonciations des profiteurs du march� noir, revanche contre un patronat qui, apr�s avoir sabord� les conqu�tes du Front Populaire, a soutenu majoritairement le r�gime de Vichy et particip� � la collaboration.
Dans ce contexte comment r�tablir la R�publique et par l�-m�me le capitalisme ?
En fait la question avait �t� discut�e auparavant dans les d�bats de la r�sistance, le programme du CNR (conseil national de la r�sistance) propose pour la Lib�ration une d�mocratie �conomique et sociale sur fond d��conomie dirig�e. Il pr�conise notamment: la participation des travailleurs � la direction de l��conomie, la nationalisation des grands moyens de production, la s�curit� sociale, droit au travail, � la retraite etc.
L'objectif est d'�tablir l'unanimit� nationale en s'assurant de la participation de toutes les composantes politiques de la R�sistance et plus particuli�rement du PCF et de la CGT le soutien de la conf�d�ration syndicale est assur� d�s 1944, Beno�t Frachon lance � la grande bataille de la production �. L�heure est au consensus productiviste : la gr�ve dispara�t de l�ordre du jour de la CGT, c'est m�me comme l'�crit Gaston Monmousseau � l'arme des trusts � et en septembre 1944, la CGT a propos� l�unit� organique � la CFTC (qui refuse.) Le PCF ne tarde pas � afficher son soutien � la politique gouvernementale le 21 juillet 1945 Thorez affirme � Waziers devant les gueules noires: � produire, c�est aujourd�hui la forme la plus �lev�e du devoir de classe �.
Bref c'est autour de trois axes principaux que va se structurer la politique gouvernementale :
- Les nationalisations : le dirigisme de l'Etat est motiv� par une n�cessit� d'efficacit� �conomique mais les premi�res vagues de nationalisations ont un caract�re soit de sanctions pour faits de collaboration comme la confiscation des usines Renault ou de celles de Gnome et Rh�ne (moteurs d'avions) qui deviendra plus tard la future S.N.E.C.M.A; soit de r�tablissement de l'ordre social, ainsi en est il des usines Berliet, o� l'�puration sauvage effectu�e par les ouvriers avait entra�n� une certaine forme d'autogestion. Avec la nationalisation de 34 compagnies d'assurances et des quatre principales banques de d�p�ts, l'Etat se rend ma�tre d'une grande partie du syst�me de cr�dit. Il peut donc d�cider, et diriger l'ensemble de l'�conomie fran�aise, de l'investissement � la production.
- La cogestion (s�curit� sociale et comit� d'entreprise) : pour faire accepter les efforts et les sacrifices prodigieux g�n�r�s par la n�cessit� de la production, on agite la carotte du social, la loi du 22 f�vrier 1945 cr�e les comit�s d'entreprises, il s'agissait au d�part d'associer les salari�s � la gestion des soci�t�s, mais sous la pression du patronat les CE se cantonneront tr�s rapidement � la gestion des oeuvres sociales de l'entreprise. La cr�ation de la S�curit� Sociale est elle, une r�forme d'une plus grande ampleur, inspir�e des conceptions du Welfare State de l'anglais Beveridge. Si elle se justifie par une volont� de redistribution de la richesse produite, elle modifie profond�ment la conception m�me du salariat. Celui ci ne devient plus seulement la r�mun�ration du travail fourni con�u en tant que marchandise, mais un revenu social fixe, m�me s'il n'y a pas de travail, la cotisation (obligatoire par ailleurs) repr�sentant un salaire diff�r�. Cette r�forme cr�e un syst�me de protection garantie par l'Etat qui modifie profond�ment la nature et le comportement de la soci�t�.
- La planification de l'�conomie : en janvier 1946 est cr�e un Commissariat G�n�ral au Plan sous la direction de Jean Monnet qui �labore la strat�gie et les objectifs �conomiques qu'il faut atteindre. Le plan Monnet sera adopt� et promulgu� par le gouvernement de L�on Blum en janvier 1947. L'esprit g�n�ral de ce plan est d'inclure l'ensemble de l'�conomie dans un d�veloppement syst�matique, mais il s'agit �galement de rassurer les am�ricains quant � l'utilisation des fonds du futur Plan Marshall. Enfin pour mesurer les performances de l'entreprise France, l'INSEE est cr�e en 1946.
