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  Post� le mercredi 17 octobre 2007 @ 00:37:38 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
SantéL'oncologie a toujours coexist� avec les th�rapies parall�les, voguant hors des traitements conventionnels contre le cancer, et bas�es sur des th�ories non fond�es par la biom�decine. Un des exemples en est le Laetrile, propos� par des cliniques "alternatives" au Mexique ou ailleurs. Le raisonnement � la base du Laetrile (drogue extraite des noyaux d'abricot et de p�che) est que le cancer est caus� par une d�ficience d'une vitamine nomm�e "B-17", apporter cette vitamine sous la forme de Laetrile conduirait � la r�mission du cancer. Inutile d'ajouter que la vitamine B-17 n'appara�t nulle part dans la litt�rature biom�dicale.

Les traitements contre le cancer comme le Laetrile sont souvent d�crits en tant que traitements "non prouv�s". Probablement, l'exemple le plus c�l�bre �tait le Committee on Unproven Methods of Cancer Treatment (Commission sur les M�thodes de Traitement contre le Cancer non prouv�es) de l'American Cancer Society qui a �tudi� des traitements comme le Laetrile, et a publi� une s�rie d'articles dans ce journal dans les ann�es 1980. La difficult� avec le terme de " non prouv� " est que cela ne distingue pas les cures alternatives contre le cancer, inhabituelles et invraisemblables, des nouvelles th�rapies en phase d'essais terminaux. C'est ce qui a conduit certains � utiliser des termes tels que traitements contre le cancer "non-conventionnels", ou th�rapies contre le cancer "alternatives et compl�mentaires". Cette derni�re d�nomination est particuli�rement populaire et a �t� adopt�e par l' American Cancer Society . Pourtant, m�me en utilisant cette terminologie, il est important de faire la distinction entre les th�rapies "alternatives" et les th�rapies oncologiques, ou encore avec les th�rapies "compl�mentaires" utilis�es � c�t� de la m�decine scientifique, pour traiter des sympt�mes et am�liorer la qualit� de la vie.

Dans cet article, nous poserons la question de savoir si "alternatifs" et "non prouv�s" sont r�ellement interchangeables. Nous argumenterons sur le fait que, contrairement � la plupart des �crits scientifiques, beaucoup de traitements alternatifs contre le cancer ont �t� �tudi�s avec soin, et pour lesquels il a �t� conclu en une totale inefficacit�, dans de bonnes conditions de tests cliniques. En d'autres termes, les cures alternatives contre le cancer ne sont g�n�ralement pas seulement "non prouv�es", mais ont bien �t� "r�fut�es". Il ne s'agit pas purement d'un probl�me s�mantique, le conseil que nous donnons aux patients, au regard d'une th�rapie, devraient diff�rer de mani�re importante s'il a �t� montr� que celle-ci n'est d'aucun b�n�fice, compar� � une autre dont les b�n�fices sont inconnus.

Comme dans tous les domaines de la science, la recherche dans les th�rapies alternatives contre le cancer impliquent une s�quence de preuves et de r�futations. Pour certaines th�rapies alternatives, il y a de fortes preuves n�gatives provenant de plusieurs �tudes; pour d'autres, le poids des donn�es sugg�re une absence de b�n�fices. Ceci est d� en partie parce que les enqu�teurs ne ressentirent pas le besoin de reproduire les r�sultats n�gatifs d'une hypoth�se de traitement improbable. En effet, il serait contraire � l'�thique de multiplier les patients pour de tels essais. Ainsi, "non prouv�" appara�t comme une expression inappropri�e concernant un traitement dont des donn�es fiables montrent qu'il est en r�alit� inefficace.