On le voit l'Etat prend en charge la responsabilit� de l'�conomie non seulement pour reconstruire le pays, mais par la m�me occasion pour moderniser le vieux capitalisme fran�ais, l'Etat doit donc se substituer � l'initiative priv�e, mais le plus important c'est le r�le que vont jouer les entreprises nationales dans la modification de la mentalit� du vieux capitalisme fran�ais en l'orientant vers des notions qui lui �taient jadis �trang�res, comme l'investissement, la productivit�, la gestion rationnelle...
Cependant la condition pr�alable � la mise en place de cette politique, c'est l'adh�sion massive des forces politiques � ce projet, dans cette perspective le PCF et la CGT vont jouer un r�le pr�cieux...
Le parti communiste a le vent en poupe. Par ses effectifs : pr�s de 800 000 � la fin de l'ann�e 1946, il retrouve son audience d'avant guerre et s'installe avec satisfaction � la premi�re place des parti politiques. Par ses modes d'actions : la lutte clandestine a reconstitu� l'appareil, l'euphorie de l'automne 44 permet de mettre d�finitivement au point les techniques d'encadrements des masses. Son influence se d�ploie �galement � travers la mise en place d'organisation satellites, l'union des femmes fran�aises par exemple ou des associations de jeunesse ou d'anciens combattants. Il peut �galement ajouter un argument moral � ses armes classiques : son action pendant la r�sistance � le parti des fusill�s � selon la formule qu'il affectionne alors peut se parer dans son patriotisme �largi par le prestige dont jouit l'arm�e rouge. Les h�sitations du Pacte germano sovi�tique et la reparution de l'Humanit� sous occupation allemande sont ainsi promptement �vacu�s. C'est sur cette base morale plus que sur une base politique qu'il attire tant de fran�ais, c'est au nom des sacrifices consentis par les combattants de la r�sistance se r�clamant de son influence (FTP, MOI...) qu'il s'�rige en censeur des autres formations politiques. Il ne faut pas sous estimer ce point, le-parti-de-la-classe-ouvri�re devient le porte-parole des pauvres et des purs, son moralisme valant toutes les th�ories.
Alors lorsque Thorez est de retour de Moscou o� il s'�tait r�fugi� pendant la guerre, il a les coud�es franches pour appliquer les consignes donn�es par Staline : le devoir du parti est de renforcer l'union nationale pour activer le combat contre Hitler et les nazis et ainsi soulager l'Union Sovi�tique. L�galisme, patriotisme, unitarisme c'est la ligne expos�e par le mot d'ordre du comit� central d'Ivry de janvier 1945 � Unir, combattre, travailler �. A l'�vidence il y eu des flottements dans l'application de cette strat�gie, nombre de militants semblaient plut�t convaincus que la r�volution �tait au bout du fusil, des responsables comme Guingouin dans le Limousin poss�dent un r�el pouvoir sur les zones qu'ils ont lib�r�es. C'est aussi dans cet esprit qu'il faut comprendre les succ�s de l'extr�me gauche notamment trotskyste. Le PCF fait donc le pari d'�tre le Grand Parti Populaire issu de la R�sistance, pour �tre selon le mot d'ordre de Thorez �l�initiateur et le conducteur de l�effort populaire pour la reconstruction de la France� et b�tir le {�un socialisme � la fran�aise�} (formule promise � un bel avenir).