Revue des essais cliniques de traitements alternatifs contre le cancer

Les hautes doses de vitamine C : la th�rapie des hautes doses de vitamine C contre le cancer a �t� popularis�e par Linus Pauling. Ce dernier publia un essai non randomis�, rapportant que des patients trait�s avec de la vitamine C vivaient plus longtemps que ceux trait�s dans l'h�pital voisin dont la th�rapie ne contenait pas de vitamine C 9. Il sp�cula sur le fait que la vitamine C am�liorait la "r�sistance de l'h�te" au cancer 10 . Etant donn� l'int�r�t du public pour le r�gime vitamine C comme anti-cancer, une �tude randomis�e fut conduite dans laquelle 150 patients atteints de cancers avanc�s re�urent soit de la vitamine C, soit un placebo. Le temps de vie fut court dans les deux groupes , plus de 80% des patients d�c�d�rent en l'espace de 12 semaines, et il n'y avait aucune diff�rence entre les groupes 11. L'�tude a �t� critiqu�e par Pauling, qui d�clarait que l'inclusion de patients pass�s par une chimioth�rapie, et qui pouvaient de ce fait �tre immunod�ficitaires, invalidait l'�valuation d'une th�rapie cens�e agir gr�ce au syst�me immunitaire. Un autre essai fut dirig� avec 100 patients ayant un cancer colorectal avanc� mais non soign�s par chimioth�rapie. De nouveau, les r�sultats �chou�rent � trouver des diff�rences entre les groupes, tous les patients ayant pris de la vitamine C d�c�d�rent dans les deux ans. L'intervalle de confiance de 95% exclut la possibilit� que la vitamine C puisse am�liorer la survie de 25% ou plus 12. Certains chercheurs ont argument� en disant que les r�sultats n�gatifs pouvaient avoir �t� caus�s par la prise orale plut�t qu'en intraveineuse de la vitamine C 13. Cependant, la prise de vitamine C promue dans les th�rapies alternatives est g�n�ralement sous la forme orale, selon la litt�rature sur le sujet, mais il appara�t fortement improbable que cela soit d'un quelconque b�n�fice.


Le laetrile : Le laetrile est une substance glucoside naturelle d�riv�e des noyaux d'abricots, devenue populaire dans les ann�es 1970. Une �tude a �t� dirig�e sur 179 patients ayant un cancer intraitable et des l�sions mesurables qui ont �t� trait�s avec du Laetrile. Comme il �tait de coutume � l'�poque, ils re�urent aussi des vitamines et des enzymes pancr�atiques. Seul un patient r�unissait les crit�res d'une r�action partielle au traitement, 90% des sujets virent une progression de la maladie dans les 3 mois. La dur�e de vie moyenne n'�tait que de 4.8 mois 19.


Le cartilage de requin : Le cartilage de requin est devenu populaire, et consid�r� comme traitement anti-cancer, au d�but des ann�es 1990. Il le doit notamment � la publication d'un livre Shark Don't Get Cancer (les requins n'ont pas le cancer) et � un documentaire � la t�l�vision qui pr�tendait obtenir de bons r�sultats avec le cartilage de requin sur des patients cubains atteints de cancer 20, 21. Au milieu des ann�es 1990, on estimait � 50000 le nombre d'am�ricains ayant recours � ce traitement contre le cancer. C'est ce qui motiva la conduite d'une �tude o� 60 patients atteints de tumeurs au cerveau, au sein, au colon, aux poumons, de lymphomes, de tumeurs � la prostate et autres. Cinquante patients ont pu �tre �valu�s. Aucun ne fit l'exp�rience d'une r�ponse compl�te ni partielle, cinq d�c�d�rent pendant la th�rapie, cinq autres se retir�rent � cause d'intoxication, 27 virent leur maladie se d�velopper et 13 avaient un �tat stable. Le temps m�dian de la progression de la maladie dans le groupe tout entier �tait de 50 jours. 90% virent leur maladie progresser en six mois et aucun patient ne v�cut de temps de r�pit de plus d'un an. Aucune am�lioration ne fut observ�e pour ce qui est de la qualit� de vie 22.

L'histoire du cartilage de requin est cependant int�ressante. Il existe une raison biologique pour utiliser des produits � base de cartilage comme agents anticanc�reux : le cartilage est un tissu d�nu� de vaisseaux sanguins et contient des substances antiangiog�niques (qui bloquent la formation de vaisseaux sanguins). En effet, la capacit� du cartilage � inhiber la neovascularisation � �t� d�montr�e il y a 25 ans environ 23. Les propri�t�s antiangiog�niques ne sont pourtant pas sp�cifiques � certaines esp�ces, ainsi, des extraits de cartilages de diff�rents animaux ont montr� leur capacit� � inhiber la formation de vaisseaux sanguins 24 . Une compagnie pharmaceutique canadienne a d�velopp� une m�thode d'extraction de segments de cartilage de requin ayant des propri�t�s puissamment antiangiog�nique (le requin est une bonne source de cartilage parce q'une bonne proportion de son corps est cartilagineux). Ces diff�rentes fractions ont �t� compar�es en laboratoire et la partie la plus prometteuse a �t� identifi�e. Connue sous le nom de Neovastat, cette formule contient une haute concentration de mol�cules biologiquement utiles, contrairement aux produits vendus dans les magasins di�t�tiques, les parapharmacies ou sur internet, et a �t� �tudi�e par des essais cliniques. Batist et al. ont rendu compte d'une �tude sur le Neovastat. Bien que le but initial �tait de d�terminer la s�ret� � long terme de cet agent, la dose a �t� augment�e pendant l'�tude. Ce qui donna aux auteurs l'opportunit� d'�valuer le taux de r�ponse des doses. Ils rapport�rent les r�sultats pour 22 patients avec des cellules carcinomes r�nales. Il n'est pas mentionn� clairement si d'autres patients furent �tudi�s. Ceux ayant re�u de hautes doses de Neovastat v�curent plus longtemps (14.4 contre 7.1 mois) que ceux ayant re�u de plus faibles doses 25 . L'essai �tait non randomis� et les r�sultats ne peuvent donc �tre consid�r�s comme d�finitifs. D'autres �tudes se poursuivent afin de d�terminer si le Neovastat est r�ellement b�n�fique � long terme 24.

Livingston-Wheeler : La m�thode Livingston-Wheeler est l'exemple classique du traitement alternatif contre le cancer, parce qu'il est pratiqu� dans une clinique sp�cialis�e, et non dans un centre traditionnel, qui repose sur une croyance situ�e hors du champ et de la connaissance biom�dicale. La fondatrice de la th�rapie, Virginia Wheeler, croyait que tous les cancers �taient caus�s par une bact�rie, Progenitor cryptocide, une entit� qui n'a jamais �t� d�crite ailleurs que dans ses "travaux". Le traitement propos� � la clinique Livingston-Wheeler de San Diego, Californie, consiste en des tentatives de renforcer le syst�me immunitaire par une "d�sintoxication", gr�ce � des r�gimes et des lavements et par l'administration de vaccins sp�ciaux. Cassileth et al. compar�rent 78 patients trait�s � Livingston-Wheeler � des patients soign�s avec des th�rapies anti-canc�reuses standards, avec une attention toute sp�ciale ou par l'interm�diaire de moyens sp�cifiques (interleukine-2 par exemple) � l'Universit� de Pennsylvanie sous la surveillance d'un oncologue. Les variables compar�es comprenaient la race, le sexe, l'�ge, l'emplacement de la maladie et la date du diagnostic. Tous les sujets avaient des cancers colorectaux avanc�s, cancer du poumon, du pancr�as ou des m�lanomes. Le diagnostic de leur esp�rance de vie ne d�passait pas un an et ils sentaient qu'il n'existait pas d'options de traitement conventionnel dont l'efficacit� �tait av�r� pour les sauver. En plus de leurs th�rapie alternatives, plusieurs des patients du Livingston-Wheeler avaient aussi fait de la chimioth�rapie, de la radioth�rapie et/ou furent op�r�s avant et apr�s leur adh�sion � l'�tude.

Il n'y eut aucune diff�rence en ce qui concerne la dur�e de vie entre les groupes, la p�riode de survie m�diane dans les deux groupes �tait proche d'une ann�e, avec 85% des patients ayant surv�cu moins de deux ans. Les patients trait�s � Livingston-Wheeler eurent une qualit� de vie significativement plus mauvaise telle que mesur�e par le Functional Living Index�Cancer 1. Quoi que l'on puisse penser de la valeur relative d'un mod�le non randomis�, l'�tude est parfaite pour ce qui est du contr�le de l'esp�rance de vie de patients trait�s � Livingston-Wheeler. Les r�sultats de l'�tude r�futent les d�clarations, trop souvent r�p�t�es, selon lesquelles la clinique obtiendrait 82% de taux de gu�rison, m�me dans les cas de cancers avanc�s 2.