Dans ce sens la CGT va servir de pierre angulaire dans la construction de cette politique. Au bureau conf�d�ral c'est Beno�t Frachon qui m�ne le jeu m�me apr�s le retour de L�on Jouhaux, son �lection au poste secr�taire g�n�ral r�v�le l'efficacit� du travail accompli � tous les niveaux de l'organisation en clair les communistes sont les ma�tres le recrutement s'accentue et � la fin de 1945 le cap des 5 millions de cartes est franchi. En octobre 1946 au terme d'une s�rie de gr�ves les fonctionnaires se voient enfin dot�s d'un droit syndical pour tous et d'un Statut de la Fonction publique qui reprend pour l'essentiel les dispositions �labor�es par la centrale syndicale. Mais en acceptant de jouer le jeu de la �bataille de la production� le syndicalisme va tourner une page de son histoire, en acceptant de devenir un partenaire social par la cogestion des organismes sociaux et entreprenariales, la CGT concourt � la modification des r�gles du jeu social, � l'encadrement de la lutte de classes et a la disciplinarisation du prol�tariat par la d�finition d'un int�r�t commun entre employeurs et salari�s. L'institutionnalisation du syndicalisme -dans le droit fil des ambitions de 1936-dessine un terrain neutre o� l'affrontement entre capital et travail perd ses �lans r�volutionnaires. On peut affirmer que les staliniens ont sacrifi� la CGT dans leur tactique politique. Les deux principales scissions qui auront lieu en t�moignent (cr�ation de la CNT-F en mai 1946, d�cembre 1947 amorce de la scission CGT-FO)
La double fracture de 1947
La premi�re fracture, celle des d�buts de la guerre froide et de la marche vers la d�colonisation, est plut�t accidentelle, la France subit une �volution mondiale et ne peut agir. La seconde fracture est illustr�e par le renvoi des ministres communistes, voit la toute nouvelle r�publique menac�e d'une r�volution sociale.
En 1946, la tension s'est accrue entre les USA et l'URSS: la possession de l'arme atomique du c�t� am�ricain ne suffit pas � compenser les positions de l'Arm�e Rouge en Europe. Churchill l�che sont mot c�l�bre de � rideau de fer � � Fulton, pour tenter de rompre l'isolationnisme am�ricain. Trumann r�pond par l'�laboration de sa doctrine et de la politique de �containment�, le principe en est simple, les peuples soumis ou en cours de soumission en Europe de l'Est sont abandonn�s � leur sort car leur lib�ration causerait une nouvelle guerre mondiale mais tout doit �tre mis en oeuvre pour contenir Staline et emp�cher le � monde libre � de basculer dans le giron sovi�tique. Dans cette strat�gie la France est consid�r�e comme une pi�ce de choix. En juin 1946 le plan Marshall, ach�tera ce que la diplomatie n'a pu obtenir. L'URSS r�pliquera par la cr�ation du Kominform en octobre 1947.
Le deuxi�me point international c'est la question de la d�colonisation, la Lib�ration du territoire fran�ais ne signifiant pas la Lib�ration pour tous.
Pourtant le chemin semblait avoir �t� montr� par d'autres, la Grande Bretagne (Inde et Pakistan) et les Pays Bas sont en passe de r�ussir. La France, elle est incapable de r�soudre les contradictions de son empire et s'enlise dans la guerre en Indochine. A Madagascar, elle r�v�le son visage r�pressif, dont bien des traits r�appara�tront plus tard en Alg�rie. Le soul�vement des insurg�s malgaches (29/30 mars 1947) p�che par exc�s de confiance en un soutien am�ricain. La r�pression est terrible : 89 000 morts annonc�s par l'Etat Major fran�ais, carte blanche laiss�e aux troupes d'�lites et paras, amorce de guerre psychologique (tortures, corv�es de bois...). En Afrique du Nord ce n'est pas mieux, massacre de S�tif en Alg�rie, fusillade a Tunis et blocage au Maroc. En Indochine la sale guerre s'installe.
Aux difficult�s de l'ext�rieur vont s'ajouter les troubles int�rieurs.