La multith�rapie Di Bella : La multith�rapie Di Bella a �t� d�velopp�e par Luigi Di Bella, un m�decin italien. Propos�e dans une clinique priv�e, la th�rapie consiste en une prise importante de diff�rents m�dicaments, dont plusieurs ne sont ni consid�r�s ni utilis�s comme agents anticanc�reux. Les versions les plus r�centes de la th�rapie comprennent de la m�latonine, de la bromocriptine, octr�otide, des r�tino�des m�lang�s et du cyclophosphamide. Bien que Di Bella d�clare que son approche fut d�velopp�e au moyen d'essais empiriques, il semble que l'accent soit mis sur des agents qui r�gulent la production d'hormone de croissance, ce qui est un motif tout � fait inhabituel et insolite pour une th�rapie anti-canc�reuse. La multith�rapie de Di Bella a �t� �valu�e � la fin des ann�es 1990 suite � une jurisprudence controvers�e, une intense exposition aux m�dias et des d�monstrations publiques. Onze essais s�par�s de Phase II ont �t� dirig�s pour des cas de lymphomes, de leuc�mies, de cancer du sein, cancer du poumon, cancer colorectaux, cancer du pancr�as, cancer du cou et de la t�te, glioblastomes et des tumeurs avanc�es. Un essais suppl�mentaire sur un cancer du sein pr�coce �choua et fut arr�t�. Le nombre de patients pour chaque test allait de 20 (glioblastome) jusqu'� 65 (cancer du poumon avec traitement chimioth�rapique ant�rieur). Un total de 395 patients a �t� �tudi� sur les 11 tests dont 386 avaient eu des r�actions �ligibles � l'�valuation. Aucun patient ne fit l'exp�rience d'une r�action compl�te au traitement et seuls trois (moins de 1%) montr�rent une r�ponse partielle. Sur une dur�e de 3 � 8 mois, 57% des patients moururent, et seuls 4% recevaient toujours un traitement 3. En plus de cette phase d'�tude, des chercheurs conduisaient une �valuation r�trospective des enregistrements de la clinique Di Bella. L'analyse se limitant aux patients vivant dans des r�gions de l'Italie avec des donn�es sur les cancers telles qu'il �tait possible de conna�tre la r�gion du corps malade et la date du diagnostic afin de les confirmer. Les enregistrements cliniques, pour pr�s de la moiti� des patients �ligibles, ne comprenaient pas de documentation ad�quate du traitement, et 10% des cas furent abandonn�s. L'analyse se focalisa donc sur 248 patients. La dur�e de vie de ces patients fut plus pauvre que dans d'autres cas enregistr�s par ailleurs. Par exemple, seulement 21% des enfants atteints de leuc�mie et trait�s par Di Bella surv�curent cinq ans, � comparer avec les 70% enregistr�s nationalement. Bien qu'il y ait des biais �vidents dans ce genre de comparaison (des patients qui ne se sentaient pas bien apr�s leur th�rapie initiale peuvent s'�tre tourn�s vers celle de Di Bella), il n'y a aucune preuve que la th�rapie Di Bella soit active, avec une probabilit� de survie de cinq mis�rables ann�es pour tous les diagnostics. Les auteurs ont aussi rapport� que le nombre de patients trait�s par Di Bella �tait bien moindre que ce qui �tait d�clar� (approximativement 1500 � comparer aux 10000 affich�s) et le r�gime du traitement utilis� variait dans le temps et selon les patients, contrairement aux d�clarations publiques de Di Bella 4.


Revici : Tout comme la multith�rapie Di Bella, le traitement Revici tire son nom du m�decin qui l'a d�velopp�. La th�rapie d'Emanuel Revici repose sur une th�orie patho-physiologique pour le moins insolite : toutes les conditions, y compris le cancer, r�sulteraient d'un "d�s�quilibre" m�tabolique. Les patients peuvent soit avoir un d�s�quilibre de type "catabolique" soit de type "anabolique", et seront trait�s par des agents anti-anaboliques ou anti-cataboliques, pour la plupart sans se soucier des signes et sympt�mes en pr�sence. Le type de d�s�quilibre est quant � lui d�termin� par une analyse d'urine, de sang et la temp�rature corporelle. Par exemple, un pH urinaire �lev�, un bas niveau de potassium et une haute temp�rature corporelle seront associ�s � un d�s�quilibre anabolique; une basse "pression" d'urine, un taux de calcium sanguin peu �lev� et une temp�rature corporelle basse se verront associ�s avec un d�s�quilibre de type catabolique. Les agents utilis�s par Revici sont eux aussi compl�tement diff�rents de ceux utilis�s en oncologie, ils comprennent des glyc�rols, de l'alcool n-butylique et de l'huile v�g�tale sulfur�e. En 1965, le Journal of the American Medical Association publia une �tude sur 33 patients atteints de tumeurs avanc�es, qui re�urent le traitement de Revici 5. Vingt-deux de ces patients d�c�d�rent pendant le traitement, huit quitt�rent l'�tude et trois rest�rent sous la surveillance de Revici � la fin de l'�tude. Parmi les huit qui quitt�rent l'essai, quatre d�c�d�rent et deux �taient perdus. Les chercheurs d�clar�rent qu'aucun patient ne montra de preuve objective de r�mission de la tumeur et que m�me les trois patients rest�s sous la surveillance de Revici montraient des signes de progression tumorale. Bien que Revici contesta les donn�es, il est clair que seulement 15% des patients surv�curent jusqu'� la fin de l'�tude. Ce qui contredit la d�claration selon laquelle, dans un livre � ses louanges, Revici serait le "docteur qui gu�rit le cancer" 6.


Burzynski et les antin�oplastons : Stanislaw Burzynski s'occupe de patients dans une clinique priv�e ayant recours � ce qu'il appelle des antin�oplastons : des mixtures de peptides, d'acides amin�s et d'autres substances organiques simples suppos�es stimuler les d�fenses naturelles du corps contre le cancer. Bien qu'il ait publi� plusieurs �tudes lui-m�me, elles restent plut�t obscures 7. Une exp�rience en Phase II sur les gliomes, conduite sous les auspices du National Cancer Institute s'arr�ta � cause d'une pauvre accumulation de preuves, et apr�s que Burzynski ait �chou� � s'entendre avec les enqu�teurs sur un possible d�veloppement des crit�res d'�ligibilit�. Neuf patients furent �tudi�s, dont six pouvaient fournir une r�action �valuable. Il n'y avait aucune r�action objective au traitement, et tous les six montr�rent une progression de leurs tumeurs apr�s le traitement sur une dur�e comprise entre 16 et 66 jours. Le temps moyen de l'�chec du traitement (progression ou interruption due � la toxicit�) �tait de 29 jours. Les neuf patients d�c�d�rent avant que l'�tude soit men�e � son terme, tous sauf un moururent � cause de la progression de leur tumeur. Bien que les auteurs de l'article affirm�rent que ce petit �chantillon emp�che toute "conclusion d�finitive", les r�sultats sur les patients de l'�tude sont �videmment extr�mement d�cevants et parlants 8.


Le Chaparral : Les extraits de chaparral, un arbuste du d�sert, �taient utilis�s comme panac�e polyvalente par les gu�risseurs am�ricains indig�nes. C'est devenu un m�dicament anti-cancer populaire au 20� si�cle, en partie sur la base de th�ories selon lesquelles il serait capable d'�liminer les "toxines" causant le cancer du foie ou du pancr�as. S'ensuivait une pr�sentation d'un cas d'un homme de 87 ans ayant "v�cu" une r�gression d'un m�lanome facial apr�s un traitement au chaparral. Smart et al. rassembl�rent des cas de patients avec des cancers avanc�s pour une �tude sur le chaparral. Seulement trois des 44 patients, sujets de l'analyse qui �taient �valu�s, virent une r�gression de leurs tumeurs, bien que ce ne fut pas g�n�reusement (une r�duction de la taille de la tumeur de 25%), un des patients a eu une r�action seulement 10 jours plus tard. Ce faible taux de r�ponse pouss�rent les auteurs � se prononcer contre le recours du chaparral en tant que traitement contre le cancer 14.


Le sulfate d'hydrazine : Bien que le sulfate d'hydrazine soit un m�dicament synth�tique, il entre dans la cat�gorie car il est consomm� par des patients atteints de cancers comme th�rapie alternative, et parce qu'il repose sur des concepts th�rapeutiques allant � l'oppos� des autres m�dicaments valid�s et autoris�s contre le cancer. Plusieurs essais cliniques semblaient indiquer un possible b�n�fice du sulfate d'hydrazine. Chlebowski et al. �tudi�rent 65 patients randomis�s, ayant des cellules canc�reuses afin de leur donner du sulfate d'hydrazine en plus d'une chimioth�rapie, ou une chimioth�rapie seule. L'ensemble des patients ayant surv�cu aux traitements n'�tait pas significativement plus haut dans le groupe de ceux ayant re�u le sulfate (m�dian de 292 contre 197 jours, p=0.11). Il y avait par contre des diff�rences statistiquement significatives en ce qui concerne des points finaux secondaires, comme celui de l'assimilation de calories, mais pas d'autres comme une prise de poids 15. Sur la base de cette tendance � l'augmentation de l'esp�rance de vie constat�e dans cette �tude, trois �tudes, contre placebo, ont �t� conduites pour d�terminer si le sulfate d'hydrazine pouvait r�ellement am�liorer la qualit� ou la dur�e de la vie. Les �tudes comprenaient, respectivement, 243 patients pour lesquels il avait �t� r�cemment diagnostiqu� des cellules canc�reuses au poumon, trait�s par �toposide et cisplatine 16, 128 patients atteints d'un cancer colorectal ne b�n�ficiant d'aucune autre th�rapie oncologique 17, et 291 patients recevant du cisplatine et du vinblastine pour traiter des cellules canc�reuses au poumon 18. Le sulfate d'hydrazine n'a am�lior� la dur�e de vie dans aucune des �tudes. Les courbes de vie �taient essentiellement imbriqu�es dans les deux essais de cancer du poumon, l'essai avec les patients atteints de cancer colorectal fut arr�t� rapidement � cause des importants taux de d�c�s dans le groupe recevant l'hydrazine (P=0.034). Le nombre de personnes ayant surv�cu est rest� relativement pauvre dans les trois �tudes, avec plus de 90% de patients d�c�d�s un � deux ans plus tard.