En janvier et f�vrier le gouvernement Blum d�cr�te une baisse autoritaire des prix de 5%. C�est une lueur d�espoir : l�hiver est terrible, depuis d�cembre des usines ont ferm�, faute de mati�res premi�res. Ces d�crets tentent en vain d�enrayer les �checs de la politique de contr�le des augmentations des prix et des salaires : entre 1945 et 1947, les prix alimentaires triplent pendant que les salaires et les prix industriels doublent (entre 1944 et 1948, le pouvoir d�achat moyen a recul� de 30% environ.). Apr�s quatre ann�es de privations sous l'occupation et de long mois d'efforts pour la reconstruction les travailleurs sont � cran et ilss ne supportent plus la vie ch�re. Une �tincelle peut enflammer la prairie. Si les premi�res gr�ves de janvier ont �t� rapidement circonscrites, la gr�ve de la r�gie Renault est d'une nature diff�rente. Elle est d�clench�e le 25 avril par des militants trotskistes de l'Union Communiste (trotskyste) sur des revendications salariales, il y a aussi dans le comit� de gr�ve des militants du PCI, des anars et des bordiguistes. L'affaire, bien men�e, est tr�s fortement suivie par la base et oblige la CGT apr�s avoir violemment d�nonc� le mouvement � en prendre la direction, le travail reprendra trois semaines plus tard avec de substantielles augmentations. Le 1er Mai multiplie d'imposants cort�ges et � Paris la foule hue le ministre du travail Daniel Mayer (SFIO). Les gaziers, les �lectriciens, et les cheminots menacent de cesser le travail. Le gouvernement Ramadier accorde un rel�vement du salaire minimal mais d�veloppe un discours du complot en arguant d'un � chef d'orchestre clandestin �. Certes il y a plusieurs facteurs qui explique le mouvement giratoire de gr�ves, mais la pugnacit� de la CGT n'est pas feinte. Ses dirigeants communistes d�couvrent dans le p�ril gauchiste les signes d'impatience d'une classe ouvri�re qu'il ne faut plus d�cevoir. Accompagnant cette nouvelle ligne le 4 mai, dans le vote sur la question de confiance sur la politique salariale du gouvernement aux usines Renault, tous les d�put�s communistes, y compris les ministres, votent contre le gouvernement. Le 5 Ramadier renvoie les ministres communistes. D�sormais � libres � ils encouragent les mouvements, ajoutant aux revendications des th�mes politiques, notamment contre le plan Marshall, r�pondant � cela aux injonctions de Moscou. Profitant de la confusion et des troubles sociaux qu'il transforme en menace communiste, de Gaulle fonde le RPF et signe la mort du tripartisme (PCF/SFIO/MRP) qui avait jusqu�alors domin� l'Assembl�e Nationale.
La grande peur de l'automne 1947
Petit � petit les gr�ves font tache d'huile, partit du secteur public elles vont gagner la m�tallurgie, les banques, les grands magasins et les transports. La vague de mai juin est elle � peine d�samorc�e par des accords pass�es entre la CGT et le CNPF, qui pr�voient une augmentation de 11%, qu'elle repartent en septembre chez les fonctionnaires qui exigent les m�mes avantages. Les actions naissent le plus souvent � la base la CGT s'empressant d'encadrer quand elle le peut. Si les revendications semblent en premier lieu strictement �conomiques elles traduisent une profonde lassitude devant la poursuite des efforts demand�s. Mais c'est le gouvernement qui va faire monter la tension en politisant la crise sociale par l'�vocation d'un complot communiste. Il est appuy� dans son propos par l'attitude du PCF. En effet depuis Moscou, Staline acc�l�re le processus de domination sur l'Europe de l'Est et lance dans la Guerre Froide les partis communistes occidentaux. Tenue en secret du 22 au 27 septembre, la r�union de neuf responsables de PC europ�en � Szlarska-Poreba, en Pologne, pr�pare le lancement du Kominform. Au cours ce cette r�union un violent r�quisitoire est prononc� contre la politique men�e par les fran�ais et les italiens qui se voient tax�e de � cr�tinisme parlementaire �. Les effets de la remontrance ne sont font pas attendre et d�s octobre les communistes passent dans l'opposition, � l'oppos� De Gaulle d�nonce � le parti s�paratiste � et alimente la peur des rouges. R�sultat les �lections l�gislatives portent � la pr�sidence du conseil Robert Shuman qui charge Jules Moch, ministre de l'Int�rieur SFIO de r�tablir l'ordre.
Car les situation frise l'insurrection. Dans leur troisi�me temps de novembre- d�cembre les gr�ves ont pris l'allure d'affrontements politiques. A Marseille, du 10 au 12 novembre, une gr�ve g�n�ralis�e � l'occasion d'une hausse des tarifs du tramway d�cid�e par la municipalit� d�g�n�re en �meute, tandis que la compagnie de CRS (o� les communistes sont nombreux) fraternisent avec la foule, le maire Carlini est bless�, les b�timents public sont envahis (la mairie est saccag�e) et un jeune sympathisant communiste est tu�. Le 15 novembre la gr�ve �clate dans les Houill�res du Nord apr�s la r�vocation de Delfosse, secr�taire de la f�d�ration CGT du Sous-sol, une dure bataille s'engage entre les mineurs, qui retrouvent les r�flexes de la R�sistance et les CRS, vite remplac�s par l'arm�e mobilis�e par Moch. Le 3 d�cembre le train Paris Tourcoing d�raille causant 21 victimes, faisant suite � une longue s�rie de sabotages. Le 28 novembre 20 f�d�rations CGT en lutte forment un �Comit� central de gr�ve� distinct de la conf�d�ration. La gr�ve g�n�rale insurrectionnelle serait elle � l'ordre du jour ?