Les th�rapies m�taboliques : Gerson et Gonzales : Les th�rapies alternatives contre le cancer sont souvent pratiqu�es au Mexique, l�-bas les cliniques pouvent �chapper � la r�glementation en vigueur aux USA. De nombreuses cliniques mexicaines, y compris celles fond�es par le m�decin allemand Max Gerson, proposent des th�rapies m�taboliques. Le traitement repose sur la croyance que le cancer est un sympt�me d'accumulation de toxines. Une "d�sintoxication" est alors n�cessaire et primordiale, impliquant des lavements au caf� ou du c�lon, des r�gimes sp�ciaux, des jus crus, des enzymes et des suppl�ments. Une �tude r�trospective de patients atteints de m�lanomes, trait�s dans une clinique Gerson, conduite par des m�decins travaillant dans la clinique, a conclu que l'esp�rance de vie � 5 ans de patients ayant �t� trait�s par la th�rapie Gerson, �tait plus importante que celles rapport�es par d'autres �tudes26. Cette analyse �tait fauss�e par les analyses des sous-groupes (les hommes avaient des pourcentages de survie exceptionnellement �lev�s), l'utilisation de comparaisons non ajust�es de contr�les non randomis�s, et les exclusions (40% des patients sous la th�rapie Gerson ont �t� exclus de l'analyse). En r�ponse aux critiques, les auteurs accept�rent le fait qu'une �tude non randomis�e, telle que celle publi�e, n'apportait pas de preuves irr�futables d'un effet du traitement 27. Un r�sultat plus prometteur a �t� rapport� d'une �tude sur 11 patients touch�s par un cancer du pancr�as trait�s par Nicholas Gonzales, un m�decin pratiquant � New York, qui a recours � des r�gimes m�taboliques incluant des enzymes pancr�atiques. Gonzales rapporta 81% de taux de survie � un an et 45% sur 2 ans et d�clarait que de tels r�sultats �taient de loin sup�rieurs � la moyenne nationale28. L'�tude �tait petite est manifestement encline � de nombreux biais. Non seulement la comparaison avec des moyennes nationales est inadapt�e, mais les principaux r�sultats reposent sur une s�lection de patients, 12 patients qui ne se conformaient pas au traitement ont �t� exclus de l'analyse. N�anmoins, les r�sultats g�n�ralement positifs rapport�s par Gonzales suffisaient � mettre en place une �tude du NIH en cours.


L'�tude Risberg : En 1992, Risberg et ses coll�gues examin�rent pr�s de 1000 Norv�giens touch�s par un cancer et ayant recours � un traitement alternatif contre le cancer. Leur but initial �tait de d�terminer la fr�quence et les d�terminants de l'utilisation des th�rapies alternatives 29. Les enqu�teurs r�alis�rent plus tard qu'il serait possible de rattacher leurs donn�es au registre des statistiques Norv�giennes pour obtenir des informations sur l'esp�rance de vie. Ils trouv�rent que le recours aux m�decines alternatives s'associait avec une esp�rance de vie tr�s pauvre. 79% des utilisateurs de m�decine alternative d�c�d�rent pendant l'�tude, � comparer aux 65% de non utilisateurs. Cette analyse a stup�fi� par le pauvre �tat clinique des utilisateurs � l'�poque de l'enqu�te. Comme on pouvait s'y attendre, un patient atteint d'un cancer d�butant et traitable sera moins enclin � se tourner vers une cure alternative qu'un patient avec une maladie bien avanc�e, � qui il reste peu d'options de traitement possibles. Il y avait une tendance, chez les utilisateurs de m�decines alternatives, � avoir une esp�rance de vie plus courte. Les auteurs pr�sumaient que l'esp�rance de vie plus courte pouvait �tre expliqu�e par "une perception correcte par les patients de la gravit� de leur maladie". Quelle que soit l'explication, l'�tude n'a jamais fait la preuve que le recours � la m�decine alternative am�liorait l'esp�rance de vie 30.


La psychoth�rapie pour gu�rir du cancer : La th�orie selon laquelle un �tat mental modifi� peut affecter le cours d'un cancer a �t� popularis� par des auteurs comme Bernie Siegel et Deepak Chopra. Dans leurs bouquins visant le grand public, ces auteurs font des d�clarations p�remptoires selon lesquelles les patients pourraient "contr�ler le cours du cancer en utilisant la pens�e", ou en devenant un "patient exceptionnel" les patients pourraient d�velopper une volont� de vivre tr�s forte et ainsi vaincre leur cancer. D'autres affirmations sont faites par des auteurs comme Louise Hay, qui propose que l'�tat psychologique est un facteur causal important. Hay, par exemple, d�clare que les "causes probables" du cancer comprennent "les blessures profondes, le ressentiment de longue dur�e (...) la peine qui ronge progressivement, la haine r�currente."

Le programme de Bernie Siegel, pour les patients atteints de cancer, a �t� �valu� lors d'une �tude. Trente quatre femmes ayant un cancer du sein, se soignant par ce programme, ont �t� compar�es avec des patients comparables identifi�s. Un suivi sur 10 ans ne montra aucune diff�rence pour ce qui est de l'esp�rance de vie entre les deux groupes, avec approximativement 40% des patients dans les deux groupes toujours en vie � la fin de l'�tude 31.

Plusieurs �tudes, cependant, semblaient montrer des b�n�fices chez les patients recevant un traitement psychologique. A la fin des ann�es 1970, David Spiegel mena une �tude randomis�e visant � examiner les effets d'un groupe de soutien psychosocial sur la qualit� de la vie et les sympt�mes chez des femmes souffrant de cancer du sein m�tastatique. Comme toute analyse post hoc, les enqu�teurs regard�rent les diff�rences de temps de vie et rapport�rent une prolongation statistiquement significative de l'esp�rance de vie dans le groupe recevant le support psychosocial 32. Cette �tude a �t� publi�e et fr�quemment cit�e, une recherche dans Science Citation Index de novembre 2003 fait �tat de 800 citations pour l'�tude Spiegel (�trangement, l'�tude n�gative n'a �t� cit�e que 65 fois). Il a rarement �t� mentionn� que l'analyse des dur�es de vie n'�tait pas pr�vue et que, en tant que tel, elle devrait �tre consid�r�e comme une hypoth�se provoqu�e. Un essai randomis� post�rieur ne trouva aucun impact du traitement psychosocial sur la survie 33 mais il a �t� critiqu� par Spiegel comme une "mauvaise reproduction", essentiellement pour la raison que l'intervention �tait diff�rente entre les �tudes 34. Une �tude par Goodwin et al. ne peut �tre critiqu�e pour les raisons identiques. Spiegel a �t� impliqu� dans le processus et la formation des individus fournissant le traitement psychosocial, il jouait en outre un r�le de premier plan dans toute l'exp�rience de mani�re g�n�rale. Dans cette �tude, 235 femmes souffrant de m�tastases canc�reuses au sein, furent r�parties au hasard dans des groupes pour une th�rapie de groupe hebdomadaire ou des soins normaux. Bien que, comme attendu, le groupe support ait tir� des b�n�fices en ce qui concerne la douleur et l'humeur, il n'y avait aucune diff�rence pour ce qui �tait de leur esp�rance de vie. Le temps de survie m�dian �tait proche de 18 mois dans les deux groupes 35.


Discussion

Il y a un int�r�t croissant de la part des oncologues pour les th�rapies alternatives. Pourtant, il est important de faire une distinction entre les th�rapies compl�mentaires utilis�es � c�t� de la m�decine conventionnelle pour ce qui est des sympt�mes et de la qualit� de la vie, et les th�rapies alternatives qui sont utilis�es � la place des th�rapies oncologiques dans le but de traiter le cancer.

Lorsque ces cures contre le cancer ont �t� test�es, elles ont g�n�ralement montr� leur inefficacit�. Ceci dit, un nombre extraordinaire de diff�rentes sortes de cures alternatives contre le cancer ont �t� d�crites 36, et seule une minorit� est pass�e par les essais cliniques. Que devrions-nous donc croire au sujet des th�rapies alternatives qui devrait n�anmoins �tre �valu� ? Nous r�pondrions qu'il ne faut pas �tre agnostique en l'absence d'essais cliniques, d'autres preuves peuvent �tre utilis�es pour parvenir � des conclusions raisonnables mais temporaires. Par exemple, il serait rationnel d'avoir davantage foi dans une nouvelle th�rapie pour laquelle il y a une bonne compr�hension du m�canisme, des �tudes sur les cellules et des donn�es animales prometteuses, que dans une th�rapie alternative reposant enti�rement sur des notions fantaisistes n'ayant aucune efficacit� ni aucune preuve du tout.