La R�publique d�cid�e � �carter le danger social d�cide alors de sortir les grands moyens pour organiser la riposte. Le gouvernement mobilise toutes les forces de l'ordre, rappelle les r�servistes et le contingent de la classe 1943, et fait voter, apr�s 6 jours d�bats ininterrompus, le 4 d�cembre, des mesures de � d�fense r�publicaines � qui sous le pr�texte de garantir � la libert� du travail � restreignent les droits des gr�vistes, on le voit Sarkozy n'a rien invent�. Mais l'�chec du mouvement tient plus aux dissensions entre les gr�vistes. Des d�l�gations de syndicats autonomes, des groupes F.O de la CGT demandent l'arr�t de l'action et proposent des votes � bulletins secrets pour ou contre la poursuite de la gr�ve. La direction communiste sentant le vent tourner et refusant la confrontation ultime ordonne le 10 d�cembre l'arr�t des gr�ves et la reprise g�n�rale du travail. La IV�me r�publique est sauv�e. La classe ouvri�re peut retourner � la production.
Conclusion
Le syndicalisme sort bris� de cet affrontement, le r�le d�terminant du secteur public fortement syndicalis�, transforme le syndicat en groupe de pression et non plus en instrument de transformation sociale. En avril 1948 les groupes � Forces Ouvri�re � autour de L�on Jouhaux formeront la CGT-FO, ils seront largement financ�s et appuy�s par la SFIO, les syndicats am�ricains et m�me la CIA, qui voient d'un bon oeil l'anticommunisme affich� par son leader. Au m�me moment la F�d�ration de l'Education Nationale se constitue entra�n�e par le Syndicat national des instituteurs. Le parti communiste suivant sa droite ligne r�formiste de 1936 maintient son audience �lectorale, forge une nouvelle g�n�ration de militants, v�rifie l'�tat des transmissions des directives du parti vers la classe ouvri�re par le canal syndical, il ne vise plus qu'un seul but (s'il en avait d�j� vis� d'autres), pr�server le parti et son pouvoir, peaufiner sa strat�gie de la gr�ve, sacraliser son identification � la nation et � la classe ouvri�re. Arriv� � l'apog�e de son existence, il amorce son long et lent d�clin jusqu'� la mort clinique dans laquelle il se trouve actuellement.
Les ann�es 1943-47 constituent donc un �moment� dans l'histoire de la lutte des classes: crise profonde du capitalisme, �branlement de son �difice politique, �volution rapide dans les rapports de force, position favorable pour la classe ouvri�re et ses organisations.
C'est le choix de restaurer le capitalisme que la social-d�mocratie a fait bien entendu. Comme d'ailleurs le Parti communiste, m�me si ses raisons sont diff�rentes: la politique mondiale du stalinisme visait en effet le statu quo n�goci� � Postdam et Yalta.
Mais, une fois ce choix fait, le syst�me capitaliste n'�tait pas capable de reprendre son ancien cours: il devait s'adapter profond�ment, structurellement. C'est ainsi que les m�canismes de r�gulation et de programmation que les ann�es 60 vont voir �clore tous azimuts sont mis en place � plusieurs niveaux. Ils vont affecter � son tour la structure m�me de la social-d�mocratie: la longue marche vers l'int�gration dans l'Etat commence. On peut affirmer que la social d�mocratie a r�alis� pleinement le programme du capitalisme pour permettre son d�veloppement.
Bien peu tireront des enseignements de cette crise de 1947, pourtant c'est � partir de ces nouvelles donn�es sociales, le syndicat comme outil de gestion, le parti comme instrument de canalisation des contradictions de classes qu'il faut recommencer la critique radicale du capitalisme. C'est � cette tache que s'attelleront des petits groupes comme la revue Socialisme ou Barbarie entre 1949 et 1967 par exemple, c'est ce travail qu'il faut continuer aujourd'hui.
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