Il n'est pas facile d'�valuer les th�rapies alternatives. Les cliniques qui leur sont consacr�es poss�dent souvent une pauvre documentation. Celle Di Bella par exemple, n'enregistre les traitements que pour seulement la moiti� de ses patients atteints de cancer. Les relations entre les enqu�teurs et les praticiens ont souvent �t� tendues, en partie parce que les praticiens sont g�n�ralement m�fiants envers les motivations des enqu�teurs. En effet, il est remarquable que la r�action typique de la communaut� m�dicale alternative face aux r�sultats n�gatifs a �t� de prendre ces derniers simplement comme une preuve de biais existants chez les chercheurs conventionnels. Dans plusieurs cas, ceci s'est m�me traduit en accusations de suppression d�lib�r�e ou de falsification de donn�es. Le motif g�n�ralement donn� est que les chercheurs chercheraient � prot�ger les int�r�ts de l'industrie pharmaceutique, menac�s qu'ils seraient s'il arrivait aux oreilles du monde entier qu'une th�rapie alternative contre le cancer tr�s peu ch�re, existait.

Il y a aussi des probl�mes m�thodologiques inh�rents � la recherche sur les th�rapies alternatives. Les traitements alternatifs contre le cancer, visant � renforcer la r�action du corps face aux agressions du cancer, ne devraient pas s'attendre � provoquer une rapide r�gression des tumeurs requis par le mod�le de Phase II avec r�action finale. Les mod�les de phase II, qui mesurent la dur�e de vie, sont communs mais n�cessitent des comparaisons implicites ou explicites ouvertes � la critique. Des essais randomis�s r�clament des patients dispos�s � accepter des choix de traitement d�termin�s par le hasard. Ceci devient probl�matique si les choix de traitement sont tr�s diff�rents, comme la chimioth�rapie contre un r�gime di�t�tique. En effet, l'�tude de phase III sur les th�rapies m�taboliques contre chimioth�rapie a chang� de mod�le, passant de randomis� en non randomis�, � cause du manque de patients ayant accept� de voir leurs traitements choisis au hasard.

Les th�rapies compl�mentaires, pour ce qui est des sympt�mes relatifs au cancer, ne font pas partie de cet examen critique. Il y a quelques pistes sugg�rant que des th�rapies comme l'hypnose 37, la relaxation 38, les massages 39, la musicoth�rapie 40 et l'acupuncture 41, 42 (bien que ces �tudes posent de s�rieux probl�mes de m�thodologie et de reproduction) peuvent �tre, dans une certaine mesure, efficaces pour soulager des sympt�mes.

Cette revue n'inclut pas non plus la plupart des traitements botaniques contre le cancer. Ceci vient du fait que, tout comme la pharmacologie anticanc�reuse conventionnelle, la plupart des produits v�g�taux sont cens�s agir soit par cytotoxicit� ou par immunomodulation. Tandis que la meilleure preuve sugg�re que certains produits populaires � base de plantes, comme le gui 43, 44, 45 sont compl�tement inefficaces contre le cancer, il y a des preuves que d'autres, comme le lycope 46 ou le polysaccharide K (PSK) tir� du Coriolus versicolore 47, 48 peuvent �tre b�n�fiques. En outre, le m�canisme d'action de plusieurs v�g�taux anti-cancer a �t� �lucid�, menant vers un d�veloppement rationnel de combinaisons avec des agents conventionnels. Par exemple, le PSK et des v�g�taux contenant du glucane-�, qui ont montr� favoriser une immunit� anti-tumorale en activant les r�cepteurs compl�mentaires 3 49. Ceci sugg�re qu'ils puissent agir synergiquement avec des anticorps th�rapeutiques tels que le trastuzumab ou le rituximab, un effet a �t� d�montr� sur des souris 50.

L'association de la connaissance biom�dicale dans le d�veloppement th�rapeutique de v�g�taux anticancers populaire est un grand espoir. Les th�rapies alternatives contre le cancer, qui ont abandonn� la connaissance biom�dicale, par exemple, en essayant de traiter des carences inexistantes de vitamines, ont montr� leur totale inefficacit� et leur absence de b�n�fices. Le label "non prouv�" est inappropri� pour de telles th�rapies. Il est temps d'affirmer que la plupart de ces th�rapies ont �t� "r�fut�es".


A lire :
- M�decines parall�les et cancers. Dr. Olivier Jallut
- La magie et la raison. Simon Schraub

A visiter :
- L'affaire Beljanski
- La loi d'airain de Ryke Geerd Hamer
- Compl�ments vitamin�s : des risques et un effet anti-cancer non prouv�
- Les charlatans et le cancer

Notes:
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